C’est ça la politique
Paru dans le numero 69 de Confluences.
Malgré ses airs de virginité et son discours « Je vous aime tous » pendant la campagne présidentielle, Nicolas Sarkozy nous montre maintenant que ses pavés de bonnes intentions ne sont pas loin de ressembler à ceux de l’enfer !
Et à gauche ? A gauche aussi, la magouille, la compromission, les faux semblants… Tout cela fait le quotidien des dirigeants de « grands partis » du PS à la LCR, avides de pouvoir ou soucieux de protéger l’appareil dont ils font partie.
Alors, bien des citoyens rejettent la politique, mais que font-ils aux élections ? Ils s’abstiennent ou « votent utile », « quand même avec ces partis, on sait où l’on va » ! Bien sûr qu’on le sait, ça fait des années que nous y allons tout droit… dans le mur ! Le mur fabriqué par ces appareils qui ne pensent qu’en nombre d’élus ou en nombre d’électeurs pour capter la manne publique suivant les élections. L’image que les partis (je parle de ceux qui ont déjà accédé au pouvoir national) donnent de la pratique politique n’est pas à même d’entraîner beaucoup de citoyens dans leur sillage, si ce n’est quelques ambitieux ou adeptes du clientélisme. Beaucoup de militants de valeur préfèrent investir le terrain social où il se sentent plus utiles et plus à l’aise.S’il est réconfortant que le Réseau Education Sans Frontière obtienne des cartes de séjour pour des familles en voie d’expulsion, s’il est gratifiant d’obtenir d’un maire le relogement décent de familles expulsées, s’il est bon d’obtenir des pouvoirs publics des aides aux particuliers, comme il est encourageant de créer des AMAP et de voir que le mouvement s’amplifie, il n’en reste pas moins que ces victoires ou expérimentations restent au stade ponctuel. J’observe que nous sommes à peu près les mêmes motivés présents dans tous ces mouvements, en nous plaignant, bien sûr, d’être si peu nombreux !
Le pouvoir politique lâche ce qu’il veut quand il veut (à quelques exceptions près !) et les associations qui sont tous les jours sur le terrain social ne sont pas des contre-pouvoirs. Actuellement elles servent de soupape de sécurité. Elles soulagent les maux, rassurent les militants sur leur capacité à réagir, rendent la vie plus supportable à certains, ce qui permet au pouvoir en place (de droite comme de gauche) de faire passer les lois les plus injustes et les plus dures pour les citoyens modestes, en laissant passer quelques vagues de protestations.
La solution me semble être politique. Pour que la société change, pour que ce qui est ici ou là une expérience devienne demain un mode de vie, nous avons besoin d’un relais politique. Appelons-le mouvement, coordination ou autre… il faudra qu’il porte les aspirations de toutes ces personnes qui souhaitent un monde meilleur pour tous (et non pour quelques initiés).
Comment les seules associations de terrain peuvent lutter contre le chômage, contre la dévastation de la planète, pour le bien-être et la santé de tous, si un projet novateur et progressiste en politique ne regroupe ces valeurs, n’assure leur vulgarisation, n’impulse des lois ni ne fait évoluer la réglementation ? Ces valeurs de gauche (car je ne crois pas à la disparition du clivage droite/gauche) : démocratie, laïcité, féminisme, écologie, autogestion et solidarité.
La politique est ce que nous la faisons. Si nous avons abandonné le terrain aux magouilleurs et aux ambitieux de tout poil, il temps d’essayer de le leur reprendre.
Aujourd’hui à gauche nous avons un grand vide en termes de projet. Nous n’avons pas non plus une organisation susceptible de le porter. A l’exception des Alternatifs, mais encore faudrait-il qu’eux-mêmes y croient suffisamment pour convaincre, mobiliser, agrandir le mouvement ou le restructurer !
Yvette ROSSIGNOL
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