{"id":5888,"date":"2012-08-20T13:19:20","date_gmt":"2012-08-20T12:19:20","guid":{"rendered":"http:\/\/alternatifs81.fr\/?p=5888"},"modified":"2012-08-27T11:15:02","modified_gmt":"2012-08-27T10:15:02","slug":"devoir-de-vacances-n%c2%b0-10-quelques-lectures-sur-leurope-1","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alternatifs81.fr\/?p=5888","title":{"rendered":"Devoir de vacances n\u00b0 10 : quelques lectures sur l&rsquo;Europe (1)"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><span style=\"color: #808000;\">3 articles, divers, sur la question de l&rsquo;Europe. . . pour alimenter et \u00e9tayer notre r\u00e9flexion collective sur la question. <\/span><\/em><\/span><\/h3>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\"><a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/proposition-affiche2.jpg\" rel=\"lightbox[5888]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-5891\" style=\"margin: 10px;\" title=\"proposition affiche\" src=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/proposition-affiche2-300x100.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"100\" srcset=\"https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/proposition-affiche2-300x100.jpg 300w, https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/proposition-affiche2.jpg 843w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a>L&rsquo;Union europ\u00e9enne entre \u00e9clatement et refondation <\/span><\/h2>\n<p><em><span style=\"color: #008000;\">Publi\u00e9 par Alencontre le 14 &#8211; ao\u00fbt &#8211; 2012<\/span><\/em><\/p>\n<p><strong>Par Alain Bihr<\/strong><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Depuis l\u2019autonome dernier, ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la \u00ab crise des dettes souveraines \u00bb n\u2019a cess\u00e9 de s\u2019approfondir en Europe. L\u2019attention s\u2019est essentiellement focalis\u00e9e sur ses rebondissements en Gr\u00e8ce, en rejetant ainsi dans la p\u00e9nombre la d\u00e9t\u00e9rioration de la situation en Espagne et en Italie, potentiellement bien plus dangereuse. Tandis que la r\u00e9p\u00e9tition des \u00ab sommets europ\u00e9ens \u00bb, tous r\u00e9put\u00e9s de \u00ab la derni\u00e8re chance \u00bb, au terme desquels ce sont inlassablement les m\u00eames rem\u00e8des n\u00e9olib\u00e9raux qui sont pr\u00e9conis\u00e9s pour \u00ab sortir de la crise \u00bb, est le meilleur indice qui soit de leur inefficacit\u00e9. Une inefficacit\u00e9 d\u2019autant moins \u00e9tonnante que les principes dont ils s\u2019inspirent sont pr\u00e9cis\u00e9ment \u00e0 l\u2019origine de cette crise et n\u2019ont cess\u00e9 de l\u2019alimenter au cours des derni\u00e8res ann\u00e9es. Si bien que la n\u00e9cessit\u00e9 et l\u2019urgence m\u00eame d\u2019une autre voie s\u2019imposent aujourd\u2019hui.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La crise de l\u2019endettement public continue \u00e0 s\u2019approfondir\u2026 et \u00e0 s\u2019\u00e9largir<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Et d\u2019abord en Gr\u00e8ce, \u00ab l\u2019homme malade \u00bb de la zone euro. En d\u00e9pit de l\u2019abandon par ses cr\u00e9anciers de la moiti\u00e9 de la dette publique <!--more-->grecque (sous forme d\u2019une d\u00e9cote de leurs cr\u00e9ances) et d\u2019une aide suppl\u00e9mentaire de 130 milliards d\u2019euros (Mds \u20ac) au cours de l\u2019hiver, la situation grecque continue \u00e0 se d\u00e9grader. Pour la cinqui\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive, le produit int\u00e9rieur (PIB) grec va reculer de 4 ,7 % en termes r\u00e9els (d\u00e9duction faite de l\u2019inflation) au cours de cette ann\u00e9e, en enregistrant ainsi une baisse cumul\u00e9e de 17,7 % depuis 2008[1]. Le taux de ch\u00f4mage (officiel), qui n\u2019\u00e9tait encore que de 7,5 % en septembre 2008, n\u2019a cess\u00e9 depuis lors de se d\u00e9grader pour se situer \u00e0 22,5 % \u2013 un triplement ! \u2013 en avril dernier[2] ; tandis que le taux de ch\u00f4mage des jeunes de 15-24 ans a bondi de 22,3 \u00e0 51,5 % entre avril 2008 et avril 2012[3]. Dans ces conditions, il ne faut s\u2019\u00e9tonner ni de la baisse du pouvoir d\u2019achat moyen (d\u2019ailleurs programm\u00e9[4]) ni de l\u2019augmentation de la pauvret\u00e9, de la mis\u00e8re et de l\u2019exclusion[5] ni, par cons\u00e9quent, de l\u2019incapacit\u00e9 des pouvoirs publics grecs de faire entrer l\u2019imp\u00f4t[6], d\u2019autant plus que les principaux propri\u00e9taires du pays (l\u2019\u00c9glise orthodoxe et les armateurs) continuent \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier de tr\u00e8s larges exemptions fiscales. En cons\u00e9quence, l\u2019\u00c9tat grec peine \u00e9videmment de plus en plus \u00e0 r\u00e9duire son d\u00e9ficit et \u00e0 rembourser ses cr\u00e9anciers, accroissant la probabilit\u00e9 d\u2019un d\u00e9faut de paiement ; risque sur lesquels ces derniers anticipent par les taux \u00e9lev\u00e9s auxquels ils continuent \u00e0 pr\u00eater \u00e0 cet \u00c9tat, en d\u00e9pit des garanties offertes par le Fonds europ\u00e9en de stabilit\u00e9 financi\u00e8re (FESF)[7] ; ce qui n\u2019a que la vertu de rendre encore plus difficile le remboursement de la dette surtout avec une \u00e9conomie en r\u00e9cession. Et ce en d\u00e9pit de l\u2019\u00e9lection in extremis en juin dernier d\u2019une majorit\u00e9 parlementaire qui s\u2019est engag\u00e9e \u00e0 respecter les termes du m\u00e9morandum, fix\u00e9 par \u00ab la tro\u00efka \u00bb compos\u00e9e du Fonds mon\u00e9taire international (FMI), de l\u2019Union Europ\u00e9enne (UE) et de la Banque centrale europ\u00e9enne (BCE) en accord avec les cr\u00e9anciers, pour assurer (en principe) le remboursement du restant de cette dette. Dans ces conditions, on n\u2019a pas fini d\u2019entendre parler de la dette grecque dans les toutes prochaines semaines.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Mais, depuis peu, c\u2019est l\u2019Espagne, plus exactement la situation de son syst\u00e8me bancaire, qui est devenu le principal sujet d\u2019inqui\u00e9tude. C\u2019est que tout au long des ann\u00e9es 1990 et du d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, la croissance \u00e9conomique espagnole a \u00e9t\u00e9 principalement assur\u00e9e par une hypertrophie du secteur immobilier, \u00e0 caract\u00e8re largement sp\u00e9culatif, impliquant un formidable endettement priv\u00e9 (des promoteurs immobiliers, des entreprises du BTP, de celles travaillant pour alimenter le pr\u00e9c\u00e9dent secteur en mat\u00e9riaux et mat\u00e9riels, des m\u00e9nages se portant acqu\u00e9reurs de logements, des agences de tourisme, etc.) aupr\u00e8s des banques, selon un sc\u00e9nario pr\u00e9sentant bien des points communs avec ce qui s\u2019est d\u00e9roul\u00e9 simultan\u00e9ment aux \u00c9tats-Unis et au Royaume-Uni. Et lorsque cette bulle immobili\u00e8re a fini par \u00e9clater du fait de l\u2019encombrement du march\u00e9 et de la multiplication des situations d\u2019impay\u00e9s li\u00e9e au d\u00e9veloppement du ch\u00f4mage et au retournement global de la conjoncture, cons\u00e9cutive \u00e0 l\u2019\u00e9clatement de la crise dite des pr\u00eats immobiliers subprime aux \u00c9tats-Unis (2007-2008), les banques espagnoles se sont retrouv\u00e9es avec une montagne de cr\u00e9ances douteuses ou franchement irr\u00e9couvrables, allant grossissant au fur et \u00e0 mesure o\u00f9 le march\u00e9 immobilier s\u2019effondrait et o\u00f9 faillites et licenciements se multipliaient. En mai dernier, ces cr\u00e9ances pourries s\u2019\u00e9levaient \u00e0 quelque 155 Mds \u20ac, repr\u00e9sentant pr\u00e8s de 9 % du volume global des cr\u00e9ances bancaires espagnoles, pla\u00e7ant l\u2019ensemble du syst\u00e8me bancaire au bord de la faillite[8]. Au cours de ce m\u00eame mois de mai, le gouvernement a ainsi d\u00fb pr\u00e9venir une telle faillite imminente du conglom\u00e9rat bancaire Bankia, r\u00e9sultat de la fusion de sept caisses d\u2019\u00e9pargne r\u00e9gionales lourdement affect\u00e9es par leurs engagements ant\u00e9rieurs dans le secteur immobilier, en injectant 19 Mds \u20ac dans son capital, ce qui a signifi\u00e9 sa nationalisation de fait. Et, incapable d\u2019en faire autant pour le restant du syst\u00e8me bancaire espagnol, dans la foul\u00e9e, Madrid a d\u00fb solliciter l\u2019aide de l\u2019intervention du FESF \u00e0 une hauteur de 100 Mds \u20ac, ce qui va avoir essentiellement pour effet d\u2019alourdir la dette publique espagnole de quelque 10 %, de contraindre \u00e0 un tour de vis budg\u00e9taire suppl\u00e9mentaire (des r\u00e9ductions de d\u00e9penses et des augmentations d\u2019imp\u00f4ts) \u00e0 hauteur de 65 Mds \u20ac [9], le tout rendant encore plus improbable le respect par l\u2019\u00c9tat espagnol de ses engagements ant\u00e9rieurs de r\u00e9duction des d\u00e9ficits publics. Cons\u00e9quence imm\u00e9diate : les taux auxquels cet \u00c9tat doit d\u00e9sormais emprunter sur le march\u00e9 financier international, d\u00e9j\u00e0 \u00e9lev\u00e9s, se sont encore accrus : courant juillet, ils se sont \u00e9lev\u00e9s \u00e0 7,55%[10], rendant \u00e0 terme le poids de la dette proprement insupportable, ce que le Premier ministre espagnol Rajoy ne cesse d\u2019ailleurs de r\u00e9p\u00e9ter depuis plusieurs semaines. On s\u2019approche ainsi progressivement du seuil o\u00f9 deviendra in\u00e9vitable un \u00ab plan de sauvetage \u00bb global de l\u2019\u00c9tat espagnol du m\u00eame type que celui mont\u00e9 pour l\u2019\u00c9tat grec. Sauf qu\u2019il s\u2019agirait en l\u2019occurrence de sauver l\u2019\u00e9quivalent de\u2026 plus de deux fois la Gr\u00e8ce : avec quelque 775 Mds au premier trimestre de cette ann\u00e9e (soit avant \u00ab l\u2019aide \u00bb europ\u00e9enne de 100 Mds \u20ac accord\u00e9e pour \u00ab sauver \u00bb le secteur bancaire), la dette espagnole s\u2019\u00e9l\u00e8ve \u00e0 plus du double du montant de la dette grecque (355 Mds \u20ac) avant la d\u00e9cote de celle-ci \u00e0 laquelle il a \u00e9t\u00e9 proc\u00e9d\u00e9 au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e[11]. Le FESF, d\u2019un montant \u00e9largi \u00e0 quelque 780 Mds \u20ac, d\u00e9j\u00e0 amput\u00e9 des \u00ab aides \u00bb apport\u00e9es \u00e0 la Gr\u00e8ce et \u00e0 l\u2019Espagne depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, n\u2019y suffirait pas.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Surtout, \u00e0 la faveur de ce nouvel \u00e9pisode, est apparu au grand jour un autre cercle vicieux qui est en train d\u2019entra\u00eener vers l\u2019ab\u00eeme tout le syst\u00e8me financier en Europe. Ce cercle r\u00e9sulte du bouclage (de la r\u00e9troaction) entre crise de l\u2019endettement public et crise bancaire. Car si, depuis 2008, une bonne partie du surendettement des \u00c9tats europ\u00e9ens r\u00e9sulte de la conversion des dettes priv\u00e9es (concentr\u00e9es dans les banques) en dettes publiques (sous forme de nationalisations, prises de participation, pr\u00eats et subventions, garanties d\u2019emprunts, etc.), r\u00e9ciproquement les banques, qui comptent elles-m\u00eames parmi les principaux cr\u00e9anciers des \u00c9tats (\u00e0 c\u00f4t\u00e9 des compagnies d\u2019assurance, des fonds d\u2019investissement, des fonds de pension), voient leurs comptes se d\u00e9grader au fur et \u00e0 mesure o\u00f9 s\u2019aggravent l\u2019endettement public et, avec lui, les risques de d\u00e9faillance des \u00c9tats, rendant ainsi n\u00e9cessaires de nouvelles interventions de ces m\u00eames \u00c9tats, conduisant \u00e0 alourdir encore la dette publique. Ainsi, la crise des dettes publiques nourrit-elle de plus en plus la crise bancaire qui, \u00e0 son tour, aggrave la pr\u00e9c\u00e9dente.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Mais c\u2019est en d\u00e9finitive l\u2019Italie qui pourrait devenir le v\u00e9ritable cauchemar de la zone euro. S\u2019\u00e9levant, au premier trimestre de cette ann\u00e9e, \u00e0 1946 Mds \u20ac, la dette publique italienne est proportionnellement au PIB la plus lourde apr\u00e8s celle de la Gr\u00e8ce (respectivement 123 % et 132 %)[12]. Et, elle ne cesse de s\u2019alourdir (+ 3,8 points de PIB en un an !) sous l\u2019effet de la r\u00e9cession de l\u2019\u00e9conomie italienne (-1,4 % pr\u00e9vu cette ann\u00e9e[13]) et des pi\u00e8tres r\u00e9sultats de la lutte contre une fraude fiscale qui n\u2019a pas attendu les encouragements de l\u2019ancien Premier ministre Berlusconi pour devenir un sport national[14]. Dans ces conditions, les taux d\u2019int\u00e9r\u00eats auxquels se n\u00e9gocient les obligations italiennes \u00e0 dix ans, encore inf\u00e9rieurs \u00e0 3 % il y a un an, ont nettement franchi la barre des 6 % au cours du mois du juillet[15], s\u2019engageant sur la pente ascendante parcourue par les taux espagnols depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e. S\u2019ils devaient poursuivre pareille ascension au cours des prochains mois, c\u2019en serait fini de la zone euro, tout simplement parce que, soit directement soit par l\u2019interm\u00e9diaire du FESF, les \u00c9tats europ\u00e9ens se trouveraient parfaitement incapables de se porter au secours de l\u2019\u00c9tat italien.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Et on comprend aussi que, dans ces conditions, au cours de la derni\u00e8re d\u00e9cade de juillet, l\u2019agence Mody\u2019s ait plac\u00e9 les notes des dettes des trois \u00c9tats jusqu\u2019alors r\u00e9put\u00e9s les plus s\u00fbrs, l\u2019Allemagne, le Luxembourg et les Pays-Bas, mais aussi celle du FESF en perspective n\u00e9gative, laissant pour la premi\u00e8re entendre qu\u2019eux aussi pourraient perdre leur sacro-saint Aaa. Sympt\u00f4me de ce que, en s\u2019approfondissant dans les \u00c9tats dits \u00ab p\u00e9riph\u00e9riques \u00bb de la zone euro, la crise des dettes souveraines est en train de gagner petit \u00e0 petit ses \u00c9tats \u00ab centraux \u00bb et m\u00eame les institutions mises sur pied pour lutter contre le d\u00e9veloppement de cette crise.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Trop peu, trop tard !<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Pourtant, au cours de ces derniers mois, \u00ab l\u2019eurocratie \u00bb[16] n\u2019est pas rest\u00e9e les bras ballants \u00e0 contempler la d\u00e9gradation de la situation. Elle s\u2019est m\u00eame activ\u00e9e en multipliant les r\u00e9unions formelles ou informelles, son activit\u00e9 confinant par moments \u00e0 un activisme destin\u00e9 \u00e0 masquer (mais en vain) son impuissance \u00e0 ma\u00eetrise la d\u00e9rive de la situation. Et ce ne sont pas les pi\u00e8tres r\u00e9sultats du dernier Conseil europ\u00e9en qui s\u2019est tenu fin juin qui y ont mis fin.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La moindre des raisons de cette impuissance est que les mesures pr\u00e9conis\u00e9es et effectivement prises ont \u00e9t\u00e9 \u00e0 la fois trop timor\u00e9es et trop tardives. C\u2019est qu\u2019elles pr\u00e9sentent toutes cette caract\u00e9ristique d\u2019exiger de la zone euro et, plus largement, de l\u2019UE d\u2019avancer dans la voie d\u2019un f\u00e9d\u00e9ralisme politique, impliquant de nouveaux transferts de souverainet\u00e9 des \u00c9tats membres vers les instances communautaires. Ce qui ne fait qu\u2019exacerber les contradictions inh\u00e9rentes \u00e0 la \u00ab construction europ\u00e9enne \u00bb que celle-ci, loin de les r\u00e9soudre, a au contraire aggrav\u00e9es au cours des deux derni\u00e8res d\u00e9cennies, notamment depuis l\u2019adoption de la monnaie unique et des disciplines budg\u00e9taires qu\u2019elle impose[17]. Nous y reviendrons plus loin encore.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">D\u2019o\u00f9, pour commencer, les atermoiements concernant la mutualisation des dettes publiques. D\u00e8s lors qu\u2019il s\u2019agit pour les \u00c9tats europ\u00e9ens de rembourser leurs dettes et qu\u2019il n\u2019est que trop manifeste que certains n\u2019y parviendront pas sans l\u2019aide de leurs voisins et partenaires communautaires, la solution serait mettre ces dettes en commun et que les moins endett\u00e9s viennent ainsi au secours des plus endett\u00e9s. Au demeurant, c\u2019est d\u00e9j\u00e0 ce qui a commenc\u00e9 \u00e0 se faire par l\u2019interm\u00e9diaire du FESF, fonds abond\u00e9 par les diff\u00e9rents \u00c9tats membres en proportion de leur poids relatif dans le PIB communautaire mais dont seuls les plus endett\u00e9s ont pour l\u2019instant b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 ou ont vocation \u00e0 b\u00e9n\u00e9ficier.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Mais il s\u2019agirait maintenant de franchir quelques pas d\u00e9cisifs de plus sur la voie de la mutualisation. Et c\u2019est l\u00e0 que le b\u00e2t se met \u00e0 blesser. La solution radicale consisterait dans l\u2019\u00e9mission d\u2019eurobonds : l\u2019\u00e9mission par les diff\u00e9rents \u00c9tats membres d\u2019obligations (de titres d\u2019emprunts) sur le march\u00e9 financier garanties par l\u2019ensemble de l\u2019UE. De telles \u00e9missions permettraient \u00e0 la plupart des \u00c9tats europ\u00e9ens d\u2019emprunter \u00e0 moindre co\u00fbt (\u00e0 moindres taux d\u2019int\u00e9r\u00eat) puisque ces emprunts auraient la garantie de l\u2019ensemble des \u00c9tats de l\u2019UE et notamment des plus solides. Elles les mettraient de plus \u00e0 l\u2019abri de la sp\u00e9culation internationale sur les titres \u00e9mis. Mais cela n\u2019irait pas sans contrepartie importante : d\u00e8s lors, n\u00e9cessairement, les instances communautaires, quelles qu\u2019elles soient, devraient \u00eatre pourvues d\u2019un droit de regard a priori sur les budgets des diff\u00e9rents \u00c9tats membres pour \u00e9viter que les \u00c9tats-cigales ne financent leurs d\u00e9penses en comptant sur les \u00c9tats-fourmis pour les payer : certains \u00c9tats pourraient se voir, de la sorte, interdire tout d\u00e9ficit budg\u00e9taire ou simplement telle ou telle d\u00e9pense jug\u00e9e incompatible avec les engagements ant\u00e9rieurs de r\u00e9duction budg\u00e9taire. Ainsi, apr\u00e8s avoir abandonn\u00e9 toute souverainet\u00e9 mon\u00e9taire, les \u00c9tats membres les plus endett\u00e9s devraient renoncer \u00e0 toute souverainet\u00e9 budg\u00e9taire, sans que pour autant les plus vertueux ne soient totalement assur\u00e9s de devoir passer \u00e0 la caisse pour r\u00e9gler l\u2019ardoise de leurs voisins. On comprend que la proposition d\u2019eurobonds n\u2019ait pas, pour l\u2019instant, suscit\u00e9 grand enthousiasme ni de la part de ceux qui seraient du c\u00f4t\u00e9 des \u00ab contributeurs \u00bb nets (au premier rang desquels l\u2019Allemagne) craignant de jouer les dindons de la farce, ni de la part ceux qui en seraient les \u00ab b\u00e9n\u00e9ficiaires nets \u00bb (les plus endett\u00e9s des \u00c9tats) craignant de se voir imposer une v\u00e9ritable tutelle financi\u00e8re.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">D\u2019autres propositions de mutualisation partielle des dettes souveraines ont \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9es au cours des derniers mois : mutualisation des seuls emprunts \u00e0 cours terme (moins d\u2019un an) sous forme de l\u2019\u00e9mission d\u2019eurobills (\u00e9quivalents europ\u00e9ens des bonds du Tr\u00e9sor) ou mutualisation de la seule partie de la dette des \u00c9tats d\u00e9passant le fameux seuil de 60 % du PIB pr\u00e9vu par le trait\u00e9 de Maastricht. Mais, pour les raisons susdites, elles n\u2019ont pas davantage \u00e9t\u00e9 retenues, chacun jouant la montre en esp\u00e9rant que le pire est pass\u00e9. Alors qu\u2019il est encore \u00e0 venir\u2026<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Ce sont ces m\u00eames raisons qui entravent \u00e9galement l\u2019action de la BCE. De par sa charte, celle-ci s\u2019est vu interdire d\u00e8s son origine de pr\u00eater aux \u00c9tats, de mani\u00e8re \u00e0 ne pas installer ceux-ci dans la facilit\u00e9 d\u2019un monnayage inflationniste de leur dette. Mais cela prive aussi la solidarit\u00e9 financi\u00e8re entre les diff\u00e9rents \u00c9tats (plus exactement leurs banques centrales respectives d\u00e9tentrices du capital de la BCE) d\u2019un solide moyen d\u2019action : c\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment parce que leur banque centrale respective dispose d\u2019une telle possibilit\u00e9 que le Royaume, les \u00c9tats-Unis d\u2019Am\u00e9rique et le Japon peuvent supporter des d\u00e9ficits publics proportionnellement bien plus importants que la moyenne de ceux des \u00c9tats de l\u2019UE sans encourir une crise semblable de leur dette souveraine.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Sans doute, \u00e0 partir du printemps 2011, la BCE s\u2019est-elle pour partie affranchie de fait de cette interdiction en se mettant \u00e0 acheter des obligations irlandaises, portugaises et grecques, de mani\u00e8re \u00e0 limiter la chute de leurs cours sur le march\u00e9 boursier poussant m\u00e9caniquement \u00e0 la hausse les taux d\u2019int\u00e9r\u00eats des nouveaux emprunts des \u00c9tats correspondants[18]. Ce qui lui a valu de s\u00e9v\u00e8res critiques du c\u00f4t\u00e9 allemand. Et c\u2019est parce que, notamment sous l\u2019effet de ces critiques, la BCE a renonc\u00e9 \u00e0 poursuivre dans cette voie au cours des derniers mois que la sp\u00e9culation a pu s\u2019emballer sur les titres espagnols et italiens. Le M\u00e9canisme europ\u00e9en de stabilit\u00e9 (MES) qui aurait d\u00fb entrer en vigueur au FESF au 1er juillet en se substituer au FESF disposera pour sa part du droit \u00e0 pr\u00eater aux \u00c9tats et \u00e0 racheter les titres de leurs dettes en cours. Mais dot\u00e9 d\u2019une capacit\u00e9 d\u2019emprunt d\u2019\u00e0 peine 500 Mds \u20ac (qui donne la mesure des limites du \u00ab pot commun \u00bb europ\u00e9en), il sera bien en peine de faire face \u00e0 une crise majeure du type d\u2019une d\u00e9faillance de l\u2019Espagne ou a fortiori de l\u2019Italie.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Et c\u2019est au m\u00eame type d\u2019obstacles que vient se heurter le projet d\u2019\u00ab union bancaire \u00bb au niveau europ\u00e9en. Nous venons de voir comment, dans tous les \u00c9tats europ\u00e9ens, la crise de l\u2019endettement public fragilise les banques et comment, inversement, comme cela vient de se produire en Espagne, la pr\u00e9vention d\u2019une menace de faillite bancaire conduit \u00e0 aggraver brutalement l\u2019endettement public en mena\u00e7ant de le porter au-del\u00e0 du point o\u00f9 il reste supportable. Pour briser ce cercle vicieux et pr\u00e9venir la r\u00e9p\u00e9tition de ce type de sc\u00e9nario-catastrophe, l\u2019UE vient de proposer de renforcer la surveillance du secteur bancaire en en confiant la mission \u00e0 la BCE, dont le pouvoir se trouverait ainsi renforc\u00e9 tandis qu\u2019inversement celui des diff\u00e9rentes banques centrales nationales, pr\u00eateurs en dernier ressort mais aussi r\u00e9gulateurs et \u00ab gendarmes \u00bb traditionnels des leurs syst\u00e8mes bancaires nationaux respectifs, se trouverait affaibli et, avec lui, la capacit\u00e9 des gouvernements nationaux \u00e0 conduire leurs politiques \u00e9conomiques. Ce nouveau transfert de souverainet\u00e9 \u00e9conomique se trouverait de surcro\u00eet aggrav\u00e9 par la n\u00e9cessaire harmonisation des r\u00e8gles r\u00e9gissant les diff\u00e9rents syst\u00e8mes bancaires nationaux, l\u00e9sant le cas \u00e9ch\u00e9ant les privil\u00e8ges dont disposent certains segments des syst\u00e8mes bancaires nationaux. On comprend que les \u00c9tats membres tra\u00eenent les pieds.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Pour ne pas parler des groupes bancaires, peu d\u00e9sireux de voir se renforcer les r\u00e8gles auxquelles ils devraient se soumettre et, pire encore de leur point de vue, l\u2019obligation de transparence quant aux activit\u00e9s qu\u2019ils m\u00e8nent et aux risques qu\u2019ils prennent, ou plut\u00f4t qu\u2019ils font courir, \u00e0 leur insu, \u00e0 leurs actionnaires, cr\u00e9anciers et en d\u00e9finitive \u00e0 leurs d\u00e9posants. D\u2019autant plus que le projet d\u2019\u00ab union bancaire \u00bb leur fait obligation de fournir un document d\u00e9taillant l\u2019ensemble de leurs actifs de mani\u00e8re \u00e0 permettre, en cas de faillite d\u2019un groupe bancaire, \u00e0 l\u2019autorit\u00e9 de r\u00e9gulation europ\u00e9enne de prendre les mesures n\u00e9cessaires pour sauver ce qui peut l\u2019\u00eatre en liquidant le reste, de mani\u00e8re \u00e0 \u00e9viter autant que possible d\u2019avoir \u00e0 y sacrifier de l\u2019argent public.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">L\u2019eurocratie persiste et signe<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Mais l\u00e0 n\u2019est pas l\u2019essentiel en d\u00e9finitive. Si les rem\u00e8des \u00e0 la crise financi\u00e8re europ\u00e9enne jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent appliqu\u00e9s ou pr\u00e9conis\u00e9s par l\u2019eurocratie se sont r\u00e9v\u00e9l\u00e9s si pi\u00e8trement efficaces, c\u2019est pour des raisons bien plus fondamentales qui nous renvoient vers la racine m\u00eame de la crise de l\u2019endettement public, que ce soit en Europe ou ailleurs dans le monde o\u00f9 elle peut s\u00e9vir. On s\u2019aper\u00e7oit alors que ces rem\u00e8des sont non seulement quantitativement insuffisants mais encore et surtout qualitativement inappropri\u00e9s \u2013 sans que, pour autant, cela n\u2019emp\u00eache l\u2019eurocratie de continuer \u00e0 les pr\u00e9coniser.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">C\u2019est que le surendettement public actuel en Europe r\u00e9sulte pour l\u2019essentiel de la mise en \u0153uvre, depuis trois d\u00e9cennies maintenant, de politiques n\u00e9olib\u00e9rales. Directement tout d\u2019abord : dans la fr\u00e9n\u00e9sie de restriction du \u00ab poids de l\u2019\u00c9tat \u00bb et leur croyance aveugle dans le dogme de l\u2019offre[19], ces politiques se sont acharn\u00e9s \u00e0 restreindre non seulement les d\u00e9penses publiques mais encore les recettes publiques (les imp\u00f4ts et les cotisations sociales), en all\u00e9geant consid\u00e9rablement la part de celle-ci pesant sur le capital (les entreprises) ainsi que les m\u00e9nages titulaires de hauts revenus et de gros patrimoines \u2013 merci pour eux ! L\u2019exemple en a \u00e9t\u00e9 fourni en France par la multiplication des \u00ab niches fiscales et sociales \u00bb au cours des quinze derni\u00e8res ann\u00e9es, privant l\u2019\u00c9tat et les organismes de protection sociale, en 2008 par exemple, de quelque 140 Mds \u20ac, soit l\u2019\u00e9quivalent de deux fois le d\u00e9ficit public cette ann\u00e9e-l\u00e0[20]. Mais l\u2019effet indirect des politiques n\u00e9olib\u00e9rales sur les finances publiques a \u00e9t\u00e9 encore plus catastrophique : en d\u00e9formant le partage de la \u00ab valeur ajout\u00e9e \u00bb (du surcro\u00eet de richesse sociale nouvellement produite chaque ann\u00e9e) au d\u00e9triment du travail et au b\u00e9n\u00e9fice du capital, \u00e0 coup de d\u00e9veloppement de la pr\u00e9carit\u00e9 et du ch\u00f4mage et de mise en concurrence internationale des travailleurs (par la lib\u00e9ralisation des \u00e9changes de marchandises et de capitaux), ces politiques ont non seulement rendu la croissance \u00e9conomique atone et erratique, limitant d\u2019autant les recettes des pouvoirs publics, mais ont cr\u00e9\u00e9 les conditions de crises financi\u00e8res \u00e0 r\u00e9p\u00e9tition, de plus en plus graves, la derni\u00e8re en date (celle dites dessubprime) se soldant par des plans massifs (se comptant par centaines de milliards d\u2019euros, de dollars, de livres sterling, etc.) de sauvetage des \u00e9l\u00e9ments du capital financier (banques, compagnies d\u2019assurance, etc.) menac\u00e9s de faillite et de soutien \u00e0 la croissance pour parer \u00e0 la r\u00e9cession cons\u00e9cutive de \u00ab l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle \u00bb \u2013 autrement dit, des d\u00e9penses publiques suppl\u00e9mentaires pour sauver le capital de sa crise, le tout faisant exploser d\u00e9ficits et dettes publiques[21].<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Dans ces conditions, la premi\u00e8re condition, n\u00e9cessaire sinon suffisante, pour sortir de l\u2019impasse actuelle dans laquelle nous ont engag\u00e9es les politiques n\u00e9olib\u00e9rales est de rompre radicalement avec ces derni\u00e8res. Or c\u2019est tout le contraire qui est en train de se passer en Europe, sous la direction de l\u2019eurocratie. Les seuls enseignements que celle-ci tire, aujourd\u2019hui comme hier, des r\u00e9sultats catastrophiques des politiques n\u00e9olib\u00e9rales qu\u2019elle a d\u00e9fendues et promues depuis le milieu des ann\u00e9es 1980 au moins, c\u2019est que ces politiques n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 men\u00e9es assez loin ni avec suffisamment de d\u00e9termination et qu\u2019il faut, par cons\u00e9quent, poursuivre dans la voie de la \u00ab r\u00e9forme \u00bb n\u00e9olib\u00e9rale de l\u2019\u00c9tat et du rapport salarial jusqu\u2019\u00e0 ce que la r\u00e9alit\u00e9 se conforme \u00e0 ce que le dogme n\u00e9olib\u00e9ral proclame : r\u00e9gis par une \u00ab concurrence libre et non fauss\u00e9e \u00bb et d\u00e8s lors que les acteurs s\u2019y comportent d\u2019une mani\u00e8re rationnelle en \u00e9tant aussi bien inform\u00e9s que possible, les march\u00e9s ne peuvent qu\u2019\u00eatre efficients et le monde \u00e9conomique parfait. Un pareil ent\u00eatement ne peut s\u2019expliquer qu\u2019en tenant compte du fait que le n\u00e9olib\u00e9ralisme fonctionne \u00e0 leur \u00e9gard comme une religion dont ils sont les grands pr\u00eatres et les missionnaires, par le fait aussi qu\u2019ils repr\u00e9sentent et d\u00e9fendent les int\u00e9r\u00eats des fragments du capital (et notamment de sa fraction financi\u00e8re) que les politiques n\u00e9olib\u00e9rales pr\u00e9servent et confortent. Nous allons y revenir \u00e9galement.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ainsi que, des plus aux moins endett\u00e9s des \u00c9tats europ\u00e9ens, l\u2019eurocratie exige la poursuite des politiques d\u2019assainissements de finances publiques. C\u00f4t\u00e9 d\u00e9penses, sont ainsi exig\u00e9es des coupes plus ou moins claires : la compression des effectifs des administrations publiques (depuis la restriction de l\u2019embauche et le non-remplacement des d\u00e9parts en retraite jusqu\u2019au licenciement pur et simple d\u2019une partie des agents en fonction), la baisse de leur masse salariale (depuis le blocage des salaires et de pensions jusqu\u2019\u00e0 leur baisse autoritaire), la r\u00e9duction du champ d\u2019intervention et du niveau d\u2019activit\u00e9 des pouvoirs publics, la d\u00e9gradation de la qualit\u00e9 des prestations fournies par les \u00e9quipements collectifs et les services publics pouvant aller jusqu\u2019\u00e0 leur disparition pure et simple, etc. C\u00f4t\u00e9 recettes, dans la mesure o\u00f9 l\u2019assainissement exige malgr\u00e9 tout d\u2019augmenter les imp\u00f4ts, il est recommand\u00e9 de recourir en priorit\u00e9 aux imp\u00f4ts indirects (notamment ceux portant sur la consommation), bien qu\u2019ils soient socialement les plus injustes puisqu\u2019ils sont d\u00e9gressifs, et, pour ce qui est des imp\u00f4ts directs, \u00e0 ceux portant sur le travail plut\u00f4t que sur le capital et le patrimoine. Et, surtout, pour accro\u00eetre la masse imposable, partant les recettes fiscales des \u00c9tats, il est exig\u00e9 de d\u00e9gager un solde positif de la balance des paiements et, tout particuli\u00e8rement, de la balance commerciale, en am\u00e9liorant la comp\u00e9titivit\u00e9 des diff\u00e9rentes \u00e9conomies europ\u00e9ennes ; ce qui, en l\u2019absence de toute possibilit\u00e9 de d\u00e9valuation comp\u00e9titive, rendue impossible par le partage d\u2019une monnaie unique (l\u2019euro), ne peut s\u2019obtenir qu\u2019en faisant pression \u00e0 cette fin sur le niveau des salaires. Autrement dit, la r\u00e9duction des d\u00e9ficits publics et de l\u2019endettement public passe-t-elle non seulement par l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire mais encore par une aust\u00e9rit\u00e9 salariale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, \u00e9tendue bien au-del\u00e0 du seul secteur public. Ainsi l\u2019eurocratie exige-t-elle la poursuite de la d\u00e9r\u00e9glementation du rapport salarial (de la r\u00e9duction du champ et du seuil des droits ouverts au salari\u00e9 au-del\u00e0 de ce qui est pr\u00e9vu dans et par son contrat de travail individuel et, \u00e9ventuellement, par la convention collective de l\u2019entreprise ou de la branche) et la r\u00e9duction des droits ouverts aux pr\u00e9caires, ch\u00f4meurs et exclus de l\u2019emploi, donc le d\u00e9mant\u00e8lement de toute la l\u00e9gislation sociale, de mani\u00e8re \u00e0 atomiser au maximum les salari\u00e9s et \u00e0 d\u00e9s\u00e9quilibrer encore un peu plus le rapport de forces entre travail et capital.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019on fait la somme des mesures ant\u00e9rieures, il appara\u00eet que l\u2019objectif ainsi poursuivi est clairement de faire pression \u00e0 la baisse sur le co\u00fbt salarial global (le co\u00fbt social de reproduction de la force sociale de travail impliquant le salaire direct, le salaire indirect sous forme de prestations sociales en esp\u00e8ces, le logement social, le syst\u00e8me de formation et de qualification, etc.), autrement dit de r\u00e9duire les normes de consommation de la grande masse des salari\u00e9s en d\u00e9gradant notablement leur niveau de vie. Mais, de la sorte, la poursuite des politiques n\u00e9olib\u00e9rales ne fait qu\u2019entretenir voire aggraver la distorsion intervenue dans le partage de la \u00ab valeur ajout\u00e9e \u00bb sous l\u2019effet de leur mise en \u0153uvre dans le cours des ann\u00e9es 1980 et 1990, distorsion qui se trouve \u00e0 la racine tant de la pi\u00e8tre dynamique \u00e9conomique g\u00e9n\u00e9rale de l\u2019Europe que de la crise de l\u2019endettement public qui y s\u00e9vit.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">De cette contradiction, certains dirigeants europ\u00e9ens, y compris au sein de l\u2019eurocratie, ont pris conscience ces derniers temps, en pr\u00e9conisant d\u2019en sortir par une politique de relance n\u00e9okeyn\u00e9sien au niveau europ\u00e9en[22]. Parmi eux figure le nouveau gouvernement fran\u00e7ais, issu des \u00e9lections pr\u00e9sidentielle et l\u00e9gislative de mai-juin dernier. Mais tout ce qu\u2019il a pu obtenir lors du dernier Conseil europ\u00e9en, c\u2019est l\u2019engagement d\u2019un plan de relance \u00e0 hauteur de 120 Mds \u20ac, compos\u00e9s pour moiti\u00e9 de fonds europ\u00e9ens d\u00e9j\u00e0 engag\u00e9s (du type FEDER) et destin\u00e9s \u00e0 des grands travaux d\u2019infrastructure, repr\u00e9sentant \u00e0 peine 1 % du PIB europ\u00e9en ; quant au lancement d\u2019eurobonds et \u00e0 l\u2019autorisation donn\u00e9e \u00e0 la BCE de pr\u00eater directement aux \u00e9tats, il n\u2019en a pas \u00e9t\u00e9 question (pour les raisons \u00e9voqu\u00e9es ci-dessus) : tout juste s\u2019est-on mis d\u2019accord sur la perspective d\u2019\u00e9mettre des project bonds (des obligations destin\u00e9es \u00e0 financer des projets communautaires sp\u00e9cifiques) ; et l\u2019institution d\u2019une taxe sur les transactions financi\u00e8res au sein de l\u2019UE a de m\u00eame \u00e9t\u00e9 renvoy\u00e9e \u00e0 plus tard. On est \u00e9videmment tr\u00e8s loin de ce qui serait n\u00e9cessaire pour commencer \u00e0 r\u00e9\u00e9quilibrer le partage de la \u00ab valeur ajout\u00e9e \u00bb et sortir ainsi du cercle vicieux dans laquelle l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 salariale et budg\u00e9taire n\u00e9olib\u00e9rale enferme l\u2019Europe. La raison en est que, avec l\u2019\u00e9lection en d\u00e9finitive d\u2019une majorit\u00e9 parlementaire grecque favorable aux memoranda impos\u00e9es par \u00ab la tro\u00efka \u00bb, le spectre d\u2019une crise politique et financi\u00e8re majeure en Europe a \u00e9t\u00e9 une nouvelle fois repouss\u00e9. Sans que pour autant aucun des probl\u00e8mes de fond ne soit r\u00e9gl\u00e9, bien au contraire, si bien que la crise europ\u00e9enne ne peut que rebondir, encore aggrav\u00e9e, dans le cours des prochaines semaines.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Une zone euro \u00e0 hue et \u00e0 dia<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Si la racine de la crise \u00e9conomique qui s\u00e9vit en Europe \u2013 comme d\u2019ailleurs dans l\u2019ensemble des \u00c9tats capitalistes centraux \u2013 g\u00eet bien dans la distorsion intervenue dans le partage de la \u00ab valeur ajout\u00e9e \u00bb en salaires et profits \u00e0 la faveur de la mise en \u0153uvre des politiques n\u00e9olib\u00e9rales \u00e0 partir des ann\u00e9es 1980 et si son aggravation s\u2019explique par la persistance de l\u2019eurocratie dans ces m\u00eames politiques, elle pr\u00e9sente cependant une autre dimension encore, sp\u00e9cifiquement europ\u00e9enne pour sa part, li\u00e9e une nouvelle fois aux contradictions inh\u00e9rentes \u00e0 la \u00ab construction europ\u00e9enne \u00bb et, plus exactement, \u00e0 son noyau dur, la zone euro. C\u2019est ce que Michel Husson vient de montrer en un article remarquable, au contenu tr\u00e8s dense, dont nous ne reprenons ici quelques-uns des principaux \u00e9l\u00e9ments d\u2019analyse et conclusions[23].<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">L\u2019\u00e9dification au sein de l\u2019UE d\u2019une union mon\u00e9taire, d\u2019abord restreinte \u00e0 un nombre limit\u00e9 d\u2019\u00c9tats-membres mais ayant vocation \u00e0 s\u2019\u00e9largir \u00e0 tous, reposait sur le pari de r\u00e9duire les in\u00e9galit\u00e9s de d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social entre ces derniers, h\u00e9ritage de leurs histoires respectives, en r\u00e9alisant une convergence progressive entre eux, notamment par les communes disciplines budg\u00e9taires (un d\u00e9ficit public limit\u00e9 \u00e0 3 % du PIB, une dette contenue \u00e0 60 % du PIB) et salariales qui leur seraient impos\u00e9es dans le cadre de cette union. Or, depuis l\u2019introduction de l\u2019euro, c\u2019est tout le contraire qui s\u2019est produit : les \u00e9carts n\u2019ont cess\u00e9 de se creuser entre le \u00ab Nord \u00bb de la zone euro (Allemagne, Autriche, Belgique, Pays-Bas et Finlande \u2013 l\u2019\u00e9tude exclut le Luxembourg, qui aurait encore accentu\u00e9 l\u2019\u00e9cart) et le \u00ab Sud \u00bb de celle-ci (Irlande, Portugal, Espagne, Italie, Gr\u00e8ce), la France occupant une position interm\u00e9diaire entre les deux groupes tout en tendant \u00e0 se rapprocher de plus en plus du second.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Les \u00c9tats \u00ab sudistes \u00bb ont notamment vu se d\u00e9grader leur comp\u00e9titivit\u00e9-prix par rapport aux \u00c9tats \u00ab nordistes \u00bb du fait non pas d\u2019un d\u00e9rapage salarial (une croissance des salaires r\u00e9els plus forte que celle de la productivit\u00e9 \u2013 c\u2019est le contraire qui a eu tendance \u00e0 se produire sous l\u2019effet de la baisse de la part des salaires dans la \u00ab valeur ajout\u00e9e \u00bb) mais d\u2019une inflation structurelle plus forte. Celle-ci s\u2019explique elle-m\u00eame par la conjonction de trois facteurs : une croissance plus forte des \u00c9tats \u00ab sudistes \u00bb, condition de leur rattrapage des \u00c9tats \u00ab nordistes \u00bb et de la convergence projet\u00e9e entre les deux groupes (ce qui implique d\u2019ailleurs une contradiction interne au processus de convergence) ; une tendance plus grande au \u00ab Sud \u00bb qu\u2019au \u00ab Nord \u00bb \u00e0 diffuser, sous forme de hausse salariale, les gains de productivit\u00e9 r\u00e9alis\u00e9s dans le secteur manufacturier vers le restant de l\u2019\u00e9conomie (ce qui renvoie vers la disparit\u00e9 des in\u00e9galit\u00e9s de d\u00e9veloppement sectorielles entre les diff\u00e9rentes \u00e9conomies nationales) ; enfin des conflits de r\u00e9partition de la richesse sociale (de la valeur produite) plus importants au sein des formations \u00ab sudistes \u00bb qu\u2019au sein des formations \u00ab nordistes \u00bb, du fait du caract\u00e8re plus in\u00e9galitaire des premi\u00e8res relativement aux secondes (ce qui exprime \u00e9videmment des configurations des rapports de classes, m\u00ealant conflits, compromis et alliances, diff\u00e9rentes entre les unes et les autres). Notons au passage combien, \u00e0 travers les variables \u00e9conomiques r\u00e9ifi\u00e9es (taux d\u2019inflation, hausse des salaires r\u00e9els, part des salaires dans la \u00ab valeur ajout\u00e9e \u00bb, poids relatifs des diff\u00e9rents secteurs, etc.), s\u2019expriment en d\u00e9finitive toutes les sp\u00e9cificit\u00e9s structurelles profondes des diff\u00e9rentes formations nationales et combien, du m\u00eame coup, est na\u00eff le projet eurocrate d\u2019une convergence rapide de ces derni\u00e8res impliquant d\u2019araser en quelques ann\u00e9es la s\u00e9dimentation de d\u00e9cennies voire de si\u00e8cles de construction sociopolitique.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Loin de corriger cette divergence entre \u00ab Nord \u00bb et \u00ab Sud \u00bb de la zone euro, l\u2019union mon\u00e9taire en aura au contraire favoris\u00e9 l\u2019aggravation tout le long des ann\u00e9es 2000, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9clatement de la crise financi\u00e8re de 2007-2008 dite des subprime, en la laissant produire tous ses effets pervers. D\u2019une part, \u00e0 l\u2019abri de la monnaie commune, les \u00c9tats \u00ab sudistes \u00bb ont ainsi pu laisser se creuser le d\u00e9ficit de leur balance commerciale, revers de leur plus forte croissance et ran\u00e7on de la d\u00e9gradation de leur comp\u00e9titivit\u00e9, sans que ce d\u00e9ficit ne se solde par la n\u00e9cessit\u00e9 de d\u00e9valuer leur monnaie, comme cela aurait \u00e9t\u00e9 le cas avant le passage \u00e0 l\u2019euro ou sans celui-ci. D\u2019autre part, sous l\u2019effet de la politique mon\u00e9taire restrictive de la BCE, les \u00c9tats \u00ab sudistes \u00bb ont \u00e9galement pu b\u00e9n\u00e9ficier de la baisse g\u00e9n\u00e9rale des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat nominaux au sein de la zone euro qui, du fait de leur inflation plus forte, s\u2019est traduite par une baisse encore plus forte des taux d\u2019int\u00e9r\u00eat r\u00e9els que dans les \u00c9tats \u00ab nordistes \u00bb, incitant ainsi pouvoirs publics, entreprises et surtout m\u00e9nages \u00e0 s\u2019endetter, en venant ainsi soutenir leur plus forte croissance : la bulle immobili\u00e8re espagnole, par exemple, a trouv\u00e9 \u00e0 s\u2019y alimenter directement. Enfin, cette croissance dop\u00e9e \u00e0 l\u2019endettement (allant jusqu\u2019au surendettement) s\u2019est logiquement accompagn\u00e9e d\u2019une baisse du taux d\u2019\u00e9pargne des m\u00e9nages, contraignant ainsi les administrations publiques (\u00c9tats, collectivit\u00e9s territoriales, organismes publics de protection sociale) \u00e0 compter sur un flux continu de capitaux \u00e9trangers pour financer leurs d\u00e9ficits (persistants m\u00eame si tendanciellement d\u00e9croissants) par l\u2019emprunt avec pour effet de d\u00e9grader un peu plus les comptes ext\u00e9rieurs aussi bien qu\u2019int\u00e9rieurs. L\u2019ensemble constituant une dynamique clairement insoutenable \u00e0 terme puisqu\u2019accumulant baisse g\u00e9n\u00e9rale de comp\u00e9titivit\u00e9, endettement priv\u00e9 et endettement public, d\u00e9ficit int\u00e9rieur (de l\u2019\u00e9pargne priv\u00e9e au budget public) et d\u00e9ficits ext\u00e9rieurs (de la balance commerciale \u00e0 la balance des paiements). Sans que, soit dit en passant, l\u2019eurocratie n\u2019y ait rien trouv\u00e9 \u00e0 redire, adressant au contraire \u00e0 plusieurs reprises ses f\u00e9licitations \u00e0 diff\u00e9rents \u00c9tats \u00ab sudistes \u00bb (l\u2019Irlande et l\u2019Espagne notamment), en les donnant en exemple au restant de l\u2019UE.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Sous ce rapport, la crise financi\u00e8re des ann\u00e9es 2007-2008 est moins venue briser une croissance apparemment vertueuse que mettre fin \u00e0 un cercle r\u00e9ellement vicieux tout en r\u00e9v\u00e9lant la nature. En gonflant brusquement et brutalement le d\u00e9ficit public, en mettant fin \u00e0 la possibilit\u00e9 de le financer moyennant l\u2019importation de capitaux \u00e9trangers, en contractant les possibilit\u00e9s ouvertes \u00e0 l\u2019endettement priv\u00e9, en rendant du coup n\u00e9cessaires et la hausse du taux du taux d\u2019\u00e9pargne national et un solde positif de la balance commerciale, cette crise a impos\u00e9 aux formations \u00ab sudistes \u00bb une politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire et salariale, ind\u00e9pendamment m\u00eame des pr\u00e9ceptes de politique n\u00e9olib\u00e9rale pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9s. Et elle a surtout sign\u00e9 la fin de l\u2019illusion, qui n\u2019aura dur\u00e9 que quelques ann\u00e9es, selon laquelle le parach\u00e8vement de \u00ab l\u2019union \u00e9conomique et mon\u00e9taire \u00bb par le passage \u00e0 l\u2019euro puisse \u00eatre un fleuve tranquillement descendu.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La \u00ab construction europ\u00e9enne \u00bb revisit\u00e9e et r\u00e9\u00e9valu\u00e9e [24]<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Ainsi, au cours des trente derni\u00e8res ann\u00e9es, telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 conduite, la \u00ab construction europ\u00e9enne \u00bb a produit deux r\u00e9sultats majeurs, aussi catastrophiques l\u2019un que l\u2019autre. En premier lieu, par la simple cr\u00e9ation d\u2019un espace de libre circulation du capital sous sa forme marchandise tout comme sous sa forme argent, au sein duquel s\u2019est trouv\u00e9e accrue la mise en concurrence des capitaux\u2026 et des travailleurs salari\u00e9s, tout comme par les disciplines budg\u00e9taire et salariale auxquelles se sont trouv\u00e9s astreint les \u00c9tats pour entrer dans la zone euro puis pour s\u2019y maintenir, la construction europ\u00e9enne a \u00e9t\u00e9 un moyen institutionnel particuli\u00e8rement efficace d\u2019administration des politiques n\u00e9olib\u00e9rales d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 synonyme notamment de d\u00e9r\u00e9glementation du march\u00e9 du travail et de d\u00e9mant\u00e8lement rampant de la protection sociale, en un mot : de r\u00e9gression en mati\u00e8re d\u2019encadrement du rapport salarial. Et la gestion par l\u2019eurocratie de la crise de l\u2019endettement public cons\u00e9cutif \u00e0 l\u2019\u00e9clatement de la crise financi\u00e8re de 2007-2008, ordonn\u00e9e \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif du maintien et m\u00eame du renforcement de la discipline budg\u00e9taire et de la rigueur salariale, n\u2019a fait qu\u2019aggraver encore cet effet r\u00e9gressif. Une r\u00e9gression qui frappe tout particuli\u00e8rement le salariat d\u2019ex\u00e9cution (ouvriers et employ\u00e9s) : pour lui, la perspective ainsi ouverte est celle d\u2019un grand bond en arri\u00e8re, de caract\u00e8re historique, qui aboutirait en d\u00e9finitive \u00e0 liquider purement et simplement tout l\u2019acquis du compromis fordiste et notamment l\u2019\u00c9tat-providence.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">De plus, telle qu\u2019elle a \u00e9t\u00e9 poursuivie au cours des trente derni\u00e8res ann\u00e9es, la \u00ab construction europ\u00e9enne \u00bb a produit un second r\u00e9sultat tout aussi catastrophique, se combinant avec le pr\u00e9c\u00e9dent tout en le modulant dans l\u2019espace : le creusement des in\u00e9galit\u00e9s de d\u00e9veloppement entre nations et r\u00e9gions europ\u00e9ennes. Loin de conduire \u00e0 la convergence des niveaux de d\u00e9veloppement nationaux et r\u00e9gionaux promise par les eurocrates, elle a accentu\u00e9 les divergences entre eux : elle a renforc\u00e9 les plus forts et affaibli les plus faibles. Ce qui se dessine ainsi, ce n\u2019est pas \u00ab une Europe \u00e0 plusieurs vitesses \u00bb, comme on se plaint \u00e0 le r\u00e9p\u00e9ter quelquefois, en laissant croire que les diff\u00e9rents \u00c9tats et r\u00e9gions seraient int\u00e9gr\u00e9s progressivement, mais \u00e0 des rythmes diff\u00e9rents, au sein d\u2019un m\u00eame ensemble et d\u2019un processus uniforme de d\u00e9veloppement \u00e9conomique et social ; c\u2019est bien plut\u00f4t la classique structure propre \u00e0 tout espace fa\u00e7onn\u00e9 par le proc\u00e8s global de reproduction du capital en le fragmentant et en le hi\u00e9rarchisant en formations centrales, formations semi-p\u00e9riph\u00e9riques et formations p\u00e9riph\u00e9riques[25]. Une structure que l\u2019on retrouve non seulement au niveau plan\u00e9taire (c\u2019est elle qui sous-tend la division internationale du travail au sein du march\u00e9 mondial) mais encore au niveau de chacune des unit\u00e9s dont se compose l\u2019espace mondial (au sein de chaque \u00c9tat ou groupe continental d\u2019\u00c9tats) tout simplement parce qu\u2019elle est command\u00e9e par les n\u00e9cessit\u00e9s d\u2019un d\u00e9veloppement in\u00e9gal fonctionnel au regard des exigences de la reproduction du capital. Une structure qui n\u2019est pas, pour autant, immuable mais se trouve boulevers\u00e9e en permanence par les changements de position qui peuvent affecter les diff\u00e9rentes formations (nationales ou r\u00e9gionales) qui se trouvent ainsi mises en concurrence, au gr\u00e9 de l\u2019\u00e9volution de leurs appareils productifs respectifs et de la r\u00e9ussite ou de l\u2019\u00e9chec de leurs strat\u00e9gies d\u2019insertion sur le march\u00e9 continental ou mondial.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s ses origines, \u00e0 l\u2019\u00e9poque de la Communaut\u00e9 \u00e9conomique europ\u00e9enne (CEE), ce qui allait devenir l\u2019UE s\u2019est constitu\u00e9 en r\u00e9unissant des nations et plus encore des r\u00e9gions in\u00e9galement d\u00e9velopp\u00e9es, les unes centrales (par exemple \u00e0 la Ruhr et la Lombardie), les autres semi-p\u00e9riph\u00e9riques (les anciennes r\u00e9gions charbonni\u00e8res) voire p\u00e9riph\u00e9riques (par exemple le Mezzogiorno italien ou le Massif central fran\u00e7ais ou la Bretagne). Depuis lors, ces in\u00e9galit\u00e9s de d\u00e9veloppement n\u2019ont cess\u00e9 de s\u2019\u00e9tendre, \u00e0 la faveur de l\u2019\u00e9largissement de la CEE puis de l\u2019UE par int\u00e9gration des \u00c9tats britanniques (Irlande, Royaume-Uni), des \u00c9tats m\u00e9ridionaux (Gr\u00e8ce, Espagne, Portugal), des \u00c9tats nordiques (Danemark, Su\u00e8de, Finlande) et des \u00c9tats d\u2019Europe centrale (Autriche puis, progressivement, les \u00c9tats ci-devant membres de feu le \u00ab bloc sovi\u00e9tique \u00bb), mais aussi de s\u2019intensifier au rythme de l\u2019exacerbation de la mise en concurrence des territoires et de leurs populations \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur m\u00eame de l\u2019UE, rendue possible par l\u2019int\u00e9gration constante de nouveaux territoires moins d\u00e9velopp\u00e9s que ceux d\u00e9j\u00e0 int\u00e9gr\u00e9s, au rythme aussi de l\u2019approfondissement de la \u00ab construction europ\u00e9enne \u00bb avec le parach\u00e8vement de \u00ab l\u2019union \u00e9conomique et mon\u00e9taire \u00bb, ainsi que nous l\u2019avons vu plus haut. Le plus remarquable sous ce rapport est sans doute que, pris dans cette dynamique, des \u00c9tats ou des r\u00e9gions originellement centraux tendent aujourd\u2019hui \u00e0 glisser vers des positions semi-p\u00e9riph\u00e9riques : c\u2019est bien ce qui menace l\u2019Italie dans son ensemble et une bonne partie (m\u00e9ridionale et occidentale) de la France. Et c\u2019est pour n\u2019avoir pas tenu de la r\u00e9alit\u00e9 des in\u00e9galit\u00e9s de d\u00e9veloppement et d\u2019avoir soumis ses \u00c9tats membres \u00e0 des contraintes propres \u00e0 les aggraver que la zone euro se trouve aujourd\u2019hui en crise et, pour tout dire, au bord de l\u2019\u00e9clatement.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Implosion potentielle par r\u00e9cession \u00e9conomique et r\u00e9gression sociale et explosion potentielle par impossibilit\u00e9 de tenir les r\u00e8gles corsetant les politiques budg\u00e9taire et salariale et par creusement des in\u00e9galit\u00e9s socio-spatiales de d\u00e9veloppement, tels sont les r\u00e9sultats majeurs de trente ans de \u00ab construction europ\u00e9enne \u00bb. Au regard de cette conclusion, la question de savoir si ces r\u00e9sultats ont \u00e9t\u00e9 volontaires ou non se r\u00e9sout d\u2019elle-m\u00eame. Sans exclure que la \u00ab construction europ\u00e9enne \u00bb ait pu \u00eatre utilis\u00e9e par tout ou partie de l\u2019eurocratie comme une \u00ab machine \u00e0 lib\u00e9raliser \u00bb : comme un instrument institutionnel et id\u00e9ologique permettant d\u2019imposer les politiques n\u00e9olib\u00e9rales d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire et salariale et, demain, peut-\u00eatre, le grand bond en arri\u00e8re du salariat pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9, le moins qu\u2019on puisse dire est que ces r\u00e9sultats pr\u00e9sentent aussi tout les caract\u00e9ristiques de parfaits effets pervers : de processus qui, \u00e9chappant \u00e0 leurs \u00e9ventuels concepteurs et promoteurs, reviennent vers eux comme des boomerangs pour les menacer \u00e0 leur tour.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00c9clatement ou refondation ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Des \u00e9l\u00e9ments d\u2019analyse pr\u00e9c\u00e9dents se d\u00e9gage au moins une conclusion claire et certaine. A moins qu\u2019elle ne parvienne \u00e0 se refonder sur des bases radicalement diff\u00e9rentes de celles, n\u00e9olib\u00e9rales, sur lesquelles elle s\u2019est \u00e9difi\u00e9e jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, l\u2019UE est condamn\u00e9e \u00e0 \u00e9clater \u00e0 br\u00e8ve \u00e9ch\u00e9ance. Et ce ne sont pas seulement les membres de l\u2019eurocratie qui se trouvent confront\u00e9s \u00e0 pareille alternative ; celle-ci concerne tout aussi bien les forces qui entendent d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats des couches populaires, directement menac\u00e9s tant par la \u00ab construction europ\u00e9enne \u00bb que par sa crise.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Comme nous l\u2019avons vu plus haut, l\u2019eurocratie dans son ensemble entend poursuivre dans la voie n\u00e9olib\u00e9rale. C\u2019est le cas notamment, outre des actuels dirigeants des institutions de l\u2019UE (Commission, BCE, Eurogroupe, groupes majoritaires au sein du Parlement europ\u00e9en, etc.), des gouvernements des \u00c9tats constituant le noyau dur de la zone euro et le centre de l\u2019UE : l\u2019Allemagne, l\u2019Autriche, le Benelux et la Finlande, auxquels on peut associer le Danemark et la Su\u00e8de et que soutiennent, parmi les \u00c9tats non membres de l\u2019UE, ceux de la Suisse et de la Norv\u00e8ge. Mais, sans remettre pour autant en cause le paradigme n\u00e9olib\u00e9ral, l\u2019eurocratie ne se divise pas moins actuellement entre des \u00ab durs \u00bb et plus ou moins \u00ab mod\u00e9r\u00e9s \u00bb. Les premiers entendent poursuivre dans cette voie co\u00fbte que co\u00fbte, en exigeant l\u2019application la plus rigoureuse possible des disciplines budg\u00e9taire et salariale exig\u00e9es par l\u2019UE pour apurer les comptes publics au plus vite, f\u00fbt-ce au prix d\u2019un \u00e9clatement de la zone euro voire de l\u2019UE elle-m\u00eame qui en \u00e9carterait les \u00c9tats qui ne peuvent plus ou ne veulent plus s\u2019y soumettre. Exit donc la Gr\u00e8ce en attendant sans doute l\u2019Espagne puis l\u2019Italie. C\u2019est pr\u00e9cis\u00e9ment la perspective qui effraie les \u00ab mod\u00e9r\u00e9s \u00bb qui font remarquer que, si l\u2019UE peut encaisser le prix d\u2019une d\u00e9faillance radicale de la Gr\u00e8ce (elle l\u2019a d\u00e9j\u00e0 pay\u00e9 pour une part), il ne saurait en aller de m\u00eame s\u2019agissant de ces \u00ab poids lourds \u00bb que sont l\u2019Espagne et surtout l\u2019Italie, comme nous l\u2019avons vu : une d\u00e9faillance de l\u2019un ou l\u2019autre de ces deux pays accompagn\u00e9e de leur sortie de l\u2019euro emporterait le syst\u00e8me financier (et notamment bancaire) europ\u00e9en tout entier. Ceux-l\u00e0 plaident donc en faveur d\u2019une mod\u00e9ration relative dans les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire et salariale, consistant essentiellement \u00e0 \u00e9taler dans le temps l\u2019apurement exig\u00e9 des finances publiques des \u00c9tats \u00ab sudistes \u00bb, \u00e0 mutualiser une partie des dettes publiques (selon les diff\u00e9rentes formules \u00e9voqu\u00e9es plus haut) voire \u00e0 autoriser la BCE \u00e0 financer les dettes publiques en pr\u00eatant directement aux \u00c9tats, sous certaines conditions. Ils sont \u00e9videmment soutenus par les gouvernements des \u00c9tats \u00ab sudistes \u00bb faisant valoir que les exigences d\u2019ajustement auxquelles l\u2019UE les soumet sont intenables dans le court terme et que, faute d\u2019un red\u00e9marrage de l\u2019accumulation, elles ne pourront pas m\u00eame \u00eatre satisfaites \u00e0 moyen terme. C\u2019est l\u00e0 que les quelques partisans d\u2019une telle relance sur des bases n\u00e9okeyn\u00e9siennes que compte l\u2019eurocratie peuvent commencer \u00e0 faire entendre leurs voix, sans avoir rien obtenu de substantiel pour l\u2019instant, comme nous l\u2019avons vu. Les d\u00e9cisions tout comme l\u2019absence de d\u00e9cisions sur des points importants au terme du dernier Conseil europ\u00e9en qui s\u2019est tenu fin juin dernier s\u2019expliquent par le rapport de forces actuel entre ces diff\u00e9rentes tendances ou nuances, dessinant un fragile \u00e9quilibre que le prochain rebondissement de la crise de l\u2019euro fera voler en \u00e9clats.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Celui-ci interviendra \u00e0 la faveur du prochain d\u00e9faut de paiement de l\u2019un des \u00c9tats \u00ab sudistes \u00bb parmi les plus endett\u00e9s, la Gr\u00e8ce sans aucun doute. Se trouveront alors plac\u00e9s au pied du mur non seulement les eurocrates mais les forces sociales et politiques qui, \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du ou des \u00c9tats d\u00e9faillants, entendent d\u00e9fendre les int\u00e9r\u00eats des couches populaires. Les orientations et mesures politiques qu\u2019ils devront adopter \u00e0 cette fin ont d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 d\u00e9taill\u00e9es par ailleurs : d\u2019une part, un all\u00e9gement de la dette publique pouvant aller de sa simple restructuration (annulation d\u2019une partie de la dette accompagn\u00e9e du r\u00e9\u00e9chelonnement du remboursement du restant) jusqu\u2019\u00e0 sa r\u00e9cusation pure et simple, faisant valoir que cette dette est ill\u00e9gitime dans son principe m\u00eame[26], compl\u00e9t\u00e9e par la nationalisation du secteur bancaire pour pr\u00e9venir l\u2019\u00e9croulement que provoquerait la r\u00e9cusation de la dette dont il d\u00e9tient une part plus ou moins importante des titres ; d\u2019autre part, un nouveau partage, moins in\u00e9galitaire, de la richesse sociale, combinant une hausse de la masse salariale (par cr\u00e9ation d\u2019emplois priv\u00e9s et publics et augmentation des salaires directs et indirects) et une fiscalit\u00e9 plus lourde pesant sur le capital (les entreprises), les hauts revenus et les gros patrimoines[27].<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Toute la question est de savoir si la mise en \u0153uvre d\u2019une pareille politique, qui tourne clairement le dos aux exigences d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire et salariale, sera ou non compatible avec le maintien des \u00c9tats qui la mettrait en \u0153uvre dans la zone euro et l\u2019UE. Leur maintien dans ce cadre supposerait que les fondements de l\u2019UE soient profond\u00e9ment r\u00e9vis\u00e9s ; et pareille r\u00e9vision ne pourrait intervenir qu\u2019au terme d\u2019un rapport de forces victorieux avec les instances eurocratiques gardiennes de l\u2019orthodoxie n\u00e9olib\u00e9rale, leur permettant d\u2019entra\u00eener d\u2019autres \u00c9tats \u00e0 leur suite dans cette voie alternative. A cette fin, ils disposeraient de deux atouts : d\u2019une part le caract\u00e8re d\u2019autant plus coop\u00e9ratif des mesures pr\u00e9conis\u00e9es et prises qu\u2019elles seraient \u00e9tendues \u00e0 plus d\u2019\u00c9tats au sein de la zone euro et de l\u2019UE, d\u2019autre part le chantage d\u2019une rupture avec la zone euro voire avec l\u2019UE et du co\u00fbt qui en r\u00e9sulterait pour l\u2019ensemble des autres \u00c9tats membres, proportionnel au poids les \u00c9tats qui en sortiraient. Bref, les partisans de la refondation de l\u2019UE pourraient faire valoir aux peuples europ\u00e9ens qu\u2019ils ont tout \u00e0 gagner \u00e0 voir leurs gouvernements s\u2019engager dans la voie nouvelle ainsi ouverte et qu\u2019ils auraient au contraire tout \u00e0 perdre \u00e0 les contraindre de s\u2019y engager seuls.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Pour autant, leur marge de man\u0153uvre serait limit\u00e9e et d\u2019autant plus limit\u00e9e que leur poids \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la zone euro et de l\u2019UE serait restreint. Face \u00e0 un \u00ab poids plume \u00bb (comme la Gr\u00e8ce par exemple), il est \u00e0 craindre que le bras de fer pr\u00e9c\u00e9demment \u00e9voqu\u00e9 ne tourne au d\u00e9savantage de ce dernier, en ne lui laissant d\u2019autre issue que de sortir de la zone euro. Il en irait de m\u00eame si, dans un \u00c9tat, la situation socio-\u00e9conomique venait \u00e0 se d\u00e9grader au point qu\u2019il n\u2019y aurait plus rien \u00e0 n\u00e9gocier avec les instances europ\u00e9ennes : ce pourrait \u00eatre le cas d\u2019un \u00ab poids lourd \u00bb (comme l\u2019Italie) dont la d\u00e9faillance exc\u00e9derait d\u2019embl\u00e9e les capacit\u00e9s d\u2019intervention de l\u2019UE. Quoi qu\u2019il en soit, il ne faut pas sous-estimer les difficult\u00e9s et les risques d\u2019une pareille voie[28]. Ce qu\u2019il adviendrait d\u2019un \u00c9tat (ou groupe d\u2019\u00c9tats) sortant ainsi de la zone euro ou m\u00eame de l\u2019UE d\u00e9pendrait alors du d\u00e9roulement de la crise nationale qui en r\u00e9sulterait, soit du rapport de forces qui s\u2019\u00e9tabliraient entre classes, blocs sociaux et formations politiques \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de cet \u00c9tat. La mise en \u0153uvre du pr\u00e9c\u00e9dent programme impliquerait alors sa radicalisation, en liaison avec une mobilisation populaire \u00e9tendue, impliquant notamment : des mesures protectionnistes (notamment quant au contr\u00f4le des changes) pour parer aux effets ravageurs que le couple d\u00e9valuation-inflation exercerait sur la nouvelle monnaie nationale qui viendrait se substituer \u00e0 l\u2019euro ; la constitution, sur la base de la nationalisation des banques, d\u2019un fonds social d\u2019investissement au b\u00e9n\u00e9fice des services publics, des \u00e9quipements collectifs, du secteur de l\u2019\u00e9conomie sociale et des entreprises autog\u00e9r\u00e9es ; la socialisation de toutes les industries strat\u00e9giques et leur reconversion de mani\u00e8re \u00e0 satisfaire besoins sociaux et contraintes \u00e9cologiques, au terme d\u2019un d\u00e9bat et d\u2019une d\u00e9cision d\u00e9mocratiques impliquant pleinement les travailleurs ; la socialisation et le d\u00e9veloppement des services publics et des \u00e9quipements collectifs sous le contr\u00f4le de comit\u00e9s compos\u00e9s de salari\u00e9s et d\u2019usagers, impliquant l\u2019institution de leur gratuit\u00e9. En permettant aux couches populaires de se r\u00e9approprier leurs conditions sociales d\u2019existence et les moyens de les produire, ces mesures permettraient de (re)donner un contenu concret \u00e0 la notion de recouvrement de la souverainet\u00e9 populaire (nationale) li\u00e9 \u00e0 la rupture avec le carcan de l\u2019UE. Sans compter que ce serait la meilleure mani\u00e8re de couper l\u2019herbe sous les pieds d\u2019une droite et d\u2019une extr\u00eame droite qui ne manqueraient pas de mener campagne simultan\u00e9ment sur ce m\u00eame th\u00e8me, mais en lui donnant un contenu r\u00e9actionnaire et x\u00e9nophobe tout diff\u00e9rent, du type \u00ab pr\u00e9f\u00e9rence nationale \u00bb, et derri\u00e8re lesquelles se regrouperaient alors les classes poss\u00e9dantes, bourgeoisie en t\u00eate. Bref, comme d\u2019habitude, c\u2019est la bonne vieille lutte des classes qui continuerait alors \u00e0 \u00e9crire l\u2019histoire. (12 ao\u00fbt 2012)<\/h3>\n<h3>\n<hr style=\"text-align: justify;\" size=\"1\" \/><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref1\" target=\"_blank\">[1]<\/a> <a href=\"http:\/\/epp.eurostat.ec.europa.eu\/tgm\/table.do?tab=table&amp;init=1&amp;plugin=1&amp;language=fr&amp;pcode=tec00115\" target=\"_blank\">http:\/\/epp.eurostat.ec.europa.eu\/tgm\/table.do?tab=table&amp;init=1&amp;plugin=1&amp;language=fr&amp;pcode=tec00115<\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref2\" target=\"_blank\">[2]<\/a><a href=\"http:\/\/www.statistics.gr\/portal\/page\/portal\/ESYE\/BUCKET\/A0101\/Other\/A0101_SJO02_TS_MM_01_2004_04_2012_01A_F_EN.xls\" target=\"_blank\">http:\/\/www.statistics.gr\/portal\/page\/portal\/ESYE\/BUCKET\/A0101\/Other\/A0101_SJO02_TS_MM_01_2004_04_2012_01A_F_EN.xls<\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref3\" target=\"_blank\">[3]<\/a><a href=\"http:\/\/www.statistics.gr\/portal\/page\/portal\/ESYE\/BUCKET\/A0101\/PressReleases\/A0101_SJO02_DT_MM_04_2012_01_F_EN.pdf\" target=\"_blank\">http:\/\/www.statistics.gr\/portal\/page\/portal\/ESYE\/BUCKET\/A0101\/PressReleases\/A0101_SJO02_DT_MM_04_2012_01_F_EN.pdf<\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref4\" target=\"_blank\">[<em><span style=\"color: #0000ff;\">4]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Ainsi le second m\u00e9morandum dict\u00e9 \u00e0 la Gr\u00e8ce par la Tro\u00efka fin 2011 impose-t-il une baisse du salaire minimum de 22 % et m\u00eame de 32 % pour les jeunes de moins de vingt-cinq ans, \u00e0 laquelle s\u2019ajoute la suppression de primes \u00e9quivalentes \u00e0 deux mois de salaire, soit une baisse cumul\u00e9e respectivement de 33 % et de 42% ! Foundation for Economic and Industrial Research, The Greek Economy 1\/12, Quaterly Bulletin, n\u00b067, March 2012, page 67. En ligne : <\/span><\/em><a href=\"http:\/\/www.iobe.gr\/media\/engoik\/112eng.pdf\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">http:\/\/www.iobe.gr\/media\/engoik\/112eng.pdf<\/span><\/em><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref5\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[5]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> En t\u00e9moigne l\u2019augmentation dramatique du taux de suicide et, notamment, des suicides en public. Cf. The Lancet, \u00ab Increased suicidality amid economic crisis in Greece \u00bb,<\/span><\/em><a href=\"http:\/\/www.thelancet.com\/journals\/lancet\/article\/PIIS0140-6736%2811%2961638-3\/fulltext\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">http:\/\/www.thelancet.com\/journals\/lancet\/article\/PIIS0140-6736(11)61638-3\/fulltext<\/span><\/em><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref6\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[6i]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Du fait de la r\u00e9cession, les rentr\u00e9es fiscales ont \u00e9t\u00e9 inf\u00e9rieures de pr\u00e8s d\u2019un milliard d\u2019euros sur les pr\u00e9visions en 2011 et risquaient de l\u2019\u00eatre de trois milliards en 2012, n\u00e9cessitant une r\u00e9vision du budget \u00e0 peine l\u2019exercice entam\u00e9 : The Greek Economy 1\/12, op. cit., page 35.<\/span><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref7\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[7]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Sur les emprunts \u00e0 dix ans : 4,55 % en avril, 4,69 % en mai, 4,73 % en juin. Cf. Le Parisien, 12 juin 2012, <\/span><\/em><a href=\"http:\/\/www.leparisien.fr\/flash-actualite-economie\/la-grece-leve-1-625-milliard-d-euros-en-bons-avec-un-taux-en-legere-hausse-12-06-2012-2045201.php\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">http:\/\/www.leparisien.fr\/flash-actualite-economie\/la-grece-leve-1-625-milliard-d-euros-en-bons-avec-un-taux-en-legere-hausse-12-06-2012-2045201.php<\/span><\/em><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref8\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[8]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Le Parisien, 18 juillet 2012, en ligne : <\/span><\/em><a href=\"http:\/\/www.leparisien.fr\/flash-actualite-economie\/banques-espagnoles-le-taux-de-creances-douteuses-atteint-un-nouveau-record-18-07-2012-2094189.php\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">http:\/\/www.leparisien.fr\/flash-actualite-economie\/banques-espagnoles-le-taux-de-creances-douteuses-atteint-un-nouveau-record-18-07-2012-2094189.php<\/span><\/em><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref9\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[9]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Le Figaro, 19 juillet 2012, en ligne : <\/span><\/em><a href=\"http:\/\/www.lefigaro.fr\/conjoncture\/2012\/07\/19\/20002-20120719ARTFIG00554-espagne-plan-de-sauvetage-pour-les-banques.php\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">http:\/\/www.lefigaro.fr\/conjoncture\/2012\/07\/19\/20002-20120719ARTFIG00554-espagne-plan-de-sauvetage-pour-les-banques.php<\/span><\/em><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref10\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[10]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Les Echos, 24 juillet 2012, en ligne <\/span><\/em><a href=\"http:\/\/www.lesechos.fr\/entreprises-secteurs\/finance-marches\/actu\/afp-00456629-dette-taux-record-de-l-espagne-l-allemagne-se-tend-un-peu-apres-moody-s-346851.php\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">http:\/\/www.lesechos.fr\/entreprises-secteurs\/finance-marches\/actu\/afp-00456629-dette-taux-record-de-l-espagne-l-allemagne-se-tend-un-peu-apres-moody-s-346851.php<\/span><\/em><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref11\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[11]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> <\/span><\/em><a href=\"http:\/\/epp.eurostat.ec.europa.eu\/cache\/ITY_PUBLIC\/2-23072012-AP\/FR\/2-23072012-AP-FR.PDF\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">http:\/\/epp.eurostat.ec.europa.eu\/cache\/ITY_PUBLIC\/2-23072012-AP\/FR\/2-23072012-AP-FR.PDF<\/span><\/em><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref12\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[12]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Ibid.<\/span><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref13\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[13]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Cf. note 1.<\/span><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref14\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[14]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Selon la police fiscale italienne, la fraude fiscale s\u2019\u00e9l\u00e8verait \u00e0 120 \u00e0 130 Mds \u20ac, soit une fois et demie le montant du d\u00e9ficit budg\u00e9taire. Cf. Courrier International, 9 janvier 2012, en ligne :<\/span><\/em><a href=\"http:\/\/www.courrierinternational.com\/article\/2012\/01\/09\/cortina-capitale-de-la-fraude-fiscale\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">http:\/\/www.courrierinternational.com\/article\/2012\/01\/09\/cortina-capitale-de-la-fraude-fiscale<\/span><\/em><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref15\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[15]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Cf. note 10.<\/span><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref16\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[16]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Entendons le gouvernement informel et non officiel mais parfaitement r\u00e9el de l\u2019UE, regroupant la Commission europ\u00e9enne et ses services, la direction de la BCE, les dirigeants de l\u2019Eurogroupe, la Cour de justice europ\u00e9enne gardienne des trait\u00e9s europ\u00e9ens, avec ses pseudopodes dans tous les gouvernements nationaux mais aussi infranationaux (les pouvoirs g\u00e9rant les grandes r\u00e9gions et les grandes m\u00e9tropoles motrices de l\u2019UE).<\/span><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref17\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[17]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Pour un expos\u00e9 de ces contradictions, voir mon article \u00abLa \u201cconstruction europ\u00e9enne\u201d en crise \u00bb, A Contre-Courant, n\u00b0228, octobre 2011.<\/span><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref18\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[18]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Soit des obligations de 1 000 \u20ac \u00e9mise par un \u00c9tat \u00e0 5 % sur dix ans ; chacune rapporte donc 50 \u20ac tous les ans \u00e0 son possesseur. Si des doutes quant aux capacit\u00e9s de remboursement de cet \u00c9tat apparaissent, ces obligations vont s\u2019\u00e9changer sur le march\u00e9 boursier avec une d\u00e9cote plus ou importante. Supposons qu\u2019elle soit de 50 % : ces obligations s\u2019\u00e9changent donc d\u00e9sormais \u00e0 500 \u20ac. Celui qui les acquiert \u00e0 ce prix n\u2019en dispose pas moins de titres dont chacun lui rapporte 50 \u20ac par an, soit 10 %. D\u00e8s lors, si le m\u00eame \u00c9tat doit \u00e0 nouveau se porter sur le march\u00e9 financier, il devra \u00e9mettre ses nouvelles obligations au taux de 10 % pour trouver des preneurs. Ainsi le cours des obligations anciennes sur le march\u00e9 boursier tend-il \u00e0 fixer le taux auquel doivent \u00eatre \u00e9mises les obligations nouvelles sur le march\u00e9 financier.<\/span><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref19\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[19]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Le n\u00e9olib\u00e9ralisme est solidaire d\u2019une \u00ab \u00e9conomie politique de l\u2019offre \u00bb pour laquelle si la \u00ab croissance \u00bb (le taux d\u2019accumulation du capital) est insuffisante, g\u00e9n\u00e9rant sous-emploi (ch\u00f4mage), ce serait fondamentalement parce que \u00ab l\u2019offre \u00bb (l\u2019activit\u00e9 des entreprises) se trouverait entrav\u00e9e par des obstacles (par exemple par un niveau trop \u00e9lev\u00e9 des salaires, des contraintes r\u00e9glementaires, une fiscalit\u00e9 pesant sur l\u2019investissement dissuasive, etc.) qu\u2019il s\u2019agirait de r\u00e9duire ou, mieux encore, de faire dispara\u00eetre.<\/span><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref20\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[20]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Voir \u00ab Que cache la croissance de la dette publique ? \u00bb, A Contre-Courant, n\u00b0211, janvier-f\u00e9vrier 2010 ; \u00abDerri\u00e8re l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 budg\u00e9taire, une nouvelle agression contre le salariat\u00bb, http:\/\/alencontre.org\/economie\/derriere-l%E2%80%99austerite-budgetaire-une-nouvelle-agression-contre-le-salariat.html.<\/span><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref21\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[21]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Voir \u00abLe triomphe catastrophique du n\u00e9olib\u00e9ralisme\u00bb <\/span><\/em><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/economie\/le-triomphe-catastrophique-du-neoliberalisme.html\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">http:\/\/alencontre.org\/economie\/le-triomphe-catastrophique-du-neoliberalisme.html<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> et \u00abUne victoire \u00e0 la Pyrrhus \u00bb, http:\/\/alencontre.org\/economie\/sur-la-crise-une-victoire-a-la-pyrrhus.html.<\/span><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref22\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[22]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Voir \u00ab A l\u2019Ouest, quoi de nouveau ? \u00bb, <\/span><\/em><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/a-louest-rien-de-nouveau.html\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">http:\/\/alencontre.org\/europe\/a-louest-rien-de-nouveau.html<\/span><\/em><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref23\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[23]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> \u00ab \u00c9conomie politique du \u00ab syst\u00e8me-euro \u00bb \u00bb <\/span><\/em><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/laune\/economie-politique-du-systeme-euro.html\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">http:\/\/alencontre.org\/laune\/economie-politique-du-systeme-euro.html<\/span><\/em><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref24\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[24]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> La suite de l\u2019article int\u00e8gre un certain nombre d\u2019\u00e9l\u00e9ments \u00e9labor\u00e9s avec Charles-Andr\u00e9 Udry lors d\u2019une discussion d\u00e9but ao\u00fbt.<\/span><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref25\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[25]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Cf. \u00ab Introduction g\u00e9n\u00e9rale \u00bb, La pr\u00e9histoire du capital, Page 2, 2006, pages 53-72.<\/span><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref26\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[26]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Une argumentation en ce sens a \u00e9t\u00e9 d\u00e9velopp\u00e9e dans \u00ab Sommaire rappel de quelques v\u00e9rit\u00e9s \u00e9l\u00e9mentaires sur la dette publique \u00bb, A Contre Courant, n\u00b0162, f\u00e9vrier-mars 2005 et dans \u00ab Que cache la croissance de la dette publique ? \u00bb, A Contre-Courant, n\u00b0211, janvier-f\u00e9vrier 2010. Cf. aussi l\u2019article \u00ab Dette publique \u00bb dans La novlangue n\u00e9olib\u00e9rale, Editions Page 2, 2007.<\/span><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref27\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[27]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Le d\u00e9tail en a \u00e9t\u00e9 expos\u00e9 dans \u00abLes voies d\u2019une alternative\u00bb, A Contre-Courant, n\u00b0229, novembre 2011, en reprenant l\u00e0 encore des suggestions avanc\u00e9es par Michel Husson.<\/span><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alencontre.org\/europe\/lunion-europeenne-entre-eclatement-et-refondation.html#_ednref28\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #0000ff;\">[28]<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #0000ff;\"> Ils ont \u00e9t\u00e9 d\u00e9taill\u00e9s dans l\u2019article cit\u00e9 dans la note pr\u00e9c\u00e9dente.<\/span><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><em><span style=\"color: #008000;\">\u00a0Un autre article (Mediapart )<\/span><\/em><\/p>\n<h1>Le n\u00e9cessaire d\u00e9bat europ\u00e9en<\/h1>\n<p><em><span style=\"color: #808000;\">12 ao\u00fbt 2012 | Par <\/span><\/em><a title=\"Tous les articles de Edwy Plenel\" href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/biographie\/23\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #808000;\">Edwy Plenel<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #808000;\"> &#8211; Mediapart.fr<\/span><\/em><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le Conseil constitutionnel a d\u00e9cid\u00e9, jeudi 9 ao\u00fbt, que l\u2019adoption par la France du \u00ab Trait\u00e9 sur la stabilit\u00e9, la coordination et la gouvernance de l\u2019Union \u00e9conomique et mon\u00e9taire \u00bb ne n\u00e9cessite pas de r\u00e9forme de la Constitution, et donc de r\u00e9f\u00e9rendum. Le simple rappel de l\u2019intitul\u00e9 de ce TSCG, trait\u00e9 \u00e9labor\u00e9 de concert par Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, montre l\u2019enjeu historique de cette d\u00e9cision, plus politicienne que juridique. Face \u00e0 la crise qui la mine, l\u2019Europe n\u00e9cessite un d\u00e9bat public. L\u2019\u00e9viter, c\u2019est lui rendre le pire service et, de ce d\u00e9ni de d\u00e9mocratie, l\u2019id\u00e9al europ\u00e9en sera la premi\u00e8re victime. Parti pris.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Curieuse fa\u00e7on, entre amn\u00e9sie et aveuglement, de marquer le cinqui\u00e8me anniversaire de la crise financi\u00e8re qui, aujourd\u2019hui encore, sape les fondations des \u00e9conomies europ\u00e9ennes. C\u2019est en effet le 9 ao\u00fbt 2007 qu\u2019a publiquement commenc\u00e9, pour la France, la crise avec la d\u00e9cision de la banque BNP Paribas de suspendre la valorisation de trois de ses fonds sp\u00e9culatifs adoss\u00e9s aux \u00ab subprimes \u00bb am\u00e9ricains. Cinq ans apr\u00e8s, le Conseil constitutionnel continue de raisonner hors de toute exp\u00e9rience v\u00e9cue, comme si l\u2019\u00e9v\u00e9nement, son ampleur et sa dur\u00e9e, ses surprises et ses r\u00e9v\u00e9lations, n\u2019avait rien enseign\u00e9 \u00e0 ses membres sur les cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses d\u2019une d\u00e9possession d\u00e9mocratique du d\u00e9bat \u00e9conomique.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Non seulement ils n\u2019ont rien appris du pr\u00e9sent, mais ils oublient le pass\u00e9. Se souviennent-ils que la R\u00e9publique fran\u00e7aise, dont ils devraient \u00eatre les gardiens, est n\u00e9e d\u2019une crise des finances publiques ? Et de la d\u00e9cision volontaire des repr\u00e9sentants du Tiers Etat d\u2019imposer la politique, ses libres d\u00e9lib\u00e9ration et \u00e9laboration, en lieu et place d\u2019une pr\u00e9tendue technique confiscatoire du bien commun, au profit d\u2019un ordre injuste ? Rappel\u00e9 aux affaires par Louis XVI en 1788, le financier <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jacques_Necker\" target=\"_blank\">Jacques Necker<\/a> (1732-1804) est alors le repr\u00e9sentant de cette lign\u00e9e sans fin d\u2019experts qui savent toujours mieux que le peuple ce qui est bon pour lui.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Necker est en somme le \u00ab Monsieur Tina \u00bb de l\u2019\u00e9poque (\u00ab There Is No Alternative \u00bb). Aux Etats g\u00e9n\u00e9raux exceptionnellement convoqu\u00e9s pour r\u00e9soudre la crise financi\u00e8re d\u2019un royaume surendett\u00e9 \u2013 ils n\u2019avaient plus \u00e9t\u00e9 r\u00e9unis depuis 1614 \u2013, ce banquier et sp\u00e9culateur professionnel se contente de dire : \u00ab Faites moi confiance ! \u00bb. \u00ab Lui seul, Necker, par quelques habiles combinaisons, suffirait \u00e0 r\u00e9tablir l\u2019\u00e9quilibre \u00bb, r\u00e9sume <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean_Jaur%C3%A8s\" target=\"_blank\">Jean Jaur\u00e8s<\/a> (1859-1914) dans son <a href=\"http:\/\/gallica.bnf.fr\/ark:\/12148\/bpt6k5458931g\" target=\"_blank\">Histoire socialiste de la R\u00e9volution fran\u00e7aise<\/a> alors qu\u2019il pouvait, souligne-t-il, \u00ab proclamer son impuissance \u00e0 \u00e9quilibrer le budget tant que le contr\u00f4le de la Nation elle-m\u00eame ne r\u00e9primerait point les abus \u00bb.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">C\u2019est donc ce que fit \u00e0 sa place le Tiers Etat, ouvrant ainsi le premier acte de la pi\u00e8ce r\u00e9volutionnaire qui conduisit \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement en 1792 de la Premi\u00e8re R\u00e9publique. Ce fut le 17 juin 1789, jour o\u00f9 les repr\u00e9sentants du Tiers Etat, rejoints par quelques cur\u00e9s, se proclam\u00e8rent \u00ab Assembl\u00e9e nationale \u00bb. Mais ce qui est trop souvent pass\u00e9 sous silence, c\u2019est le premier geste concret de cette assembl\u00e9e autoproclam\u00e9e : il concerne le budget de la Nation, ses recettes (les imp\u00f4ts) et ses d\u00e9ficits (la dette). A peine s\u2019\u00e9tait-elle d\u00e9clar\u00e9e seule \u00e0 m\u00eame \u00ab d\u2019interpr\u00e9ter et de pr\u00e9senter la volont\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale de la nation \u00bb que l\u2019Assembl\u00e9e nationale adoptait un \u00ab D\u00e9cret pour autoriser la perception des imp\u00f4ts et le paiement de la dette publique \u00bb, dans lequel elle affirme sa totale souverainet\u00e9 en cette mati\u00e8re (<a href=\"http:\/\/mjp.univ-perp.fr\/france\/1789-17juin.htm\" target=\"_blank\">lire ici les deux textes<\/a>, la proclamation et le d\u00e9cret).<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">D\u00e8s lors, comment accepter ce coup d\u2019Etat \u00e0 froid qui, sans d\u00e9bat national et sans vote populaire, propose d\u2019introduire une pr\u00e9tendue \u00ab r\u00e8gle d\u2019or \u00bb europ\u00e9enne qui, dor\u00e9navant, s\u2019imposerait au Parlement fran\u00e7ais dans l\u2019\u00e9laboration du budget annuel, le vote de la loi fiscale, la ma\u00eetrise des recettes et des d\u00e9penses, etc., en d\u2019autres termes tous les leviers financiers des politiques publiques ? Car tel est bien l\u2019enjeu de ce TSCG qui impose un d\u00e9ficit structurel (hors circonstances exceptionnelles et service de la dette) ne d\u00e9passant pas 0,5% du Produit int\u00e9rieur brut (PIB) et dont le Conseil constitutionnel recommande l\u2019adoption par une simple loi organique, sans majorit\u00e9 qualifi\u00e9e des deux tiers comme pour les r\u00e9visions constitutionnelles.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Il s\u2019agit donc d\u2019inscrire l\u2019acceptation sans discussion, d\u00e8s le 1er janvier 2013, d\u2019une contrainte ext\u00e9rieure automatique, sous peine de sanctions elles aussi quasi automatiques et pouvant atteindre un montant \u00e9quivalent \u00e0 0,2% du PIB. M\u00eame ceux qui, \u00e0 gauche, sont pr\u00eats \u00e0 accepter cette perte manifeste de souverainet\u00e9 en pleine d\u00e9b\u00e2cle \u00e9conomique ne devraient pas admettre qu\u2019elle soit impos\u00e9e sans d\u00e9bat public et sans vote citoyen. Et ceci d\u2019autant moins que, cette ann\u00e9e m\u00eame, lors de l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, les Fran\u00e7ais ont fait le choix inverse, en \u00e9lisant le candidat qui s\u2019engageait \u00e0 \u00ab ren\u00e9gocier \u00bb le Trait\u00e9 europ\u00e9en accept\u00e9 par son adversaire.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Au hasard d\u2019un dictionnaire, <a href=\"http:\/\/www.lerobert.com\/index.php\" target=\"_blank\">Le Robert<\/a> par exemple : \u00ab Ren\u00e9gocier : N\u00e9gocier \u00e0 nouveau (les termes d\u2019un accord, d\u2019un contrat) \u00bb. Or c\u2019est ce m\u00eame Trait\u00e9, intact \u00e0 la virgule pr\u00e8s, sans aucun terme modifi\u00e9, qui nous est aujourd&rsquo;hui pr\u00e9sent\u00e9 et qu\u2019il faudrait accepter sans broncher, ni d\u00e9battre ni voter ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Un trait\u00e9 inchang\u00e9 qui n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 ren\u00e9goci\u00e9<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Personne, dans la gauche socialiste (et \u00e9cologiste) d\u00e9sormais au pouvoir, un pouvoir sans partage par l\u2019effet d\u2019aubaine du pr\u00e9sidentialisme, ne devrait \u00eatre surpris que cette question soit aujourd\u2019hui pos\u00e9e, haut et fort. Car le pi\u00e8ge de cette \u00ab r\u00e8gle d\u2019or \u00bb lui est tendu depuis une bonne ann\u00e9e, tr\u00e8s pr\u00e9cis\u00e9ment depuis la lettre adress\u00e9e, le 26 juillet 2011, aux parlementaires par le pr\u00e9sident sortant, Nicolas Sarkozy (relire l\u2019article de Martine Orange : <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/economie\/270711\/regle-dor-le-piege-tendu-la-gauche\" target=\"_blank\">R\u00e8gle d\u2019or : le pi\u00e8ge tendu \u00e0 la gauche<\/a>). A l\u2019\u00e9poque, les constitutionnalistes consult\u00e9s par Mediapart, aujourd\u2019hui trop silencieux, s\u2019accordaient sur l\u2019obligation de modifier la Constitution si, d\u2019aventure, ce bouleversement de la loi fondamentale \u00e9tait introduit (voir cet autre article : <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/economie\/291111\/euro-la-constitution-se-rappelle-paris-et-berlin\" target=\"_blank\">Euro : la Constitution se rappelle \u00e0 Paris et Berlin<\/a>).<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00ab Le budget est une pr\u00e9rogative r\u00e9galienne. C\u2019est un des piliers de la souverainet\u00e9 nationale \u00bb, d\u00e9clarait le constitutionnaliste <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Didier_Maus\" target=\"_blank\">Didier Maus<\/a>. \u00ab La loi de finances est l\u2019acte politique le plus important de l\u2019ann\u00e9e \u00bb, rench\u00e9rissait son coll\u00e8gue <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Jean_Gicquel\" target=\"_blank\">Jean Gicquel<\/a>. Et de rappeler non seulement l\u2019acte fondateur du 17 juin 1789 mais aussi le premier mot d\u2019ordre des r\u00e9volutionnaires am\u00e9ricains face \u00e0 la puissance britannique : <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/No_taxation_without_representation\" target=\"_blank\">\u00ab No taxation without representation \u00bb<\/a> (pas d\u2019imp\u00f4t sans repr\u00e9sentation). Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, le premier ministre, le gouvernement et ses ministres savent pertinemment tout cela, d\u2019autant plus que, de la primaire socialiste \u00e0 l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, cette question fut d\u00e9battue largement, pour une conclusion inverse \u00e0 celle qui est aujourd\u2019hui propos\u00e9e.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Profession de foi de Fran\u00e7ois Hollande, <a href=\"http:\/\/www.partisocialisterhone.fr\/2012\/04\/16\/presidentielle-1er-tour-la-profession-de-foi-de-francois-hollande\/\" target=\"_blank\">au premier tour, le 22 avril 2012<\/a> : \u00ab Je r\u00e9orienterai l\u2019Europe : ren\u00e9gociation du trait\u00e9 d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 dans le sens de la croissance et de l\u2019emploi \u00bb. Profession de foi du m\u00eame, <a href=\"http:\/\/www.parti-socialiste.fr\/articles\/la-profession-de-foi-de-francois-hollande-pour-le-deuxieme-tour\" target=\"_blank\">au second tour, du 6 mai 2012<\/a> : \u00ab Il faut changer de logique, et d\u2019abord en Europe (\u2026). Fort de votre soutien, je ren\u00e9gocierai le trait\u00e9 europ\u00e9en pour engager des grands projets d\u2019avenir et nous prot\u00e9ger de la concurrence d\u00e9loyale dans la mondialisation \u00bb. Ralli\u00e9 \u00e0 Fran\u00e7ois Hollande apr\u00e8s la primaire, aujourd\u2019hui ministre du redressement productif tandis que son directeur de campagne, <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Aquilino_Morelle\" target=\"_blank\">Aquilino Morelle<\/a>, est devenu conseiller politique du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, <a href=\"http:\/\/www.arnaudmontebourg2012.fr\/libre-echange-et-demondialisation\" target=\"_blank\">le \u00ab d\u00e9mondialisateur \u00bb Arnaud Montebourg<\/a> ne cessait alors de critiquer \u00ab le mur de la dette et le pi\u00e8ge comptable de la peur \u00bb, machinerie id\u00e9ologique destin\u00e9e \u00e0 mettre les Etats au banc des accus\u00e9s plut\u00f4t que les march\u00e9s et le banques.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">On le sait : le TSCG n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 ren\u00e9goci\u00e9, la promesse de campagne s\u2019\u00e9tant imm\u00e9diatement perdue dans les sables des compromis europ\u00e9ens. Faute d\u2019un rapport de forces suffisant, Fran\u00e7ois Hollande a seulement obtenu que ce trait\u00e9 dit budg\u00e9taire soit compl\u00e9t\u00e9 par un \u00ab pacte de croissance \u00bb. A peine \u00e9tait-il obtenu au forceps que chacun s\u2019accordait \u00e0 juger insuffisant ce petit effort de d\u00e9blocage de 120 milliards d\u2019euros, soit \u00e0 peine 1% du PIB de l\u2019Union, pour relancer la croissance europ\u00e9enne, montant bien inf\u00e9rieur aux sommes faramineuses d\u00e9vers\u00e9es depuis cinq ans sans contrepartie par la Banque centrale europ\u00e9enne dans les caisses d\u2019un syst\u00e8me bancaire priv\u00e9 en d\u00e9route (lire <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/economie\/260612\/europe-le-petit-pacte-de-croissance-de-hollande-ne-suffira-pas\" target=\"_blank\">ici<\/a>, <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/220612\/serpent-de-mer-europeen-la-taxe-tobin-concernera-un-groupe-restreint\" target=\"_blank\">l\u00e0<\/a>, <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/economie\/270612\/europe-pourquoi-angela-merkel-sobstine\" target=\"_blank\">l\u00e0<\/a> et <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/220712\/bruxelles-francois-hollande-critique-pour-son-double-discours-sur-la-re\" target=\"_blank\">encore l\u00e0<\/a> les articles de Ludovic Lamant depuis Bruxelles).<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">L\u2019Europe est une n\u00e9gociation permanente et toute n\u00e9gociation suppose des compromis. Mais, ici, qui ne voit que l\u2019\u00e9change est totalement in\u00e9gal ? D\u2019un c\u00f4t\u00e9, un trait\u00e9 contraignant qui soumet des Etats souverains \u00e0 une r\u00e8gle budg\u00e9taire arbitraire, sous peine de sanctions financi\u00e8res sans appel. De l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, c\u2019est-\u00e0-dire celui des causes structurelles de la crise (financiarisation de l\u2019\u00e9conomie, syst\u00e8me bancaire d\u00e9r\u00e9gul\u00e9, \u00e9vasion fiscale g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, paradis fiscaux, appropriation et d\u00e9tournement des richesses nationales, etc.), rien ou presque, en tout cas si peu. D\u2019un c\u00f4t\u00e9, des exigences fermes et cat\u00e9goriques. De l\u2019autre, des espoirs vagues et incertains qui sont d\u00e9j\u00e0 largement dissip\u00e9s par l\u2019approfondissement de la crise durant cet \u00e9t\u00e9 (lire sa chronique alarmante sous la plume de Martine Orange, notamment <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/economie\/080812\/crise-lete-de-tous-les-dangers\" target=\"_blank\">ici<\/a>, <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/070812\/litalie-senfonce-dans-la-recession\" target=\"_blank\">l\u00e0<\/a>, <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/economie\/030812\/les-armes-emoussees-des-banques-centrales\" target=\"_blank\">l\u00e0<\/a>, <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/economie\/020812\/euro-la-cinglante-defaite-de-mario-draghi\" target=\"_blank\">l\u00e0<\/a>, <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/260712\/le-sombre-avertissement-de-lofce\" target=\"_blank\">l\u00e0<\/a> et <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/economie\/160712\/une-fuite-massive-de-capitaux-menace-leurope\" target=\"_blank\">encore l\u00e0<\/a>).<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Sauf \u00e0 \u00eatre de totale mauvaise foi, le pouvoir actuel n\u2019ignore rien de ce pi\u00e8ge qui menace son cr\u00e9dit aupr\u00e8s des citoyens qui lui ont fait confiance. Marquant, par sa composition, la r\u00e9conciliation des gauches socialistes du oui et du non au r\u00e9f\u00e9rendum europ\u00e9en de 2005 (<a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/160512\/les-surprises-du-gouvernement-notre-dossier\" target=\"_blank\">lire ici notre article<\/a>), il sait fort bien qu\u2019une nouvelle impasse europ\u00e9enne le renverrait \u00e0 ses divisions pass\u00e9es et, surtout, aux d\u00e9ceptions populaires qui, chaque fois, ont accompagn\u00e9 une politique europ\u00e9enne trop peu d\u00e9battue. Et, du coup, socialement d\u00e9sastreuse, tant elle para\u00eet impos\u00e9e par ceux d\u2019en haut contre les engagements pris aupr\u00e8s de ceux d\u2019en bas.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">C\u2019est ici que le Conseil constitutionnel vient \u00e0 son secours, dans une man\u0153uvre qui tient plus de l\u2019habilet\u00e9 politicienne que du droit fondamental. Aussi contestable sur la forme que sur le fond.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le tour de bonneteau du Conseil constitutionnel<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s que le premier article ait \u00e9nonc\u00e9 explicitement la finalit\u00e9 de \u00ab discipline budg\u00e9taire \u00bb commune des Etats signataires, c\u2019est l\u2019article 3 du TSCG qui est au c\u0153ur de ce pacte (t\u00e9l\u00e9charger <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/files\/TSCG.pdf\" target=\"_blank\">ici le texte du Trait\u00e9 en format PDF<\/a>). Il \u00e9nonce, petit \u00ab a \u00bb, que \u00ab la situation budg\u00e9taire des administrations publiques d\u2019une partie contractante est en \u00e9quilibre ou en exc\u00e9dent \u00bb, et, petit \u00ab b \u00bb, que \u00ab la r\u00e8gle \u00e9nonc\u00e9e au point a) est consid\u00e9r\u00e9e comme respect\u00e9e si le solde structurel annuel des administrations publiques correspond \u00e0 l\u2019objectif \u00e0 moyen terme sp\u00e9cifique \u00e0 chaque pays (\u2026) avec une limite inf\u00e9rieure de d\u00e9ficit structurel de 0,5% du PIB au prix du march\u00e9 \u00bb.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">L\u2019enjeu politique d\u00e9cisif, autrement dit l\u2019abandon de souverainet\u00e9, est ensuite pr\u00e9cis\u00e9 dans ce m\u00eame article 3, alin\u00e9a 2, ainsi r\u00e9dig\u00e9 : \u00ab Les r\u00e8gles \u00e9nonc\u00e9es au paragraphe 1 prennent effet dans le droit national des parties contractantes au plus tard un an apr\u00e8s l\u2019entr\u00e9e en vigueur du pr\u00e9sent trait\u00e9, au moyen de dispositions contraignantes et permanentes, de pr\u00e9f\u00e9rence constitutionnelles, ou dont le plein respect et la stricte observance tout au long des processus budg\u00e9taires nationaux sont garantis de quelque autre fa\u00e7on \u00bb.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Acceptant l\u2019archa\u00efque pr\u00e9sence \u00e0 vie des anciens pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique (Val\u00e9ry Giscard d\u2019Estaing fut de la d\u00e9lib\u00e9ration du 9 ao\u00fbt) et compos\u00e9 de neuf membres nomm\u00e9s par tiers par seulement trois \u00e9lus (les pr\u00e9sidents de la R\u00e9publique, du S\u00e9nat, de l\u2019Assembl\u00e9e), le Conseil constitutionnel fran\u00e7ais fait autant de politique que de droit. Dans cette affaire, il vient de le montrer avec \u00e9clat. Pour \u00e9viter une r\u00e9forme constitutionnelle, il s\u2019est saisi d\u2019un seul mot, une conjonction disjonctive : \u00ab ou \u00bb. Dans sa d\u00e9cision (lire <a href=\"http:\/\/www.conseil-constitutionnel.fr\/conseil-constitutionnel\/francais\/les-decisions\/acces-par-date\/decisions-depuis-1959\/2012\/2012-653-dc\/decision-n-2012-653-dc-du-09-aout-2012.115444.html\" target=\"_blank\">l\u2019int\u00e9gral ici<\/a> et <a href=\"http:\/\/www.conseil-constitutionnel.fr\/conseil-constitutionnel\/francais\/les-decisions\/acces-par-date\/decisions-depuis-1959\/2012\/2012-653-dc\/communique-de-presse.115445.html\" target=\"_blank\">le communiqu\u00e9 l\u00e0<\/a>), il en d\u00e9duit logiquement \u00ab une alternative \u00bb dont il d\u00e9finit ainsi les termes : entre soit des \u00ab dispositions contraignantes et permanentes, de pr\u00e9f\u00e9rence constitutionnelles \u00bb, soit les autres dispositions \u00e9voqu\u00e9es dans le deuxi\u00e8me membre de la phrase.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">S\u2019empressant de choisir le second terme de l\u2019alternative, au pr\u00e9texte que les pr\u00e9c\u00e9dents trait\u00e9s europ\u00e9ens ont d\u00e9j\u00e0 inscrit des exigences (3% du PIB) sur les d\u00e9ficits des Etats, le Conseil a donc recommand\u00e9 une loi organique qui suppose un simple vote majoritaire des assembl\u00e9es. Et le tour est jou\u00e9. Mais il y a un loup. Car le Conseil ne s\u2019est pas trop pr\u00e9occup\u00e9 des virgules, diablotins s\u00e9mantiques o\u00f9 se nichent les d\u00e9tails d\u00e9cisifs. Si celles-ci ont un sens, le groupe de mots \u00ab dispositions contraignantes et permanentes \u00bb s\u2019applique aussi bien \u00e0 la variante \u00ab de pr\u00e9f\u00e9rence constitutionnelles \u00bb qu\u2019\u00e0 celle \u00ab de quelque autre fa\u00e7on \u00bb. Or le Conseil fait comme s\u2019il n\u2019en \u00e9tait rien, au point m\u00eame de dissocier l\u2019exigence de contrainte de celle de permanence.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Car, loin d\u2019exclure d\u00e9finitivement la solution d\u2019une r\u00e9forme constitutionnelle, et donc d\u2019un r\u00e9f\u00e9rendum, le Conseil constitutionnel affirme clairement (point 21 de sa d\u00e9cision) que, \u00ab si la France fait le choix de faire prendre effet aux r\u00e8gles \u00e9nonc\u00e9es au paragraphe 1 de l\u2019article 3 au moyen de dispositions contraignantes et permanentes, l\u2019autorisation de ratifier le trait\u00e9 devra \u00eatre pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e d\u2019une r\u00e9vision de la Constitution \u00bb. Du coup, il en vient, dans le point 22 qui suit, \u00e0 solliciter exag\u00e9r\u00e9ment le texte du Trait\u00e9 pour affirmer que, \u00ab dans la seconde branche de l\u2019alternative \u00bb, \u00ab le respect des r\u00e8gles n\u2019est pas garanti par des dispositions \u201ccontraignantes\u201d \u00bb et que, tout au plus, elles doivent \u00ab \u00eatre de nature permanente \u00bb et \u00ab concerner l\u2019ensemble des administrations publiques \u00bb.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">S\u2019il n\u2019est pas d\u00e9j\u00e0 \u00e9gar\u00e9 dans ce d\u00e9dale, le lecteur aura compris que ce jeu de bonneteau tente de relativiser la port\u00e9e politique d\u2019une adoption du Trait\u00e9. Autrement dit de ruser avec sa lettre \u2013 la contrainte \u00e9conomique supranationale \u2013 pour n\u2019en retenir que l\u2019esprit \u2013 la discipline budg\u00e9taire permanente. Mais aucune glose ou argutie ne r\u00e9ussira \u00e0 modifier les cons\u00e9quences concr\u00e8tes d\u2019un Trait\u00e9 dont la m\u00e9canique est redoutable et dont les intentions sont clairement indiqu\u00e9es d\u00e8s son pr\u00e9ambule qui \u00e9nonce \u00ab l\u2019obligation des parties contractantes de transposer la \u201cr\u00e8gle d\u2019\u00e9quilibre budg\u00e9taire\u201d dans leurs syst\u00e8mes juridiques nationaux au moyens de dispositions contraignantes, permanentes et de pr\u00e9f\u00e9rence constitutionnelles \u00bb.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00ab Contraignantes \u00bb fait donc bien partie du lot. Imp\u00e9ratif dont le respect, selon le Conseil constitutionnel lui-m\u00eame, exige une r\u00e9vision de la Constitution que ce m\u00eame Conseil nous refuse. Comprenne qui pourra.\u2026<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le pire service rendu \u00e0 l\u2019Europe en crise<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Au-del\u00e0 de la confiscation d\u00e9mocratique qui l\u2019inspire, aucune habilet\u00e9 ne r\u00e9ussira \u00e0 cacher que ce trait\u00e9 budg\u00e9taire, comme le disait la gauche alors d\u2019opposition lors de sa signature par Sarkozy et Merkel, est un mauvais service rendu \u00e0 l\u2019Europe. Il persiste sur le chemin qui \u00e9loigne l\u2019Union de ses peuples et l\u2019entra\u00eene vers l\u2019ab\u00eeme. Il fait comme si l\u2019exp\u00e9rience v\u00e9cue de la crise n\u2019avait pas fait bouger les lignes du d\u00e9bat europ\u00e9en, amenant certains des plus chauds partisans de l\u2019Europe \u00e0 s\u2019interroger sur l\u2019illogisme de sa construction et ses cons\u00e9quences d\u00e9sastreuses.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le pari d\u2019une construction politique renforc\u00e9e par le d\u00e9tour de l\u2019unification mon\u00e9taire a \u00e9chou\u00e9. La r\u00e9alit\u00e9 est inverse : fragile construction politique, incarn\u00e9e par des personnages de plus en plus falots et transparents, l\u2019Union europ\u00e9enne est \u00e0 la merci d\u2019une monnaie commune soumise \u00e0 la volont\u00e9 impr\u00e9visible et imma\u00eetrisable des march\u00e9s. Autrement dit \u00e0 la merci d\u2019un choix id\u00e9ologique, m\u00e9lange de dogme et de croyance, qui est le vice originel : des Etats qui ne peuvent s\u2019entraider, une BCE totalement hors contr\u00f4le, la priorit\u00e9 donn\u00e9e aux banquiers et aux financiers, les convergences fiscales et sociales renvoy\u00e9es aux calendes, des gouvernements nationaux d\u00e9munis face aux march\u00e9s devenus les juges tout puissants de leurs politiques, etc.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">S\u2019il en fallait une \u00e9ni\u00e8me preuve, le TSCG la fournit par le peu de cas qu\u2019il fait du Parlement europ\u00e9en \u00e0 propos de la \u00ab gouvernance de la zone euro \u00bb : tout au plus son pr\u00e9sident peut-il \u00ab \u00eatre invit\u00e9 \u00e0 \u00eatre entendu \u00bb (mais ce n\u2019est pas une obligation) lors des sommets de la zone euro, tandis que ses d\u00e9put\u00e9s seront seulement destinataires d\u2019un rapport a posteriori sur des d\u00e9cisions prises sans prendre leur avis. Apr\u00e8s tout, on aurait pu penser que la contrainte impos\u00e9e aux Parlements nationaux serait compens\u00e9e par une augmentation du pouvoir du Parlement europ\u00e9en sur l\u2019orientation, les choix et les finalit\u00e9s des politiques budg\u00e9taires ainsi harmonis\u00e9es et concert\u00e9es.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Rien de tel, car l\u2019objectif est, encore une fois, tout autre \u2013 et ceux qui, hier, par conviction europ\u00e9enne, ne l\u2019avaient pas entrevu ne peuvent aujourd\u2019hui l\u2019ignorer apr\u00e8s la d\u00e9monstration ass\u00e9n\u00e9e par la crise. Au nom de <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Ordolib%C3%A9ralisme\" target=\"_blank\">cet \u00ab ordolib\u00e9ralisme \u00bb<\/a>, variante allemande des th\u00e9ories \u00e9conomiques n\u00e9olib\u00e9rales, qui r\u00e9gente d\u00e9sormais l\u2019Europe, rempla\u00e7ant le pluralisme de la d\u00e9mocratie par l\u2019absolutisme des experts, il s\u2019agit de radicaliser la logique qui, pourtant, a conduit \u00e0 l\u2019impasse actuelle. Laquelle logique tend \u00e0 d\u00e9-d\u00e9mocratiser la politique \u00e9conomique, en la sortant du champ de la d\u00e9lib\u00e9ration. Symbole de cette expertise de quelques uns qui tient la drag\u00e9e haute \u00e0 la politique de tous, Mario Monti n\u2019a-t-il pas tout r\u00e9cemment regrett\u00e9 que les gouvernements puissent <a href=\"http:\/\/www.touteleurope.eu\/fr\/organisation\/etats-membres\/italie\/actualite\/actualite-vue-detaillee\/afficher\/fiche\/5981\/t\/99832\/from\/4783\/breve\/premiere-gaffe-internationale-pour-mario-monti.html?cHash=89a85d002a\" target=\"_blank\">\u00ab se laisser brider par les d\u00e9cisions de leur Parlement \u00bb<\/a> ? \u00ab Mieux vaut d\u00e9cevoir les march\u00e9s que la d\u00e9mocratie \u00bb, a vertement r\u00e9pondu au pr\u00e9sident du conseil italien\u2026 <a href=\"http:\/\/lexpansion.lexpress.fr\/economie\/face-a-monti-l-allemagne-defend-les-prerogatives-des-parlements_322459.html\" target=\"_blank\">le pr\u00e9sident du Bundestag allemand<\/a>.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Un trait\u00e9 inutile : c\u2019est, en substance, ce que le Parlement europ\u00e9en disait du TSCG dans <a href=\"http:\/\/www.europarl.europa.eu\/sides\/getDoc.do?type=TA&amp;reference=P7-TA-2012-0002&amp;language=FR\" target=\"_blank\">une r\u00e9solution vot\u00e9e \u00e0 une large majorit\u00e9 le 18 janvier 2012<\/a> o\u00f9 il exprimait ses \u00ab doutes quant \u00e0 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019un tel accord intergouvernemental \u00bb. Les incontournables \u00ab \u00e9conomistes atterr\u00e9s \u00bb (<a href=\"http:\/\/atterres.org\/\" target=\"_blank\">leur site est ici<\/a>) commencent par ce rappel leur tr\u00e8s p\u00e9dagogique ouvrage sur le pacte budg\u00e9taire, paru au seuil de l\u2019\u00e9t\u00e9. Apr\u00e8s avoir relev\u00e9 la c\u00e9cit\u00e9 volontaire du trait\u00e9 sur les enseignements de la crise, ils en r\u00e9sument solennellement l\u2019enjeu historique : \u00ab Nous souhaitons alerter les citoyens sur les dangers, immenses, auxquels l\u2019adoption de ce Trait\u00e9 exposerait les peuples d\u2019Europe s\u2019il venait \u00e0 \u00eatre ratifi\u00e9 par les 25 pays dont les dirigeants l\u2019ont sign\u00e9 le 2 mars 2012. Car c\u2019est tout \u00e0 la fois \u00e0 une forme d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 perp\u00e9tuelle et \u00e0 un risque tr\u00e8s accentu\u00e9 d\u2019explosion de la zone euro que la mise en application du Trait\u00e9 conduirait. Mais aussi, et ce n\u2019est pas moins grave, \u00e0 un r\u00e9tr\u00e9cissement mortel de la d\u00e9mocratie en Europe. Au grand b\u00e9n\u00e9fice des forces x\u00e9nophobes et autoritaires dont on voit la puissance montante dans de nombreux pays, \u00e0 commencer par la France \u00bb.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/files\/Edwy%20Plenel\/Economistes_atterres.png\" target=\"_blank\" rel=\"lightbox[5888]\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Mettant en garde contre la dislocation de la zone euro et, par cons\u00e9quent, de la construction europ\u00e9enne, ces \u00e9conomistes de divers horizons, qui ne sont ni des fanatiques des d\u00e9ficits ni des adversaires de la coordination des politiques \u00e9conomiques en Europe, n\u2019h\u00e9sitent pas \u00e0 convoquer le spectre des ann\u00e9es 1930. Ce n\u2019est pas un artifice rh\u00e9torique, pr\u00e9cisent-ils, mais \u00ab une \u00e9vidence pour les historiens comme pour les \u00e9conomistes que nous sommes \u00bb. Comparant les dogmes ordolib\u00e9raux qui gouvernent la zone euro au f\u00e9tichisme de l\u2019\u00e9talon-or d\u2019alors, ils retrouvent les m\u00eames aveuglements, dont aust\u00e9rit\u00e9 et d\u00e9flation sont les totems, dressant d\u2019illusoires lignes Maginot face \u00e0 la mont\u00e9e des p\u00e9rils. Et ils ne sont pas les seuls.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Car le d\u00e9bat europ\u00e9en, dont la casuistique du Conseil constitutionnel voudrait nous priver en France, fait rage partout ailleurs. Et d\u2019abord en Allemagne dont la Cour constitutionnelle, qui rendra son avis en septembre, est saisie de six recours contre le pacte budg\u00e9taire, fond\u00e9s sur l\u2019atteinte port\u00e9e aux pr\u00e9rogatives des Parlements par une Commission europ\u00e9enne qui aurait ainsi un droit de regard sur les budgets nationaux. Depuis l\u2019automne 2011 et l\u2019offensive lanc\u00e9e par le tandem Merkel-Sarkozy, le d\u00e9bat y est impuls\u00e9 avec hauteur par le philosophe <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/J%C3%BCrgen_Habermas\" target=\"_blank\">J\u00fcrgen Habermas<\/a> (1929-) dont les convictions europ\u00e9ennes ne sont pas \u00e0 d\u00e9montrer.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Voil\u00e0 un penseur qui, loin d\u2019\u00eatre prisonnier de cet \u00ab esprit de gramophone \u00bb qui, selon <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/George_Orwell\" target=\"_blank\">George Orwell<\/a> (1903-1950), r\u00e9unit dans la m\u00eame orthodoxie immobile id\u00e9ologues et bureaucrates de tous r\u00e9gimes et ob\u00e9diences, accepte la mise \u00e0 l\u2019\u00e9preuve de ses convictions par l\u2019exp\u00e9rience du r\u00e9el.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Imposer un d\u00e9bat qui, ailleurs, fait rage<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Ferme partisan du Trait\u00e9 constitutionnel europ\u00e9en (TCE) en 2005, Habermas s\u2019est alarm\u00e9 en octobre 2011 de l\u2019av\u00e8nement europ\u00e9en d\u2019une \u00ab domination post-d\u00e9mocratique \u00bb dont le pacte budg\u00e9taire alors en cours d\u2019\u00e9laboration serait l\u2019instrument. \u00ab Un tel r\u00e9gime, expliquait-il (<a href=\"http:\/\/www.presseurop.eu\/fr\/content\/article\/1102281-juergen-habermas-la-democratie-en-jeu\" target=\"_blank\">lire ici la traduction fran\u00e7aise<\/a>), permettrait de transf\u00e9rer les imp\u00e9ratifs des march\u00e9s aux budgets nationaux sans aucune l\u00e9gitimation d\u00e9mocratique propre. Les chefs de gouvernement transformeraient de la sorte le projet europ\u00e9en en son contraire : la premi\u00e8re communaut\u00e9 supranationale d\u00e9mocratiquement l\u00e9galis\u00e9e deviendrait un arrangement effectif, parce que voil\u00e9, d\u2019exercice d\u2019une domination post-d\u00e9mocratique \u00bb. \u00ab Le joli mot de \u201cgouvernance\u201d n\u2019est qu\u2019un euph\u00e9misme pour d\u00e9signer une forme dure de domination politique \u00bb, ajoutait-il dans <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/idees\/article\/2011\/11\/17\/le-joli-mot-de-gouvernance-n-est-qu-un-euphemisme-pour-designer-une-forme-dure-de-domination-politique_1605384_3232.html\" target=\"_blank\">un entretien post\u00e9rieur<\/a>.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/files\/Edwy%20Plenel\/Habermas.png\" target=\"_blank\" rel=\"lightbox[5888]\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Reprenant ses \u00e9crits provoqu\u00e9s depuis 2008 par la crise qu\u2019il nomme \u00ab la banqueroute \u00bb, son livre, paru ce printemps en France, est l\u2019autre lecture indispensable pour le d\u00e9bat que nous appelons de nos v\u0153ux. On y trouve notamment cette double recommandation que l\u2019actuel pouvoir \u00ab normal \u00bb ferait bien de m\u00e9diter : \u00ab En ces temps de crise, peut-\u00eatre a-t-on besoin d\u2019une perspective plus ambitieuse que ce que conseille la pens\u00e9e mainstream ou que de se r\u00e9soudre une fois de plus aux \u201cpetits arrangements\u201d caract\u00e9ristiques du syst\u00e8me D politicien. (\u2026) L\u2019Europe ne rev\u00eatira aucun caract\u00e8re d\u00e9mocratique tant que les partis politiques \u00e9viteront avec soin de mettre tout simplement en d\u00e9bat les solutions alternatives qui pourraient faire pi\u00e8ce aux d\u00e9cisions qui vont trop loin \u00bb.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">L\u2019autorit\u00e9 intellectuelle et morale de l\u2019auteur de <a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/Lespace-public-J%C3%BCrgen-Habermas\/dp\/2228880132\" target=\"_blank\">L\u2019espace public (1962)<\/a> fait qu\u2019il ne pr\u00eache pas dans le d\u00e9sert. Les socialistes du SPD ne peuvent ignorer cette forte voix alors qu\u2019ils se pr\u00e9parent aux \u00e9lections de 2013 et qu\u2019ils sont aiguillonn\u00e9s par Die Linke, tout comme le PS fran\u00e7ais l\u2019est par le Front de gauche. De fait, vingt-trois d\u00e9put\u00e9s du SPD ont vot\u00e9 contre la ratification du Trait\u00e9, estimant que ce pacte budg\u00e9taire \u00ab est politiquement faux, \u00e9conomiquement aberrant et socialement injuste \u00bb. On les retrouve d\u2019ailleurs en co-signataires de la contribution de la gauche du PS fran\u00e7ais en vue du congr\u00e8s, laquelle <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/france\/050712\/que-reste-t-il-de-laile-gauche-du-ps\" target=\"_blank\">aile gauche socialiste<\/a> (et son ministre, Beno\u00eet Hamon) ne saurait, sauf \u00e0 se renier, sacrifier ses convictions sur l\u2019autel d\u2019une solidarit\u00e9 gouvernementale transform\u00e9e en ob\u00e9issance muette.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Mais le d\u00e9bat europ\u00e9en fait aussi rage ailleurs, notamment en Am\u00e9rique, du Nord comme du Sud, o\u00f9 les \u00e9conomistes s\u2019alarment d\u2019une catastrophe europ\u00e9enne dont l\u2019impr\u00e9visible effet de souffle pourrait \u00eatre d\u00e9vastateur. Tel \u00e9conomiste br\u00e9silien, internationalement reconnu et profond\u00e9ment francophile, ministre des finances de son pays en 1987, lorsque le Br\u00e9sil restructura sa dette publique, se demande carr\u00e9ment s\u2019il ne faut pas sortir de l\u2019euro pour sauver l\u2019Europe. Appelant depuis 2011 \u00e0 \u00ab penser l\u2019impensable \u00bb dans <a href=\"http:\/\/bresserpereira.org.br\/view.asp?cod=4999\" target=\"_blank\">ses articles de Folha de S. Paulo<\/a>, il plaide pour une Europe lib\u00e9r\u00e9e d\u2019une monnaie qui la ruine.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00ab La construction europ\u00e9enne est un tr\u00e8s beau projet, a expliqu\u00e9 <a href=\"http:\/\/bresserpereira.org.br\/index.asp\" target=\"_blank\">Luiz Carlos Bresser-Pereira<\/a> dans <a href=\"http:\/\/www.forum-politique.org\/europe\/voie-plus-sage-est-mettre-fin-euro-t111254.html\" target=\"_blank\">un entretien r\u00e9cent au Monde<\/a>. Vous avez les syst\u00e8mes politiques et sociaux les plus avanc\u00e9s du monde, mais l\u2019euro \u00e9tait trop ambitieux. Une monnaie commune ne peut exister que dans un Etat f\u00e9d\u00e9ral o\u00f9 les Etats f\u00e9d\u00e9r\u00e9s n\u2019ont plus gu\u00e8re d\u2019autonomie fiscale, o\u00f9 la dette est contr\u00f4l\u00e9e par l\u2019Etat f\u00e9d\u00e9ral \u00bb. Bref, la charrue pr\u00e9c\u00e8de les b\u0153ufs, et c\u2019est pourquoi tout marche de travers. Il faudrait donc sortir de cet emballement et retrouver une patiente sagesse : \u00ab Une devise commune doit rester le but de la construction europ\u00e9enne une fois la fin de l\u2019euro act\u00e9e, mais seulement le but ultime. Et tant pis si cela prend dix ou vingt ans pour la recr\u00e9er \u00bb.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">D\u2019autres, y compris parmi les \u00ab \u00e9conomistes atterr\u00e9s \u00bb, r\u00e9torqueront sans doute que c\u2019est sous-estimer l\u2019effet destructeur d\u2019une fin de l\u2019euro sur l\u2019Union europ\u00e9enne elle-m\u00eame, m\u00eame si celle-ci fonctionna quelques d\u00e9cennies sans monnaie commune. Mais cet avis br\u00e9silien doit d\u2019autant moins \u00eatre balay\u00e9 qu\u2019il rejoint les analyses am\u00e9ricaines des deux iconoclastes prix Nobel d\u2019\u00e9conomie que sont <a href=\"http:\/\/www.josephstiglitz.com\/\" target=\"_blank\">Joseph Stiglitz<\/a> et <a href=\"http:\/\/krugman.blogs.nytimes.com\/\" target=\"_blank\">Paul Krugman<\/a>. L\u2019un comme l\u2019autre sonnent le tocsin sur le cours europ\u00e9en actuel. \u00ab Les premiers qui quitteront l\u2019euro s\u2019en sortiront le mieux \u00bb, lan\u00e7ait le premier <a href=\"http:\/\/www.observatoiredeleurope.com\/Stiglitz-les-premiers-qui-quitteront-l-euro-s-en-sortiront-le-mieux_a1710.html\" target=\"_blank\">en janvier dernier<\/a>, au plus fort de la crise grecque, avant de juger \u00ab criminelle \u00bb la politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 impos\u00e9e aux peuples du continent au nom du sauvetage de l\u2019euro.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/files\/Edwy%20Plenel\/Krugman.png\" target=\"_blank\" rel=\"lightbox[5888]\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00ab C\u2019est un pistolet \u00e0 eau contre un rhinoc\u00e9ros qui charge. Ce sont des choses ridicules et insignifiantes \u00bb, affirme de son c\u00f4t\u00e9 un Krugman peu charitable pour le mini-pacte de croissance dont se glorifie Fran\u00e7ois Hollande. \u00ab Il est temps, insiste-t-il dans <a href=\"http:\/\/www.rtbf.be\/info\/chroniques\/chronique_de-l-argent-pour-rien-paul-krugman?id=7812083\" target=\"_blank\">sa chronique du New York Times<\/a>, de cesser de pr\u00eater attention \u00e0 ces soi-disant hommes sages qui ont pris en otage notre d\u00e9bat politique et qui ont mis les d\u00e9ficits au centre des conversations. Ils se sont tromp\u00e9s sur toute la ligne \u2013 et ces jours-ci m\u00eame les march\u00e9s financiers nous disent que l\u2019on devrait se concentrer sur les emplois et la croissance \u00bb. A para\u00eetre en fran\u00e7ais d\u00e9but septembre, le nouveau livre de Krugman, qui appelle \u00e0 en finir avec cette d\u00e9pression \u00ab maintenant ! \u00bb (<a href=\"http:\/\/www.amazon.fr\/Pour-finir-pr%C3%A9sent-avec-crise\/dp\/2081286297\/ref=sr_1_1?s=books&amp;ie=UTF8&amp;qid=1344810562&amp;sr=1-1\" target=\"_blank\">chez Flammarion<\/a>), nomme l\u2019adversaire par un n\u00e9ologisme : \u00ab the Austerians \u00bb dans la version originale, autrement dit les \u00ab aust\u00e9riens \u00bb, cette secte qui nous appelle au sacrifice collectif sur l\u2019autel de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9.<\/h3>\n<p>\u00a0<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Elle a \u00e9videmment partie li\u00e9e avec \u00ab la finance \u00bb, cet ennemi sans visage que, dans sa course \u00e0 l\u2019Elys\u00e9e, l\u2019homme du \u00ab changement, c\u2019est maintenant \u00bb d\u00e9signait \u00e0 la vindicte du peuple fran\u00e7ais. Un Fran\u00e7ois Hollande qui, \u00e0 l\u2019\u00e9poque, c\u2019\u00e9tait en f\u00e9vrier, \u00e9crivait \u00e0 propos de l\u2019Europe et de l\u2019euro (dans <a href=\"http:\/\/www.laffont.fr\/site\/_&amp;100&amp;9782221131176.html\" target=\"_blank\">Changer de destin, Robert Laffont<\/a>) : \u00ab Il n\u2019y a pas d\u2019entit\u00e9 \u00e9conomique, a fortiori mon\u00e9taire, qui ne puisse durer sans la confiance, l\u2019adh\u00e9sion, le soutien des peuples. Les march\u00e9s s\u2019en sont eux-m\u00eames fait la le\u00e7on. Ils n\u2019auraient pu d\u00e9stabiliser la zone euro \u00e0 ce point, s\u2019ils n\u2019avaient eu conscience d\u2019avoir en face d\u2019eux une autorit\u00e9 d\u00f4t\u00e9e d\u2019une l\u00e9gitimit\u00e9 forte, avec une solidarit\u00e9 continentale \u00e0 tout \u00e9preuve. Ce qui a manqu\u00e9 ce sont des instruments efficaces, et surtout une d\u00e9mocratie vivante. \u00bb<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le Trait\u00e9 sur la stabilit\u00e9, la coordination et la gouvernance de l\u2019Union \u00e9conomique et mon\u00e9taire, la contrainte budg\u00e9taire permanente qu\u2019il impose comme la proc\u00e9dure choisie pour le ratifier, sont \u00e0 l\u2019oppos\u00e9 de cette d\u00e9mocratie vivante. C\u2019est pourquoi il faut, en l&rsquo;\u00e9tat, les refuser. Et esp\u00e9rer qu\u2019un sursaut citoyen sauve cette d\u00e9mocratie de l\u2019abandon o\u00f9 la laissent des politiques sans audace ni vision.<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #808000;\"><em>3\u00e8me article :<\/em> <\/span><\/p>\n<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Crise : l&rsquo;\u00e9t\u00e9 de tous les dangers <\/span><\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><em>08 ao\u00fbt 2012 | Par <\/em><a title=\"Tous les articles de Martine Orange\" href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/biographie\/29204\" target=\"_blank\"><em>Martine Orange<\/em><\/a><em> &#8211; Mediapart.fr<\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Les marins naviguant dans les mers tropicales connaissent parfaitement ce moment et le redoutent : cet \u0153il du cyclone o\u00f9 les \u00e9l\u00e9ments s\u2019apaisent, annon\u00e7ant non pas l\u2019accalmie mais le d\u00e9cha\u00eenement \u00e0 venir. Et il semble que l\u2019\u00e9conomie mondiale est \u00e0 ce moment-l\u00e0. Tout para\u00eet suspendu. Les vacances d\u2019\u00e9t\u00e9, les Jeux olympiques offrent une distraction, tandis que les responsables politiques sont partis en vacances, laissant accroire que tout est sous contr\u00f4le. On ne parle de rien. Pourtant, c\u2019est l\u2019\u00e9t\u00e9 de tous les dangers. Le d\u00e9r\u00e8glement de la crise ne cesse de s\u2019approfondir.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Chaque jour apporte son lot de mauvaises nouvelles. La plus importante de la journ\u00e9e est la confirmation d\u2019une situation que les Europ\u00e9ens ont anticip\u00e9e depuis plusieurs semaines : l\u2019Europe dans son entier entre en r\u00e9cession. Apr\u00e8s la Gr\u00e8ce, l\u2019Espagne, l\u2019Italie , le Portugal, ce sont d\u00e9sormais les \u00e9conomies centrales europ\u00e9ennes qui sont atteintes.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La France, <a rel=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.banque-france.fr\/economie-et-statistiques\/conjoncture-et-croissance\/enquetes-de-conjoncture-mensuelles\/industrie-et-services-marchands.html\" target=\"_blank\">selon les estimations de la Banque de France<\/a>, devrait conna\u00eetre un recul de 0,1 % de son PIB au deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me trimestre. La<a rel=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.bankofengland.co.uk\/publications\/Pages\/inflationreport\/ir1203.aspx\" target=\"_blank\"> Banque d\u2019Angleterre <\/a>a d\u00fb reconna\u00eetre, ce jeudi 8 ao\u00fbt, que ses pr\u00e9visions pass\u00e9es \u00e9taient erron\u00e9es : apr\u00e8s deux trimestres de recul de l\u2019activit\u00e9, l\u2019\u00e9conomie britannique ne peut plus esp\u00e9rer finir 2012 en croissance, comme la Banque centrale l\u2019avait escompt\u00e9 auparavant.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a rel=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.latribune.fr\/actualites\/economie\/union-europeenne\/20120808trib000713406\/l-allemagne-a-son-tour-dans-la-tourmente-economique.html\" target=\"_blank\">Les statistiques du commerce ext\u00e9rieur allemand,<\/a> \u00e9galement publi\u00e9s ce jeudi, sont venus confirmer les appr\u00e9hensions : le moteur allemand, cens\u00e9 entra\u00eener le reste de l\u2019Europe, est lui aussi en train de s\u2019\u00e9touffer. Si l\u2019Allemagne enregistre encore un exc\u00e9dent commercial de 16,2 milliards d\u2019euros au mois de juin, l\u2019essentiel provient d\u2019une chute de plus de 3 % de ses importations, alors que ses exportations commencent \u00e0 baisser. Un ralentissement que connaissent aussi <a rel=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.google.com\/hostednews\/afp\/article\/ALeqM5hw5W5WnUGrxlnaTWAO8_TxgyvzlA?docId=CNG.985024bd8044bd7cba0958c088924e9b.551\" target=\"_blank\">les exportations fran\u00e7aises, accentuant encore le d\u00e9ficit commercial <\/a>( 34,9 milliards d\u2019euros) de la France au 1er semestre.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le plus surprenant est que cette d\u00e9gradation semble prendre tout le monde de court. Des Banques centrales aux instituts de statistiques, ils se sont tous tromp\u00e9s depuis le d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, n\u2019anticipant pas la r\u00e9cession, et surtout la vitesse \u00e0 laquelle elle s\u2019op\u00e8re. Ainsi le gouvernement fran\u00e7ais b\u00e2tissait il y a un an un budget 2012 sur une pr\u00e9vision de croissance de 2,25 % . Celle-ci a \u00e9t\u00e9 revue quatre fois \u00e0 la baisse, une derni\u00e8re fois en juin : il n\u2019\u00e9tait plus question que d\u2019une croissance de 0,3 %. Pas s\u00fbr que ce chiffre puisse \u00eatre tenu. En tout cas, les hypoth\u00e8ses de croissance ( 1,2 %) sur lesquelles le gouvernement a b\u00e2ti son projet de loi de finances pour 2013 paraissent d\u00e9j\u00e0 hors d\u2019atteinte.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame, \u00e0 la mi-2011, la Banque d\u2019Angleterre pr\u00e9voyait encore une croissance de 2 % en 2012. Fin mars, elle avait abaiss\u00e9 ses pr\u00e9visions \u00e0 0, 8 %. Maintenant, elle dit croissance z\u00e9ro et ne s\u2019aventure pas pour 2013. <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/070812\/litalie-senfonce-dans-la-recession\" target=\"_blank\">La Banque d\u2019Italie<\/a> pr\u00e9voyait encore une r\u00e9cession de 1,4 % en 2012 et un rebond de la croissance en 2013. Elle parle d\u00e9sormais d\u2019une chute de 2 % en 2012 et d\u2019une r\u00e9cession qui se poursuit en 2013. Et que dire des pr\u00e9visions du gouvernement grec ? Au d\u00e9but de l\u2019ann\u00e9e, il s\u2019attendait \u00e0 une r\u00e9cession , la cinqui\u00e8me cons\u00e9cutive, de 4,5 %. Les chiffres donnent d\u00e9j\u00e0 l\u2019image d\u2019un effondrement de plus 7 %. Si cela se confirme, plus de 20 % du PIB grec aurait \u00e9t\u00e9 effac\u00e9 en cinq ans.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Baisse de la production industrielle, de la consommation, hausse du ch\u00f4mage<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Toutes ces pr\u00e9visions pourraient encore \u00eatre trop optimistes, au vu de la chute \u00e9conomique en Europe. \u00c0 plus de 11,5 %, <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/economie\/310712\/le-chomage-atteint-son-plus-haut-niveau-historique-en-europe\" target=\"_blank\">le ch\u00f4mage n\u2019a jamais \u00e9t\u00e9 aussi \u00e9lev\u00e9 dans la zone euro,<\/a> depuis sa cr\u00e9ation. Et ce n\u2019est qu\u2019une moyenne qui permet de masquer les 25% de ch\u00f4mage en Espagne les 22% de la Gr\u00e8ce, les 15% du Portugal et de l\u2019Irlande.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La confiance a disparu chez les Europ\u00e9ens, hant\u00e9s par la crise et t\u00e9tanis\u00e9s par l\u2019exemple de la Gr\u00e8ce. La consommation est partout en recul. Symbole : <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/020812\/plus-de-500-000-emplois-menaces-dans-lindustrie-automobile-europeenne\" target=\"_blank\">les immatriculations de voitures neuves<\/a>, secteur industriel encore pr\u00e9pond\u00e9rant en Europe, ont chut\u00e9 de plus de 11 % en juin, avec des pointes de plus de 22 % en Italie. La production industrielle s\u2019an\u00e9mie. En Espagne, elle est en baisse pour le dixi\u00e8me mois cons\u00e9cutif, enregistrant une chute de 12,8 % en juin pour les biens d\u2019\u00e9quipements, et de 11,9 % pour les biens de consommation. La production industrielle fran\u00e7aise \u00e9tait en recul de 2 % en mai, celle de l\u2019Allemagne de 0,9 % en juin.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Tout cela laisse anticiper de lourdes cons\u00e9quences sociales d\u00e8s la rentr\u00e9e. Les plans sociaux, qui se sont \u00e0 peine interrompus en ao\u00fbt, risquent de reprendre tr\u00e8s vite, au vu de la d\u00e9gradation \u00e9conomique. En pr\u00e9sentant leurs r\u00e9sultats du premier semestre, les grands groupes n\u2019ont d\u2019ailleurs pas cach\u00e9 leurs intentions. Ils renoncent \u00e0 tout investissement, ont d\u00e9j\u00e0 commenc\u00e9 \u00e0 lancer de nouveaux plans d\u2019\u00e9conomie. Ils ont m\u00eame commenc\u00e9 \u00e0 se retirer, au moins partiellement, de l\u2019Espagne, qu\u2019ils jugent pour l\u2019instant sans grande perspective.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La crainte de voir l\u2019\u00e9conomie europ\u00e9enne entra\u00een\u00e9e dans une spirale totalement r\u00e9cessive n\u2019est m\u00eame plus un sc\u00e9nario de science-fiction. D\u2019autant que l\u2019Europe, ne tirant aucune le\u00e7on de l\u2019effondrement actuel, nourri par les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 appliqu\u00e9es partout en Europe \u00e0 la fois, a d\u00e9cid\u00e9 d\u2019en rajouter.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Pour tenter d\u2019\u00e9viter la mise sous tutelle du pays, le gouvernement espagnol, qui avait d\u00e9j\u00e0 lanc\u00e9 un plan d\u2019\u00e9conomie de 65 milliards d\u2019euros, entend le pousser \u00e0 102 milliards, au moment o\u00f9 <a rel=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.youtube.com\/watch?v=ZaficICmJrg\" target=\"_blank\">les r\u00e9gions espagnoles font faillite<\/a>, o\u00f9 des h\u00f4pitaux et des fonctionnaires ne sont plus pay\u00e9s, o\u00f9 des \u00e9coles ne pourront peut-\u00eatre pas rouvrir \u00e0 la rentr\u00e9e. En Italie, le gouvernement vient de faire voter un programme de 4,5 milliards d\u2019euros suppl\u00e9mentaires tout de suite. La France veut trouver plus de 12 milliards d\u2019euros d\u2019ici \u00e0 la fin de l\u2019ann\u00e9e. Au terme d\u2019un neuvi\u00e8me plan cons\u00e9cutif de r\u00e9forme, la Gr\u00e8ce cherche \u00e0 nouveau 11,5 milliards d\u2019euros de r\u00e9ductions budg\u00e9taires, et est pr\u00eate, pour donner les gages attendus \u00e0 ses cr\u00e9anciers europ\u00e9ens, <a rel=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.athensnews.gr\/portal\/8\/57544\" target=\"_blank\">\u00e0 briser le tabou du non-licenciement des fonctionnaires,<\/a> au risque de mettre en p\u00e9ril la fragile coalition gouvernementale, issue des \u00e9lections de juin.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Loin de rassurer, cette politique d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, impos\u00e9e avec des relents de moralisme, finit par inqui\u00e9ter : l\u2019Europe n\u2019ouvre aucune perspective \u00e0 ses concitoyens et suscite de plus en plus le rejet. M\u00eame le tr\u00e8s orthodoxe FMI en arrive \u00e0 \u00e9mettre des r\u00e9serves. Dans <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/files\/cr12181.pdf\" target=\"_blank\">sa derni\u00e8re note sur la zone euro<\/a>, il soutient la n\u00e9cessit\u00e9 de ne pas oublier des mesures pour soutenir la croissance, parall\u00e8lement aux r\u00e9formes \u00e0 entreprendre, sous peine de voir les menaces sur le syst\u00e8me bancaire et sur la zone euro s\u2019intensifier.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Alors que les flux financiers, mais aussi \u00e9conomiques, sont en train de se renationaliser au sein du march\u00e9 unique, l\u2019\u00e9clatement de la monnaie unique est d\u00e9sormais une option sur la table, le pr\u00e9sident de la BCE, Mario Draghi tentant de la conjurer par antiphrase en assurant que l\u2019euro est irr\u00e9versible. Le pr\u00e9sident de l\u2019Eurogroup, Jean-Claude Juncker, <a rel=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/economie\/2012\/08\/07\/pour-juncker-une-sortie-de-la-grece-de-l-euro-serait-gerable_838299\" target=\"_blank\">lui, fait un pas de plus <\/a>dans cette direction, en sugg\u00e9rant que la \u00ab sortie de la Gr\u00e8ce de l\u2019euro n\u2019\u00e9tait pas ing\u00e9rable \u00bb.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Trois crises en m\u00eame temps<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Trois ans apr\u00e8s les premiers probl\u00e8mes grecs, l\u2019Europe est toujours au m\u00eame point, tournant en rond, refusant la moindre remise en cause de ses options, qui se sont pour la plupart r\u00e9v\u00e9l\u00e9es de cuisants \u00e9checs, sans avoir rien r\u00e9gler : ni la crise du syst\u00e8me bancaire, ni celle des dettes publiques \u2013 les taux espagnols , une semaine apr\u00e8s l\u2019intervention \u00ab d\u00e9cisive \u00bb de la BCE sont \u00e0 6,8%- , ni celle de l\u2019Europe. On comprend la lassitude des partenaires ext\u00e9rieurs. \u00ab C\u2019est une saga, qui continue, qui continue encore \u00bb, a soupir\u00e9 le gouverneur de la Banque d\u2019Angleterre Mervyn King, en assurant qu\u2019il \u00e9tait pr\u00eat \u00e0 faire tout son possible pour aider l\u2019Europe, si elle se d\u00e9cidait \u00e0 agir.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">On comprend aussi la f\u00e9brilit\u00e9 d\u2019un Barack Obama, qui multiplie les interventions et les appels aupr\u00e8s de tous les responsables europ\u00e9ens. Car sa campagne pr\u00e9sidentielle pour le deuxi\u00e8me mandat se joue pour une part en Europe. Un \u00e9clatement de la zone euro aurait des r\u00e9percussions immenses sur l\u2019ensemble de l\u2019\u00e9conomie mondiale, am\u00e9ricaine en premier. Le syst\u00e8me financier am\u00e9ricain, en d\u00e9pit des pr\u00e9cautions qu\u2019il essaie de prendre, serait le premier touch\u00e9. M\u00eame une r\u00e9cession en Europe est un sc\u00e9nario catastrophe pour le pr\u00e9sident am\u00e9ricain. D\u00e9j\u00e0, l\u2019activit\u00e9 \u00e9conomique des \u00c9tats-Unis se ressent du ralentissement europ\u00e9en : chaque mois, la reprise donne de nouveaux signes d\u2019essoufflement outre-Atlantique.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">D\u2019o\u00f9 les pressions de plus en plus affirm\u00e9es de Barack Obama sur les dirigeants europ\u00e9ens pour qu\u2019ils trouvent une strat\u00e9gie de sortie de crise. L\u2019insistance du pr\u00e9sident am\u00e9ricain est d\u2019autant plus forte que les \u00c9tats-Unis ont leur propre crise, mise sous le boisseau gr\u00e2ce \u00e0 la crise de l\u2019euro. Mais , apr\u00e8s l\u2019\u00e9lection pr\u00e9sidentielle, il ne sera plus possible de cacher la question des finances publiques et celle de fiscalit\u00e9 am\u00e9ricaine, rendues encore plus aigues par la paralysie politique provoqu\u00e9e par les R\u00e9publicains.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00ab Je pensais qu&rsquo;il y aurait d&rsquo;abord la crise europ\u00e9enne, puis la crise am\u00e9ricaine. Et ces fous du Tea Party ont \u00e9t\u00e9 capables de synchroniser la crise am\u00e9ricaine avec la crise europ\u00e9enne. Deux crises en m\u00eame temps \u00bb, expliquait l\u2019\u00e9conomiste Robert Boyer dans <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/economie\/190811\/robert-boyer-la-crise-est-plus-grave-que-celle-de-1929?page_article=4\" target=\"_blank\">un entretien \u00e0 Mediapart<\/a> , il y a tout juste un an. Sa relecture effraie : nous avons fait du surplace. Un an plus tard, ce sont les m\u00eames d\u00e9bats. Nous en sommes toujours \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, \u00e0 la r\u00e8gle d\u2019or, \u00e0 l\u2019absence de vision des dirigeants europ\u00e9ens, \u00e0 la menace destructrice que fait peser la finance sur le monde. Aucune direction ne semble avoir \u00e9t\u00e9 donn\u00e9e, aucune mesure efficace prise.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Dans cet entretien sur ce qu\u2019il qualifiait \u00ab la plus grave crise depuis 1929 \u00bb, Robert Boyer mettait en garde aussi sur l\u2019illusion de compter sur les pays \u00e9mergents. Il soulignait le danger chinois. \u00ab Et puis il y a la Chine, confront\u00e9e \u00e0 des d\u00e9s\u00e9quilibres consid\u00e9rables. Elle cherche \u00e0 doper la demande des m\u00e9nages. Mais pour cela, il faudrait qu&rsquo;elle distribue du pouvoir d&rsquo;achat. Or les salari\u00e9s n&rsquo;ont aucun pouvoir, et la concurrence entre les provinces est telle, qu&rsquo;il n&rsquo;est pas simple de relever le salaire de base. Chaque province cherche \u00e0 attirer des capitaux, et les banques donnent des cr\u00e9dits aux entrepreneurs. Vous avez donc des paquets de mauvaise dette dans les provinces, que la Banque centrale pourrait d\u00e9cider de racheter, mais cela serait p\u00e9rilleux. La crise est rampante en Chine \u00bb, assurait-il, en insistant sur cette situation totalement in\u00e9dite \u2013 et explosive \u2013 des trois blocs \u00e9conomiques en crise en m\u00eame temps.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Flamb\u00e9e du p\u00e9trole et du bl\u00e9<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Toute \u00e0 sa crise, l\u2019Europe ne pr\u00eate gu\u00e8re attention aux nouvelles venant de Chine. Mais les pr\u00e9dictions de Robert Boyer semblent se confirmer. En d\u00e9pit des nombreuses incertitudes pesant sur la fiabilit\u00e9 des statistiques chinoises, celles-ci montrent quand m\u00eame la tendance : <a rel=\"_blank\" href=\"http:\/\/ftalphaville.ft.com\/blog\/2012\/08\/07\/1108611\/chinas-doubling-down-continues-via-local-governments\/\" target=\"_blank\">la croissance \u00e9conomique ralentit<\/a> sec en Chine, tout comme les exc\u00e9dents commerciaux, qui s\u2019amenuisent au fur et \u00e0 mesure de la baisse de la consommation en Europe. Les probl\u00e8mes masqu\u00e9s resurgissent. La bulle immobili\u00e8re qui a s\u00e9vi dans tant de provinces est en train d\u2019exploser partiellement. Surtout, la concurrence entre les provinces qui a amen\u00e9 \u00e0 la multiplication d\u2019usines et d\u2019outils de production est en train de se transformer en crise de surcapacit\u00e9s, exacerb\u00e9e par l\u2019absence de d\u00e9bouch\u00e9s ext\u00e9rieurs.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La Banque centrale chinoise a pris plusieurs dispositions pour essayer de contenir les d\u00e9s\u00e9quilibres et relancer la machine \u00e9conomique. Elle a notamment choisi d\u2019abaisser les r\u00e9serves l\u00e9gales des banques afin de les inciter \u00e0 financer plus l\u2019\u00e9conomie. Des mesures pour tenter de temporiser et d\u2019organiser un repli en bon ordre. Mais le gouvernement chinois pourrait \u00eatre vraiment pris de court, si la d\u00e9gradation s\u2019amplifiait en Europe et \/ou aux \u00c9tats-Unis.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Pour compl\u00e9ter ce sombre tableau, deux autres facteurs \u00e9conomiques, eux aussi pass\u00e9s sous silence, pourraient peser lourd dans les mois qui viennent : la hausse du p\u00e9trole et celle des mati\u00e8res premi\u00e8res agricoles. Le baril de brent est \u00e0 nouveau en hausse, \u00e0 112 ,55 dollars, en raison des conflits au Moyen-Orient , la sp\u00e9culation cherchant des valeurs refuges faisant le reste. Les cours du bl\u00e9, du ma\u00efs, du soja se sont envol\u00e9s \u00e0 l\u2019annonce des mauvaises r\u00e9coltes am\u00e9ricaines, li\u00e9es \u00e0 la s\u00e9cheresse qui frappent les Etats-Unis. <a rel=\"_blank\" href=\"http:\/\/www.ft.com\/intl\/cms\/s\/0\/3170d198-dbf8-11e1-86f8-00144feab49a.html#axzz22x3vqY00\" target=\"_blank\">Les sp\u00e9culateurs se sont bien entendu pr\u00e9cipit\u00e9s<\/a>. Depuis la mi-juillet, ils ont enregistr\u00e9 respectivement des augmentations de 52 %, 3% et 15,9%. Les augmentations de ces mati\u00e8res premi\u00e8res essentielles ne vont pas tarder \u00e0 se r\u00e9percuter tr\u00e8s vite dans les prix alimentaires, frappant en premier les pays les plus pauvres.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Comment toutes ces donn\u00e9es vont-elles \u00e9voluer ? Se combineront-elles ? Ou au contraire, certaines d\u2019entre elles se dissiperont-elles ? Cinq ans apr\u00e8s le d\u00e9but de la crise, celle-ci prend \u00e0 nouveau des allures effrayantes.<\/h3>\n<p>\u00a0<\/p>\n<p><strong>La bo\u00eete noire :<\/strong><\/p>\n<p><strong>URL source:<\/strong> <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/economie\/080812\/crise-lete-de-tous-les-dangers\" target=\"_blank\">http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/economie\/080812\/crise-lete-de-tous-les-dangers<\/a><\/p>\n<gcse:search><\/gcse:search>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>3 articles, divers, sur la question de l&rsquo;Europe. . . pour alimenter et \u00e9tayer notre r\u00e9flexion collective sur la question. L&rsquo;Union europ\u00e9enne entre \u00e9clatement et refondation Publi\u00e9 par Alencontre le 14 &#8211; ao\u00fbt &#8211; 2012 Par Alain Bihr Depuis l\u2019autonome dernier, ce qu\u2019il est convenu d\u2019appeler la \u00ab crise des dettes souveraines \u00bb n\u2019a cess\u00e9 [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"closed","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[1,232,244],"tags":[],"class_list":["post-5888","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-non-classe","category-notre-economie-et-la-leur","category-point-de-vue"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5888","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=5888"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/5888\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=5888"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=5888"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=5888"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}