{"id":5555,"date":"2012-06-10T14:02:50","date_gmt":"2012-06-10T13:02:50","guid":{"rendered":"http:\/\/alternatifs81.fr\/?p=5555"},"modified":"2012-06-10T14:02:50","modified_gmt":"2012-06-10T13:02:50","slug":"syriza-est-l%e2%80%99expression-d%e2%80%99une-nouvelle-radicalite-a-gauche","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alternatifs81.fr\/?p=5555","title":{"rendered":"\u00ab\u00a0Syriza est l\u2019expression d\u2019une nouvelle radicalit\u00e9 \u00e0 gauche\u00a0\u00bb."},"content":{"rendered":"<h3><span style=\"color: #0000ff;\">\u00ab Syriza est l\u2019expression d\u2019une nouvelle radicalit\u00e9 \u00e0 gauche \u00bb. Entretien avec Stathis Kouv\u00e9lakis par Philippe Marli\u00e8re <\/span><\/h3>\n<h3 id=\"post-body-938041792751829143\" style=\"text-align: justify;\">\n<div><strong><em><a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/sans-titre7.png\" rel=\"lightbox[5555]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-5556\" title=\"sans-titre\" src=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/sans-titre7.png\" alt=\"\" width=\"154\" height=\"154\" srcset=\"https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/sans-titre7.png 154w, https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/sans-titre7-150x150.png 150w\" sizes=\"auto, (max-width: 154px) 100vw, 154px\" \/><\/a>Stathis Kouv\u00e9lakis est ma\u00eetre de conf\u00e9rences en philosophie politique au King\u2019s College de Londres. C\u2019est aussi un intellectuel public bien connu dans les gauches fran\u00e7aise et grecque. Il a \u00e9t\u00e9 candidat (en position non-\u00e9ligible) sur les listes de Syriza lors de l\u2019\u00e9lection du 6 mai 2012 et l\u2019est de nouveau au prochain scrutin du 17 juin. A quelques jours de nouvelles \u00e9lections l\u00e9gislatives, alors que la plupart des sondages donnent l\u2019avantage \u00e0 Syriza sur la Nouvelle D\u00e9mocratie (droite), il appara\u00eet utile d\u2019en savoir plus sur Syriza, une formation de la gauche radicale qui reste relativement m\u00e9connue hors de Gr\u00e8ce. Dans cet entretien, Stathis Kouv\u00e9lakis analyse Syriza et revient sur les origines de cette coalition partisane. Il d\u00e9crit la sociologie de ses membres et de son \u00e9lectorat, et aborde ses r\u00e9f\u00e9rences id\u00e9ologiques. Il explique les raisons de la perc\u00e9e \u00e9lectorale remarquable de Syriza en mai dernier, ainsi que sa position vis-\u00e0-vis de la dette et des partenaires de la zone euro<\/em>.<\/strong><\/div>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">Philippe Marli\u00e8re<\/span><\/span> <span style=\"color: #008000;\">Pourrais-tu pr\u00e9senter Syriza : quand et comment cette coalition de partis de la gauche radicale a-t-elle vu le jour ?<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\">Stathis Kouv\u00e9lakis<\/span><\/span> Syriza se constitue en tant qu\u2019alliance \u00e9lectorale entre plusieurs formations distinctes en 2004. Ses principales composantes sont, <!--more-->d\u2019un c\u00f4t\u00e9, Synaspism\u00f3s &#8211; la Coalition de la Gauche (qui s\u2019appelle maintenant la Coalition de la Gauche, des Mouvements et de l\u2019\u00c9cologie), c\u2019est le parti d\u2019Alexis Tsipras, qui existe en tant que formation distincte depuis 1991. Ce parti est issu de scissions successives du mouvement communiste. D\u2019autre part, il existe dans Syriza d\u2019autres formations beaucoup plus petites. <\/strong><br \/>\n<a name=\"more\"><\/a>Certaines sont issues de l\u2019extr\u00eame gauche grecque classique. C\u2019est notamment le cas de l\u2019Organisation Communiste de Gr\u00e8ce (KOE), la principale organisation mao\u00efste en Gr\u00e8ce, qui est la deuxi\u00e8me composante en terme de poids num\u00e9rique \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de Syriza. Ce parti a \u00e9lu trois d\u00e9put\u00e9s aux \u00e9lections de mai 2012. C\u2019est \u00e9galement le cas de la Gauche Ouvri\u00e8re Internationaliste (DEA), de tradition trotskyste, ainsi que d\u2019autres groupes qui viennent pour la plupart de la matrice communiste. C\u2019est notamment le cas de la Gauche Communiste \u00c9cologique et R\u00e9novatrice (AKOA), qui est issue de l\u2019ancien Parti Communiste Grec de l\u2019int\u00e9rieur.<\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><br \/>\n<strong>La coalition Syriza se constitue en 2004 et elle remporte un succ\u00e8s que l\u2019on peut qualifier au d\u00e9part de relativement modeste. Elle r\u00e9ussit n\u00e9anmoins son entr\u00e9e au parlement en d\u00e9passant la barre des 3%, ce que Synaspism\u00f3s n\u2019avait pas toujours r\u00e9ussi \u00e0 faire par le pass\u00e9. Syriza est l\u2019aboutissement d\u2019un processus de recomposition relativement complexe au sein de la gauche radicale grecque. Cette gauche radicale est cliv\u00e9e depuis 1968 en deux p\u00f4les. Le premier, c\u2019est le Parti Communiste Grec (KKE) qui subit deux scissions : la premi\u00e8re, en 1968, pendant la dictature des colonels, qui donne naissance au Parti Communiste Grec de l\u2019int\u00e9rieur (KKE esot\u00e9rikou), d\u2019inspiration eurocommuniste, et une seconde, en 1991, apr\u00e8s l\u2019effondrement de l\u2019URSS. Ce qui reste apr\u00e8s ces deux scissions, c\u2019est un parti particuli\u00e8rement traditionnaliste, accroch\u00e9 \u00e0 une matrice stalinienne, consid\u00e9rablement durcieapr\u00e8s la scission de 1991. C\u2019est un parti qui va se reconstruire sur une base \u00e0 la fois combative et sectaire. Il r\u00e9ussit \u00e0 gagner une base militante relativement importante dans les milieux ouvriers et populaires, ainsi que parmi les jeunes, notamment dans les universit\u00e9s. L\u2019autre p\u00f4le, Synaspism\u00f3s, s\u2019\u00e9largit en 2004 en se construisant autour de Syriza, qui vient d\u2019une jonction des deux scissions issues de la matrice communiste. Synaspism\u00f3s a connu une \u00e9volution sensible au cours de son histoire. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990, c\u2019est un parti qui vote en faveur du trait\u00e9 de Maastricht, qui se situe dans le cadre d\u2019une gauche mod\u00e9r\u00e9e dans son orientation majoritaire. Mais c\u2019est aussi un parti h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, compos\u00e9 de courants distincts. Des luttes internes tr\u00e8s vives opposent son aile gauche et son aile droite. Par \u00e9tapes successives, l\u2019aile droite va perdre de son emprise. La constitution de Syriza va sceller le tournant de gauche de Synaspism\u00f3s. Synaspism\u00f3s a maintenant fait l\u2019autocritique de sa position \u00e0 l\u2019\u00e9gard du trait\u00e9 de Maastricht et a milit\u00e9 fortement, comme toutes les formations de la gauche radicale europ\u00e9enne, contre le trait\u00e9 constitutionnel europ\u00e9en de 2005.<\/strong><br \/>\n<strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\">PM <\/span><\/span><span style=\"color: #008000;\">Quelle influence a la tradition communiste au sein de Synaspism\u00f3s ?<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"text-decoration: underline;\"><span style=\"color: #0000ff;\">SK <\/span><\/span>Cette composante communiste est clairement majoritaire. Elle est issue de cette aile qui a \u00e9t\u00e9 marqu\u00e9e par l\u2019eurocommunisme et qui s\u2019est ouverte depuis les ann\u00e9es 1970 aux nouveaux mouvements sociaux. Elle a su ainsi renouveler ses r\u00e9f\u00e9rences organisationnelles et th\u00e9oriques, en greffant sur la matrice communiste, les traditions des nouvelles radicalit\u00e9s. C\u2019est un parti qui est \u00e0 l\u2019aise dans les mouvements f\u00e9ministes, les mobilisations des jeunes, les courants altermondialistes, l\u2019antiracisme, les courants LGBT, tout en gardant une intervention assez importante dans le mouvement syndical. Notons que l\u2019ossature des cadres et des militants du parti est constitu\u00e9e de couches salari\u00e9es \u00e9duqu\u00e9es, de titulaires de dipl\u00f4mes. C\u2019est un \u00e9lectorat tr\u00e8s urbain, et c\u2019est un parti qui est tr\u00e8s implant\u00e9 parmi les intellectuels. Jusqu\u2019\u00e0 tr\u00e8s r\u00e9cemment, Synaspism\u00f3s avait la majorit\u00e9 absolue au sein du syndicat des enseignants du sup\u00e9rieur, \u00e0 l\u2019inverse du KKE qui a lui perdu tout rapport privil\u00e9gi\u00e9 avec les milieux intellectuels. Quant \u00e0 sa direction, elle porte \u00e9galement l\u2019empreinte de la matrice communiste. Malgr\u00e9 son jeune \u00e2ge, Alexis Tsipras lui-m\u00eame a commenc\u00e9 \u00e0 militer dans l\u2019organisation de jeunesse du KKE au d\u00e9but des ann\u00e9es 1990. Les cadres et les dirigeants plus anciens ont souvent milit\u00e9 ensemble dans la clandestinit\u00e9, ils ont connu les prisons et les camps de d\u00e9portation. De ce fait, il y a une atmosph\u00e8re de guerre fratricide et une culture de division profonde \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de la gauche radicale grecque qui est actuellement entretenue de mani\u00e8re unilat\u00e9rale par le KKE qui consid\u00e8re que Synaspism\u00f3s, puis Syriza sont des \u00ab tra\u00eetres \u00bb et constituent, par cons\u00e9quent, \u00ab l\u2019ennemi principal \u00bb. C\u2019est la raison pour laquelle le KKE a refus\u00e9 de rencontrer Syriza dans le cadre des contacts bilat\u00e9raux que Syriza a eu avec la quasi-totalit\u00e9 des partis repr\u00e9sent\u00e9s au parlement, quand Syriza s\u2019est vu confier le mandat de former un gouvernement en mai 2012.<\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">PM <\/span><\/span><span style=\"color: #008000;\">Comment expliques-tu l\u2019intransigeance du KKE ? Est-ce d\u00fb au d\u00e9saccord sur la question europ\u00e9enne ?<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">SK<\/span><\/span> Les divergences sur l\u2019Europe n\u2019expliquent pas tout. Sur la question europ\u00e9enne, les positions des deux partis se sont en r\u00e9alit\u00e9 beaucoup rapproch\u00e9es ces derniers temps parce que Syriza et Synaspism\u00f3s ont une attitude de plus en plus critique vis-\u00e0-vis de l\u2019Union europ\u00e9enne (UE). Le KKE a toujours \u00e9t\u00e9 un parti tr\u00e8s hostile vis-\u00e0-vis de l\u2019UE, mais en ce moment, il ne focalise pas sa position sur la question de la sortie de l\u2019UE ou de la zone euro. Ce qu\u2019il met en avant, ce sont des objectifs qu\u2019on pourrait qualifier de directement anticapitalistes, exigeant l\u2019abolition du capitalisme comme solution aux probl\u00e8mes imm\u00e9diats de la situation. Le KKE poursuit une ligne assez gauchiste, sur le plan de sa rh\u00e9torique, mais qui permet de justifier un positionnement isolationniste et sectaire.<\/strong><br \/>\n<strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">PM<\/span><\/span><span style=\"color: #008000;\"> Comment qualifies-tu la ligne de Syriza ? Dirais-tu \u00e9galement que la coalition poursuit une ligne anticapitaliste ou inscrit-elle son action dans une approche plus graduelle, plus r\u00e9formiste ?<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">SK<\/span><\/span> Syriza a une ligne clairement anticapitaliste, et se distingue tr\u00e8s nettement de la social-d\u00e9mocratie. C\u2019est un aspect d\u2019autant plus important que par le pass\u00e9 d\u2019importantes luttes au sein de Synaspism\u00f3s ont oppos\u00e9 des courants favorables \u00e0 une alliance avec la social-d\u00e9mocratie, \u00e0 d\u2019autres courants qui \u00e9taient hostiles \u00e0 tout accord ou \u00e0 toute coalition \u00e0 quelque niveau que ce soit, y compris au niveau local, ou m\u00eame dans le mouvement syndical. L\u2019aile \u00ab sociale-d\u00e9mocrate \u00bb de Synaspism\u00f3s a perdu le contr\u00f4le du parti en 2004 quand Al\u00e9kos Alav\u00e1nos en a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu pr\u00e9sident. Cette aile droite, emmen\u00e9e par Fotis Kouvelis, a fini par quitter Synaspism\u00f3s et a constitu\u00e9 un autre parti, la Gauche D\u00e9mocratique (DIMAR) ; une formation qui se veut interm\u00e9diaire entre le PASOK et la gauche radicale. Syriza est donc une coalition anticapitaliste qui aborde la question du pouvoir en mettant l\u2019accent sur une dialectique d\u2019alliances, de conqu\u00eates et de succ\u00e8s \u00e9lectoraux, et de mobilisation par en bas et de luttes. Syriza et Synaspism\u00f3s se veulent des partis de lutte des classes, des formations qui repr\u00e9sentent des int\u00e9r\u00eats de classe sp\u00e9cifiques et qui se con\u00e7oivent comme des partis porteurs d\u2019un antagonisme fondamental par rapport au syst\u00e8me actuel. D\u2019o\u00f9 le titre \u00ab Syriza \u00bb : la \u00ab coalition de la gauche radicale \u00bb. Cette revendication de \u00ab radicalit\u00e9 \u00bb est un \u00e9l\u00e9ment extr\u00eamement fort du parti. Quand l\u2019aile gauche a remport\u00e9 la majorit\u00e9 en 2004, l\u2019une des premi\u00e8res modifications qu\u2019elle a apport\u00e9e aux statuts du parti \u00e9tait la revendication explicite de la filiation au mouvement r\u00e9volutionnaire et communiste grec, et \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage de la r\u00e9volution d\u2019Octobre.<\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">PM <\/span><\/span><span style=\"color: #008000;\">Quels sont les rapports de force sur le plan militant au sein de Syriza, et combien y a-t-il de militants dans les formations qui composent la coalition ? <\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">SK<\/span><\/span> Synaspism\u00f3s comprend \u00e0 peu pr\u00e8s 16000 membres. L\u2019Organisation Communiste de Gr\u00e8ce, mao\u00efste, doit avoir entre 1000 et 1500 militants et il y en \u00e0 peu pr\u00e8s autant pour la Gauche Communiste R\u00e9novatrice et \u00c9cologique. Synaspism\u00f3s est un parti qui a connu une \u00e9volution, dans ses pratiques et ses formes d\u2019organisation, qui \u00e9pousent les \u00e9volutions qu\u2019a connu son positionnement id\u00e9ologique. Traditionnellement, Synaspism\u00f3s \u00e9tait un parti qui \u00e9tait peu militant, qui comprenait beaucoup de \u00ab notables \u00bb et qui avait une pratique essentiellement \u00e9lectoraliste. On a observ\u00e9 une \u00e9volution consid\u00e9rable de la substance organisationnelle et militante du parti \u00e0 deux niveaux. Premi\u00e8rement, une \u00ab aile jeune \u00bb tr\u00e8s dynamique s\u2019est d\u00e9velopp\u00e9e \u00e0 travers les mouvements altermondialistes et antiracistes. Cela a permis au parti de renforcer sa pr\u00e9sence parmi les couches jeunes, notamment en milieu \u00e9tudiant o\u00f9 il \u00e9tait traditionnellement faible. Son organisation de jeunesse compte plusieurs milliers de membres \u00e0 l\u2019heure actuelle. Ce sont les cadres issus de cette jeunesse qui forment une bonne partie l\u2019entourage rapproch\u00e9 d\u2019Alexis Tsipras \u00e0 l\u2019heure actuelle. Cette jeunesse se caract\u00e9rise par un grand radicalisme id\u00e9ologique et se veut d\u2019une affiliation marxiste, d\u2019ob\u00e9dience althuss\u00e9rienne, pour la plupart. Deuxi\u00e8mement, les syndicalistes au sein de Synaspism\u00f3s se sont affirm\u00e9es \u00e0 partir des ann\u00e9es 2000, comme le point d\u2019ancrage de son aile gauche. Largement issue du KKE, cette aile gauche repr\u00e9sente un courant plus ouvrier, qui est sur des positions de type lutte des classes relativement traditionnelles et tr\u00e8s critiques par rapport \u00e0 l\u2019UE. Ces deux \u00e9l\u00e9ments-l\u00e0, ainsi que la rupture de toute initiative d\u2019alliance avec le PASOK, ont entra\u00een\u00e9 une transformation de Synaspism\u00f3s qui lui a permis d\u2019impulser et d\u2019\u00e9pouser la recomposition qui avait lieu au sein de Syriza. Cela ne veut pas dire qu\u2019il n\u2019existe pas actuellement des courants plus mod\u00e9r\u00e9s au sein du parti, notamment autour de la figure de proue en mati\u00e8re d\u2019\u00e9conomie, Yanis Dragasakis, et de certains cadres nagu\u00e8re proches de Fotis Kouvelis qui ont refus\u00e9 de le suivre quand il a quitt\u00e9 le parti. Apr\u00e8s les \u00e9lections du 6 mai, ces courants ont fait entendre leur diff\u00e9rence, tout particuli\u00e8rement en sugg\u00e9rant qu\u2019il n\u2019y aurait pas de d\u00e9nonciation unilat\u00e9rale du M\u00e9morandum, donc de ligne de confrontation avec la Tro\u00efka. Mais ils ont d\u00fb c\u00e9der sur ce point fondamental. Il parait \u00e9vident en tout cas que ces contradictions vont resurgir si Syriza acc\u00e8de aux responsabilit\u00e9s gouvernementales.<\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">PM<\/span><\/span> <span style=\"color: #008000;\">Tu as dit que Syriza avait jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent un ancrage militant et \u00e9lectoral essentiellement urbain. Est-ce que cette tendance a \u00e9t\u00e9 boulevers\u00e9e par la perc\u00e9e \u00e9lectorale de Syriza aux \u00e9lections l\u00e9gislatives de mai 2012 qui a permis \u00e0 Syriza de devenir le deuxi\u00e8me parti grec avec 16,7% des voix, devant le PASOK ?<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\">ST<\/span> Compl\u00e8tement. Il est essentiel de comprendre la sociologie du vote du 6 mai 2012. La transformation qualitative est aussi sismique que le bond quantitatif. Un parti qui oscillait entre 5 et 6% des voix ces derni\u00e8res ann\u00e9es est pass\u00e9 \u00e0 16,7% des voix. Aujourd\u2019hui, les sondages le cr\u00e9ditent de plus de 20% &#8211; certains lui donnent m\u00eame plus de 30% des voix. Ce qui s\u2019est pass\u00e9 le 6 mai est relativement facile \u00e0 analyser : c\u2019est essentiellement un vote de classe. L\u2019\u00e9lectorat populaire salari\u00e9 des grands centres urbains qui votait de mani\u00e8re majoritaire pour le PASOK s\u2019est transf\u00e9r\u00e9 d\u2019un coup vers Syriza. Synaspism\u00f3s est le premier parti dans le grand Ath\u00e8nes, dans lequel vit pr\u00e8s de la moiti\u00e9 de la population grecque, ainsi que dans tous les grands centres urbains du pays. Il atteint ses meilleurs scores dans les quartiers ouvriers et populaires qui \u00e9taient les bastions du PASOK, mais aussi du KKE. Dans ces zones \u00e9lectorales, le KKE amorce son d\u00e9clin qui va s\u2019accentuer, comme l\u2019indiquent les sondages pour l\u2019\u00e9lection de juin. On observe un transfert des voix du KKE vers Syriza. C\u2019est un vote populaire, mais aussi un vote des couches salari\u00e9es \u00e9duqu\u00e9es, et c\u2019est un vote d\u2019actifs. Syriza fait un score \u00e9quivalant \u00e0 sa moyenne nationale chez les 18-24 ans, et chez les 24-30 ans. Mais il fait un score sup\u00e9rieur \u00e0 sa moyenne nationale chez les populations qui forment le c\u0153ur de la population active (+ 30 ans). Ces scores les plus faibles sont parmi les inactifs, la population dans les zones rurales (dont la paysannerie), les retrait\u00e9s, les femmes au foyer, les professions lib\u00e9rales et les ind\u00e9pendants. La dynamique de Syriza repose donc sur un de vote de classe du salariat, y compris de ses franges sup\u00e9rieures, des couches populaires et des ch\u00f4meurs des grands centres urbains de la Gr\u00e8ce.<\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">PM <\/span><\/span><span style=\"color: #008000;\">Dans quelle mesure le vote pour Syriza est-il un vote du salariat du secteur public ?<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">SK <\/span><\/span>La sociologie \u00e9lectorale indique que Syriza re\u00e7oit 24% des voix du salariat public et 22,5% du salariat du priv\u00e9 ; des scores \u00e0 peu pr\u00e8s similaires, avec un l\u00e9ger avantage pour les salari\u00e9s du secteur public. Mais ses meilleurs scores sont dans la deuxi\u00e8me circonscription du Pir\u00e9e &#8211; une grosse circonscription industrielle et ouvri\u00e8re &#8211; ainsi que dans le nord de la Gr\u00e8ce, dans le d\u00e9partement de X\u00e1nthi, au sein de la population \u00e0 majorit\u00e9 musulmane turcophone ; dans lequel un d\u00e9put\u00e9 Syriza issu de la minorit\u00e9 musulmane turcophone a \u00e9t\u00e9 \u00e9lu.<\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">PM<\/span><\/span> <span style=\"color: #008000;\">Pour la premi\u00e8re fois en Europe depuis l\u2019apr\u00e8s-guerre, un parti de la gauche radicale a d\u00e9pass\u00e9 dans les urnes le parti repr\u00e9sentant la social-d\u00e9mocratie. C\u2019est un d\u00e9passement d\u00fb \u00e0 la perc\u00e9e impressionnante de Syriza, mais aussi \u00e0 l\u2019effondrement du vote en faveur du PASOK. Penses-tu que ce d\u00e9passement soit durable ?<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">SK<\/span><\/span> La th\u00e9rapie de choc qui a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e \u00e0 la Gr\u00e8ce a entra\u00een\u00e9 les m\u00eames r\u00e9sultats politiques que dans les autres pays o\u00f9 elle a \u00e9t\u00e9 appliqu\u00e9e. L\u2019ancien syst\u00e8me politique s\u2019est effondr\u00e9. Les deux partis principaux ont \u00e9t\u00e9 touch\u00e9s : le PASOK, mais aussi, dans une moindre mesure, la Nouvelle D\u00e9mocratie qui a perdu 20% de ses voix, ce qui constitue le plus faible score pour un parti de droite depuis que la Gr\u00e8ce existe en tant qu\u2019Etat ind\u00e9pendant. En r\u00e9alit\u00e9, l\u2019effondrement qualitatif du PASOK est encore sup\u00e9rieur \u00e0 ce qu\u2019indiquent les chiffres au niveau national. Dans les grands centres urbains, le PASOK vient en sixi\u00e8me ou septi\u00e8me position. Dans la plupart des quartiers populaires qui \u00e9taient nagu\u00e8re ses bastions, il est devanc\u00e9 par Aube dor\u00e9e, le parti n\u00e9o-nazi. Son score parmi les 18-24 ans atteint 2,6%. La plus grande partie de son \u00e9lectorat (13,4% des voix) est constitu\u00e9e de retrait\u00e9s et d\u2019habitants des zones rurales et des petites villes de province. Les sondages portant sur les intentions de vote lors du scrutin du 17 juin montrent que cette tendance va encore s\u2019amplifier.<\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">PM<\/span><\/span> <span style=\"color: #008000;\">On peut dire qu\u2019aujourd\u2019hui le PASOK est un parti totalement discr\u00e9dit\u00e9 aux yeux des Grecs\u2026<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">SK <\/span><\/span>Le parti est enti\u00e8rement d\u00e9truit. Il ne regroupe en r\u00e9alit\u00e9 que les r\u00e9sidus des anciens r\u00e9seaux du parti-Etat. Les deux partis qui ont successivement occup\u00e9 le pouvoir depuis la chute des colonels \u00e9taient des partis de masse, mais aussi des partis-\u00c9tat, c\u2019est-\u00e0-dire des partis extr\u00eamement li\u00e9s \u00e0 l\u2019Etat, et \u00e0 la distribution de ressources obtenues gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019appareil d\u2019Etat. Le PASOK et la Nouvelle D\u00e9mocratie avaient des pratiques client\u00e9listes, qui n\u2019\u00e9taient plus tellement celles de notables \u00e0 l\u2019ancienne dans la mesure o\u00f9 elles \u00e9taient assur\u00e9es par des appareils bureaucratiques, y compris dans le mouvement syndical. La Nouvelle D\u00e9mocratie \u00e9tait en effet un \u00ab parti populaire de droite \u00bb, un Volkspartei comparable \u00e0 la d\u00e9mocratie-chr\u00e9tienne allemande qui comptait une aile syndicale relativement substantielle.<\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">PM<\/span> <\/span><span style=\"color: #008000;\">Je voudrais revenir sur la position de Syriza vis-\u00e0-vis de l\u2019appartenance de la Gr\u00e8ce \u00e0 la zone euro et m\u00eame \u00e0 l\u2019UE. Que veut-il vraiment sur ce plan-l\u00e0 ?<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong>SK Il y a deux niveaux d\u2019analyse. Il y a un premier niveau, le plus apparent : on peut d\u2019abord dire que la position de Syriza par rapport \u00e0 l\u2019Europe est similaire \u00e0 celle du Front de gauche, de Die Linke ou des autres composantes du Parti de la gauche europ\u00e9enne, c\u2019est-\u00e0-dire une opposition \u00e0 l\u2019Europe n\u00e9olib\u00e9rale et un appel \u00e0 sa transformation de l\u2019int\u00e9rieur, qui passe par une rupture avec les trait\u00e9s fondateurs de Maastricht et de Lisbonne, et leur remplacement par de nouveaux trait\u00e9s en rupture avec le n\u00e9olib\u00e9ralisme. Il y a un deuxi\u00e8me niveau d\u2019analyse qui met l\u2019accent sur l\u2019inflexion de la position de Syriza depuis quelques mois, voire quelques semaines \u00e0 peine. Syriza met au c\u0153ur de son discours la d\u00e9nonciation du M\u00e9morandum et insiste sur le fait que le premier acte qu\u2019il prendra s\u2019il parvient \u00e0 former le prochain gouvernement, sera son abrogation. Pour Syriza, c\u2019est un point qui n\u2019est pas n\u00e9gociable, quelles que soient les cons\u00e9quences que cela puisse entra\u00eener. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 Syriza d\u00e9nonce le dilemme entre la poursuite du M\u00e9morandum et la sortie de l\u2019euro conduisant \u00e0 un retour \u00e0 la drachme. C\u2019est la mani\u00e8re selon laquelle les m\u00e9dias grecs, les principaux partis et les gouvernements europ\u00e9ens pr\u00e9sentent la situation. Syriza rejette ce type de chantage. Quelles que soient les cons\u00e9quences, Syriza ne reculera pas et rejettera toute poursuite en l\u2019\u00e9tat du M\u00e9morandum. Paradoxalement, \u00e0 l\u2019inverse de la loi qui voudrait que la pente vers la mod\u00e9ration soit irr\u00e9sistible quand on s\u2019approche du pouvoir, cette position s\u2019est pr\u00e9cis\u00e9e au prix de vifs d\u00e9bats internes dans la foul\u00e9e des r\u00e9sultats du 6 mai, au fur et \u00e0 mesure que Syriza est paru port\u00e9 par une dynamique \u00e9lectorale majoritaire.<\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong>Tsipras a pr\u00e9sent\u00e9 la feuille de route de Syriza de fa\u00e7on extr\u00eamement claire. Premier acte : abrogation imm\u00e9diate du M\u00e9morandum par voie l\u00e9gislative, qui supprimera donc l\u2019ensemble des dispositifs d\u2019application des deux M\u00e9morandums. Deuxi\u00e8me acte : demande de ren\u00e9gociation de la dette publique grecque dans le cadre europ\u00e9en. S\u2019il y a un refus de l\u2019UE ou s\u2019il y a une rupture du financement de la Gr\u00e8ce par la BCE, un gouvernement Syriza interromprait de mani\u00e8re unilat\u00e9rale le remboursement de la dette. Implicitement, m\u00eame s\u2019ils ne le disent pas publiquement, on peut penser que les dirigeants de Syriza savent qu\u2019il y aurait dans ce cas une sortie de l\u2019euro de facto, mais ils insistent pour ne pas pr\u00e9senter cela comme un objectif ou leur propre choix. La cessation de paiement ne sera donc pas d\u2019embl\u00e9e annonc\u00e9e, mais c\u2019est une arme en cas de refus de ren\u00e9gociation du M\u00e9morandum visant \u00e0 annuler la dette dans sa plus grande partie. Si les gouvernements europ\u00e9ens font barrage \u00e0 l\u2019objectif de Syriza qui vise \u00e0 obtenir l\u2019annulation de la dette en partie, l\u2019id\u00e9e d\u2019un plan B \u2013 c\u2019est-\u00e0-dire la sortie de la zone euro &#8211; gagnera du terrain.<\/strong><br \/>\n<strong>Le succ\u00e8s politique et \u00e9lectoral de Syriza s\u2019explique justement par le fait que ce parti s\u2019est d\u2019embl\u00e9e oppos\u00e9 au M\u00e9morandum et \u00e0 la th\u00e9rapie de choc aust\u00e9ritaire. Le parti, de mani\u00e8re concr\u00e8te et pratique, a su s\u2019investir dans les mouvements sociaux et les actions collectives qui se sont d\u00e9velopp\u00e9es ces derni\u00e8res ann\u00e9es en Gr\u00e8ce. Syriza l\u2019a fait en respectant l\u2019autonomie de ces mouvements, y compris les formes les plus spontan\u00e9es et nouvelles des mobilisations. Il a, par exemple, soutenu le mouvement d\u2019occupation des places que nous avons vu au printemps dernier, alors que le KKE a d\u00e9nonc\u00e9 ce mouvement, disant qu\u2019il \u00e9tait \u00ab anti-politique \u00bb et domin\u00e9 par des \u00e9l\u00e9ments petits-bourgeois. C\u2019est un parti qui a aussi beaucoup \u0153uvr\u00e9 dans les r\u00e9seaux de solidarit\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9chelle locale pour faire face au traumatisme de la crise civile et de ses effets concrets dans le quotidien des populations. C\u2019est \u00e9galement une formation qui poss\u00e8de suffisamment de visibilit\u00e9 dans les institutions pour apparaitre comme capable de transformer le rapport de forces au niveau de la vie politique nationale. Ceci dit, Syriza n\u2019a d\u00e9coll\u00e9 dans les sondages qu\u2019au cours des derni\u00e8res semaines de la campagne. Le v\u00e9ritable d\u00e9collage s\u2019est fait au moment m\u00eame ou Tsipras a focalis\u00e9 son discours sur le th\u00e8me : \u00ab Un gouvernement de gauche anti-aust\u00e9rit\u00e9 maintenant \u00bb, en pr\u00e9sentant cela comme une offre ouverte d\u2019alliance avec le KKE, les forces de l\u2019extr\u00eame gauche, de la gauche parlementaire, et avec les petites formations dissidentes du PASOK. C\u2019est cela qui a litt\u00e9ralement chang\u00e9 le cours de la campagne \u00e9lectorale et r\u00e9orient\u00e9 son agenda. A partir de l\u00e0, l\u2019ensemble des partis politiques ont d\u00fb se situer par rapport \u00e0 la proposition de Syriza, qui est apparue comme une perspective politique concr\u00e8te, \u00e0 port\u00e9e de main, qui permettrait de mettre fin au joug du M\u00e9morandum et de la tro\u00efka.<\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">PM<\/span><\/span> <span style=\"color: #008000;\">C\u2019est un discours tr\u00e8s unitaire \u00e0 gauche\u2026<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">SK <\/span><\/span>Absolument. Syriza est particuli\u00e8rement cr\u00e9dible pour porter ce type de proposition \u00e0 cause de ses pratiques dans le mouvement social, mais aussi \u00e0 cause de sa forme de front politique, et d\u2019une pratique de coexistence entre des cultures politiques diff\u00e9rentes au sein m\u00eame de Syriza. Pour r\u00e9pondre \u00e0 ta question, je dirais que Syriza est un parti-hybride, un parti-synth\u00e8se, \u00e0 cheval entre la tradition qui vient du mouvement communiste grec et des nouvelles radicalit\u00e9s, telles qu\u2019elles sont apparues dans la nouvelle p\u00e9riode.<\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">PM <\/span><\/span><span style=\"color: #008000;\">Comment Alexis Tsipras est-il per\u00e7u en Gr\u00e8ce ?<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">SK <\/span><\/span>L\u2019aspect principal de l\u2019image de Tsipras, c\u2019est son \u00e2ge : il est jeune. Mais dans la composition de ses cadres et de ses groupes dirigeants, la gauche radicale grecque est encore domin\u00e9e par la g\u00e9n\u00e9ration qui approche la soixantaine, ou qui l\u2019a d\u00e9pass\u00e9e, et qui est aur\u00e9ol\u00e9e du prestige de la lutte contre la dictature des colonels. Al\u00e9kos Alav\u00e1nos, l\u2019ancien pr\u00e9sident de Synaspism\u00f3s, a organis\u00e9 la passation de pouvoir \u00e0 Tsipras pour marquer une rupture avec cette sorte de scl\u00e9rose g\u00e9n\u00e9rationnelle qui marque la gauche radicale grecque. C\u2019\u00e9tait un geste d\u2019un tr\u00e8s grand volontarisme politique. Tsipras est populaire car, avant d\u2019\u00eatre \u00e9lu \u00e0 la t\u00eate de Synaspism\u00f3s, il avait conduit la liste du parti aux \u00e9lections municipales \u00e0 Ath\u00e8nes. Alexis Tsipras n\u2019est pas exactement un tribun charismatique. Ce n\u2019est pas un mauvais orateur, mais il n\u2019a certainement pas l\u2019efficacit\u00e9 tribunitienne d\u2019un George Galloway ou d\u2019un Jean-Luc M\u00e9lenchon. Il a \u00e9galement fait des erreurs, notamment en sous-estimant au d\u00e9but \u2013 comme une grande partie de la gauche radicale \u2013 la gravit\u00e9 de la crise et la question de la dette publique comme justificatif de la mise en place de politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Il est apparu assez d\u00e9pass\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements. Puis il a d\u00e9velopp\u00e9 un style pugnace au parlement ; d\u2019opposition au gouvernement du PASOK et \u00e0 Papandreou, en particulier. Il a alors am\u00e9lior\u00e9 son profil tribunitien. Ce qui lui a permis de d\u00e9coller, \u00e7a a \u00e9t\u00e9 sa proposition d\u2019un gouvernement d\u2019unit\u00e9 de la gauche radicale et de toutes les forces anti-aust\u00e9rit\u00e9, il y a quelques semaines. Il a fait \u00e9voluer l\u2019image, hier encore dominante dans la soci\u00e9t\u00e9 grecque, d\u2019une gauche radicale per\u00e7ue comme une force estimable, int\u00e8gre, utile dans les mouvements sociaux, mais qui ne cherche pas \u00e0 assumer la t\u00e2che historique d\u2019offrir une issue \u00e0 la crise. C\u2019est un bouleversement consid\u00e9rable pour une gauche radicale encore traumatis\u00e9e par la d\u00e9faite du communisme du si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent. Celle-ci veut aujourd\u2019hui rompre avec une posture d\u2019\u00e9ternel minoritaire ; celle qui renvoie \u00e0 une force vou\u00e9e \u00e0 ne faire que de la \u00ab r\u00e9sistance \u00bb.<\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">PM<\/span><\/span> <span style=\"color: #008000;\">Il n\u2019y a aujourd\u2019hui aucune relation entre Syriza et le PASOK\u2026<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">SK <\/span><\/span>En dehors de la Gr\u00e8ce, on peut difficilement imaginer le gouffre qui s\u00e9pare le PASOK, non seulement de la gauche radicale, mais aussi de la soci\u00e9t\u00e9 grecque. Depuis les ann\u00e9es 1990 pour le KKE et depuis le milieu des ann\u00e9es 2000 pour Syriza, il n\u2019y a aucune alliance qui soit possible ou d\u00e9sirable entre le PASOK et le reste de la gauche radicale, \u00e0 quelque niveau que ce soit.<\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">PM<\/span><\/span> <span style=\"color: #008000;\">S\u2019il existe un tel cordon sanitaire autour du PASOK, c\u2019est que ce parti n\u2019est plus consid\u00e9r\u00e9 comme un parti de gauche par les autres formations de la gauche grecque\u2026<\/span><\/strong><\/p>\n<p><strong><\/strong><br \/>\n<strong><span style=\"color: #0000ff;\"><span style=\"text-decoration: underline;\">SK<\/span><\/span> Il y a une sp\u00e9cificit\u00e9 de langage qu\u2019il faut avoir en t\u00eate. Jusqu\u2019en 1974, il n\u2019y avait pas de parti socialiste en Gr\u00e8ce. Dans le lexique politique grec, quand un Grec dit : \u00ab Je suis de gauche \u00bb, il veut dire : \u00ab Je suis \u00e0 gauche du PASOK \u00bb. D\u2019ailleurs, le PASOK ne s\u2019est jamais consid\u00e9r\u00e9 comme un parti de gauche dans le sens grec du terme. La gauche en Gr\u00e8ce renvoie \u00e0 la tradition communiste, au sens large du terme. Cela exclut la social-d\u00e9mocratie de type PASOK.<\/strong><\/h3>\n<gcse:search><\/gcse:search>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00ab Syriza est l\u2019expression d\u2019une nouvelle radicalit\u00e9 \u00e0 gauche \u00bb. Entretien avec Stathis Kouv\u00e9lakis par Philippe Marli\u00e8re Stathis Kouv\u00e9lakis est ma\u00eetre de conf\u00e9rences en philosophie politique au King\u2019s College de Londres. C\u2019est aussi un intellectuel public bien connu dans les gauches fran\u00e7aise et grecque. 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