{"id":4278,"date":"2012-01-15T18:17:24","date_gmt":"2012-01-15T16:17:24","guid":{"rendered":"http:\/\/alternatifs81.fr\/?p=4278"},"modified":"2012-01-15T18:17:24","modified_gmt":"2012-01-15T16:17:24","slug":"contre-le-discours-dominant-sur-la-dette-publique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alternatifs81.fr\/?p=4278","title":{"rendered":"Contre le discours dominant sur la Dette Publique . . ."},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/arton228-f1081.jpg\" rel=\"lightbox[4278]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-4279\" style=\"margin: 10px;\" title=\"arton228-f1081\" src=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/arton228-f1081.jpg\" alt=\"\" width=\"100\" height=\"100\" \/><\/a>\u00a0\u00a0\u00a0 <span style=\"color: #008000;\">Tribune parue dans Le Monde par<\/span><em><span style=\"color: #008000;\"> Genevi\u00e8ve Azam, Etienne Balibar, Thomas Coutrot, Dominique M\u00e9da, Yves Sintomer<br \/>\n<\/span><\/em><br \/>\nIl y a deux mani\u00e8res de raconter ce qui se passe en Europe.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Selon le storytelling dominant, nous avons trop d\u00e9pens\u00e9. Experts et \u00e9ditorialistes devisent sur la France qui, comme les autres pays d\u00e9pensiers, \u00ab\u00a0vit depuis plus de trente ans \u00e0 cr\u00e9dit\u00a0\u00bb. L&rsquo;enjeu pour la gauche serait seulement de \u00ab\u00a0donner du sens \u00e0 la rigueur\u00a0\u00bb en attendant de \u00ab\u00a0relancer la croissance\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Ce sc\u00e9nario semble aussi \u00e9vident que l&rsquo;air que nous respirons. Il est pourtant<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><!--more-->contraire aux principaux chiffres officiels, et une narration alternative appara\u00eet mieux fond\u00e9e. Ainsi selon le rapport sur \u00ab\u00a0La d\u00e9pense publique et son \u00e9volution\u00a0\u00bb, publi\u00e9 par Bercy, la part des d\u00e9penses publiques dans le PIB fran\u00e7ais est pass\u00e9e de 52,8 % dans les ann\u00e9es 1990 \u00e0&#8230; 52,9 % dans les ann\u00e9es 2000.<\/p>\n<p>Si les d\u00e9ficits et la dette ont flamb\u00e9, ce n&rsquo;est pas du fait d&rsquo;une envol\u00e9e des d\u00e9penses, mais \u00e0 cause d&rsquo;une r\u00e9duction des recettes. Le manque \u00e0 gagner annuel d\u00fb aux exon\u00e9rations et baisses d&rsquo;imp\u00f4ts consenties dans les ann\u00e9es 2000 est chiffr\u00e9 par Gilles Carrez, d\u00e9put\u00e9 UMP et rapporteur du budget, \u00e0 plus de 100 milliards d&rsquo;euros. Et la crise financi\u00e8re a provoqu\u00e9 une chute brutale des recettes publiques d\u00e9j\u00e0 \u00e9rod\u00e9es par cette contre-r\u00e9volution fiscale. Cette dette est celle de la finance et du n\u00e9olib\u00e9ralisme, pas des assur\u00e9s sociaux ni des citoyens.<\/p>\n<p>Deux narrations aussi contradictoires de l&rsquo;histoire de la dette publique d\u00e9terminent deux r\u00e9ponses antagoniques.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Selon l&rsquo;histoire officielle, une cure s\u00e9v\u00e8re d&rsquo;amaigrissement budg\u00e9taire s&rsquo;impose, sans d\u00e9bat autre que sur les modalit\u00e9s, pour que la France restaure ses finances publiques et que ses entreprises redeviennent comp\u00e9titives. Dans la narration alternative, \u00e0 l&rsquo;inverse, la cl\u00e9 de la situation r\u00e9side dans une r\u00e9forme fiscale redistributive, coupl\u00e9e \u00e0 une cure amaigrissante et une mise sous tutelle&#8230; du secteur financier.<\/p>\n<p>En outre, la r\u00e9forme fiscale, qui permet de r\u00e9duire le d\u00e9ficit courant, n&rsquo;\u00e9pongera pas la dette : les int\u00e9r\u00eats vers\u00e9s en 2011 aux rentiers &#8211; ceux-l\u00e0 m\u00eames qui ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des baisses d&rsquo;imp\u00f4ts &#8211; se montent \u00e0 50 milliards d&rsquo;euros, avant m\u00eame la prochaine perte du triple A et de probables hausses des taux exig\u00e9es par les march\u00e9s.<\/p>\n<p>Pour all\u00e9ger ce fardeau, pr\u00e9server les services publics et la protection sociale, et enclencher une transition \u00e9cologique, le d\u00e9bat d\u00e9mocratique devra d\u00e9terminer si une part de cette dette est ill\u00e9gitime, c&rsquo;est-\u00e0-dire contract\u00e9e au nom d&rsquo;arguments infond\u00e9s et au b\u00e9n\u00e9fice d&rsquo;int\u00e9r\u00eats particuliers et, le cas \u00e9ch\u00e9ant, d\u00e9cider un d\u00e9faut sur cette partie de la dette. Les Etats devront \u00e0 l&rsquo;avenir se financer ailleurs qu&rsquo;aupr\u00e8s des seuls march\u00e9s financiers, comme ils le faisaient jusqu&rsquo;au d\u00e9but des ann\u00e9es 1980 : faute de quoi ils ne pourront plus pr\u00e9tendre \u00e0 aucune souverainet\u00e9.<\/p>\n<p>Ils devront \u00e9galement prendre acte que cette crise est aussi celle d&rsquo;un mod\u00e8le de croissance insoutenable, et r\u00e9orienter les investissements publics vers des programmes \u00e9cologiquement plus sobres et plus riches en emplois, au lieu de grands projets productivistes, co\u00fbteux et obsol\u00e8tes.<\/p>\n<p>Mais si la narration critique a pour elle la vraisemblance du diagnostic, elle se heurte aux \u00ab\u00a0\u00e9vidences\u00a0\u00bb martel\u00e9es, et la n\u00e9cessaire radicalit\u00e9 des r\u00e9ponses qu&rsquo;elle appelle peut inqui\u00e9ter. C&rsquo;est pourquoi un appel pour un \u00ab\u00a0audit citoyen de la dette publique\u00a0\u00bb a \u00e9t\u00e9 lanc\u00e9 mi-octobre 2011 par des personnalit\u00e9s et nombre d&rsquo;organisations syndicales, associatives et politiques, rejoints depuis par plus de 50 000 citoyens (Audit-citoyen.org).<\/p>\n<p>Des collectifs locaux se cr\u00e9ent dans de nombreuses localit\u00e9s pour proposer aux citoyens de s&#8217;emparer de ce d\u00e9bat. Ces initiatives n&rsquo;ont pas encore int\u00e9ress\u00e9 les m\u00e9dias, mais veulent susciter dans les profondeurs de la soci\u00e9t\u00e9 un d\u00e9bat de la m\u00eame intensit\u00e9 que celui qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le r\u00e9f\u00e9rendum sur le trait\u00e9 constitutionnel europ\u00e9en en 2005.<\/p>\n<p>Car les questions alors d\u00e9battues se posent avec une tout autre acuit\u00e9, \u00e0 l&rsquo;heure o\u00f9 le tsunami de l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 arrive d&rsquo;Europe m\u00e9ridionale. Les r\u00e9formes institutionnelles adopt\u00e9es depuis un an, et parachev\u00e9es par le \u00ab\u00a0trait\u00e9 intergouvernemental \u00e0 Vingt-Six\u00a0\u00bb d\u00e9cid\u00e9 au sommet europ\u00e9en de d\u00e9cembre, ne font que radicaliser une logique de r\u00e9pression budg\u00e9taire et de soumission aux march\u00e9s financiers, dont la crise manifeste pourtant l&rsquo;\u00e9chec patent. Alors que le navire de Maastricht s&rsquo;est d\u00e9chir\u00e9 sur les r\u00e9cifs de la crise financi\u00e8re, les capitaines s&rsquo;\u00e9puisent \u00e0 coller des rustines sur les d\u00e9bris qui flottent.<\/p>\n<p>Une id\u00e9e a servi de cl\u00e9 de vo\u00fbte \u00e0 l&rsquo;architecture europ\u00e9enne depuis Maastricht : les march\u00e9s sont plus intelligents que les gouvernements et les \u00e9lecteurs. Concurrence fiscale et sociale au sein d&rsquo;un march\u00e9 libre et non fauss\u00e9 ; r\u00e9duction des recettes publiques pour augmenter la comp\u00e9titivit\u00e9 ; obligation faite aux Etats, en cas de d\u00e9ficits, de se financer sur les march\u00e9s ; interdiction faite aux Etats de s&rsquo;entraider financi\u00e8rement&#8230; : la zone euro a \u00e9t\u00e9 con\u00e7ue pour \u00e9liminer les politiques \u00e9conomiques volontaristes et placer les Etats sous le pilotage automatique des march\u00e9s.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La tentative d\u00e9sesp\u00e9r\u00e9e de sauver cette architecture aux principes obsol\u00e8tes ne peut qu&rsquo;\u00e9chouer, f\u00fbt-ce avec des eurobonds (des titres communs pour mutualiser la dette des pays de la zone euro) qui resteront soumis au jugement et donc aux crit\u00e8res de \u00ab\u00a0bonne gestion\u00a0\u00bb des march\u00e9s.<\/p>\n<p>L&rsquo;\u00e9chec programm\u00e9 de ce sauvetage peut d\u00e9boucher dans les ann\u00e9es \u00e0 venir sur un \u00e9clatement de l&rsquo;euro et un d\u00e9ferlement des courants nationalistes, autoritaires et x\u00e9nophobes qui travaillent les soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes. Mais le pire n&rsquo;est pas certain. Les aspirations d\u00e9mocratiques, elles aussi, sont tr\u00e8s vivaces en Europe, notamment dans la jeunesse, comme le montre l&rsquo;essor des mouvements \u00ab\u00a0indign\u00e9s\u00a0\u00bb dans les pays du Sud, jusqu&rsquo;ici les plus touch\u00e9s par la crise sociale et d\u00e9mocratique.<\/p>\n<p>La nomination d&rsquo;anciens dirigeants de Goldman Sachs comme chefs de gouvernement en Gr\u00e8ce et en Italie, ministre des finances en Espagne ou pr\u00e9sident de la Banque centrale europ\u00e9enne, ne passe pas. Pas plus que les cris d&rsquo;orfraie devant l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 d&rsquo;un r\u00e9f\u00e9rendum, en Gr\u00e8ce ou ailleurs. Les citoyens ne veulent plus \u00eatre \u00ab\u00a0des jouets dans les mains des banques et des politiciens\u00a0\u00bb, comme disent les \u00ab\u00a0indign\u00e9s\u00a0\u00bb espagnols. Ils veulent pouvoir peser sur leur avenir, faire des projets pour leurs enfants, stopper les d\u00e9gradations sociales et \u00e9cologiques qui les indignent.<\/p>\n<p>Face \u00e0 la surdit\u00e9 des \u00e9lites, une insurrection d\u00e9mocratique est n\u00e9cessaire en Europe comme d&rsquo;ailleurs aux Etats-Unis, dans le monde arabe, en Russie&#8230; Il s&rsquo;agit de refonder la d\u00e9mocratie dans le champ politique, par un recours intense aux m\u00e9canismes de la d\u00e9mocratie directe (initiatives citoyennes, r\u00e9f\u00e9rendums r\u00e9vocatoires&#8230;) et de la d\u00e9mocratie d\u00e9lib\u00e9rative (conf\u00e9rences citoyennes, deuxi\u00e8me Chambre tir\u00e9e au sort&#8230;).<\/p>\n<p>Il s&rsquo;agit aussi de l&rsquo;\u00e9largir au champ \u00e9conomique, \u00e0 commencer par le syst\u00e8me bancaire, dont le sauvetage imminent par les deniers publics doit \u00eatre l&rsquo;occasion de le placer sous le contr\u00f4le non pas des fonctionnaires de Bercy ou de Bruxelles, mais de la soci\u00e9t\u00e9 civile. L&rsquo;horizon semble bouch\u00e9 par leur dette : d\u00e9gageons-le en r\u00e9inventant notre d\u00e9mocratie.<\/p>\n<p><em><span style=\"color: #008000;\">Attac organise, en partenariat avec Mediapart, la journ\u00e9e de d\u00e9bats<a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/proposition.jpg\" rel=\"lightbox[4278]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-4280\" style=\"margin: 10px;\" title=\"proposition\" src=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/proposition-182x300.jpg\" alt=\"\" width=\"146\" height=\"240\" srcset=\"https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/proposition-182x300.jpg 182w, https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/proposition.jpg 510w\" sizes=\"auto, (max-width: 146px) 100vw, 146px\" \/><\/a> \u00ab\u00a0<\/span><\/em><a href=\"http:\/\/www.france.attac.org\/evenement\/15-janvier-journee-des-alternatives-leur-dette-notre-democratie\" target=\"_blank\"><em><span style=\"color: #008000;\">Leur dette, notre d\u00e9mocratie<\/span><\/em><\/a><em><span style=\"color: #008000;\">\u00ab\u00a0, le dimanche 15 janvier, \u00e0 l&rsquo;Espace Reuilly (Paris 12e).<br \/>\n<\/span><\/em><br \/>\n<span style=\"color: #0000ff;\">Genevi\u00e8ve Azam, <\/span><span style=\"color: #0000ff;\"><em>\u00e9conomiste, membre du conseil scientifique d&rsquo;Attac<br \/>\n<\/em><br \/>\nEtienne Balibar, <em>philosophe <\/em><\/p>\n<p>Thomas Coutrot, <em>\u00e9conomiste, copr\u00e9sident d&rsquo;Attac<\/em><\/p>\n<p>Dominique M\u00e9da, <em>sociologue <\/em><\/p>\n<p>Yves Sintomer, politologue.<br \/>\n<\/span><\/h3>\n<gcse:search><\/gcse:search>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00a0\u00a0 Tribune parue dans Le Monde par Genevi\u00e8ve Azam, Etienne Balibar, Thomas Coutrot, Dominique M\u00e9da, Yves Sintomer Il y a deux mani\u00e8res de raconter ce qui se passe en Europe. 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