{"id":2990,"date":"2011-10-14T18:11:30","date_gmt":"2011-10-14T16:11:30","guid":{"rendered":"http:\/\/alternatifs81.fr\/?p=2990"},"modified":"2012-10-30T23:12:55","modified_gmt":"2012-10-30T22:12:55","slug":"la-vraie-bataille-de-lintelligence-un-texte-tres-interessant-sur-le-travail","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alternatifs81.fr\/?p=2990","title":{"rendered":"La vraie bataille de l&rsquo;intelligence. . . Un texte (tr\u00e8s) int\u00e9ressant sur le travail."},"content":{"rendered":"<p><span style=\"color: #008000;\"><strong><em><a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/autogestion-icone4.jpg\" rel=\"lightbox[2990]\"><\/a>\u00a0<a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/Chaplin1943.jpg\" rel=\"lightbox[2990]\"><\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En (lointain ? ) \u00e9cho \u00e0 la tr\u00e8s importante interview de Dani\u00e8le LINHART , publi\u00e9e r\u00e9cemment sur ce blog,\u00a0 voici un texte de\u00a0 <\/em><\/strong><strong><em>Christine Castejon <\/em><\/strong><strong><em>qui \u00a0date de fin 2007 <\/em><\/strong><strong><em><\/em><\/strong><\/span><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h2 style=\"text-align: center;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<span style=\"color: #808000;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <\/span><a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/Chaplin1942.jpg\" rel=\"lightbox[2990]\"><\/a><span style=\"color: #808000;\">La vraie bataille de l&rsquo;intelligence<\/span><\/h2>\n<p><strong>\u00a0<\/strong><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/99_try03.jpg\" rel=\"lightbox[2990]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-6331\" style=\"margin: 10px 8px;\" title=\"99_try03\" src=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/99_try03-264x300.jpg\" alt=\"\" width=\"238\" height=\"270\" srcset=\"https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/99_try03-264x300.jpg 264w, https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/99_try03.jpg 353w\" sizes=\"auto, (max-width: 238px) 100vw, 238px\" \/><\/a>Les \u00eatres humains se d\u00e9truisent dans la concurrence.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Ils se forment et grandissent dans la coop\u00e9ration.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Tel est l&rsquo;enjeu aujourd\u2019hui de la question du travail.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">On dira que ce n\u2018est pas l\u2019enjeu sp\u00e9cifique du travail. Mais appuyons le trait : dans le travail tel qu\u2019il est aujourd\u2019hui se d\u00e9roule <!--more-->une partie essentielle de la confrontation de<em> <\/em>port\u00e9e anthropologique dans laquelle nous sommes.<em><\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La question du travail est en train de s\u2019inviter dans l\u2019actualit\u00e9 politique m\u00eame si elle ne d\u00e9clenche pas encore \u00e0 elle seule les mouvements sociaux. Ce n\u2019est pas un effet de mode ou de \u201cpetite phrase\u201d.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Mais le mouvement syndical et la recherche en sciences sociales peinent \u00e0 la percevoir comme une question \u00e0 part enti\u00e8re, sinon sous l\u2019angle biais\u00e9 de la \u201csouffrance au travail\u201d.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Celle-ci est un signal, pas un diagnostic. Le signal qu\u2019il faut comprendre ce qui se passe.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">I-\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Trois raisons pour une \u00e9mergence de la question<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li>\n<h3>\u00ab Les \u00eatres humains se d\u00e9truisent dans la concurrence \u00bb n\u2019est pas, ici, une affirmation philosophique mais un constat issu de la quantit\u00e9, depuis 15 \u00e0 20 ans, de travaux, recherches, \u00e9tudes, expertises, qui montrent \u00e0 l&rsquo;oeuvre, si l&rsquo;on peut dire pour cette entreprise de destruction, la g\u00e9n\u00e9ralisation de la concurrence entre les individus, les organisations, les g\u00e9n\u00e9rations, les pays, et les effets de cette gangr\u00e8ne.<\/h3>\n<\/li>\n<\/ol>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le constat d\u00e9passe d\u00e9sormais tr\u00e8s largement l\u2019addition de situations similaires.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La multitude des diagnostics de \u201csouffrance au travail\u201d s\u2019ajuste \u00e0 l\u2019id\u00e9e myope que certains individus s\u2019adaptent moins que d\u2019autres \u00e0 la \u201cmodernisation\u201d.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Mais comme le dit l\u2019anthropologue Maurice Godelier \u201cL\u2019homme n\u2019est pas seulement un \u00eatre qui s\u2019adapte, il est un \u00eatre qui s\u2019invente\u201d1. Cette possibilit\u00e9 de s\u2019inventer est barr\u00e9e par des organisations (c\u2019est tout juste si on peut pr\u00e9ciser \u201cdu travail\u201d tant le travail est malmen\u00e9 dans cette affaire) qui ne cherchent que des r\u00e9sultats, financiers n\u00e9cessairement, \u00e0 court terme.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Ceux qui doutent que le travail, de toutes fa\u00e7ons, soit un lieu o\u00f9 l\u2018on s\u2019invente, sauf s\u2019il s\u2019agit d\u2019un travail dit de cr\u00e9ation, ne s\u2019en inqui\u00e8teront gu\u00e8re.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le travail se trouve d\u00e9-valoris\u00e9 de tous les c\u00f4t\u00e9s, par ceux qui l\u2019attaquent 2 et par ceux qui ne le d\u00e9fendent pas.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Les conditions sont r\u00e9unies pour le repli de chacun sur les difficult\u00e9s de son propre travail, qui permettra de crier un peu plus aux m\u00e9faits de l\u2019individualisme.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Prenons un exemple aussi flagrant que r\u00e9pandu. Une direction d\u2019entreprise met en place, se substituant aux \u00ab classiques \u00bb lignes du travail \u00e0 la cha\u00eene composant un atelier, des \u00ab \u00e9quipes autonomes de production \u00bb charg\u00e9es des m\u00eames lignes mais auxquelles sont attribu\u00e9s des objectifs qui permettent de rep\u00e9rer leurs contributions respectives \u00e0 la production. C\u2019est \u00e0 qui, parmi elles, supportera le mieux les objectifs de \u00ab performance \u00bb, de \u00ab productivit\u00e9 \u00bb, de \u00ab qualit\u00e9 \u00bb.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Derri\u00e8re ces abstractions : c\u2019est \u00e0 qui produira le plus vite, \u00e0 qui courra le plus vite pour r\u00e9parer une panne, \u00e0 qui veillera \u00e0 laisser s\u2019interrompre le moins possible la ligne au prix d\u2019une course incessante.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">On instaure des \u00ab challenges \u00bb entre les \u00e9quipes, primes \u00e0 l\u2019appui, on compare en permanence les prouesses et les \u00e9checs. Vient le moment o\u00f9 c\u2019est \u00e0 qui cachera le plus les accidents (coupures \u00ab l\u00e9g\u00e8res \u00bb, mal au dos, h\u00e9matomes) qui viennent plomber les r\u00e9sultats.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">On les cache \u00e0 la fois parce qu\u2019ils peuvent entra\u00eener une interruption de la ligne et, comble de cynisme, parce qu\u2019ils portent atteinte \u00e0 l\u2019objectif \u00ab 0 accident \u00bb, composante de la prime.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">R\u00e9sultat net : sur les lignes \u00ab classiques \u00bb, le travail r\u00e9alis\u00e9 (tout ce que font les OS -devenus des op\u00e9rateurs- pour que la ligne produise) \u00e9tait invisible. Dans les \u00ab \u00e9quipes autonomes \u00bb, il devient ind\u00e9sirable qu\u2019il soit vu.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">On enfonce la r\u00e9alit\u00e9 du travail sous une double couche de m\u00e9connaissance.\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 <a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/alterlutte-copie-1.jpg\" rel=\"lightbox[2990]\"><\/a><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Entre-temps, on a cass\u00e9 sans \u00e9tat d\u2019\u00e2me les collectifs de travail existants, supprim\u00e9 des postes puisqu\u2019une \u00e9quipe \u00ab autonome \u00bb sera plus efficace, postulat qu\u2019on oublie de d\u00e9montrer (derri\u00e8re ces postes il y avait du travail r\u00e9alis\u00e9 dans une \u00e9quipe par des individus porteurs de savoirs et d\u2019exp\u00e9rience), et on compense en pr\u00f4nant la polyvalence (la capacit\u00e9 de travailler sur plusieurs postes) sans en donner les moyens, au nom de l\u2018entraide n\u00e9cessaire et toujours bienvenue3.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Or \u00ab l\u2019entraide \u00bb, notion morale, n\u2019est pas la co-op\u00e9ration qui fait une \u00e9quipe.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0A elle seule cette confusion signale l\u2019ignorance de ce qu\u2019est le travail. Sur le terrain personne n\u2019est dupe\u2026longtemps.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Port\u00e9e par un syst\u00e8me de r\u00e9mun\u00e9ration individualis\u00e9e, des r\u00e9ductions d\u2019\u00ab effectifs \u00bb4, des contrats pr\u00e9caires autant qu\u2019il est possible et en parfaite ill\u00e9galit\u00e9 (la pr\u00e9carit\u00e9 install\u00e9e n\u2019est pas l\u00e9gale), des \u00ab projets \u00bb et des organisations qui varient au rythme des lubies d\u2019un management qui ne sait plus comment r\u00e9duire les co\u00fbts pour r\u00e9pondre \u00e0 l\u2019insatiable demande de marges par les actionnaires, cette \u00ab entraide \u00bb n\u2019a aucun sens sinon de conduire \u00e0 la d\u00e9signation de moutons noirs qui ne tiennent pas la cadence ou \u00ab travaillent mal \u00bb.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Mais si mise en lumi\u00e8re il y a, elle porte pr\u00e9cis\u00e9ment sur ce qui est visible : il manque du monde sur les lignes, la pression est trop forte, la pr\u00e9carit\u00e9 s\u2019\u00e9tend. Mais les cons\u00e9quences subjectives de ces dynamitages d\u2019\u00e9quipes ne font pas partie du bilan, sinon de fa\u00e7on tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9rale, en termes de \u00ab souffrance \u00bb justement\u2026<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Un cercle vicieux est pourtant engrang\u00e9 qui int\u00e9resse d\u2019autant plus le syndicalisme qu\u2019il accentue sa mise \u00e0 l\u2019\u00e9cart : on encourage les comportements de r\u00e8glement de comptes voire de d\u00e9lation, le \u00ab pousse-toi de l\u00e0 que je m\u2019y mette \u00bb, et l\u2019on conclura, \u00e0 force de collectifs bris\u00e9s et de travail m\u00e9pris\u00e9, que les hommes ne savent vivre que sous la loi du plus fort.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">On installe dans les t\u00eates l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;\u00eatre humain est vou\u00e9 \u00e0 la violence, que la concurrence fait partie de sa nature, qu\u2019il n\u2019y a rien \u00e0 attendre des autres.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Dans ces conditions, rien d\u2019\u00e9tonnant \u00e0 ce que, peu \u00e0 peu, dans ce monde de la \u00ab gouvernance \u00bb o\u00f9 il n\u2019y aurait plus rien \u00e0 repenser (seulement \u00e0 (in)g\u00e9rer), on \u00ab g\u00e8re les rapports sociaux \u00bb en r\u00e9primant ce qu\u2019on a \u00ab lib\u00e9r\u00e9 \u00bb mais surtout d\u00e9clench\u00e9 : la guerre de tous contre tous.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Si cette affirmation que \u00ab l\u2019homme est un loup pour l\u2019homme \u00bb, qui n\u2019est certes pas neuve mais n\u2019a pas le champ libre sur le terrain des id\u00e9es5, s\u2019installe comme la repr\u00e9sentation dominante dans laquelle baignent et se reproduisent les rapports sociaux et elle pourrait le devenir dans les conditions actuelles, elle engendrera (ou acc\u00e9l\u00e9rera\u2026) sa propre r\u00e9alisation.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Exit la relation aux autres.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Il deviendra impossible de barrer la route \u00e0 la mise en place d\u2019un syst\u00e8me g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9 de surveillance, ne serait ce que pour contr\u00f4ler les effets de l\u2019exasp\u00e9ration montante dans cet univers o\u00f9 nous serons dress\u00e9s les uns contre les autres.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">On ne peut d\u00e9j\u00e0 plus parler au futur alors que l\u2019annonce de la g\u00e9n\u00e9ralisation de la vid\u00e9o-surveillance ne fait pas de vagues, que l\u2019exp\u00e9rimentation en Seine-Saint-Denis de la surveillance du territoire par des drones ne suscite qu\u2019un communiqu\u00e9 indign\u00e9 d\u2019\u00e9lus, qu\u2019on voit partout s\u2019\u00e9riger des cl\u00f4tures pourse \u00ab prot\u00e9ger \u00bb les uns des autres.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Disons-le dans l\u2019autre sens : cette demande d\u2019ordre qui empoisonne les rapports sociaux prend une partie de sa force dans le quotidien des situations de travail. Comme une r\u00e9ponse et un rem\u00e8de au d\u00e9sordre qui les caract\u00e9rise aujourd\u2019hui6, o\u00f9 plus personne n\u2019a le temps de penser son travail voire de le faire.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La premi\u00e8re raison du repli sur soi c\u2019est la tentative de garder la ma\u00eetrise sur ce qui para\u00eet le plus \u00e0 port\u00e9e de main. Laissant s\u2019installer ce repli faute d\u2019en comprendre le m\u00e9canisme, on accentue dans le travail sa dimension de forteresse, \u00e9videmment illusoire, dans laquelle certains cherchent \u00e0 se prot\u00e9ger de coups dont on ne voit plus qui les donne.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Ce m\u00e9canisme d\u2019autod\u00e9fense ass\u00e8che en retour le travail.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">L\u2019appel\u00a0 invraisembablement \u00a0r\u00e9trograde \u00e0 rallonger le temps de travail que nous entendons aujourd\u2019hui en est un signe, l\u00e0 encore : \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 il faut \u00e9largir nos horizons, on nous demande non seulement de r\u00e9tr\u00e9cir le hors-travail mais de densifier encore ces heures que certains passent d\u00e9j\u00e0 \u00e0 courir les yeux ferm\u00e9s. Le r\u00e9sultat ne sera pas une ru\u00e9e sur les heures suppl\u00e9mentaires, car il r\u00e8gne une fatigue intense dans la plupart des milieux de travail, ce sera une accentuation des clivages entre ceux qui ont le choix (de ne pas s\u2019\u00e9puiser plus) et ceux qui ne l\u2019ont pas.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/anticpe-24c9c-58b801.jpg\" rel=\"lightbox[2990]\"><\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Pourtant, regarder le travail tel qu\u2019il se fait conduit aussi \u00e0 ne pas rendre le tableau plus sombre qu\u2019il n\u2019est : il existe encore des lieux de travail qui sont des lieux de v\u00e9ritable humanit\u00e9, il en est qui se cr\u00e9ent tous les jours avec l\u2019ambition d\u2019autres rapports humains, la tentative de faire vivre des projets de vie.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Lorsque des jeunes gens et filles se laissent prendre au pi\u00e8ge de la cr\u00e9ation d\u2019entreprises qui dans la plupart des cas ne passeront pas la premi\u00e8re ann\u00e9e, c\u2019est souvent avec des d\u00e9sirs que le syst\u00e8me pi\u00e9tine parce que seul lui importe l\u2019argent qui circule.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La situation est encore ouverte, ne serait-ce que parce que le discours sur les bienfaits de la concurrence se heurte frontalement \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 inverse. La g\u00e9n\u00e9ralisation de la concurrence dans les entreprises a souvent lieu sur un mode paradoxal non parce qu\u2019elle est inavouable, au contraire elle est revendiqu\u00e9e, mais parce qu\u2019elle heurte ce qui se passe en p\u00e9nombre dans le travail et fait, sans qu\u2019on le sache, sa v\u00e9ritable efficacit\u00e9.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Alors on coupe court \u00e0 tout ce qui pourrait cr\u00e9er du lien entre les salari\u00e9s et avec les clients mais on communique sur le d\u00e9veloppement durable ou sur la relation de confiance. La solidarit\u00e9, le collectif, ont plus que de beaux restes et la fa\u00e7on dont maintes directions d\u2019entreprise se sont engouffr\u00e9es dans le \u201cmod\u00e8le rugbystique\u201d, au diable l\u2019originalit\u00e97, en est un indicateur.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Que nous soyons dans un syst\u00e8me \u201cnage ou coule\u201d, variante \u201csi ce n\u2019est pas toi qui tire ton \u00e9pingle du jeu, ce sera ton voisin\u201d, ne fait plus d\u00e9bat, tout le monde le sait ou le sent.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Mais les r\u00e9actions sont loin d\u2019\u00eatre enthousiastes.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0Il y a certes ceux qui jouent en premi\u00e8re ligne 8, et \u201cla soci\u00e9t\u00e9\u201d \u2013les gouvernants successifs- consacre maints efforts \u00e0 y faire entrer la jeunesse par le syst\u00e8me \u00e9ducatif, il y a ceux qui acceptent9, il y a aussi ceux qui refusent. Il y a surtout la quantit\u00e9 de ceux qui n\u2019osent pas refuser ou ne savent pas comment refuser.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Or sur le terrain du travail peut se renouer concr\u00e8tement et beaucoup plus vite qu\u2019on ne le pense un lien entre situation individuelle et situation collective.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Lien de compr\u00e9hension : quel rapport entre les deux ? et lien d\u2019action : que puis-je faire \u00e0 mon niveau pour redonner du sens \u00e0 ce qui n\u2019en a plus ou emp\u00eacher qu\u2019on vide de sens ce qui en contient encore ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Mais cela suppose que le travail (les situations de travail) devienne un terrain d\u2019action syndicale10.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 2. Il y a deux d\u00e9cennies, avant que n&rsquo;explosent le ch\u00f4mage et la pr\u00e9carit\u00e9 de masse dans un pays comme le n\u00f4tre (ch\u00f4mage et pr\u00e9carit\u00e9 qui soit dit en passant existaient ailleurs, la mondialisation c\u2019est aussi celle des enjeux) la question du travail a pu se pr\u00e9senter comme celle du temps libre \u00e0 conqu\u00e9rir contre la subordination au travail.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Nous en \u00e9tions l\u00e0 gr\u00e2ce \u00e0 la s\u00e9curit\u00e9 acquise, croyions-nous, dans la voie d&rsquo;un progr\u00e8s social qui r\u00e9duisait au fil du 20\u00e8me si\u00e8cle la place du travail dans la vie quotidienne et dans une vie d&rsquo;homme (pas encore dans celle des femmes cependant, captives de toutes fa\u00e7ons de la double voire triple journ\u00e9e).<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Occup\u00e9s par la question historique de la r\u00e9duction de la peine, qu\u2019on assimilait \u00e0 la r\u00e9duction continue du temps de travail, le mouvement syndical tout autant que la recherche en sciences sociales n&rsquo;avaient pas cherch\u00e9 \u00e0 comprendre ce qui se joue pour les personnes dans le travail.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Ce qui fait que, tout en le proclamant ali\u00e9nant, fatiguant ou p\u00e9nible, nous l&rsquo;aimons, ce travail, par exemple comme le lieu o\u00f9 nous rencontrons les autres, o\u00f9 nous cherchons des solutions \u00e0 des probl\u00e8mes qui nous sortent de nousm\u00eames, o\u00f9 nous rions ensemble des chefs, de nous-m\u00eames et de la difficult\u00e9 de vivre11.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Sur le plan de l\u2019enqu\u00eate sociologique, les premi\u00e8res charrettes de licenciements ont conduit \u00e0 des entretiens avec les salari\u00e9s en lutte ou au d\u00e9sespoir qui auraient pu attirer l&rsquo;attention sur l&rsquo;attachement de ces hommes et femmes \u00e0 des m\u00e9tiers qui paraissent \u00e0 d\u2019autres si \u00e9touffants, si r\u00e9p\u00e9titifs, si d\u00e9qualifi\u00e9s.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">De loin, on comprenait mal pourquoi des OS pouvaient pleurer la perte de leur emploi, si ce\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/equipe015.jpg\" rel=\"lightbox[2990]\"><\/a>\u00a0n\u2019est\u00a0\u00a0\u00a0 \u00a0parce que cet emploi repr\u00e9sentait un salaire r\u00e9gulier m\u00eame mis\u00e9rable.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">On a souvent mal \u00e9cout\u00e9 ce qu\u2019ils disaient du quotidien de l\u2019entreprise et du travail, la dispersion des amiti\u00e9s et parfois des inimiti\u00e9s qui s\u2019\u00e9taient forg\u00e9es, la fiert\u00e9 aussi de produire, f\u00fbt-ce un objet banal et inaper\u00e7u dans le quotidien des autres12. N\u2019a-t-on pas un peu pens\u00e9, ici ou l\u00e0, que la crise \u00e9tait n\u00e9cessaire et finalement pas si n\u00e9faste parce qu\u2019elle rompait un cordon ombilical ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le rouleau compresseur du discours sur la n\u00e9cessaire modernisation, et les omelettes qu\u2019on fait en cassant des oeufs, a pu se mettre en route13&#8230;<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Comme nous ne savions pas ce qui se joue dans le travai, ce discours, dont on ne dira jamais assez quel m\u00e9pris il v\u00e9hicule, n\u2019a rencontr\u00e9 que peu de r\u00e9sistance. C\u2019est ainsi \u00e0 la faveur de ce peu d\u2019int\u00e9r\u00eat pour ce qui se passe dans les rapports entre humains au travail, y compris dans le rapport de soi \u00e0 soi, qu\u2019a pu \u00eatre lanc\u00e9e la grande transformation, avant de devenir liquidation, des services publics. Au nom d\u2019une \u201cmodernisation\u201d dont jamais personne n\u2019a d\u00e9fini le contenu, on a fait admettre qu\u2019il ne se passait rien dans le travail d\u2019un \u201cfonctionnaire\u201d, qu\u2019il fallait donner un coup de pied dans la fourmili\u00e8re. On n\u2019a pas d\u2019embl\u00e9e cass\u00e9 les statuts, on a oppos\u00e9 les jeunes aux anciens, les statutaires aux pr\u00e9caires, les \u201cr\u00e9sistants au changement\u201d aux \u201cadaptables\u201d.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">On a obtenu ce qu\u2019on cherchait : la division des salari\u00e9s en cat\u00e9gories dont il valait mieux \u00e9viter le m\u00e9lange.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">On a souvent activement coup\u00e9 la transmission entre g\u00e9n\u00e9rations, transmission essentielle pour le m\u00e9tier, vitale pour celui qui donne et pourcelui qui accueille.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">On s\u2019est mis \u00e0 faire valoir qu\u2019un emploi stable est une id\u00e9e du temps jadis, qu\u2019il valait mieux voir chaque poste occup\u00e9 comme un tremplin vers un autre, mieux consid\u00e9r\u00e9. Combien avons-nous rencontr\u00e9 de ces jeunes gens et jeunes filles sortant de grandes \u00e9coles qui occupent des emplois pour un ou deux ans, avec le mirage de sortir tr\u00e8s vite de la production, de passer dans les bureaux du c\u00f4t\u00e9 des managers qui surveillent les courbes et cherchent comment les infl\u00e9chir ? Beaucoup n\u2019ont pas eu le temps de remarquer que ce travail qu\u2019ils faisaient provisoirement, comme un ap\u00e9ritif \u00e0 leur carri\u00e8re14, \u00e9tait occup\u00e9 par d\u2019autres, des \u201canciens\u201d, comme un travail dont on apprend les subtilit\u00e9s au fil du temps, avec lequel on joue au bout de quelques ann\u00e9es, qu\u2019on cherche \u00e0 r\u00e9inventer pour s\u2019y r\u00e9inventer soi-m\u00eame. On vous racontera comment parfois il faut, dans des situations de crise, rappeler des anciens parce qu\u2019ils ont emport\u00e9 dans leur retraite une ma\u00eetrise de l\u2019outil ou de la machine dont on n\u2019a plus id\u00e9e.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Dans les ann\u00e9es 90, on ne savait toujours pas ce qui se jouait dans le travail mais la \u201csouffrance\u201d a commenc\u00e9 \u00e0 d\u00e9border15. Les directions d\u2019entreprise r\u00e9pondent d\u00e9sormais par des dispositifs d\u2019\u201c\u00e9coute\u201d qui ne posent pas la bonne question : ce n\u2019est pas le salari\u00e9 qui est malade c\u2019est le travail qu\u2019il faut soigner16.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La direction de Renault vientd\u2019en donner l\u2019exemple caricatural :<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Trois suicides dont elle n\u2019ose pas contester le caract\u00e8re professionnel la poussent \u00e0 organiser \u00e0 grands renforts m\u00e9diatiques une journ\u00e9e de d\u00e9ballage des probl\u00e8mes internes (l\u00e0 encore sous l\u2019\u00e9gide des valeurs port\u00e9es par le rugby).<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Mais le patron de Renault a fix\u00e9 les limites \u00e0 l\u2019\u00e9coute : aucun plan de production (prononcer \u201cbusiness plan\u201d17) ne sera remis en cause18. Si le travail \u00e0 Guyancourt n\u2019\u00e9tait pas malade, les ing\u00e9nieurs et techniciens auraient refus\u00e9 depuis longtemps les horaires \u00e0 rallonge que leur direction fait semblant de d\u00e9couvrir sur la base d\u2019un rapport d\u2019expert.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Il est temps de se demander comment faire du travail (sans le rabattre sur la \u201csouffrance au travail\u201d) un terrain d\u2019action syndicale.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li>\n<h3>Un regard nouveau sur le travail est n\u00e9 dans les ann\u00e9es 70, port\u00e9 par le laboratoire d\u2019ergonomie du CNAM qui a r\u00e9-invent\u00e9 cette discipline (l\u2019ergonomie) d\u2019origine anglo saxonne, centr\u00e9e sur l\u2019adaptation de l\u2019environnement de travail \u00e0 l\u2019homme<\/h3>\n<\/li>\n<\/ol>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0Avec Alain Wisner et ceux qui ont, autour de lui, appris \u00e0 analyser le travail, \u00e0 en faire une discipline aussi exigeante que toute enqu\u00eate des sciences sociales, on a d\u00e9couvert qu\u2019aucun travailleur, quelque soit son activit\u00e9, ne se contente d\u2019appliquer des proc\u00e9dures comme l\u2019ont cru des g\u00e9n\u00e9rations d\u2019organisateurs et de responsables de process.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le philosophe Yves Schwartz, rencontrant cette pratique de la compr\u00e9hension du travail, en a vu la port\u00e9e universelle19.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Progressivement s\u2019est install\u00e9 en France un courant de recherches et de pratiques d\u2019intervention sur le travail qui portent ce point de vue : le travail n\u2019est pas unilat\u00e9ralement le lieu o\u00f9 l\u2019on se perd soi-m\u00eame, o\u00f9 l\u2018on se livre \u00e0 d\u2019autres. Le travail c\u2019est aussi ce lieu d\u2019exercice, d\u2019exp\u00e9rimentation de son pouvoir, ou pour mieux dire de sa puissance, sur \u201cle monde\u201d, celui qui nous entoure concr\u00e8tement, fait d\u2019objets \u00e0 transformer et de rapports humains, mais qui nous met en relation avec le monde plus vaste que nous n\u2019avons pas sous les yeux. Il ne s\u2019agit pas de dire que cette caract\u00e9ristique vaut pour tout travail mais qu\u2019il n\u2019y a pas de travail sans cette caract\u00e9ristique.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ce courant de recherche et d\u2019intervention s\u2019est diversifi\u00e9, scind\u00e9, nourri \u00e0 son tour d\u2019approches issues d\u2019autre disciplines.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Il a permis \u00e0 des m\u00e9decins du travail, des sp\u00e9cialistes de la sant\u00e9 au travail, des ergonomes, des psychologues, de regarder dans le travail autre chose que son apparence, de nouer le dialogue avec les \u201ctravaillants\u201d sur un objet complexe. Il p\u00e9n\u00e8tre difficilement le monde des \u201cressources humaines\u201d sans doute parce qu\u2019il y a incompatibilit\u00e9 de logiques, ce qui en soi pourrait montrer la port\u00e9e politique d\u2019une approche de l\u2019entreprise par le travail.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">De nombreux ergonomes form\u00e9s dans les ann\u00e9es 70-80 sont d\u2019anciens militants qui ont r\u00e9investi leur connaissance de l\u2019entreprise, ou leur int\u00e9r\u00eat pour le monde ouvrier, dans ce regard sur les situations concr\u00e8tes de travail. Puis la question est devenue un objet professionnel.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Les pratiques se sont aussi diversifi\u00e9es, parfois \u00e9loign\u00e9 des questions et des valeurs-sources20.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Aujourd\u2019hui les recherches et les pratiques d\u2019intervention sur le travail font partie du paysage des sciences sociales mais les sciences sociales les connaissent peu. Elles n\u2019ont pas int\u00e9gr\u00e9 pour elles-m\u00eames les r\u00e9sultats de cette approche sp\u00e9cifique qui pourrait pourtant les aider \u00e0 se comprendre plus finement parfois que ne le fait la sociologie des sciences.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Dans les formations de cadres ou de managers, dont il serait certes exag\u00e9r\u00e9 de dire qu\u2019elles font la part belle aux sciences humaines, il n\u2019existe aucune formation \u00e0 l\u2019analyse du travail, aucune part consacr\u00e9e \u00e0 la compr\u00e9hension du travail r\u00e9el, aucun soup\u00e7on m\u00eame que cela existe. On fait toujours comme si le travail r\u00e9alis\u00e9 \u00e9tait celui qu\u2019imaginent les concepteurs du travail.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le chantier ne fait que s\u2019ouvrir21.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Il a \u00e9t\u00e9 ouvert parce que des scientifiques et des syndicalistes, isol\u00e9s dans leurs milieux respectifs, se sont rencontr\u00e9s.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">En sommes-nous enfin \u00e0 l\u2019\u00e9tape du rendez-vous \u00e0 grande \u00e9chelle, \u00e0 la mesure des d\u00e9vastations du travail qui sont en cours ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">II-\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 L\u2019heure du rendez-vous ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Les recherches sur le travail sont rest\u00e9es sur un trac\u00e9 parall\u00e8le au syndicalisme, mais au fil des ann\u00e9es des militants syndicaux ont d\u00e9couvert ce que l\u2019on peut faire en regardant enfin le travail tel qu\u2019il est r\u00e9alis\u00e9. Ils ont aussi pratiqu\u00e9 le regard crois\u00e9 entre militantset chercheurs, celui, pas \u00e9vident du tout, qui ne donne la le\u00e7on ni d\u2019un c\u00f4t\u00e9 ni de l\u2019autre.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Pourtant la question ne touche pas encore le sommet de la pyramide du syndicalisme.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Et les militants \u201cde terrain\u201d ne trouvent gu\u00e8re de cadre o\u00f9 \u00e9voquer ce qui se passe dans le travail, lorsque leur pratique les incite \u00e0 en parler.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Pourquoi ce dos \u00e0 dos ? Les syndicalistes d\u00e9bord\u00e9s, la violence des restructurations depuis 20 ans, les chercheurs qui se cherchent eux-m\u00eames, les praticiens de l\u2019analyse du travail qui t\u00e2tonnent, les confrontations qui n\u2019ont pas lieu quand il y a d\u00e9rive du m\u00e9tier&#8230;<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Chacun pris par son travail22&#8230;<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Mais ces explications seraient des points \u00e9pars sur une toile de fond qui m\u00e9rite une plus grande lucidit\u00e9.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">1. Les regards politiques n\u2019entrent quasiment pas dans l\u2019entreprise, celle-ci \u00e9tantconsid\u00e9r\u00e9e comme un espace priv\u00e923. Par \u201cregard politique\u201d j\u2019entends le fait de voir en quoi le travail participe \u00e0 la construction d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 vivable pour tous. Les organisations syndicales interviennent dans le meilleur des cas sur ce qu\u2019on appelle les \u201cconditions de travail\u201d, qu\u2019on pourrait appeler plut\u00f4t les conditions du travail. Elles ont d\u00e9j\u00e0 un \u00e9norme chantier, qui relativise l\u2019autosatisfaction des chantres de la modernit\u00e9 partout o\u00f9 ils le peuvent les patrons ont tendance \u00e0 se demander s\u2019il est vraiment utile de payer les salari\u00e9s.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">On comprend l\u2019\u00e9nergie absorb\u00e9e, sans fin, par ce qui devrait ne plus poser question : des conditions du travail d\u00e9centes.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">R\u00e9sultat suppl\u00e9mentaire (est-ce un hasard ?) sur le travail lui-m\u00eame : ce que fait l\u2019entreprise, ce qu\u2019elle d\u00e9cide de produire, comment elle le produit, ce sont des questions qui \u00e9chappent pour l\u2019essentiel aux organisations syndicales et qu\u2019elles n\u2019ont revendiqu\u00e9 que dans de tr\u00e8s rares cas.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Or, dans ce \u201cpour quoi et comment l\u2019entreprise produit\u201d, se niche le tissage au quotidien des relations entre les hommes et donc l\u2019apprentissage de rapports \u00e0 la fois interpersonnels et sociaux. C\u2019est \u00e0 voir vivre, lors de nos analyses, ces rapports sociaux incarn\u00e9s que je m\u2019autorise cette affirmation : dans le travail se construit pour une bonne part le type de relation qu\u2019on aura \u00e0 un syst\u00e8me qui dissout les rapports humains dans les eaux glac\u00e9es du taux de profit. C\u2019est l\u00e0 qu\u2019on va, pour faire face aux tensions, s\u2019orienter vers la maladie24, l\u2019action, le repli sur soi, la solidarit\u00e9, l\u2019autoprotection (autant de formes de r\u00e9sistance si l\u2019on y regarde bien&#8230;) non pas \u00e0 partir de son idiosyncrasie25 mais en r\u00e9ponse r\u00e9ciproque (l\u2019environnement me parle mais je lui parle aussi) \u00e0 des configurations concr\u00e8tes : les coll\u00e8gues, l\u2019existence ou non d\u2019un syndicat, l\u2019attitude du management \u00e0 tous les niveaux, le type de travail, l\u2019histoire des solidarit\u00e9s dans l\u2019atelier ou l\u2018\u00e9tablisssement&#8230; Dans ces configurations, la difficult\u00e9 \u00e0 d\u00e9gager du temps pour penser son propre travail et pour parler aux autres est devenue un obstacle majeur simultan\u00e9ment pour le travail et pour l\u2019exercice de la solidarit\u00e9. A tel point que exiger du temps \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du travail (du temps pour soi, du temps pour des r\u00e9unions d\u2019\u00e9quipe, du temps de vagabondage de la pens\u00e9e&#8230;) devient une revendication en tant que telle26.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Sachant tout cela, la fr\u00e9n\u00e9sie actuelle \u00e0 nous faire \u201ctravailler plus\u201d prend d\u2019autres couleurs. L\u2019objectif n\u2019est \u00e9videmment pas de faire \u201cgagner plus\u201d puisqu\u2019il y aurait pour cela un moyen beaucoup plus simple et beaucoup plus \u201cpopulaire\u201d, sondage ou pas : augmenter les salaires. Ce qu\u2019on nous pr\u00e9sente c\u2019est une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle il paraisse normal de trimer, et non pas de travailler. C\u2019est \u00e0 dire une soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle on ne puisse revendiquer de vivre que si on le m\u00e9rite. C\u2019est cela, cr\u00fbment, la m\u00e9ritocratie27.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Comment imposer cette id\u00e9e si vous laissez aux gens le temps d\u2019en mesurer l\u2019absurdit\u00e9, si vous faites preuve de faiblesse \u00e0 l\u2019\u00e9gard de cette pens\u00e9e redevenue iconoclaste que le travail n\u2019est pas tout dans la vie, qu\u2019il faut savoir s\u2019en d\u00e9tacher, le mettre \u00e0 distance ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Car si l\u2019on demande au travail de nous raccrocher au monde social (d\u2019o\u00f9 le traumatisme du ch\u00f4mage), cette fonction ne vaut que si elle ne phagocyte pas le monde subjectif qui ne peut \u00eatre enti\u00e8rement dans le travail, qui ne s\u2019y trouve que pour une part sp\u00e9cifique (quoique d\u00e9terminante, je n\u2019y reviens pas&#8230;).<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">On croit trop souvent que la solidarit\u00e9 ne s\u2019apprend que dans les moments d\u2019exception, moments de lutte, moments de r\u00e9sistance collective. Il y a du vrai dans cette id\u00e9e parce que les moments de lutte sont des moments o\u00f9 l\u2019on se parle, o\u00f9 l\u2019on fait connaissance avec des \u00eatres \u201c\u00e9largis\u201d, plus grands que ne les montre souvent le travail quotidien puisqu\u2019on ne sait pas trop ce que chacun mobilise de lui-m\u00eame au travail. Je dirais volontiers que la lutte est en fait un moment privil\u00e9gi\u00e9 de travail, un travail diff\u00e9rent.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Quiconque pense que faire la gr\u00e8ve c\u2019est se reposer n\u2019a jamais eu la chance de participer \u00e0 ces intenses p\u00e9riodes d\u2019\u00e9bullition affective et intellectuelle o\u00f9 l\u2019on (re)d\u00e9couvre les vertus et les complexit\u00e9s du d\u00e9bat et de l\u2019organisation. Mais ce qui se passe dans ces moments d\u00e9pend aussi de ce qui s\u2019est construit au quotidien dans les rapports de travail.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">2. Or du c\u00f4t\u00e9 des militants, il n\u2019est pas rare qu\u2019on jette un regard dramatiquement simplificateur sur le travail. Nous avons une Histoire qui a fait du travail le lieu central<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">de l\u2019exploitation (ce qu\u2019il est sans doute) et l\u2019a laiss\u00e9 paradoxalement entre les mains de ceux qui exploitent. Pour les plus acharn\u00e9s \u00e0 assumer cette histoire sans la r\u00e9\u00e9valuer, le travail ne serait qu\u2019un rapport social qui n\u2019a nulle vocation \u00e0 changer tant que les rapports de production sont ce qu\u2019ils sont28.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Je voudrais \u00e9viter un faux d\u00e9bat car je ne conteste pas que le travail soit aussi un rapport social: C\u2019est s\u2019agripper au vide que de vouloir opposer l\u2019id\u00e9e que le travail est essentiellement ali\u00e9nant \u00e0 l\u2019id\u00e9e qu\u2019il est essentiellement lib\u00e9rateur29. Pour chacun d\u2019entre nous, il est potentiellement et simultan\u00e9ment les deux et les rapports sociaux n\u2019y sont certes pas pour rien.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019emp\u00eache que chacun d\u2019entre nous est confront\u00e9 \u00e0 une question dont il ne peut se d\u00e9fausser : comment on parvient ou non, en g\u00e9n\u00e9ral de fa\u00e7on tendue et contradictoire, \u00e0 prendre la main sur son travail sans y perdre, voire en y gagnant, son humanit\u00e9, le sentiment d\u2019\u00eatre li\u00e9 aux autres, d\u2019\u00eatre partie prenante d\u2019une aventure commune. \u201cPrendre la main\u201d c\u2019est, pour chacun, cultiver (au sens fort, avec toute l\u2019attention n\u00e9cessaire) ses propres crit\u00e8res du travail bien fait, en le reliant \u00e0 l\u2019ensemble social, en refusant ce qui lui para\u00eet le trahir.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Et par les temps qui courent c\u2019est un tr\u00e8s lourd travail, extr\u00eamement compliqu\u00e9 et mobilisateur d\u2019\u00e9nergie, que de d\u00e9fendre son travail. Je dis bien son travail et non pas son emploi. Je dirais volontiers qu\u2019on \u00e9limine d\u2019autant plus facilement les emplois que ceux qui les occupent n\u2019ont pas conscience de leur travail. De la place qu\u2019ils occupent dans la cha\u00eene humaine de production de la soci\u00e9t\u00e9. R\u00e9ciproquement, avant de s\u2019attaquer \u00e0 l\u2019emploi, l\u2019employeur s\u2019est souvent d\u00e9j\u00e0 attaqu\u00e9 au travail. En analyse du travail, combien avons-nous entendu de salari\u00e9s dans le secteur de l\u2019assurance et de la banque dire qu\u2019ils ne veulent pas vendre n\u2019importe quoi, combien d\u2019ouvriers sur des lignes de production dire qu\u2019ils n\u2019ont plus le temps de faire \u201cdu beau boulot\u201d, combien de commerciaux se plaindre de devoir remplacer la relation humaine par la manipulation30? Ce n\u2019est pas une question de niveau de dipl\u00f4mes ni m\u00eame d\u2019\u201cint\u00e9r\u00eat du travail\u201d. On peut faire un travail des plus modestes sur la fameuse et fumeuse \u00e9chelle sociale et se sentir utile aux autres, le sentiment le plus gratifiant qu\u2018on puisse ressentir au travail31. On peut \u00eatre un homme important, un \u201cVIP\u201d, et \u00eatre tellement enferm\u00e9 dans son activit\u00e9 professionnelle qu\u2019on y est comme dans la plus terrible des prisons32.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">A ne pas voir que le remodelage des rapports sociaux se joue de fa\u00e7on structurante dans les situations concr\u00e8tes de travail, on laisse ce terrain compliqu\u00e9, min\u00e9, portant des enjeux psychologiques lourds, \u00e0 la capacit\u00e9 individuelle de r\u00e9sistance. Disons-le : lorsqu\u2019on est militant on peut avoir tendance \u00e0 juger que celui qui ne s\u2019en sort pas n\u2019a qu\u2019\u00e0 se syndiquer. C\u2019est \u00e9videmment trancher tr\u00e8s vite une question qui n\u2019est pas plus simple que les autres. Y aurait-il une seule fa\u00e7on de s\u2019int\u00e9resser au sort de ses semblables ? Et r\u00e9ciproquement n\u2019est-ce pas une fa\u00e7on (inconsciente ?) de justifier son propre d\u00e9sengagement du travail au profit d\u2019un militantisme v\u00e9cu comme plus\u00a0 \u00e9mancipateur ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le travail n\u2019est pas une finalit\u00e9.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le militantisme non plus.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">III-\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 \u201cIci le client n\u2019est pas roi ou alors c\u2019est le roi des cons\u201d<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La caissi\u00e8re (\u00e9tudiante) qui m\u2019expliquait que la direction de la grande surface dans laquelle elle travaille ne leur \u00ab met pas la pression \u00bb parce qu\u2019elle comprend \u00e0 quel point la client\u00e8le de ce magasin est \u00ab difficile \u00bb donnait sans le savoir une clef du management actuel : parvenir \u00e0 rendre \u00e9tanches les int\u00e9r\u00eats des salari\u00e9s et ceux de la client\u00e8le33.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Pour tenir, les employ\u00e9-e-s du magasin se r\u00e9unissent dans l\u2019exercice syst\u00e9matique de d\u00e9nigrement des clients.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La direction du magasin y a tout int\u00e9r\u00eat.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">J\u2019avais d\u00e9j\u00e0 rep\u00e9r\u00e9 cette tactique dans le monde bancaire, o\u00f9 les \u00ab back-office \u00bb sont des endroits o\u00f9 les clients si respect\u00e9s en devanture n\u2019ont plus de secret pour personne.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai entendu cela aussi chez les contr\u00f4leurs de la SNCF, artificiellement unis contre ces \u00e9ternels \u00ab ennemis de l\u2019uniforme \u00bb et \u00ab resquilleurs dans l\u2019\u00e2me \u00bb que seraient leurs concitoyens.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Attardons-nous sur cet exemple : Les contr\u00f4leurs vivent en premi\u00e8re ligne le mauvais accueil des voyageurs \u00e0 l\u2019\u00e9gard de r\u00e8gles de plus en plus contraignantes. A lire les documents de \u00ab communication \u00bb de la SNCF, on am\u00e9liore le service.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0Ces documents jouent sur la m\u00e9moire courte.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019y a pas si longtemps il \u00e9tait effectivement facile et agr\u00e9able de prendre un train, parfois sur un coup de t\u00eate.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Essayez aujourd\u2019hui de prendre le train sans avoir calcul\u00e9 quel train vous prenez, le temps qu\u2019il faudra pour avoir votre billet, le temps qu\u2019il faudra pour arriver \u00e0 la gare \u00e0 l\u2019heure&#8230;Vous vous rendrez vite compte que louper un train, ou simplement le prendre au vol34, co\u00fbte d\u00e9sormais tr\u00e8s cher et que la SNCF peut rattraper sans difficult\u00e9 les tarifs d\u2019appel, tr\u00e8s bas en effet, qu\u2019elle pratique sur quelques lignes, \u00e0 quelques moments, pour quelques publics.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Prendre le train est devenu une op\u00e9ration compliqu\u00e9e, sauf \u00e0 s\u2019habituer \u00e0 prendre sur soi tout ce que la SNCF, service public, faisait autrefois naturellement pour vous faciliter la vie.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Certes si vous avez de l\u2019argent, si vous \u00eates client professionnel, tous les services sont accessibles&#8230;en payant. Mais comment peut-on admettre sans rien dire que la SNCF diff\u00e9rencie syst\u00e9matiquement les \u00ab clients loisirs \u00bb35 et les \u00ab clients professionnels \u00bb ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">O\u00f9 est la mise en cause publique, concr\u00e8te, par les syndicats de cheminots de cette \u00e9volution ? La critique existe \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur, elle ne franchit pas les murs dans une strat\u00e9gie coh\u00e9rente, de longue haleine, d\u2019explications aupr\u00e8s de la population. Celle-ci a donc l\u2019exasp\u00e9ration facile contre les cheminots.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0En riposte, comme dans tous les services publics, les directions ont largement r\u00e9ussi \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur des entreprises \u00e0 faire penser que les \u201cclients\u201d sont des emmerdeurs, de plus en plus exigeants au fur et \u00e0 mesure qu\u2019on am\u00e9liore pourtant le service. L\u00e0 aussi le cercle vicieux de l\u2019incompr\u00e9hension est enclench\u00e9.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Une analyse du travail dans ce secteur me rend affirmative : La direction de la SNCF compte sur la col\u00e8re des voyageurs s\u2019exprimant contre le seul interlocuteur qu\u2019ils aient, le contr\u00f4leur, pour enfoncer le clou \u201cvous voyez que les clients sont impossibles, que la soci\u00e9t\u00e9 est de plus en plus violente\u201d. Elle se sert de la d\u00e9t\u00e9rioration du climat pour (tenter de) resserrer les rangs, ce qui lui \u00e9vite de s\u2019interroger \u00e0 la fois sur la \u00ab popularit\u00e9 \u00bb de sa politique et sur l\u2019organisation qu\u2019elle devrait mettre en place pour que les contr\u00f4leurs n\u2019en subissent pas les contrecoups.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Dans beaucoup de cas les salari\u00e9s sont tomb\u00e9s dans le panneau de cette opposition \u00e0 la client\u00e8le. Mais qui le reprochera aux cheminots, alors que dans bien des m\u00e9tiers on conna\u00eet ce m\u00eame discours qui fait porter aux autres la responsabilit\u00e9 des difficult\u00e9s36 ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Qu\u2019on regarde la multitude de \u00ab formations \u00bb \u00e0 la gestion des conflits. Rarementformation aura \u00e9t\u00e9 plus clairement du formatage : les conflits sont in\u00e9vitables, il faut apprendre \u00e0 les \u00e9viter si possible mais surtout \u00e0 les supporter. Quant \u00e0 l\u2019analyse de leur origine, laissons cela \u00e0 la philosophie qui comme chacun sait n\u2019a rien \u00e0 voir avec l\u2019entreprise.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Pendant qu\u2019on trouve \u00e0 accuser les clients pour se prot\u00e9ger d\u2019une pression que l\u2019organisation ne vous aide ni \u00e0 comprendre ni \u00e0 supporter, l\u2019exp\u00e9rience qui se r\u00e9pand c\u2019est la fa\u00e7on dont on nous enjoint d\u2019accepter des crit\u00e8res du travail qui d\u00e9naturent le travail, les organisations devenant des machines \u00e0 forcer la non-qualit\u00e938. Le principal effet de ces politiques est de conduire, apr\u00e8s l\u2019implication contrainte qu\u2019avait rep\u00e9r\u00e9e le sociologue Jean-Pierre Durand39, \u00e0 la d\u00e9s-implication paradoxale. On fait semblant de s\u2019impliquer pour \u00e9viter de le faire \u00ab en vrai \u00bb. Tout le monde alors de se mettre \u00e0 jouer un r\u00f4le pour se prot\u00e9ger, acc\u00e9l\u00e9rant la perte de sens pour soi et pour les autres. De nouveau, avec de bonnes intentions, on peut juger cela positif puisque nous en avons fini avec l\u2019entreprise reine des ann\u00e9es 80.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Sauf que : on ne produit pas de la soci\u00e9t\u00e9 sans travail tant sur le plan subjectif que social. Le rem\u00e8de (la d\u00e9saffection de l\u2019entreprise et du travail) risque d\u2019\u00eatre pire que le mal.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">IV- Il faut reprendre le probl\u00e8me en son coeur : transformer le travail d\u2019aujourd\u2019hui pour qu\u2019on y (re)trouve le sens du bien commun.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Un \u00e9tudiant qui participe \u00e0 la mobilisation contre la loi de liquidation des universit\u00e9s et soutient la lutte des cheminots, me demandait : \u201cles contr\u00f4leurs, ils sont aussi cheminots?\u201d.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">A ma r\u00e9ponse positive, il soupire \u201cdire qu\u2019on se bat aussi pour eux &#8230;\u201d<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">J\u2019ai \u00e9prouv\u00e9 d\u2019abord un vague \u00e9tonnement devant la question. Et pourtant&#8230; La SNCF est d\u00e9sormais constitu\u00e9e d\u2019entit\u00e9s diff\u00e9rentes, de m\u00e9tiers s\u00e9par\u00e9s, d\u2019activit\u00e9s<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">tron\u00e7onn\u00e9es, et la solidarit\u00e9 entre les uns et les autres n\u2019est pas toujours si \u00e9vidente. La grande entreprise \u201cSNCF\u201d a du sens pour les gens de certaines g\u00e9n\u00e9rations, elle en a de moins en moins pour des jeunes qui connaissent les tarifs \u00e0 la carte, la diff\u00e9rence de traitement des voyageurs entre un Id-TGV et un train de banlieue, le visage symboliquement antipathique des barrages de contr\u00f4leurs qui s\u2019additionnent au Ch\u00e2telet, plaque tournante parisienne, \u00e0 la police de la RATP et \u00e0 l\u2019arm\u00e9e.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Comment la remise en question du r\u00e9gime de retraite des cheminots pourrait-elle avoir, dans ces conditions, un rapport \u00e9vident avec la r\u00e9alit\u00e9 que vivent les usagers tous les jours dans les transports en commun ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Nul besoin de gr\u00e8ve pour que ce soit la gal\u00e8re, on aimerait que les journalistes s\u2019en rendent compte.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Mais pourquoi les cheminots sont-ils si peu diserts sur ce lien entre les reculs sociaux qu\u2019on veut leur imposer et l\u2019\u00e9volution de la SNCF vers la privatisation ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Certes il y a le r\u00f4le des m\u00e9dias. Mais l\u2019explication est trop courte.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Si l\u2019argument ne vient pas plus fortement dans une p\u00e9riode de gr\u00e8ve qui est une p\u00e9riode d\u2019intenses discussions (ne servirait-elle qu\u2019\u00e0 cela que ce serait d\u00e9j\u00e0 une victoire) c\u2019est qu\u2019il n\u2018est pas \u201cnaturel\u201d.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">C\u2019est que dans toute cette fi\u00e8vre qui a pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 le d\u00e9clenchement d\u2019un mouvement puissant, pendant toutes ces ann\u00e9es o\u00f9 les cheminots (les contr\u00f4leurs en particulier) ont senti monter la stigmatisation, ils n\u2019ont pas int\u00e9gr\u00e9 cette question dans leurs d\u00e9bats.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Pour la majorit\u00e9 d\u2019entre eux comme pour les \u201cusagers\u201d40 il y a bien deux questions sinon diff\u00e9rentes en tout cas s\u00e9par\u00e9es dans l\u2019argumentation : leur statut, qui correspond \u00e0 un acquis historique, et la privatisation en perspective dont beaucoup pensent, ils ne sont pas les seuls, qu\u2019ils ne peuvent plus l\u2019emp\u00eacher.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">En fait la question de la non-qualit\u00e9 est en filigrane de tous les conflits. La non-qualit\u00e9 c\u2019est l\u2019\u00e9quivalent de la perte de sens, voire de la perte de contenu. Elle est le point de rencontre entre conditions de travail (dont fait partie le statut quelqu\u2019il soit) et objectifs de l\u2019entreprise.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">C\u2019est parce qu\u2019elles veulent des profits le plus vite possible, pour les actionnaires ou pour rendre l\u2019entreprise plus solvable, que les entreprises ne peuvent pas s\u2019int\u00e9resser aux effets de leur politique sur le contenu du travail.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Il y a donc acc\u00e9l\u00e9ration de la d\u00e9r\u00e9alisation. Il ne faut surtout pas conna\u00eetre le r\u00e9el.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">On voit le retournement ironique (ou cynique ?) que contient cette id\u00e9e qu\u2019il faut \u00eatre \u201cr\u00e9aliste\u201d en acceptant la \u201cmodernisation\u201d.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">L\u2019ignorance du r\u00e9el est du c\u00f4t\u00e9 du monde de l\u2019entreprise41.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Seuls les salari\u00e9s peuvent porter le discours de la \u201cvraie\u201d r\u00e9alit\u00e9.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Et ils se feront comprendre du plus grand nombre s\u2019ils l\u2019expliquent par le biais de la qualit\u00e9 (du contenu) qu\u2019ils demandent \u00e0 leur travail42.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Or cette question de la non qualit\u00e9 n\u2019est port\u00e9e que de fa\u00e7on timide et surtout avec une \u00e9conomie d\u2019explications qui repose sur un curieux implicite : que tout le monde sait ce que suppose le travail de telle ou telle cat\u00e9gorie (en lutte), les enseignants, les conseillers de l\u2019ANPE, les h\u00f4tesses de l\u2019air et stewards, les conducteurs de RER, les p\u00eacheurs, les magistrats\u2026<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">IV-\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Notre force est peut-\u00eatre dans ce qui fait, pour l\u2019instant, notre faiblesse.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Dans sa lettre de mission \u00e0 la Ministre de l\u2019Enseignement sup\u00e9rieur, Nicolas Sarkozy pr\u00e9tent planter le d\u00e9cor : \u201cA l\u2019heure o\u00f9 s\u2019engage une bataille mondiale de l\u2019intelligence&#8230;\u201d.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Patatras.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique fran\u00e7aise croit que \u201cl\u2019intelligence\u201d est un objet \u00e0 conqu\u00e9rir sur l\u2019adversaire !<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">O\u00f9 l\u2019on voit qu\u2019il y a d\u2019abord, dans cette apparente victoire du discours de la concurrence naturelle, l\u00e9gitime et n\u00e9cessaire \u00e0 la vie, une ignorance abyssale qui est une ignorance collective.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Nous avons les moyens de montrer, au contraire, que l\u2019\u00eatre humain ne grandit quedans la confiance, et tout d\u2019abord n\u2019existe que par les autres.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Nous n\u2019apprenons \u00e0 parler et \u00e0 penser que par les autres44, dont nous faisons nous-m\u00eames partie, car nos propres discours, comportements, engagements, nous reviennent par l\u2019interm\u00e9diaire de ce que les autres en ont fait. Maurice Godelier le dit sur tous les tons: \u201cLes hommes ne se contentent pas de vivre en soci\u00e9t\u00e9, ils produisent de la soci\u00e9t\u00e9 pour vivre\u201d<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">On ne produit pas de la soci\u00e9t\u00e9 par la guerre permanente de tous contre tous. Mais nous qui nous proclamons savants, et singuli\u00e8rement beaucoup plus savants que les autres (cf. le discours obscurantiste de N. Sarkozy \u00e0 Dakar46), nous ne savons pas encore comment nous pensons, comment nous apprenons, nous n\u2019avons \u00e0 ce sujet que des hypoth\u00e8ses, des pistes multiples en cours d\u2019exploration, la psychanalyse \u00e9tant venue perturber l\u2019impression que nous avancions sur une route triomphale. Quel plus beau projet collectif que de poursuivre la compr\u00e9hension de qui nous sommes, tous autant que nous sommes, en puisant dans l\u2019histoire et dans les oeuvres de tous les peuples ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Dira-t-on, en r\u00e9plique, que \u201ccroire\u201d \u00e0 la coop\u00e9ration est faire preuve d\u2019un ir\u00e9nisme et d\u2019une na\u00efvet\u00e9 que n\u2019autorise plus le monde d\u2019aujourd\u2019hui ? Mais qui a dit que la coop\u00e9ration est un long fleuve tranquille ? C\u2019est bien parce que co-op\u00e9rer est un enjeu, une construction, c\u2019est bien parce que nous avons \u00e0 nous confronter, \u00e0 nous disputer, \u00e0nous d\u00e9passer, que le travail devient productif. C\u2019est bien parce qu\u2019il est difficile que l\u2019enjeu ne doit pas \u00eatre confondu avec la guerre de tous contre tous. Et c\u2019est parce qu\u2019il est fragile qu\u2019il devrait \u00eatre l\u2019objet central de l\u2018\u00e9ducation. Mais on ne veut pas nous convaincre que la coop\u00e9ration est difficile, on veut nous faire douter qu\u2019elle soit r\u00e9alisable. La Palisse nous dit que le meilleur moyen de ne pas atteindre un objectif c\u2019est d\u2019y renoncer d\u2019embl\u00e9e.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/solidarite_s2.jpg\" rel=\"lightbox[2990]\"><\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Dans un article r\u00e9cent, Herv\u00e9 Kempf, l\u2019un de ces journalistes qui voit son m\u00e9tier du c\u00f4t\u00e9 de la vigie et non du perroquet, \u00e9voque un r\u00e9cent rapport du Programme des Nations Unies pour l&rsquo;Environnement (PNUE). Ce rapport \u00ab\u00a0GEO 4\u00a0\u00bb publi\u00e9 jeudi 25 octobre, indique que la privatisation g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e des ressources et des services serait le plus mauvais sc\u00e9nario du point de vue de l&rsquo;environnement. Kempf (ou le journal) en a fait le titre de l\u2019article. Le rapport \u00e9voque en fait quatre sc\u00e9narios, m\u00ealant plus ou moins priv\u00e9 et public. On lit : \u201cLes sc\u00e9narios les moins mauvais en termes d&rsquo;environnement ne sont cependant pas exempts de d\u00e9fauts: le deuxi\u00e8me, qui privil\u00e9gie une intervention politique forte, peut g\u00e9n\u00e9rer de la bureaucratie, le quatri\u00e8me, qui met l&rsquo;accent sur la durabilit\u00e9, exige de consacrer beaucoup de temps \u00e0 la coop\u00e9ration entre acteurs. Et ils ne garantissent pas un avenir sans souci : dans tous les cas, \u00ab\u00a0le changement climatique et la perte de biodiversit\u00e9 resteront des d\u00e9fis significatifs\u00a0\u00bb. \u201c<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">On a bien lu : le rapport remarque que le scenario le plus favorable puisque le plus compatible avec la durabilit\u00e9, c\u2019est celui qui exige de la coop\u00e9ration. Et oui : une soci\u00e9t\u00e9 cela se construit, autrement dit la soci\u00e9t\u00e9 demande du travail : elle ne demandepas de l\u2019agitation, du stakhanovisme, de la productivit\u00e9 \u00e0 tous crins, elle demande de l\u2019intelligence en travail. Notre boulot d\u2019humains c\u2019est de cr\u00e9er et de renouveler les liens qui nous unissent et pour cela il faut du temps. Le temps c\u2019est le point faible des humains lorsqu\u2019ils sont isol\u00e9s, c\u2019est leur point fort lorsqu\u2019ils sont ensemble.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">VI- Travailler c\u2019est coop\u00e9rer et cela s\u2019apprend. Notre t\u00e2che humaine est l\u00e0.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Pourquoi travaillons-nous ? Pourquoi \u201cje\u201d travaille ? Qu\u2019est-ce que je mets dans mon travail qui me relie aux autres ? En quoi suis-je en train de participer \u00e0 la construction d\u2019une soci\u00e9t\u00e9 ? Ce sont ces questions qui sont dans trop de cas compl\u00e8tement \u00e9vacu\u00e9es du travail. Moins par ceux qui font le travail que par ceux qui sont cens\u00e9s le penser mais s\u2019acharnent \u00e0 \u00e9liminer tout horizon50. Ce sont ces questions qu\u2019on veut nous faire \u00e9vacuer d\u00e9finitivement en marchandisant toutes les activit\u00e9s, en pr\u00e9tendant que tout a un prix que chacun d\u2019entre nous doit acquitter pour b\u00e9n\u00e9ficier de la production commune.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">L\u2019habilet\u00e9 des promoteurs de la concurrence n\u2019est pas tant dans le fait d\u2019affirmer ce mod\u00e8le de l\u2019homme concurrent qui doit se rendre capable d\u2019acheter m\u00eame ce qui lui appartient d\u00e9j\u00e0, leur habilet\u00e9 (pas syt\u00e9matique d\u2019ailleurs, il y a beaucoup de ballots) est de le faire au nom de l\u2018intelligence, de l\u2019avenir, de la solidarit\u00e9, de l\u2019\u00e9quit\u00e9. Ils manipulent les mots mais o\u00f9 sont les id\u00e9es, o\u00f9 sont les pens\u00e9es ?51<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Elles sont du c\u00f4t\u00e9 du travail justement, du c\u00f4t\u00e9 du temps long, du c\u00f4t\u00e9 de la solide fragilit\u00e9 de toute construction humaine. Le plus gros risque que nous font courir les fanatiques du court terme, c\u2019est l\u2019\u00e9touffement par le sentiment d\u2019urgence. Ils nous emp\u00eachent de travailler. Sans jeu de mots, la principale p\u00e9nibilit\u00e9 du travail \u00e0 l\u2018heure actuelle est l\u00e0 : dans tous les obstacles mis \u00e0 un travail qu\u2019on ait le temps de faire, un travail qui nous laisse le loisir de penser, selon la belle formule de Yves Clot.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Il n\u2019y a pas de travail sans investissement de soi-m\u00eame pour le ma\u00eetriser, en devenir ma\u00eetre au sens compagnonnique du terme. Est-ce trop dire quand on applique cette affirmation \u00e0 un travail \u00e0 la cha\u00eene ou \u00e0 celui d\u2019un balayeur de gare ? Nul n\u2019a le droit d\u2019en juger \u00e0 l\u2019emporte-pi\u00e8ce, c\u2019est ce que disent, entre autres, les recherches sur le travail.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le travail ne se passe jamais entre soi et soi, m\u00eame face \u00e0 une machine.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La coop\u00e9ration entre deux ouvri\u00e8res d\u2019une cha\u00eene de production porte la trace, invisible pour\u00a0\u00a0\u00a0<a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/solidarite_s1.jpg\" rel=\"lightbox[2990]\"><\/a>\u00a0qui\u00a0\u00a0\u00a0 ne s\u2019y int\u00e9resse pas, de la fa\u00e7on dont elles exercent leur solidarit\u00e9.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Acc\u00e9l\u00e9rer encore la machine c\u2019est briser ce qui s\u2019est construit. Mais si certains se croient autoris\u00e9s \u00e0 acc\u00e9l\u00e9rer le rythme n\u2018est-ce pas parce que se conjuguent la soif d\u2019argent de ceux qui attendent, les pieds aux chaud, d\u2019empocher les profits n\u00e9s du travail, et l\u2019ignorance de ceux qui ne veulent pas savoir ce que co\u00fbte le travail aux hommes et femmes qui l\u2019exercent ? Et si ceux-l\u00e0 \u00e9taient mis dans l\u2019impossibilit\u00e9 de rester ignorants, \u00e0 force d\u2019entendre parler des r\u00e9alit\u00e9s du travail ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Lors d\u2019une analyse de son activit\u00e9, un conducteur de poids lourd m\u2019a transmis,venant des Antilles, cette parole : \u201cc\u2019est une main qui lave l\u2019autre et deux mains qui lavent un visage\u201d.<\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u00a0<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>1 Maurice Godelier, <\/strong><strong>Au fondement des soci\u00e9t\u00e9s humaines, <\/strong><strong>ce que nous apprend l\u2019anthropologie. Albin Michel, Biblioth\u00e8ques Id\u00e9es, 2007, p.189.<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>2 Dans l\u2019expression \u201cvaleur travail\u201d ce qui m\u00e9rite d\u2019\u00eatre disput\u00e9 c\u2019est la notion de valeur.<\/strong><strong>C. Castejon &#8211; nov. 07 <\/strong><strong>1<\/strong><strong><\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>3 Dans <\/strong><strong>\u201cIls ne mourraient pas tous mais tous \u00e9taient frapp\u00e9s\u201d<\/strong><strong>, film de Sophie Bruneau et Marc-Antoine Roudil (2006), une description particuli\u00e8rement pr\u00e9cise par une op\u00e9ratrice de cha\u00eene de production deseffets de la r\u00e9duction des \u00e9quipes sur le travail de ceux qui restent.<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>4 Cf le livre de Fran\u00e7ois Emmanuel <\/strong><strong>La question humaine, <\/strong><strong>et le film de Nicolas Klotz (2007). \u201cUnit\u00e9s\u201d, \u201ceffectifs\u201d, tout un vocabulaire des-humanisant.<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>5 O\u00f9 l\u2019on remonte au moins \u00e0 Hobbes, aux d\u00e9bats entre les premiers penseurs du lib\u00e9ralisme, disputant de la \u201cnature humaine\u201d \u00e0 la fois pour comprendre leur soci\u00e9t\u00e9, celle de la marchandisation naissante, et fonder une alternative \u00e0 la loi divine. <\/strong><strong>C. Castejon &#8211; nov. 07 <\/strong><strong>2<\/strong><strong><\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>6 Je ne pr\u00e9tends pas que la demande d\u2019ordre vient du travail, ce serait faire fi des d\u00e9bats de la <\/strong><strong>psychanalyse, mais seulement que le sentiment tr\u00e8s r\u00e9pandu aujourd\u2019hui que tout vous \u00e9chappe, que plus rien n\u2019est compr\u00e9hensible, <\/strong><strong>m\u00eame <\/strong><strong>dans le travail vient en appui de la demande d\u2019ordre. C\u2019est sur ce registre qu\u2019ont jou\u00e9 les medias, sans le savoir, pour enfoncer tous les jours le clou de la pr\u00e9tendue <\/strong><strong>impopularit\u00e9 de la gr\u00e8ve des cheminots. Dans le quotidien de nos situations, perp\u00e9tuelle course contre la montre, il n\u2019y a pas de place pour des soucis suppl\u00e9mentaires. Pas de place pour le d\u00e9sordre, pour la surprise. \u201cCessez de r\u00eaver\u201d dit-on explicitement aux \u00e9tudiants qui se mobilisent pour conserver \u00e0 <\/strong><strong>l\u2019universit\u00e9 sa fonction critique. <\/strong><strong>A quoi l\u2019on voit que l\u2019enjeu c\u2019est d\u00e9sormais, ou plus que jamais, de savoir ce qu\u2019est un \u00eatre humain.<\/strong><strong>C. Castejon &#8211; nov. 07 <\/strong><strong>3<\/strong><strong><\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>7 \u201cL\u2019esprit moutonnier des patrons\u201d par Annie Kahn, Le Monde du 15 novembre 2007. L\u2019auteure de <\/strong><strong>l\u2019article \u00e9voque un livre venu des USA qui met en cause la fa\u00e7on dont les modes (aux deux sens du <\/strong><strong>terme) de management se r\u00e9pandent. Il faut que cela vienne des USA pour que Le Monde s\u2019en avise.<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>8 Tel le spot commercial du Medef \u201cl\u2019entreprise c\u2019est la vie\u201d. Pour quiconque conna\u00eet l\u2019entreprise <\/strong><strong>aujourd\u2019hui, ce slogan sybillin s\u2019entend \u201ccertes l\u2019entreprise c\u2019est la concurrence mais la concurrence c\u2019est la vie\u201d. Il y a omnipr\u00e9sence, voire omnipotence de la concurrence dans le discours patronal, tant\u00f4t source de mort, tant\u00f4t source de vie. Dans les entreprises, toutes les \u201cr\u00e9organisations\u201d se fait au nom de la concurrence impitoyable et pourtant vive la concurrence qui nous oblige \u00e0 nous r\u00e9veiller en r\u00e9organisant.<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">On l\u2019accuse et on l\u2019excuse.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>9 Cf les pages d\u2019Alain Badiou sur le \u201ctranscendantal p\u00e9tainiste\u201d. Alain Badiou, <\/strong><strong>De quoi Sarkozy est-il le <\/strong><strong>nom ? <\/strong><strong>Circonstances 4, Nouvelles \u00e9ditions Lignes, 2007, notamment p.102-115.<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">10 Et politique. Mais je crois le chemin \u00e0 parcourir encore plus long et que, pr\u00e9cis\u00e9ment, le syndicalisme peut ouvrir la voie. Cela trahit seulement un point de vue (le mien) sur le syndicalisme.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>11 Pour une approche scientifique et sensible de la question : Yves Clot, <\/strong><strong>La fonction psychologique du <\/strong><strong>travail, <\/strong><strong>PUF revue Le travail humain, 2006 (r\u00e9ed\u00b0) <\/strong><strong>C. Castejon &#8211; nov. 07 <\/strong><strong>4<\/strong><strong><\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">12 Quand on fait de l\u2019analyse du travail, on se rend bien compte qu\u2019on a chang\u00e9 de regard sur les situations apr\u00e8s chaque analyse. Ayant particip\u00e9 \u00e0 la production d\u2019une connaissance sur elles, on ne le voit plus \u201cbanalement\u201d. On appelle \u00e7a couramment la \u201cd\u00e9formation professionnelle\u201d que tout le monde conna\u00eet dans son propre m\u00e9tier. C\u2019est un regard biais\u00e9 mais c\u2019est un regard qui a une richesse propre, qui contribue \u00e0 la construction d\u2019un point de vue sur les choses et donc sur le monde. Le travail, quelque soit la production, objets mat\u00e9riels ou immat\u00e9riels, c\u2019est [aussi] cette emprise, cet ancrage sur un morceau du r\u00e9el.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>13 Les ann\u00e9es 80, ann\u00e9es noires de la \u201cmodernisation\u201d joyeuse, ont \u00e9t\u00e9 accompagn\u00e9es par la \u201cth\u00e9orie\u201d de la disparition de la \u201cvaleur travail\u201d notamment port\u00e9e par le livre de D. Meda <\/strong><strong>Le travail, une valeur en<\/strong><strong> <\/strong><strong>voie de disparition, <\/strong><strong>Flammarion, Champs, 1998.<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>14 Leur s\u00e9rieux n\u2019est pas en cause, soyons clairs. C\u2019est dans ce type de situations, en comparant ce que repr\u00e9sente un m\u00eame poste de travail pour deux personnes aux histoires diff\u00e9rentes, que l\u2019on peut peut-\u00eatre le mieux comprendre \u00e0 quel point le travail n\u2019est pas r\u00e9alis\u00e9 par des \u201ceffectifs\u201d mais par des \u00eatres uniques de chair, de sang et de pens\u00e9e. <\/strong><strong>C. Castejon &#8211; nov. 07 <\/strong><strong>5<\/strong><strong><\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>15 De nouveau une r\u00e9cup\u00e9ration de ce qui d\u00e9bordait s\u2019est effectu\u00e9e autour de la th\u00e9matique du <\/strong><strong>harc\u00e8lement moral qui a contribu\u00e9 \u00e0 psychologiser des situations tr\u00e8s souvent dues \u00e0 la pression mise par les directions sur l\u2019encadrement interm\u00e9diaire.<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">16 Cf l\u2019article deYves Clot \u201cSoigner le travail, pas les personnes\u201d, dans le dossier \u201cChanger le travail, changer la vie\u201d de Nouveaux regards n\u00b037-38, 2007.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">17 L\u2019invasion des entreprises par le \u201cglobish\u201d comme l\u2019appellent eux-m\u00eames certains cadres de grandes boites n\u2019est pas le moindre des probl\u00e8mes. Dans certains endroits la langue impos\u00e9e aux salari\u00e9s devient proprement incompr\u00e9hensible, faite de termes anglais qui \u00e9maillent le discours d\u2019autant d\u2019expressions qui n\u2019en disent pas plus mais emp\u00eachent toute pens\u00e9e personnelle. Le \u201ctop\u201d c\u2019est lorsque ces termes anglais sont de toute fa\u00e7on transmis en sigles dont personne ne retrouve plus la signification. Cela donne des situations franchement cocasses.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">18 Renault Guyancourt illustre l\u2019impasse du \u00ab management paradoxal \u00bb \u00e9voqu\u00e9 plus haut : on con\u00e7oit et fabrique des voitures en organisations de projets, c&rsquo;est-\u00e0-dire que des \u00e9quipes sont mises en place avec un objectif qu\u2019elles doivent atteindre \u00e0 tout prix, \u00e0 tout prix sur le plan subjectif car les contraintes de co\u00fbt, elles, sont f\u00e9roces. On veut des collectifs et des projets mais on ne veut pas en payer le prix : le temps n\u00e9cessaire \u00e0 la construction d\u2019une \u00e9quipe.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>19 Yves Schwartz, <\/strong><strong>Exp\u00e9rience et connaissance du travail, <\/strong><strong>Editions sociales, 1988. <\/strong><strong>C. Castejon &#8211; nov. 07 <\/strong><strong><\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">20 Il y a beaucoup \u00e0 dire des institutions, \u00e0 laquelle participent les organisations syndicales, cens\u00e9es intervenir sur le champ du travail. Ce ne sera pas ici.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">21 Je renvoie en particulier \u00e0 l\u2019ouverture par Yves Schwartz d\u2019un vaste champ de compr\u00e9hension du <\/span><\/em><\/strong><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>travail (avec l\u2018objectif de le transformer) sous le nom d\u2019ergologie. <\/strong><strong>Le paradigme ergologique ou un m\u00e9tier de philosophe, <\/strong><strong>Octar\u00e8s 2000. Egalement : <\/strong><strong>Travail et ergologie, entretiens sur l\u2019activit\u00e9 humaine<\/strong><strong>,<\/strong><strong> <\/strong><strong>Octar\u00e8s, 2003. Pour une pr\u00e9sentation, le dossier de Nouveaux regards, cit\u00e9 supra. Voir aussi le site de l\u2019association \u201cObservatoire et Rencontres du travail\u201d.<\/strong><strong><\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>22 L\u2019hypoth\u00e8se du \u201ctravail syndical\u201d, c\u2019est \u00e0 dire d\u2019une activit\u00e9 qui peut \u00eatre analys\u00e9e au m\u00eame titre que les autres est en voie d\u2019exploration. <\/strong><strong>C. Castejon &#8211; nov. 07 <\/strong><strong>7<\/strong><strong><\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">23 D\u2019o\u00f9 l\u2019erreur de la r\u00e9f\u00e9rence au philosophe allemand Habermas, tr\u00e8s pris\u00e9 dans les sciences sociales, qui conforte cette vision en externalisant tout d\u00e9bat sur \u201cl\u2019espace public\u201d.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">24 Je le cite en premier lieu \u00e0 cause de l\u2019exponentielle progression des troubles musculo-squelettiques.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">25 De son temp\u00e9rament, plus simplement. Mais c\u2019est le terme qu\u2019on trouve dans de savantes (et tr\u00e8s discutables) explications sur les sources du stress.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>26 Du temps de vagabongade, cela peut para\u00eetre une clause de style, voire une farce, mais la fameuse cr\u00e9ativit\u00e9, expression de soi, etc. \u00e0 laquelle appelle le management \u201cmoderne\u201d montre bien qu\u2019il a conscience de quelque chose de cet ordre. Mais comme toujours, il r\u00e9serve la cr\u00e9ativit\u00e9 (de commande) \u00e0 quelques uns. A quoi l\u2019on voit que nous ne sommes jamais sortis du taylorisme, coupure entre ceux qui pensent et ceux qui font. Et que r\u00e9ciproquement le temps de penser pour tous est une revendication concr\u00e8te. <\/strong><strong>C. Castejon &#8211; nov. 07 <\/strong><strong><\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>27 La derni\u00e8re r\u00e9forme en date des universit\u00e9s (LRU) est, de ce point de vue, transparente comme l\u2019\u00e9tait d\u00e9j\u00e0 la r\u00e9forme Fillon contre laquelle ont lutt\u00e9 les lyc\u00e9ens en 2005 sans beaucoup d\u2019appuis. On m\u00e9ritera d\u2019avoir un travail si on accepte l\u2019orientation que vous trouvera l\u2019universit\u00e9, forc\u00e9ment en fonction de ce que des entreprises consid\u00e8reront comme utile. Le seul vrai \u201cbesoin\u201d d\u2019une entreprise, dans la logique actuelle, c\u2019est d\u2019avoir des salari\u00e9s qui ne discutent pas de la d\u00e9finition des besoins. Pour une autre logique, Daniel Bachet <\/strong><strong>Les fondements de l\u2019entreprise, <\/strong><strong>Editions de l\u2019Atelier, 2007.<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">28 On reconna\u00eetra ce qui, longtemps, fut dit sur le combat des femmes.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>29 C\u2019est une opposition que d\u00e9fendent certains auteurs en refusant explicitement et activement l\u2019id\u00e9e d\u2019une port\u00e9e anthropologique du travail. Cf dans ce sens Antoine Artous <\/strong><strong>Travail et \u00e9mancipation sociale,<\/strong><strong> Marx et le travail, Syllepse, 2003. Mais par exemple, cet auteur ne prend pas r\u00e9ellement en compte l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019il critique. Ses quelques allusions \u00e0 Yves Schwartz montrent qu\u2019il ne l\u2019a pas vraiment lu. Il y a l\u00e0 une tradition d\u2019une certaine lecture de Marx. Je reconnais cela dit le caract\u00e8re stimulant de ce d\u00e9ni. La question du travail est complexe, ouverte je l\u2019ai dit, et le meilleur service \u00e0 lui rendre est de ne pas pr\u00e9tendre la simplifier. Pour une perspective diff\u00e9rente sur Marx qui me para\u00eet beaucoup plus riche concernant le travail alors que l\u2019auteur n\u2019en parle pas directement. Franck Fischbach <\/strong><strong>La production des hommes, <\/strong><strong>Marx avec Spinoza, Actuel Marx contemporain, 2005. <\/strong><strong>C. Castejon &#8211; nov. 07 <\/strong><strong>9<\/strong><strong><\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">30 Le film de Pierre Carles \u201cAttention danger travail\u201d (2003) a rencontr\u00e9 de ces personnes et on y entend bien le d\u00e9gout de soi-m\u00eame et de la soci\u00e9t\u00e9 que peut engendrer ce sentiment de participer \u00e0 une vaste arnaque.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">31 Dans ce sens, j\u2019ai eu l\u2019occasion de dire \u00e0 quel point le m\u00e9tier d\u2019aide \u00e0 domicile, aujourd\u2019hui \u201cauxiliaire de vie\u201d, est scandaleusement in-consid\u00e9r\u00e9, surtout \u201ccompar\u00e9\u201d \u00e0 un DRH dont le travail peut consister \u00e0 licencier des centaines de personnes.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">32 J\u2019ai une pens\u00e9e pour ces chercheurs et enseignants de l\u2019enseignement sup\u00e9rieur cens\u00e9s faire l\u2019un des plus beaux m\u00e9tiers et qui ont mis leur science (ou suppos\u00e9e telle) au service de la rentabilit\u00e9 \u00e0 court terme. Cf par exemple le dossier \u00e9difiant : \u201cL\u2019OPA de Danone sur votre sant\u00e9\u201d. Suppl\u00e9ment Economie au quotidien Le Parisien du 19 novembre 2007.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>33 <\/strong><strong>Notre caissi\u00e8re finissait par constater dans la discussion que la pression existe bel et bien m\u00eame si elle, comme \u00e9tudiante, elle y est moins sensible. Ces r\u00e9giments d\u2019\u00e9tudiants qui n\u2019investissent pas vraiment leur travail parce qu\u2019il n\u2019est qu\u2019un accessoire dans une vie qui reste l\u00e9gitimement centr\u00e9e sur les \u00e9tudes, c\u2019est aussi une aubaine pour emp\u00eacher la solidarit\u00e9 entre les salari\u00e9s\u2026Il est devenu normal, de nos jours, qu\u2019un \u00e9tudiant (du moins \u00e0 l\u2019universit\u00e9 sinon en grande \u00e9cole) soit salari\u00e9 pour payer ses \u00e9tudes. C\u2019est d\u00e9j\u00e0 dire \u00e0 la face de la soci\u00e9t\u00e9 qu\u2019\u00eatre \u00e9tudiant (ind\u00e9pendamment de la fili\u00e8re, m\u00eame si certaines sont vis\u00e9es explicitement) est un luxe qu\u2019il faut m\u00e9riter, quand bien s\u00fbr on n\u2019a pas les moyens \u201cnaturels\u201d (entendez le patrimoine familial) d\u2019y acc\u00e9der. Mais si l\u2019argument commence \u00e0 s\u2019afficher c\u2019est parce que toute r\u00e9forme de l\u2019\u00e9cole, quelque soit le niveau concern\u00e9, rencontre l\u2019angoisse fondamentale des parents : que leurs enfants ne trouvent pas de travail. Le discours sur l\u2019universit\u00e9 (qui doit \u00eatre) professionnalisante s\u2019enfonce dans du beurre ramolli : cela co\u00fbte cher de conduire un enfant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019enseignement sup\u00e9rieur, il para\u00eet donc inimaginable que l\u2019universit\u00e9 n\u2019ait pas pour fonction primordiale d\u2019assurer un emploi. On scie tranquillement la branche&#8230;<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">34 Un cadre de la SNCF avan\u00e7ait l\u2019id\u00e9e dans une r\u00e9union qu\u2019il n\u2019y a pas de raison qu\u2019on puisse prendre le train plus facilement que l\u2019avion. Ah bon ?<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>35 La premi\u00e8re fois que je me suis vue appliquer ce tarif \u201cloisir\u201d (que j\u2019ai d\u00e9couvert d\u2019ailleurs en \u00e9pluchant mon billet) c\u2019\u00e9tait pour me rendre \u00e0 un enterrement. Il y a de ces hasards qui vous font mieux remarquer l\u2019absurdit\u00e9 de certaines politiques. <\/strong><strong>C. Castejon &#8211; nov. 07 <\/strong><strong>11<\/strong><strong><\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">43 \u201cNous\u201d d\u00e9signe l\u2019humanit\u00e9, en tant que totalit\u00e9 abstraite mais active qui cherche \u00e0 se comprendre.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>44 Je sugg\u00e8re en particulier la lecture de G\u00e9rard Pommier, <\/strong><strong>Comment les neurosciences confirment la psychanalyse, <\/strong><strong>Flammarion, 2004.<\/strong><strong><\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>45 Maurice Godelier <\/strong><strong>Lid\u00e9el et la mat\u00e9riel <\/strong><strong>Le livre de poche, 1992. L\u2019affirmation revient plusieurs fois dans son dernier livre, <\/strong><strong>Au fondement des societ\u00e9s humaines, <\/strong><strong>op. cit.<\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">46 Qui montre entre autres \u00e0 quel point le \u201cnous\u201d n\u2019\u00e9voquerait pas pour lui l\u2019humanit\u00e9 mais seulement le petit monde occidental.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">47 La question qui nous tient sans doute le plus, toutes disciplines additionn\u00e9es, c\u2019est celle du rapport entre l\u2019individuel et le collectif, ce qui est logique puisque c\u2019est la question de la soci\u00e9t\u00e9 par excellence.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">Comme d\u2019autres, je tente de construire un point de vue \u00e0 ce sujet qui n\u2019a pas sa place (d\u00e9velopp\u00e9e) ici. Le livre d\u00e9j\u00e0 cit\u00e9 deux fois de Maurice Godelier est des plus int\u00e9ressants sur cette question puisqu\u2019il revient sur des id\u00e9es re\u00e7ues auxquelles m\u00eames l\u2019anthropologie a apport\u00e9 un temps sa caution. Incontestablement un d\u00e9bat fait rage au sein des disciplines et entre les disciplines qui permet \u00e0 l\u2019ignorance des politiques, activement soutenus par les medias, de se d\u00e9ployer. Il faut signaler aux tenants de la concurrence que la \u201cbataille de l\u2019intelligence\u201d c\u2019est d\u2019abord une bataille contre soi-m\u00eame, contre sa propre tendance \u00e0 la platitude, son propre penchant \u00e0 s\u2019en tenir \u00e0 l\u2019opinion quand il faut la t\u00e9nacit\u00e9 de construire un point de vue.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>48 \u201cSelon les Nations unies, la privatisation des march\u00e9s serait le pire sc\u00e9nario pour l&rsquo;\u00e9cologie\u201d Le Monde du 27 octobre 2007 <\/strong><strong>C. Castejon &#8211; nov. 07 <\/strong><strong>14<\/strong><strong><\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">49 Les italiques sont de l\u2019auteur de l\u2019article qui signale ainsi un extrait du rapport.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em><span style=\"color: #0000ff;\">50 Un directeur r\u00e9gional de caisse d\u2019assurance me l\u2019a dit r\u00e9cemment : les \u201cvaleurs\u201d n\u2019ont rien \u00e0 voir avec le travail. Cette histoire d\u2019horizon c\u2019est de la philosophie. Ce qui est vrai, au demeurant. Il se trouve que cette entreprise poss\u00e8de un logo qui a du sens, qui raconte presque une histoire. Il a beaucoup plus de sens pour les salari\u00e9s du groupe que pour certains encadrants, dirait-on.<\/span><\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #0000ff;\"><strong>51 La ministre des finances nous a certes dit qu\u2019on avait assez r\u00e9fl\u00e9chi comme \u00e7a, qu\u2019il fallait se retrousser les manches. Quand je vous dis qu\u2019il y a des ballots&#8230; <\/strong><strong>C. Castejon &#8211; nov. 07 <\/strong><strong>15<\/strong><strong><\/strong><\/span><\/em><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em><\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: right;\"><strong><em>Christine Castejon<\/em><\/strong><\/p>\n<gcse:search><\/gcse:search>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 En (lointain ? ) \u00e9cho \u00e0 la tr\u00e8s importante interview de Dani\u00e8le LINHART , publi\u00e9e r\u00e9cemment sur ce blog,\u00a0 voici un texte de\u00a0 Christine Castejon qui \u00a0date de fin 2007 \u00a0 \u00a0 \u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 La vraie bataille de l&rsquo;intelligence \u00a0 Les \u00eatres humains se d\u00e9truisent dans la concurrence. 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