{"id":2172,"date":"2011-08-03T09:03:38","date_gmt":"2011-08-03T07:03:38","guid":{"rendered":"http:\/\/alternatifs81.fr\/?p=2172"},"modified":"2011-09-08T23:59:35","modified_gmt":"2011-09-08T21:59:35","slug":"4-eme-devoir-de-vacances-le-kerala","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alternatifs81.fr\/?p=2172","title":{"rendered":"4 \u00e8me \u00ab\u00a0devoir de vacances\u00a0\u00bb : le KERALA, vers une d\u00e9mocratie pleine et enti\u00e8re&#8230;"},"content":{"rendered":"<h3><em><span style=\"color: #0000ff;\"><a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/miniaffiche-2.jpg\" rel=\"lightbox[2172]\"><\/a>Nous avions publi\u00e9, voici quelques mois, un 1er article sur MARINALEDA, ville d&rsquo;Andalousie o\u00f9, sous l&rsquo;impulsion de la municipalit\u00e9 en place depuis plus de 30 ans, la population de la ville exp\u00e9rimente une forme de d\u00e9mocratie active. <\/span><\/em><\/h3>\n<h3><em><span style=\"color: #0000ff;\">Nous publions ici un article (dat\u00e9 de juin 2010), de notre camarade Benoit BORRITS, animateur de la \u00ab\u00a0commission Autogestion\u00a0\u00bb des Alternatifs . <\/span><\/em><\/h3>\n<h3><em><span style=\"color: #0000ff;\">Le maire de MARINALEDA sera dans le Tarn en septembre . <\/span><\/em><\/h3>\n<h3><em><span style=\"color: #0000ff;\">Nous pourrons alors parler avec lui de ces exp\u00e9riences visant \u00e0 mettre en place, \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle d&rsquo;une ville ou d&rsquo;une r\u00e9gion, une d\u00e9mocratie \u00ab\u00a0pleine et enti\u00e8re\u00a0\u00bb<\/span><\/em><\/h3>\n<h3>Le K\u00e9rala : vers une d\u00e9mocratie pleine et enti\u00e8re&#8230;<\/h3>\n<h3><strong>Beno\u00eet Borrits *<\/strong><br \/>\n<strong>23 juin 2010<\/strong><\/h3>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/kerala11.png\" rel=\"lightbox[2172]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-full wp-image-2179\" title=\"kerala11\" src=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/kerala11.png\" alt=\"\" width=\"234\" height=\"320\" srcset=\"https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/kerala11.png 234w, https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/kerala11-219x300.png 219w\" sizes=\"auto, (max-width: 234px) 100vw, 234px\" \/><\/a>On parle peu du K\u00e9rala, un \u00c9tat du sud de l&rsquo;Union indienne. Pourtant, alors que depuis des ann\u00e9es, nos gouvernements d&rsquo;inspiration n\u00e9olib\u00e9rale produisent des contre-r\u00e9formes qui s&rsquo;inscrivent dans la permanence en d\u00e9pit d&rsquo;alternances politiques, nous avons ici le contre-exemple d&rsquo;une coalition de partis de gauche, le Left Democratic Front, qui revient r\u00e9guli\u00e8rement au pouvoir et r\u00e9alise des r\u00e9formes progressistes qui durent et transforment la vie des habitants de cet \u00c9tat. Aujourd&rsquo;hui, le K\u00e9rala fait<!--more-->\u00a0bande \u00e0 part dans l&rsquo;Union Indienne, affichant un taux d&rsquo;analphab\u00e9tisme quasiment nul, une esp\u00e9rance de vie proche de celle de nos r\u00e9gions, un sex-ratio \u00e9quilibr\u00e9, une transition d\u00e9mographique achev\u00e9e tout en ayant amorc\u00e9 dans les derni\u00e8res ann\u00e9es un d\u00e9veloppement endog\u00e8ne \u00e0 base de d\u00e9mocratie active et participative. Comme il existe relativement peu de litt\u00e9rature sur cet \u00c9tat et sa d\u00e9mocratie participative, l&rsquo;objectif de ce papier est de r\u00e9sumer en quelques pages des donn\u00e9es de diverses sources, principalement de langue anglaise, et de poser quelques questions qui pourraient int\u00e9resser toute personne pour qui le capitalisme est loin d&rsquo;\u00eatre la fin de l&rsquo;Histoire. Il ne s&rsquo;agit donc nullement d&rsquo;un travail finalis\u00e9 mais d&rsquo;un appel \u00e0 la d\u00e9couverte de cette exp\u00e9rience m\u00e9connue et pourtant passionnante.<\/em><br \/>\n<a name=\"more\"><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le K\u00e9rala en quelques mots<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le K\u00e9rala est un des quatre \u00c9tats du sud de l&rsquo;Union indienne de langue dravidienne (avec le Tamil Nadu, le Karnataka et l&rsquo;Andhra Pradesh). Il recouvre les populations parlant le malayalam, langue officielle de cet \u00c9tat (l&rsquo;hindi y est extr\u00eamement marginal, ce qui explique une utilisation importante de l&rsquo;anglais). Sa population est de 31,8 millions d&rsquo;habitants. La capitale est Thiruvananthapuram (ex-Trivandrum). Les principales religions sont l&rsquo;hindouisme (56% de la population), l&rsquo;islam (25%) et le christianisme (19%).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le K\u00e9rala s&rsquo;\u00e9tend sur une \u00e9troite bande de terre le long de la c\u00f4te sud ouest de l&rsquo;Inde dont la largeur varie de 35 \u00e0 120 km. Il est bord\u00e9 par la mer d&rsquo;Oman \u00e0 l&rsquo;ouest et par la cha\u00eene des Gh\u00e2ts occidentaux \u00e0 l&rsquo;est. Situ\u00e9 entre 8 \u00b018&prime; et 12 \u00b048&prime; de latitude nord et 74 \u00b052&prime; et 72 \u00b022&prime; de longitude est, sa modeste superficie (38 815 km2) repr\u00e9sente 1,18% du territoire indien.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les \u00c9tats du Karnataka au nord et du Tamil Nadu \u00e0 l&rsquo;est sont <!--more-->les voisins imm\u00e9diats du K\u00e9rala. Le district de Mah\u00e9, une partie du territoire de Pondich\u00e9ry, est enclav\u00e9 dans le K\u00e9rala.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le K\u00e9rala est divis\u00e9 en trois zones distinctes :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Les montagnes et vall\u00e9es profondes se situent \u00e0 l&rsquo;est, sur les contreforts des Gh\u00e2ts occidentaux. Elles sont couvertes de for\u00eats denses et les courtes et nombreuses rivi\u00e8res k\u00e9ralaises y prennent leurs sources pour se jeter dans la mer d&rsquo;Oman ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 La plaine centrale est constitu\u00e9e de collines et de larges vall\u00e9es agricoles ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Sur la c\u00f4te, longue de 580 km, les embouchures des fleuves abritent de nombreux ports.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Longeant la c\u00f4te, les Backwaters constituent un vaste r\u00e9seau de lagunes reli\u00e9es par des canaux communiquant avec la mer. De Thiruvananthapuram \u00e0 Vadakara, ils repr\u00e9sentent 450 km de voies navigables utilis\u00e9es pour le transport avant de devenir une attraction touristique.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Son PIB 2007-2008 \u00e9tait de 34,6 milliards de dollars, soit 1 088 dollars par habitant, revenu l\u00e9g\u00e8rement sup\u00e9rieur au reste de l&rsquo;Union indienne. Bien que cet \u00c9tat dispose du meilleur Indice de D\u00e9veloppement Humain (IDH) depuis plusieurs d\u00e9cennies, celui-ci disposait d&rsquo;un des PIB par habitant les plus faibles de l&rsquo;Inde. Ce d\u00e9veloppement du PIB est donc un ph\u00e9nom\u00e8ne r\u00e9cent : il a quadrupl\u00e9 en l&rsquo;espace de dix ans, soit une croissance largement sup\u00e9rieure au reste de l&rsquo;Union indienne. Entre 1998 et 2005, la croissance de l&#8217;emploi a \u00e9t\u00e9 de 2,49% nationalement alors qu&rsquo;elle \u00e9tait de 5,39% pour le K\u00e9rala (alors que sa croissance d\u00e9mographique est moindre). L&rsquo;\u00e9conomie du K\u00e9rala reste cependant fortement d\u00e9pendante du travail de ses \u00e9migrants dans le Golfe persique qui rapportent au pays, annuellement, l&rsquo;\u00e9quivalent de 20% de son PIB.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le secteur des services (notamment tourisme, services publics, banque et finance, transport et communication) est pr\u00e9dominant (64% du PIB en 2002-2003). L&rsquo;agriculture et la p\u00eache repr\u00e9sentent 17% du PIB. Presque la moiti\u00e9 des habitants du K\u00e9rala d\u00e9pendent de l&rsquo;agriculture.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Quelques 600 vari\u00e9t\u00e9s repr\u00e9sentant une production de 688 000 tonnes de riz sont r\u00e9colt\u00e9es sur 3100 km2 de rizi\u00e8res. Les autres productions agricoles sont la noix de coco, le th\u00e9, le caf\u00e9, le caoutchouc, la noix de cajou, et les \u00e9pices (poivre, cardamome, vanille, cannelle, muscade). Un million de p\u00eacheurs attrapent 668 000 tonnes de poissons en provenance de la mer ou des backwaters. Les industries traditionnelles telles que le tissage et l&rsquo;artisanat repr\u00e9sentent 180 000 petites entreprises qui emploient un million de personnes environ. Il n&rsquo;existe que 511 moyennes et grandes entreprises.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1939-1957 Une forte tradition communiste<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cet \u00c9tat poss\u00e8de la particularit\u00e9 d&rsquo;avoir une forte tradition d&rsquo;implantation communiste. Le CPI (Communist Party of India) y sera fond\u00e9 en 1939 \u00e0 partir d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments socialisants du Parti du Congr\u00e8s. D\u00e8s le d\u00e9part, celui-ci aura une forte autonomie autant \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard de l&rsquo;ensemble du parti indien que vis-\u00e0-vis de l&rsquo;Union sovi\u00e9tique, cette autonomie s&rsquo;expliquant par son fort enracinement populaire et militant.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1946, la r\u00e9volte Punnapra Valayar, dans laquelle 17 000 travailleurs d&rsquo;Alappuzha se mettront en gr\u00e8ve pour de meilleures revenus, mettra en \u00e9vidence la forte implantation de ce parti. Sa particularit\u00e9 par rapport aux autres partis indiens est le m\u00e9lange permanent des castes, les membres du parti provenant des hautes castes n&rsquo;ayant aucun probl\u00e8me \u00e0 vivre au milieu des autres et de partager leurs conditions de vie. Cet enracinement populaire se p\u00e9rennisera par la mise en place syst\u00e9matique de salles de lecture dans de nombreux villages. D\u00e8s 1955, il existe 555 syndicats, la plus grande part d&rsquo;entre eux \u00e9tant affili\u00e9s au CPI.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1957, le CPI adopte un manifeste, le \u00ab Communist Proposal for Building a Democratic and Prosperous Kerala \u00bb. Celui-ci marque une rupture essentielle avec le Kominform dans la mesure o\u00f9 il th\u00e9orise l&rsquo;id\u00e9e que la transformation sociale peut s&rsquo;obtenir dans le cadre d&rsquo;un \u00c9tat de d\u00e9mocratie parlementaire.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1957-1970 Une r\u00e9forme agraire obtenue de haute lutte<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 5 avril 1957, le CPI est majoritaire aux \u00e9lections et forme le premier gouvernement communiste d&rsquo;un \u00c9tat de l&rsquo;Union indienne. Ce parti prend en compte le fait que l&rsquo;Union indienne est dirig\u00e9e par le Parti du Congr\u00e8s et s&rsquo;engage \u00e0 d\u00e9fendre et appliquer les r\u00e9formes progressistes du gouvernement central. Parall\u00e8lement \u00e0 cela, le nouveau gouvernement entend mettre en \u0153uvre une r\u00e9forme agraire, une transformation du syst\u00e8me \u00e9ducatif sur la base d&rsquo;une mobilisation populaire et d&rsquo;un budget en hausse de 30%, ainsi que la mise en \u0153uvre d&rsquo;une d\u00e9centralisation des d\u00e9cisions au niveau des Panchayats (municipalit\u00e9s). Toutes ces r\u00e9formes passeront au Parlement local mais la r\u00e9forme agraire sera annul\u00e9e par le pouvoir central.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un \u00ab Mouvement de lib\u00e9ration du K\u00e9rala \u00bb sera foment\u00e9 par le Parti du congr\u00e8s local avec l&rsquo;appui des \u00e9glises (qui voyaient d&rsquo;un mauvais \u0153il la r\u00e9forme de l&rsquo;\u00e9ducation). En d\u00e9cembre 1959, le pouvoir central d\u00e9pose le gouvernement k\u00e9ralais. De nombreux membres du CPI s&rsquo;interrogeront sur la strat\u00e9gie de conqu\u00eate du pouvoir par la voie \u00e9lectorale et se demanderont si le Parti du Congr\u00e8s n&rsquo;est pas le principal ennemi \u00e0 abattre.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette incertitude sera renforc\u00e9e par le schisme sino-sovi\u00e9tique qui aboutira \u00e0 la scission du CPI en 1964. La majeure partie des cadres dirigeants du parti appartiennent \u00e0 la tendance \u00e9tatiste (statistfaction) qui reste fid\u00e8le \u00e0 Moscou (dans son alliance avec l&rsquo;Union indienne) et consid\u00e8re qu&rsquo;en l&rsquo;absence de classe ouvri\u00e8re significative, la strat\u00e9gie \u00e0 adopter est celle de la d\u00e9fense de l&rsquo;unit\u00e9 nationale en alliance avec le Parti du Congr\u00e8s et d&rsquo;une conqu\u00eate \u00e9lectorale progressive du pouvoir.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les deux autres tendances (Trade-union et Grassroots Factions) qui repr\u00e9sentent la majorit\u00e9 du parti scissionneront pour former le Communist Party of India (Marxist). Ce parti pr\u00f4nera une ligne d&rsquo;ind\u00e9pendance entre P\u00e9kin et Moscou (quoique nombre de ses membres ne cachent pas une certaine sympathie pour la voie chinoise vers le socialisme) et la n\u00e9cessit\u00e9 de susciter une mobilisation extra-parlementaire. Il privil\u00e9gie l&rsquo;action locale, voit la paysannerie comme un \u00e9l\u00e9ment moteur du changement et laisse par ailleurs ouverte l&rsquo;hypoth\u00e8se d&rsquo;une rupture vers une \u00e8re post capitaliste.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette scission affaiblira le mouvement communiste au K\u00e9rala lors des \u00e9lections de 1965, le CPI(M) repr\u00e9sentant 20% des voix, le CPI, 8%. N\u00e9anmoins, les deux partis s&rsquo;associent \u00e0 nouveau pour former l&rsquo;United Democratic Front (UDF) et gagnent les \u00e9lections de 1967. Cette coalition parviendra \u00e0 faire passer au Parlement une nouvelle r\u00e9forme agraire (Kerala Land Reform Amendment Act) qui recevra l&rsquo;assentiment du pouvoir central.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Malheureusement, en 1969, le CPI rompra l&rsquo;alliance avec le CPI(M) en s&rsquo;alliant avec le Parti du Congr\u00e8s au sein de l&rsquo;UDF. Loin de se sentir d\u00e9fait, le CPI(M) mobilisera la population pour mettre en application la r\u00e9forme agraire : 200 000 travailleurs ruraux prirent le contr\u00f4le de terres. Deux chiffres permettent d&rsquo;illustrer la r\u00e9ussite de la r\u00e9forme. En 1964-1965, seuls 66,8% des m\u00e9nages ruraux poss\u00e9daient des terres. En 1983-1984, 93,3% \u00e9taient propri\u00e9taires.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1980-1991 Campagnes pour le d\u00e9veloppement humain<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les ann\u00e9es 70 seront des ann\u00e9es sombres pour le mouvement communiste k\u00e9ralais, marqu\u00e9 par sa division et la collaboration du CPI avec le Parti du Congr\u00e8s. Cette collaboration culminera en 1975-1977, lors de l&rsquo;\u00e9tat d&rsquo;urgence, dans laquelle on verra des membres du CPI mener la r\u00e9pression contre le CPI(M).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Cette situation politique sera doubl\u00e9e d&rsquo;une crise sociale profonde provoqu\u00e9e par l&rsquo;effondrement des prix agricoles suite \u00e0 la \u00ab r\u00e9volution verte \u00bb. C&rsquo;est dans cette p\u00e9riode que les cultures vivri\u00e8res telles que le riz commenceront \u00e0 diminuer (de 884 020 Ha en 1975 \u00e0 404 870 ha en 1995) au profit des cocotiers (+42% avec 982 100 Ha en 1995) et du caoutchouc (+119% avec 449 000 Ha). Cette \u00e9volution s&rsquo;accompagnera d&rsquo;une baisse g\u00e9n\u00e9rale du temps de travail. En 1964-1965, les paysans travaillaient 198 jours par an et les paysannes 164 jours. En 1983-1984, leurs temps de travail annuels moyens passeront respectivement \u00e0 147 et 112 jours. Pour autant, de nombreux militants du CPI(M) mettront \u00e0 profit cette douloureuse p\u00e9riode pour s&rsquo;investir dans le KSSP (People&rsquo;s Science Movement). Fond\u00e9e en 1962 par un groupe d&rsquo;\u00e9tudiants membres de la tendance populaire (Grassroots) du CPI(M), cette organisation a pour objectif de diffuser le savoir dans les classes populaires : c&rsquo;est ce que nous appelons de l&rsquo;\u00e9ducation populaire qui, on va le voir, sera ici pratiqu\u00e9e \u00e0 tr\u00e8s grande \u00e9chelle.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ce n&rsquo;est que dans les ann\u00e9es 1980 que le CPI(M) et le CPI se r\u00e9uniront \u00e0 nouveau au sein du Left Democratic Front (LDF). Apr\u00e8s un bref interm\u00e8de au pouvoir (du 25 janvier 1980 au 20 octobre 1981), cette coalition reviendra au gouvernement du 26 mars 1987 au 17 juin 1991.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;objectif premier du LDF sera de r\u00e9soudre la question de l&rsquo;analphab\u00e9tisme et des besoins essentiels de la population (acc\u00e8s \u00e0 l&rsquo;eau, sant\u00e9, planning familial&#8230;). Avec le savoir-faire du KSSP, un projet pilote sera men\u00e9 \u00e0 Ernakulam en d\u00e9cembre 1998 : 50 000 b\u00e9n\u00e9voles s&rsquo;organiseront pour visiter 600 000 familles et recenser les ressources locales comme les besoins de la population. De cette exp\u00e9rience pilote, deux grandes campagnes seront men\u00e9es : une campagne g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;alphab\u00e9tisation (Total Literacy Campaign) dans laquelle 350 000 instructeurs b\u00e9n\u00e9voles donneront des cours d&rsquo;alphab\u00e9tisation dans l&rsquo;ensemble du K\u00e9rala et une campagne de recensement des ressources locales (People&rsquo;s Ressource Mapping Program). Cette derni\u00e8re campagne aboutira \u00e0 la constitution d&rsquo;une base de donn\u00e9e des ressources humaines et naturelles de chaque zone g\u00e9ographique (terre, eau, v\u00e9g\u00e9tation, probl\u00e8mes sanitaires et environnementaux, situation \u00e9conomique des foyers) permettant d&rsquo;amorcer une r\u00e9flexion sur le d\u00e9veloppement de chaque territoire. Bien que la r\u00e9forme agraire soit d\u00e9j\u00e0 en vigueur depuis deux d\u00e9cennies, la productivit\u00e9 reste basse. La campagne de regroupement paysan (Group Farming Program) incitera les paysans \u00e0 se regrouper pour mutualiser les moyens et r\u00e9aliser des \u00e9conomies d&rsquo;\u00e9chelle tant vis-\u00e0-vis des r\u00e9coltes que de la distribution. Des aides \u00e0 la m\u00e9canisation seront propos\u00e9es sous forme de garanties d&rsquo;achats et de revenus. Ceci permettra d&rsquo;amortir le choc provoqu\u00e9 par la \u00ab r\u00e9volution verte \u00bb et la pauvret\u00e9 agricole passera de 10,2 millions de personnes touch\u00e9es en 1973-1974 \u00e0 5,5 millions en 1987-1988, am\u00e9lioration absolument unique en Inde.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les r\u00e9sultats de ces diff\u00e9rentes campagnes seront sans appel. D\u00e8s 1995, l&rsquo;analphab\u00e9tisme ne sera plus que de 9% alors qu&rsquo;en 2002, il \u00e9tait encore de 39% pour le reste de l&rsquo;Inde. En 1996, l&rsquo;esp\u00e9rance de vie montait d\u00e9j\u00e0 \u00e0 73 ans (compar\u00e9 \u00e0 77 ans pour les USA \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque) alors qu&rsquo;elle stagnait toujours \u00e0 63 ans pour le reste de l&rsquo;Inde en 2002. Au d\u00e9but des ann\u00e9es 2000, la mortalit\u00e9 infantile \u00e9tait de 13\/1000 alors que dans le reste de l&rsquo;Inde, elle \u00e9tait toujours de 62\/1000. Mieux, la transition d\u00e9mographique est r\u00e9alis\u00e9e, cet \u00c9tat affichant un taux de f\u00e9condit\u00e9 de 1,8 d\u00e8s 1997 alors qu&rsquo;il \u00e9tait de 3,4 pour le reste de l&rsquo;Inde. De m\u00eame, de par diverses campagnes de promotion de la femme, le K\u00e9rala devient le seul \u00c9tat de l&rsquo;Inde affichant un sex-ratio \u00e9quilibr\u00e9 alors que le reste du pays est furieusement marqu\u00e9 par un d\u00e9s\u00e9quilibre flagrant en faveur des hommes. Du point de vue de l&rsquo;\u00e9ducation, 82% des enfants finissent le \u00ab fifth grade \u00bb alors que ce taux n&rsquo;est que de 32% dans le reste du pays.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Les revenus ne sont pas en reste avec une obligation de salaire minimum et une retraite garantie de 60 roupies pour tous, garantie certes limit\u00e9e (limite de pauvret\u00e9 \u00e0 113 roupies). De m\u00eame, 13 028 \u00ab ration shops \u00bb seront \u00e9tablies permettant \u00e0 la totalit\u00e9 de la population d&rsquo;acc\u00e9der \u00e0 de la nourriture subventionn\u00e9e. Celles-ci assureront 50% des besoins de consommation en riz et 90% en bl\u00e9.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le gouvernement poursuivra sa volont\u00e9 de d\u00e9centralisation en favorisant l&rsquo;expression d\u00e9mocratique dans les collectivit\u00e9s territoriales. A cet effet, des \u00e9lections ont lieu \u00e0 tous les \u00e9chelons :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Dans les 14 districts avec 300 \u00e9lus ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Dans les 152 blocks Panchayats avec 1 543 \u00e9lus ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Dans les 900 Grama Panchayats (communes rurales) et 58 municipalit\u00e9s avec 12 720 \u00e9lus.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Aux premi\u00e8res \u00e9lections locales, d\u00e9but 1991, le LDF dirig\u00e9 par le CPI(M) gagne 13 des 14 districts et la grande majorit\u00e9 des subdivisions. Pourtant, quelques mois plus tard, en juin 1991, l&rsquo;UDF (men\u00e9 par le Parti du Congr\u00e8s) remporte les \u00e9lections \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9 l\u00e9gislative de l&rsquo;\u00c9tat. Est-ce l&rsquo;effet de l&rsquo;assassinat de Rajiv Gandhi qui explique ce mouvement en faveur du Parti du Congr\u00e8s ou d&rsquo;autres raisons plus fondamentales ? Toujours est-il que le nouveau gouvernement UDF suspendra imm\u00e9diatement les conseils locaux issus de la d\u00e9centralisation naissante.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>1991 \u00e0 ce jour : Une d\u00e9mocratie active tourn\u00e9e vers l&rsquo;\u00e9conomie<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si cet \u00c9tat affiche un d\u00e9veloppement humain sans pareil en Inde, les capitaux n&rsquo;affluent cependant pas, souvent dissuad\u00e9s par les protections sociales existantes et les mouvements sociaux. De fait, le K\u00e9rala reste un des \u00c9tats<!--more-->\u00a0les plus pauvres de l&rsquo;Union indienne. Apr\u00e8s la d\u00e9faite de 1991, un intense d\u00e9bat fait rage au sein du CPI(M) entre les deux tendances syndicale (Trade-Union) et populaire (Grassroots), la premi\u00e8re ayant \u00e9t\u00e9 jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent majoritaire dans le parti. Alors que la tendance syndicale met l&rsquo;accent sur les luttes strictement revendicatives, consid\u00e9rant que celles-ci posent naturellement la question des limites du capitalisme et donc de la conqu\u00eate du pouvoir, la tendance populaire envisage le passage au socialisme comme un processus de construction d&rsquo;une contre-h\u00e9g\u00e9monie dans laquelle modes de production socialiste et capitaliste peuvent coexister. Pour la tendance populaire, la question centrale reste la question de la mobilisation de la population pour prendre en main son avenir et cr\u00e9er, d\u00e8s maintenant, les conditions d&rsquo;une transformation sociale.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De 1992 \u00e0 1995, le KSSP (fortement investi par la tendance populaire) m\u00e8nera l&rsquo;exp\u00e9rience pilote de Kalliasseri (dans le district de Kannur), base forte du CPI(M) (qui y recueille 95% des voix).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;id\u00e9e principale de cette exp\u00e9rience est que le d\u00e9veloppement passe par une croissance de biens et de services d\u00e9livr\u00e9s sur une base \u00e9quitable et soutenable. Il s&rsquo;agit donc principalement de donner le pouvoir aux communaut\u00e9s pour qu&rsquo;elles puissent d\u00e9finir quelles sont leurs priorit\u00e9s. \u00c0 titre d&rsquo;exemple, ce district s&rsquo;est aper\u00e7u qu&rsquo;il consommait 20 000 \u0153ufs mensuellement et que pas un seul n&rsquo;\u00e9tait produit sur place, d&rsquo;o\u00f9 un appauvrissement de la population oblig\u00e9e de s&rsquo;approvisionner loin et cher. De m\u00eame, cette exp\u00e9rience s&rsquo;int\u00e9ressait aux femmes sans activit\u00e9 qui disposaient pourtant de comp\u00e9tences en mati\u00e8re de tissage, de confection de v\u00eatements ou d&rsquo;articles de papeterie. C&rsquo;est ainsi que na\u00eetront des projets de d\u00e9veloppement locaux tel un canal qui sera construit sur la base de l&rsquo;implication de la population et de la mobilisation de 1000 volontaires du parti (qui, rappelons-le, n&rsquo;\u00e9tait pas au pouvoir au moment de cette exp\u00e9rience).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De cette exp\u00e9rience, deux le\u00e7ons essentielles seront tir\u00e9es :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Il existe un potentiel de mobilisation b\u00e9n\u00e9vole \u00e9norme en faveur du d\u00e9veloppement ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Il est n\u00e9cessaire de subdiviser les structures de d\u00e9cisions au-del\u00e0 du grama panchayat (municipalit\u00e9 rurale) pour faciliter la participation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 1994, lors du congr\u00e8s du CPI(M), fort de la validit\u00e9 de cette exp\u00e9rience, la tendance populaire l&#8217;emportera au sein du parti. Un nouveau programme \u00e9lectoral est pr\u00e9sent\u00e9 qui comporte :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Une r\u00e9orientation de la planification en direction de la production de biens et de services ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Le d\u00e9veloppement de l&rsquo;industrie et des infrastructures au niveau de l&rsquo;\u00c9tat ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Le d\u00e9veloppement des services de base et des petites productions au niveau local ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Une am\u00e9lioration des services publics ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Une implication populaire pour am\u00e9liorer la productivit\u00e9 dans les secteurs faiblement capitalis\u00e9s et s&rsquo;assurer que la production r\u00e9ponde \u00e0 des besoins sociaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Comme on le comprend, le succ\u00e8s d&rsquo;un tel programme passe par une d\u00e9centralisation massive, d\u00e9centralisation abrog\u00e9e par l&rsquo;actuel gouvernement UDF. Par chance, une l\u00e9gislation du pouvoir central donne de nouveaux pouvoirs aux municipalit\u00e9s et aux panchayats, cette l\u00e9gislation devant \u00eatre impl\u00e9ment\u00e9e par les \u00c9tats. L&rsquo;UDF, dont le premier acte a \u00e9t\u00e9 l&rsquo;annulation des dispositifs de d\u00e9centralisation mis en place par le LDF, se verra ainsi contraint de transcrire cette l\u00e9gislation au niveau du K\u00e9rala \u00e0 la fin de son mandat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le 20 mai 1996, le LDF remporte \u00e0 nouveau les \u00e9lections en lance la Campagne populaire pour la d\u00e9centralisation d\u00e9mocratique (People&rsquo;s Campaign for Democratic Decentralization).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans ce cadre, 35 \u00e0 40% du budget total de l&rsquo;\u00c9tat est mis \u00e0 disposition des comit\u00e9s de village. Dans le premier budget, cette r\u00e9partition s&rsquo;est faite sur la base de la population de chaque village. Dans les suivants, cette r\u00e9partition a aussi pris en compte la pauvret\u00e9 de chaque collectivit\u00e9 locale dans un souci d&rsquo;\u00e9galisation des conditions de vie. Pour ces budgets, il n&rsquo;y a pas d&rsquo;allocation sectorielle pr\u00e9cise mais des fourchettes. Ainsi il est recommand\u00e9 d&rsquo;allouer de 30 \u00e0 40% pour l&rsquo;\u00e9ducation, la sant\u00e9, l&rsquo;eau ou les habitations, de 10 \u00e0 15% pour les infrastructures, de 45 \u00e0 50% pour des projets productifs et 10% pour des projets f\u00e9minins. L&rsquo;objectif n&rsquo;est donc pas de r\u00e9aliser une allocation a priori d\u00e9cid\u00e9e dans on ne sait quel bureau, mais au contraire de mobiliser la population pour faire \u00e9merger des projets r\u00e9els.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une autre originalit\u00e9 de cette exp\u00e9rience est la part donn\u00e9e aux projets \u00e9conomiques pour faire<a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/equipe013.jpg\" rel=\"lightbox[2172]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignright size-medium wp-image-2181\" title=\"equipe01\" src=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/equipe013-300x270.jpg\" alt=\"\" width=\"300\" height=\"270\" srcset=\"https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/equipe013-300x270.jpg 300w, https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/equipe013.jpg 443w\" sizes=\"auto, (max-width: 300px) 100vw, 300px\" \/><\/a><a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/equipe012.jpg\" rel=\"lightbox[2172]\"><\/a> face aux probl\u00e8mes de sous-investissement. Tr\u00e8s souvent, la tendance des partis sociaux-d\u00e9mocrates face \u00e0 ce probl\u00e8me est de faire des concessions au Capital dans l&rsquo;espoir de le voir investir. La strat\u00e9gie du CPI(M) est, de ce point de vue, radicalement diff\u00e9rente : il s&rsquo;agit de faire \u00e9merger un mode de production autog\u00e9r\u00e9 en lieu et place des entreprises de capitaux. Alors que la d\u00e9mocratie participative ne s&rsquo;entend g\u00e9n\u00e9ralement que dans le cadre de la gestion de services publics, elle est ici utilis\u00e9e pour la cr\u00e9ation de coop\u00e9ratives, pour s&rsquo;assurer que la production r\u00e9ponde aux besoins sociaux.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Pour mettre en \u0153uvre ces projets, il est fait appel \u00e0 une nouvelle subdivision : les Grama Sabhas qui sont des assembl\u00e9es de village de l&rsquo;ordre de 1 000 \u00e0 2 000 personnes. Pour le CPI(M), il ne suffit pas de faire des lois : il faut aussi susciter une mobilisation populaire capable de leur donner du contenu. De nombreuses sessions de formation ont permis de qualifier des \u00ab personnes ressources \u00bb capables d&rsquo;impulser cette mobilisation :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 600 Key Resource Persons (KRP), au niveau de l&rsquo;\u00c9tat, ont re\u00e7u 20 jours de formation ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 12 000 District Resource Persons (DRP), au niveau des districts, ont re\u00e7u 10 jours de formation ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Plus de 100 000 Local Resource Persons (LRP), au niveau municipal, ont re\u00e7u 5 jours de formation.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Plus de 300 000 personnes participeront \u00e0 des s\u00e9minaires de d\u00e9veloppement.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">De m\u00eame, afin d&rsquo;impliquer la totalit\u00e9 de la population, une attention particuli\u00e8re a \u00e9t\u00e9 apport\u00e9e pour impliquer les partis et associations de l&rsquo;opposition, l&rsquo;UDF repr\u00e9sentant 40% des si\u00e8ges de l&rsquo;assembl\u00e9e.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bien que la d\u00e9l\u00e9gation de tels budgets vers des collectivit\u00e9s locales ne se soit \u00e9videmment pas d\u00e9roul\u00e9e sans heurt et sans corruption, il s&rsquo;av\u00e8re au bout du compte que cette d\u00e9centralisation a permis un v\u00e9ritable contr\u00f4le local de l&rsquo;argent public. Un moyen d&rsquo;assurer la transparence des budgets et la bonne utilisation des fonds est l&rsquo;obligation de rendre publics les b\u00e9n\u00e9ficiaires par affichage sur des panneaux avec montants d&rsquo;engagements et de d\u00e9penses. Par ailleurs, la question des d\u00e9bouch\u00e9s commerciaux des nombreuses petites coop\u00e9ratives a g\u00e9n\u00e9ralement \u00e9t\u00e9 sous-estim\u00e9e au d\u00e9part, ce qui a conduit \u00e0 certaines d\u00e9sillusions. Quelques ann\u00e9es apr\u00e8s, les autorit\u00e9s locales se sont pench\u00e9es dessus et ont souvent offert des d\u00e9bouch\u00e9s commerciaux. \u00c0 noter que cette question a permis l&rsquo;\u00e9mergence de travaux th\u00e9orique du CPI(M) sur l&rsquo;int\u00e9gration du march\u00e9 et de la planification.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/autogestion-icone.jpg\" rel=\"lightbox[2172]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft size-medium wp-image-2182\" title=\"autogestion-icone\" src=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/autogestion-icone-239x300.jpg\" alt=\"\" width=\"239\" height=\"300\" srcset=\"https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/autogestion-icone-239x300.jpg 239w, https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/autogestion-icone.jpg 366w\" sizes=\"auto, (max-width: 239px) 100vw, 239px\" \/><\/a>Bien que cette exp\u00e9rience de d\u00e9centralisation ait \u00e9t\u00e9 men\u00e9e avec beaucoup d&rsquo;ambitions et de moyens, le LDF perdra les \u00e9lections du 13 mai 2001, pour n\u00e9anmoins revenir au pouvoir le 18 mai 2006.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Le CPI(M) : un parti de masse \u00ab \u00e0 l&rsquo;ancienne \u00bb<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Alors que dans les pays occidentaux, les partis ouvriers de masse, qu&rsquo;ils soient communistes ou sociaux-d\u00e9mocrates, ne semblent plus \u00eatre qu&rsquo;un souvenir du pass\u00e9, au K\u00e9rala, environ un pour cent de la population est membre du CPI(M). De m\u00eame, ce parti continue de travailler par cercles concentriques avec une myriade d&rsquo;organisations de masse (syndicat, mouvement de femmes ou de jeunesse&#8230;) qui lui sont affili\u00e9es.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La d\u00e9cision de transformer le CPI(M) d&rsquo;un parti de cadres \u00e0 un parti de masse a \u00e9t\u00e9 prise lors du Salkia Plenum en 1978 avec la d\u00e9cision de simplifier l&rsquo;adh\u00e9sion, notamment \u00e0 l&rsquo;\u00e9gard des membres des associations de masse. \u00c0 cette \u00e9poque, le nombre d&rsquo;adh\u00e9rents du parti pour la totalit\u00e9 de l&rsquo;Union indienne \u00e9tait de 161 000. En 1991, ce nombre passera \u00e0 579 000. En 2001, le CPI(M) affichera 796 073 adh\u00e9rents qui contr\u00f4lent diverses organisations de masse totalisant 40 millions d&rsquo;individus. Chaque membre du parti se doit d&rsquo;\u00eatre actif dans une organisation de masse. \u00c0 noter le fait significatif que 81% de ses membres proviennent des basses castes.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">En 2001, au K\u00e9rala, le CPI(M) affichait 301 562 adh\u00e9rent-e-s soit 38% des effectifs du parti pour une population ne repr\u00e9sentant que 2,7% de l&rsquo;ensemble de l&rsquo;Union indienne. Par contre, la f\u00e9minisation du parti reste faible avec seulement 25 000 femmes. Dans cet \u00c9tat, le parti contr\u00f4le les mouvements suivants :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Syndicats affili\u00e9s (CITU) : 973 102 membres ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Kisan (mouvement paysan) : 1 796 520 membres ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 Syndicats travailleurs agricole : 1 549 233 membres ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 F\u00e9d\u00e9ration de la jeunesse (DYFI) : 4 403 081 membres ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 F\u00e9d\u00e9ration des \u00e9tudiants (SFI) : 815 896 membres ;<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">\u2013 F\u00e9d\u00e9ration des femmes (AIDWA) : 1 737 240 membres.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Ainsi le nombre total d&rsquo;adh\u00e9sions au parti et aux organisations affili\u00e9es est de plus de 10 millions, soit pr\u00e8s d&rsquo;un tiers de la population de l&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Au K\u00e9rala, le CPI(M) emploie 4 697 personnes avec des salaires peu \u00e9lev\u00e9s, ce qui freine les opportunit\u00e9s d&rsquo;enrichissement dans le cadre de l&rsquo;organisation. Il dispose de nombreux m\u00e9dias : journaux, magazines, journaux th\u00e9oriques, deux chaines de t\u00e9l\u00e9vision ainsi que des troupes de th\u00e9\u00e2tre populaire. Le quotidien Deshabhimani tire \u00e0 500 000 exemplaires et est imprim\u00e9 dans 4 villes de l&rsquo;\u00c9tat.<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Un \u00e9miettement des partis politiques<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">La vie politique k\u00e9ralaise est caract\u00e9ris\u00e9e par un \u00e9miettement des partis politiques tel qu&rsquo;aucun parti ne peut seul envisager d&rsquo;obtenir une majorit\u00e9. C&rsquo;est la raison pour laquelle ceux-ci se regroupent en coalitions, les deux grandes coalitions ayant rythm\u00e9 la vie politique du pays de ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u00e9tant le Left Democratic Front (Gauche) et l&rsquo;Union Democratic Front (Droite).<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Partis composants le LDF (avec nombre de d\u00e9put\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e l\u00e9gislative de 2006) :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1. Communist Party of India (Marxist) (65 dont 4 non-membres)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2. Communist Party of India (17)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3. Revolutionary Socialist Party (3)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">4. Janata Dal (Secular) (2)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">5. Indian Congress (Socialist) (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">6. Kerala Congress (Thomas) (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">7. All India Forward Bloc (0)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">8. Kerala Janapaksham (0)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Partis composants l&rsquo;UDF (avec nombre de d\u00e9put\u00e9s \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e l\u00e9gislative de 2006) :<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">1. Indian National Congress (24)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">2. Kerala Congress (K. M. Mani, P. J. Joseph) (11)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">3. Indian Union Muslim League (8)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">4. Janata Dal (Secular) (Veerendra Kumar) (3)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">5. Kerala Congress (Balakrishna Pillai) (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">6. Kerala Congress (Jacob) (0)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">7. Janathipathya Samrakshana Samithy (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">8. Communist Marxist Party (0)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">9. Revolutionary Socialist Party (Baby John) (1)<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><strong>Quelques interrogations et pistes de recherche&#8230;<\/strong><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Le CPI(M) a jou\u00e9 un r\u00f4le moteur dans l&rsquo;\u00e9volution du K\u00e9rala dans les soixante derni\u00e8res ann\u00e9es. De plus, 38% des membres indiens du CPI(M) sont k\u00e9ralais. Comment se fait-il que, fort des succ\u00e8s obtenus, l&rsquo;influence du CPI(M) reste faible dans les autres \u00c9tats indiens et tout particuli\u00e8rement les \u00c9tats voisins (Tamil Nadu et Karnataka) ? De m\u00eame, le CPI(M) est aujourd&rsquo;hui au pouvoir au Bengale Ouest et au Tripura. Est-ce que ces gouvernements enregistrent des r\u00e9sultats comparables et la ligne politique suivie est-elle proche de celle du parti k\u00e9ralais ? Est-ce que la division entre tendance syndicale (Trade Union) et populaire (Grassroots) est purement k\u00e9ralaise ou se retrouve nationalement ? Comment se fait-il que le LDF retourne r\u00e9guli\u00e8rement \u00e0 l&rsquo;opposition ? Quelles sont les raisons qui poussent la population \u00e0 r\u00e9guli\u00e8rement voter en faveur de l&rsquo;UDF ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Il semblerait qu&rsquo;une des cl\u00e9s du succ\u00e8s de la d\u00e9mocratie participative soit la forte pr\u00e9sence sur le terrain du CPI(M) et du KSSP (People&rsquo;s Science Mouvement). Comment se fait-il que cet \u00c9tat (ou l&rsquo;Union indienne dans son ensemble) ne connaisse pas la crise des partis que nous connaissons dans nos pays ? Dans une logique de mise en pratique d&rsquo;une d\u00e9mocratie active dans nos pays, quel pourrait \u00eatre le substitut \u00e0 ces partis et organisations de masse ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Une part tr\u00e8s importante de la mobilisation trouve sa source dans le b\u00e9n\u00e9volat. Comment celui-ci s&rsquo;exprime-t-il (compar\u00e9 notamment \u00e0 celui des pays occidentaux) ? Qui sont les b\u00e9n\u00e9voles ? Des individus qui compl\u00e8tent leur temps de travail par cette activit\u00e9 ou des personnes essentiellement sans emploi ? Est-ce que la pr\u00e9sence forte de b\u00e9n\u00e9volat ne traduirait pas ici une aspiration \u00e0 un travail d\u00e9sali\u00e9n\u00e9 et, \u00e0 plus long terme, une remise en cause de la division du travail ? Comment, concr\u00e8tement, se d\u00e9roule une campagne de recensement des ressources et quelle pourrait en \u00eatre sa transposition dans un pays europ\u00e9en ? Quelles sont les \u00e9tapes de la mise en \u0153uvre des budgets participatifs ? Quelles diff\u00e9rences ou similitudes avec les exp\u00e9riences br\u00e9siliennes ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Dans le premier exercice budg\u00e9taire, la r\u00e9partition des budgets s&rsquo;est faite sur la base de la population de chaque collectivit\u00e9 locale. Dans les suivants, le crit\u00e8re de niveau de vie de la population a \u00e9t\u00e9 pris en compte dans une logique redistributrice. Est-ce dans le programme du LDF ? Est-ce issu de n\u00e9gociations entre collectivit\u00e9s locales ? Est-ce suite \u00e0 un d\u00e9bat \u00e0 l&rsquo;Assembl\u00e9e l\u00e9gislative ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Si la d\u00e9centralisation est porteuse de potentialit\u00e9 en termes de d\u00e9mocratie active, elle est aussi un facteur de divergence dans les capacit\u00e9s de d\u00e9veloppement. Comment cette contradiction est-elle g\u00e9r\u00e9e de fa\u00e7on \u00e0 ce que celle-ci ne soit pas un g\u00e9n\u00e9rateur d&rsquo;in\u00e9galit\u00e9s et que la coh\u00e9sion sociale du K\u00e9rala soit maintenue ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Un des points originaux de la d\u00e9mocratie participative k\u00e9ralaise est sa volont\u00e9 d&rsquo;intervenir dans l&rsquo;\u00e9conomie par la cr\u00e9ation d&rsquo;activit\u00e9s sous forme de coop\u00e9ratives. Quelle est la nature de ces coop\u00e9ratives (de producteurs, de consommateurs, mixte et\/ou avec implication des collectivit\u00e9s locales) ? Une fois la production lanc\u00e9e, comment la population s&rsquo;assure-t-elle de son utilit\u00e9 sociale ? Comment se fait le d\u00e9coupage du budget entre les diff\u00e9rents niveaux de collectivit\u00e9s territoriales (\u00c9tat, Districts et Grama panchayats) ? Comment l&rsquo;\u00c9tat et les districts interviennent-ils dans l&rsquo;activit\u00e9 \u00e9conomique ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">S&rsquo;il est ind\u00e9niable que sur ces quinze derni\u00e8res ann\u00e9es, le K\u00e9rala a connu une croissance de son PIB plus forte que le reste de l&rsquo;Inde, quel est l&rsquo;apport r\u00e9el \u00e0 cette croissance des entreprises cr\u00e9\u00e9es suite \u00e0 la d\u00e9lib\u00e9ration d\u00e9mocratique ? Est-il flagrant que cette croissance soit due \u00e0 la politique du LDF ? Y-a-t&rsquo;il d&rsquo;autres facteurs pouvant expliquer ce d\u00e9collage du PIB k\u00e9ralais par rapport au reste du pays ?<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">Bibliographie<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">GEGOUT Catherine, Blog de voyage au K\u00e9rala, <a href=\"http:\/\/www.blogg.org\/blog-16247themesinde__kerala_2004-46362.html\" target=\"_blank\"><span style=\"color: #cc0032;\">http:\/\/www.blogg.org\/blog-16247themesinde__kerala_2004-46362.html<\/span><\/a>, 2004<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">ISAAC Thomas &amp; HELLER Patrick, \u00ab Democracy and Development : Decentralized Planning in Kerala \u00bb extrait de FUNG Archon &amp; WRIGHT Erik Olin, Deepening Democracy : Institutionnal Innovations in Empowered Participatory Governance, Verso Press, 2003<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">KERALA, The official Web Portal of Govt. Of Kerala, <a href=\"http:\/\/kerala.gov.in\/\" target=\"_blank\"><span style=\"color: #cc0032;\">http:\/\/kerala.gov.in\/<\/span><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">KERALA STATE PLANNING BOARD, <a href=\"http:\/\/www.keralaplanningboard.org\/\" target=\"_blank\"><span style=\"color: #cc0032;\">http:\/\/www.keralaplanningboard.org\/<\/span><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">THEAU Beno\u00eet &amp; VENIER Philippe, K\u00e9rala : la force de l&rsquo;ambition, Orcades, 2001<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">WIKIPEDIA anglophone, <a href=\"http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Kerala\" target=\"_blank\"><span style=\"color: #cc0032;\">http:\/\/en.wikipedia.org\/wiki\/Kerala<\/span><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">WIKIPEDIA francophone, <a href=\"http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Kerala\" target=\"_blank\"><span style=\"color: #cc0032;\">http:\/\/fr.wikipedia.org\/wiki\/Kerala<\/span><\/a><\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\">WILLIAMS Michelle, The Roots of Participatory Democracy, Democratic Communists in South Africa and Kerala, India, Palgrave Macmillan, 2008<\/p>\n<p style=\"text-align: justify;\"><em><span style=\"color: #808000;\">* Economiste, animateur de la commission autogestion des Alternatifs<\/span><\/em><\/p>\n<gcse:search><\/gcse:search>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Nous avions publi\u00e9, voici quelques mois, un 1er article sur MARINALEDA, ville d&rsquo;Andalousie o\u00f9, sous l&rsquo;impulsion de la municipalit\u00e9 en place depuis plus de 30 ans, la population de la ville exp\u00e9rimente une forme de d\u00e9mocratie active. 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