{"id":15699,"date":"2015-08-10T11:04:30","date_gmt":"2015-08-10T10:04:30","guid":{"rendered":"http:\/\/alternatifs81.fr\/?p=15699"},"modified":"2015-08-10T15:00:55","modified_gmt":"2015-08-10T14:00:55","slug":"en-defense-de-loxi-grec-pour-une-europe-des-droits-sociaux-et-democratiques-par-catherine-samary","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alternatifs81.fr\/?p=15699","title":{"rendered":"En d\u00e9fense de l&rsquo;OXI grec pour une Europe des droits sociaux et d\u00e9mocratiques, par Catherine Samary"},"content":{"rendered":"<h2 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #808000;\"><strong>Contre la consolidation n\u00e9o-coloniale de l&rsquo;eurogroupe<\/strong><\/span><\/h2>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong><em><a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/samary-660x318.jpg\" rel=\"lightbox[15699]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-15707\" src=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/samary-660x318.jpg\" alt=\"samary-660x318\" width=\"250\" height=\"120\" \/><\/a>Quelles le\u00e7ons tirer, dans les pays membres de l&rsquo;Union Europ\u00e9enne(UE) et au-del\u00e0, de ce qu&rsquo;il faut bien appeler et d\u00e9noncer comme une \u201coccupation financi\u00e8re de la Gr\u00e8ce\u201d <a href=\"https:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=3829552554450068902#_edn1\" name=\"_ednref1\">[i]<\/a> ? Comme l&rsquo;affirme avec force Stathis Kouv\u00e9lakis, l&rsquo;OXI, ce magnifique \u201cnon\u201d du r\u00e9f\u00e9rendum grec, <\/em><em>\u201cn&rsquo;est pas vaincu\u201d<\/em><em>. Mais la strat\u00e9gie de la direction de Syriza \u2013 ne pas se confronter \u00e0 l&rsquo;UE en esp\u00e9rant un compromis \u201cpositif\u201d pour tout le monde \u2013 est un \u00e9chec. Ce n&rsquo;est rien face au d\u00e9couragement que produirait une <\/em><em>\u201cmutation m\u00e9morandaire\u201d<\/em><em> de Syriza \u2013 encore non fatale et enjeu des semaines et mois \u00e0 venir. Sur ce plan, la vraie question n&rsquo;est pas le Grexit ou pas, mais le<\/em> pouvoir <em>(avec ou sans l&rsquo;euro), avec qui, pour quoi faire ?\u00a0<\/em><\/strong><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong><em>\u00a0<\/em> <\/strong><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong><em>Les r\u00e9flexions qui suivent s&rsquo;inscrivent dans la logique des positions synth\u00e9tiquement exprim\u00e9es par le titre-m\u00eame de l&rsquo;ouvrage collectif Attac\/Copernic :\u201c<\/em><em>Que Faire de l&rsquo;Europe : d\u00e9sob\u00e9\u00efr pour reconstuire<\/em><em>\u201d<a href=\"https:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=3829552554450068902#_edn2\" name=\"_ednref2\"><\/a> : elles consid\u00e9rent qu&rsquo;une lutte dans\/contre l&rsquo;UE est possible et n\u00e9cessaire en assumant la n\u00e9cessit\u00e9 d&rsquo;en passer par des ruptures et crises. La crise grecque change-t-elle ce jugement\u00a0? Comment\u00a0pr\u00e9parer les ruptures ?<\/em><\/strong><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify; padding-left: 30px;\"><strong><em> Les \u00e9v\u00e8nements en cours en Gr\u00e8ce imposent un recul et \u00e9largissement du d\u00e9bat \u2013 en m\u00eame temps que des urgences solidaires. Il faut d\u00e9signer et d\u00e9noncer les m\u00e9canismes n\u00e9o-coloniaux \u00e0 l&rsquo;oeuvre, mais ne pas les ent\u00e9riner comme fatals, encore moins s&rsquo;aligner sur les projets mena\u00e7ants d&rsquo;une consolidation du \u201cnoyau historique\u201d de la CEE s&rsquo;attribuant les pleins pouvoirs contre toutes ses p\u00e9riph\u00e9ries d\u00e9poss\u00e9d\u00e9es de droits. Mais o\u00f9 sont les p\u00e9riph\u00e9ries dans le capitalisme mondialis\u00e9 et son vieux c\u0153ur europ\u00e9en en crise\u00a0? .<br \/>\n<\/em><\/strong><\/h3>\n<p><!--more--><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Au-del\u00e0 de la direction de Syriza qui avait manifestement une vision optimiste de l&rsquo;issue des n\u00e9gociations avec les instances dirigeantes de l&rsquo;UE, de r\u00e9centes contributions \u00e9manant de Die Linke confirment qu&rsquo;au sein de la Gauche europ\u00e9enne existait une perception \u201cpositive\u201d de l&rsquo;Union, impliquant une fermeture envers les positions de la gauche de Syriza. La contribution d&rsquo;Alexis Cukier (\u201cr\u00e9flexion apr\u00e8s la d\u00e9faite\u201d r\u00e9cemment produite sur l&rsquo;ensemble de cette phase) revient notamment sur ces perceptions et leur \u00e9volution.\u00a0<\/strong><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Mais une approche critique de l&rsquo;UE, r\u00e9aliste quant aux confrontations in\u00e9vitables, existait aussi. Et l&rsquo;hostilit\u00e9 aux politiques dites d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 \u00e9tait la base d&rsquo;une recomposition en cours. La logique de rupture avec les instances dirigeantes de l&rsquo;UE recouvrait\/recouvre aussi une diversit\u00e9 de positionnements au sein de la gauche radicale, en Gr\u00e8ce et ailleurs, qu&rsquo;il est essentiel de ne pas simplifier. L&rsquo;accord sur le slogan de Syriza \u201cpas un sacrifice pour l&rsquo;euro\u201d impliquait de pr\u00e9parer un possible Grexit. Mais pour une partie des courants radicaux, toute n\u00e9gociations \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 une trahison, ou au mieux \u00e9taient illusoires voire contre-praductives\u00a0: le renoncement aux batailles au sein de l&rsquo;UE \u201cpour une autre Europe\u201d au profit d&rsquo;une ligne g\u00e9n\u00e9rale d\u00a0\u00bbexit se transforme alors en orientation g\u00e9n\u00e9rale.<\/strong><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>La majeure partie des critiques de gauche des choix du gouvernement Syriza pr\u00e9sente comme \u201cconfusion\u201d et quasi oxymoron ce qui a fait la victoire de Syriza : l&rsquo;engagement \u00e0 lutter dans l&rsquo;UE contre les politiques d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9. C&rsquo;est accepter l&rsquo;id\u00e9e que l&rsquo;application de cette double ligne par la direction de Syriza, sans pr\u00e9parer l&rsquo;affrontement, \u00e9tait la seule possible \u2013 alors que le d\u00e9bat interne \u00e0 Syriza n&rsquo;est pas termin\u00e9 sur ce plan. Mais c&rsquo;est aussi g\u00e9n\u00e9ralement consid\u00e9rer que les seuls choix \u201cclairs\u201d \u00e9taient\/seraient soit de rester dans l&rsquo;euro en se soumettant \u00e0 l&rsquo;eurogroupe, soit le Grexit (et une ligne g\u00e9n\u00e9rale d&rsquo;exit). Etant donn\u00e9 le caract\u00e8re politiquement dramatique de la premi\u00e8re option, on voit mal comment ne pas choisir la seconde. Mais ce choix binaire est probl\u00e9matique et dangereux. Il tend \u00e0 consolider une \u201cligne\u201d dont la coh\u00e9rence devrait \u00eatre de proposer \u00e0 la gauche anti-aust\u00e9rit\u00e9 dans toute l&rsquo;Europe de se battre pour quitter l&rsquo;UE \u2013 et l&rsquo;UEM, sans mener de batailles au sein de l&rsquo;UE, en affirmant qu&rsquo;elles sont impossibles.<\/strong><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong> Pour Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon, \u201cl<em>\u2019avenir de la gauche se joue entre ces quatre propositions\u201d:<\/em><\/strong><\/h3>\n<ol style=\"text-align: justify;\">\n<li>\n<h3><strong><em> L\u2019euro interdit radicalement toute politique progressiste possible.<\/em><\/strong><\/h3>\n<\/li>\n<li>\n<h3><strong><em> S\u2019il en \u00e9tait encore besoin, le traitement criminel inflig\u00e9 \u00e0 la Gr\u00e8ce en six mois de brutalisation (rebaptis\u00e9e \u00ab\u00a0n\u00e9gociation\u00a0\u00bb) prouve que l\u2019entreprise de \u00ab\u00a0transformer l\u2019euro\u00a0\u00bb, ou l\u2019hypoth\u00e8se d\u2019un \u00ab\u00a0autre euro possible\u00a0\u00bb, sont des chim\u00e8res qui, par d\u00e9sillusions successives, ne m\u00e8nent qu\u2019\u00e0 l\u2019impasse et \u00e0 la d\u00e9sesp\u00e9rance politiques.<\/em><\/strong><\/h3>\n<\/li>\n<li>\n<h3><strong><em> Abandonner aux extr\u00eames droites (qui au demeurant n\u2019en feront rien\u00a0[<\/em><em>1<\/em><em>]\u2026) toute perspective politique d\u2019en finir avec l\u2019euro et ses institutions est une faute politique qui condamne les gauches europ\u00e9ennes \u00e0 l\u2019impuissance ind\u00e9finie.<\/em><\/strong><\/h3>\n<\/li>\n<li>\n<h3><strong><em> Sauf \u00e0 continuer de soupirer apr\u00e8s ce qui n\u2019arrivera pas \u2014 un \u00ab\u00a0autre euro\u00a0\u00bb et l\u2019\u00ab\u00a0Europe sociale\u00a0\u00bb qui va avec \u2014 le r\u00e9armement des gauches europ\u00e9ennes passe donc imp\u00e9rativement par l\u2019imagination de l\u2019apr\u00e8s-euro.<\/em><\/strong><\/h3>\n<\/li>\n<\/ol>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong> Le d\u00e9bat retranscrit dans Regards entre Etienne Balibar et C\u00e9dric Durand \u00e9bauche lui aussi un choix o\u00f9 s&rsquo;opposeraient le pi\u00e8ge des replis nationalistes et celui de la soumission \u00e0 l&rsquo;UE. La th\u00e9orisation pessimiste de C\u00e9dric Durand \u00e9tait clairement exprim\u00e9e dans l&rsquo;ouvrage qu&rsquo;il a coordonn\u00e9 et introduit\u00a0\u00a0 \u201cEn finir avec l&rsquo;Europe\u201d &#8211; o\u00f9 il pr\u00f4nait de \u201cmettre entre parenth\u00e8se l&rsquo;Europe\u201d. Comme je le contestais dans un article critique &#8211; \u201cEn finir avec l&rsquo;UE, pas avec l&rsquo;Europe\u00a0\u00bb \u201c, que je compl\u00e8terai par ailleurs,- il omettait, dans sa pr\u00e9sentation des d\u00e9bats, les positions existantes de lutte dans\/contre l&rsquo;UE assumant l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une mise en crise n\u00e9cessaire de cette Union (comme celle exprim\u00e9es par Michel Husson ou Pierre Khalfa). Or, une telle orientation \u00e9tait exprim\u00e9e clairement dans le livre collectif Attac\/Copernic, cit\u00e9 plus haut par exemple : <em>\u00ab\u00a0Il serait illusoire de penser qu\u2019on peut sortir de la crise financi\u00e8re, \u00e9conomique et sociale que subissent\u00a0les peuples europ\u00e9ens sans en passer par une crise politique europ\u00e9enne. Une fois cette crise ouverte, le gouvernement de gauche en question prend alors un certain nombre de mesures unilat\u00e9rales en expliquant qu\u2019elles ont vocation \u00e0 \u00eatre \u00e9tendues \u00e0 l\u2019\u00e9chelle europ\u00e9enne. Il s\u2019agit de mesures unilat\u00e9rales coop\u00e9ratives, en ce sens qu\u2019elles ne sont dirig\u00e9es contre aucun pays, contrairement aux d\u00e9valuations comp\u00e9titives, mais contre les int\u00e9r\u00eats \u00e9conomiques et politiques des oligarchies, et que, plus nombreux sont les pays qui les adoptent, plus leur efficacit\u00e9 grandit. C\u2019est donc au nom d\u2019une autre conception de l\u2019Europe qu\u2019un gouvernement de transformation devra mettre en oeuvre des mesures qui rompant avec les r\u00e8gles actuelles de l\u2019Union. La d\u00e9sob\u00e9issance aux trait\u00e9s ouvre une confrontation avec les institutions europ\u00e9ennes au nom de l\u2019int\u00e9r\u00eat de tous les peuples europ\u00e9ens.<\/em> \u201c<\/strong><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Or la voie d&rsquo;une r\u00e9sistance \u00e0 l&rsquo;UE (ou d&rsquo;une \u201clogique transitoire\u201d de lutte contre\/dans l&rsquo;Union europ\u00e9enne) a \u00e9t\u00e9 \u00e9bauch\u00e9e pour la premi\u00e8re fois en Europe par Syriza. C&rsquo;\u00e9tait un tournant majeur qui semblait prendre corps lors du r\u00e9f\u00e9rendum \u2013 Lordon le reconna\u00eet du bout des l\u00e8vres, dans l&rsquo;article cit\u00e9, pour passer rapidement sur ce fait\u00a0: \u00e0 quoi sert de d\u00e9battre comment une telle d\u00e9marche aurait pu \u00eatre pouss\u00e9e, puisqu&rsquo;il veut marteler qu&rsquo;il s&rsquo;agit d&rsquo;une \u00ab\u00a0illusion\u00a0\u00bb, et en revenir aux choix binaires d\u00e9finis plus haut\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Cette approche binaire se consolide avec le cours actuel de Tsipras, en identifiant toute orientation de lutte \u201cpour une autre Europe\u201d \u00e0 un \u201ceurop\u00e9isme\u201d na\u00eff ayant une approche \u201cpositive\u201d de l&rsquo;EU et croyant en sa r\u00e9formabilit\u00e9. La bonne sant\u00e9 et efficacit\u00e9 du d\u00e9bat implique d&rsquo;int\u00e9grer pleinement toutes les positions en pr\u00e9sence. <\/strong><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>La position d\u00e9fendue ici \u2013 lutte dans\/contre l&rsquo;UE \u2013 est dans la logique du \u201cpas un sacrifice pour l&rsquo;euro\u201d que d\u00e9fendait Syriza. Elle se distingue donc radicalement de toute soumlission aux diktats des autorit\u00e9s europ\u00e9ennes (ce qui implique un jugement sur les compromis acceptables ou pas, les \u201clignes rouges\u201d \u00e0 ne pas franchir)- et donc la question du pouvoir (mieux vaut d\u00e9missionner que de faire la politique de la droite avec elle). Ce point de vue <em>partage <\/em>avec les partisans de l&rsquo;exit comme ligne <em>la critique de toute illusion sur la possibilit\u00e9 de r\u00e9former l&rsquo;UE sans passer par la remise en cause frontale de ses institutions<\/em> <em>et Trait\u00e9s.<\/em> Il ne faut donc pas avoir peur de cette confrontationn (comme le formule la r\u00e9solution de la LCR belge \u201cl&rsquo;\u00e9preuve de force en Gr\u00e8ce : l&rsquo;urgence du d\u00e9bat strat\u00e9gique \u00e0 gauche\u201d dont je partage l&rsquo;esprit g\u00e9n\u00e9ral en revenant plus loin sur certaines hypoth\u00e8ses), mais la pr\u00e9parer dans les meilleures conditions possibles. <\/strong><\/h3>\n<p><strong>Un tel objectif imposait de combiner (et non pas d&rsquo;opposer ou d&rsquo;ignorer) certaines propositions d\u00e9battues ou mises partiellement en pratique pour consolider le rapport de force derri\u00e8re les n\u00e9gociations : l&rsquo;optique d\u00e9fendue ici, le grexit devait \u00eatre envisag\u00e9 comme l&rsquo;avait exprim\u00e9 Michel Husson, \u201cen dernier ressort\u201d et en mettant d&rsquo;abord l&rsquo;accent sur la d\u00e9nonciation de la \u201cdette ill\u00e9gitime, ill\u00e9gale et odieuse\u201d tout en appliquant le slogan de Syriza \u201cpas un sacrifice pour l&rsquo;euro\u201den se prot\u00e9geant des chantages de l&rsquo;eurogroupe par des mesures unilat\u00e9rales comme cela fut propos\u00e9 par Eric Toussaint ou pr\u00e9par\u00e9 en partie par le ministre Varoufakis (contr\u00f4le des mouvemebts de capitaux, nationalisation des banques et notamment reprise de contr\u00f4le de la banque centrale, pr\u00e9paration d&rsquo;une monnaie parall\u00e8le, suspension du paiement de la dette). Et l&rsquo;on peut imaginer que la \u201cmonnaie fiscale\u201d \u00e9galement d\u00e9fendue par Thomas Coutrot aurait pu aussi int\u00e9grer des r\u00e9seaux solidaires tourn\u00e9s vers l&rsquo;agriculture et les services (sant\u00e9, \u00e9ducation&#8230;) : dans ces domaines, des formes d&rsquo;auto-organisation et de solidarit\u00e9 existantes pouvaient \u00eatre davantage ins\u00e9r\u00e9es dans une strat\u00e9gie nationale de r\u00e9sistance sur plusieurs fronts\u00a0: \u00e0 la fois contre les pressions externes de l&rsquo;eurogroupe et du march\u00e9 mondial, contre l&rsquo;oligarchie int\u00e9rieure et ses forces arm\u00e9es, et contre les politiques de \u00ab\u00a0solidarit\u00e9 pour les \u00ab\u00a0bons Grecs\u00a0\u00bb pr\u00f4n\u00e9es par Aube Dor\u00e9e. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Il est facile de critiquer de loin, et il ne s&rsquo;agit pas ici de pr\u00e9tendre avoir des solutions toutes faites, mais au contraire, d&rsquo;\u00eatre \u00e0 l&rsquo;\u00e9coute de celles qui se sont invent\u00e9es en Gr\u00e8ce m\u00eame. Au-del\u00e0 du rejet indispensable d&rsquo;inaccptables m\u00e9morandums et chantages n\u00e9o-coloniaux, le d\u00e9bat est l\u00e9gitime et n\u00e9cessaire \u00e0 gauche, comme y invitent Etienne Balibar, Sandro Mezzadra, Frieder Otto Wolf dans leur texte, \u201cLe Diktat de Bruxelles et le dilemme de Syriza\u201d . Dans une situation globalement difficile, il n&rsquo;est pas responsable de pr\u00e9tendre d\u00e9tenir une \u201cbonne\u201d option qui devrait s&rsquo;imposer avec \u00e9vidence \u2013 comme le souligne Michel Husson dans un d\u00e9bat organis\u00e9 par M\u00e9diapart, (zone euro ou grexit) lorsqu&rsquo;il conteste les hypoth\u00e8ses \u201croses\u201d de l&rsquo;exit pr\u00f4n\u00e9 par C\u00e9dric Durand. L&rsquo;\u00e9valuation \u201c\u00e9conom\u00e9trique\u201d de ce qu&rsquo;il adviendrait en cas d&rsquo;exit est impossible &#8211; comme l&rsquo;a fort bien soulign\u00e9 un des plus populaires et brillants d\u00e9fenseurs du GREXIT dans la gauche de Syriza, Costas Lapavistats, les \u201cmod\u00e9lisations\u201d supposent des hypoth\u00e8ses stables alors que le contexte sera par essence instable. Sauf qu&rsquo;il utilisait cet argument contre ceux qui pr\u00e9disaient le pire chaos. Il vaut aussi pour les autres.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Il faut maintenir ouverts des d\u00e9bats que certains ferment trop vite : d&rsquo;une part, le sc\u00e9nario grec n&rsquo;a pas \u00e9puis\u00e9 tous les possibles. Il ne permet pas non plus de faire le test des certitudes affirm\u00e9es par les partisans de l&rsquo;exit \u2013 et la peur de l&rsquo;incertain a certainement pes\u00e9. Mais il faut assumer clairement le fait qu&rsquo;aucune politique alternative progressiste ne pourra se stabiliser et s&rsquo;\u00e9tendre en Europe sans remise en cause frontale de l&rsquo;UE. Le comment des ruptures est loin d&rsquo;\u00eatre simple quand les rapports de forces sont mauvais. Mais, comme l&rsquo;ont affirm\u00e9 notamment Michel Husson ou Pierre Khalfa dans de multiples articles, si l&rsquo;exit de l&rsquo;euro n&rsquo;est pas l&rsquo;axe convaincant des luttes ni une solution g\u00e9n\u00e9rale, l&rsquo;exclure est une erreur qui ne permettait pas en Gr\u00e8ce de tenir t\u00eate&#8230; aux risques d&rsquo;un Grexit impos\u00e9 par les cr\u00e9anciers, ou \u00e0 un nouveau diktat financier et mon\u00e9taire. <\/strong><\/p>\n<p><strong> Mais au-del\u00e0 du d\u00e9bat conjoncturel et contextualis\u00e9, l&rsquo;exit est-il un axe g\u00e9n\u00e9ral et prioritaire des luttes progressistes dans\/contre l&rsquo;UE ? Est-il m\u00eame un choix \u00e9vident pour \u201ctous les pays p\u00e9riph\u00e9riques\u201d comme l&rsquo;avance la r\u00e9solution de la LCR belge \u00e9voqu\u00e9e plus haut ? Le caract\u00e8re non \u00e9vident de la r\u00e9ponse se r\u00e9v\u00e8le d\u00e8s que l&rsquo;on pose la question : o\u00f9 s&rsquo;arr\u00eatent les p\u00e9riph\u00e9ries ? D\u00e9j\u00e0, l&rsquo;Etat espagnol est bien moins \u00ab\u00a0p\u00e9riph\u00e9rique\u00a0\u00bb que la Gr\u00e8ce. Quid de l&rsquo;Italie\u00a0? Quid desd p\u00e9riph\u00e9ries de l&rsquo;est&#8230; et au c?ur du \u00ab\u00a0centre\u00a0\u00bb\u00a0?\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>S&rsquo;il ne faut pas davantage exclure un exit national que des strat\u00e9gies communes \u00e0 des regroupements r\u00e9gionaux, il faut s&rsquo;accrocher aux \u00ab\u00a0analyses concr\u00e8tes des situations concr\u00e8tes\u00a0\u00bb, et prendre un peu de recul pour choisir surtout \u201cson terrain\u201d de luttes.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Au-del\u00e0 des d\u00e9bats pol\u00e9miques qu&rsquo;il faut \u00e9viter, il faut \u00e9videmment s&rsquo;interroger sur la faiblesse des mobilisations aux c\u00f4t\u00e9s du peuple grec. Certaines analyses (comme celles de Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon ou C\u00e9dric Durand) en font l&rsquo; illustration <em>d&rsquo;une impossibilit\u00e9 g\u00e9n\u00e9rale <\/em>confirmant \u00e0 leur yeux (\u201csi cela \u00e9tait n\u00e9cessaire\u201d) l&rsquo;impasse des orientations \u201cpour une Europe sociale\u201d luttant dans l&rsquo;UE. A la racine du probl\u00e8me il y aurait non pas (seulement) des rapports de forces politiques d\u00e9favorables \u2013 si tel est seulement le cas, pourquoi faudrait-il renoncer ? Un argument suppos\u00e9 non conjoncturel, plus \u201corganique\u201d est en fait mobilis\u00e9 : \u201cl&rsquo;absence de peuple europ\u00e9en\u201d ou \u201cd&rsquo;espace politique europ\u00e9en\u201d. <\/strong><\/p>\n<p><strong>On peut en tout \u00e9tat de cause vouloir tenter seul de s&rsquo;extraire de ce carcan. Mais il est illusoire, dans le contexte de l&rsquo;imbrication \u00e9troite des investissements directs \u00e9trangers et de l&rsquo;ensemble des relations \u00e9conomiques, financi\u00e8res et commerciales europ\u00e9ennes de penser \u00e9chapper au pouvoir qui s&rsquo;est consolid\u00e9 sans l&rsquo;attaquer au niveau o\u00f9 il existe.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Il faut s&#8217;emparer de l&rsquo;exp\u00e9rience grecque et de l&rsquo;impact psychologique de cette crise au sein des gauches europ\u00e9ennes, \u00e0 la fois de fa\u00e7on solidaire et pour pr\u00e9parer d&rsquo;autres \u201cOxi\u201d &#8211; nationaux\/europ\u00e9ens.<\/strong><\/p>\n<p><strong>C&rsquo;est sur ce point qu&rsquo;il faut creuser le d\u00e9bat.<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>Ebauches d&rsquo; axes de r\u00e9flexions\/actions \u2013 de la crise grecque&#8230; \u00e0 la crise ukrainienne<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>Les r\u00e9ponses \u00e0 ce sujet s&rsquo;inscrivent dans les r\u00e9sistances \u00e0 la guerre sociale plan\u00e9taire qui caract\u00e9rise le capitalisme mondialis\u00e9 depuis le tournant des ann\u00e9es 1980. Mais l&rsquo;unification allemande et le d\u00e9mant\u00e8lement de l&rsquo;URSS ont radicalis\u00e9 les offensives n\u00e9o-lib\u00e9rales donnant au \u201cnouveau vieux monde\u201d europ\u00e9en (pour reprendre les termes de Perry Anderson) une violence sociale et des formes institutionnelles particuli\u00e8res, depuis 1989. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Mais un nouvel infl\u00e9chissement majeur est en cours depuis 2009 : l&rsquo;UE aurait pu \u00e9clater depuis des ann\u00e9es. Le choix europ\u00e9en s&rsquo;est au contraire affirm\u00e9 dans les pays et sph\u00e8res dominantes \u2013 avec l&rsquo;exploitation de la dite \u201ccrise des dettes souveraines\u201d pour tenter de constitutionnaliser plus que jamais de pseudo \u201cr\u00e8gles d&rsquo;or\u201d excluant du d\u00e9bat politique et d\u00e9mocratique \u2013 y compris dans les limites des parlements nationaux \u2013 les choix de politique \u00e9conomique : m\u00eame le programme d&rsquo;urgence de Thessalonique et l&rsquo;\u00e9bauche d&rsquo;expression populaire d&rsquo;un choix d\u00e9mocratique exprim\u00e9 par le OXI \u00e9taient radicalement contradictoire avec cette logique. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Ce qui est \u00e0 l&rsquo;oeuvre sans \u00eatre stabilis\u00e9 et l\u00e9galis\u00e9, c&rsquo;est la consolidation d&rsquo;un \u201cnoyau dur\u201d europ\u00e9en de l&rsquo;eurogroupe, qui impose ses normes \u00e0 tous les autres \u2013 membres, candidats officiels ou \u201cpartenaires\u201d de l&rsquo;UE \u2013 comme l&rsquo;Ukraine.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ce n&rsquo;est donc pas parce qu&rsquo;elle serait \u201cprogressiste\u201d qu&rsquo;il importe de lutter dans\/contre l&rsquo;UE \u2013 mais parce qu&rsquo;elle est \u00e0 la fois redoutable et attractive pour diverses raisons\u00a0&#8211; et non sans points faibles : l&rsquo;hypoth\u00e8se qu&rsquo;il serait encore pire d&rsquo;\u00eatre totalement \u201cp\u00e9riph\u00e9ris\u00e9\u201d sans pouvoir se battre avec d&rsquo;autres pour des droits de membres de l&rsquo;Union, demeurera cr\u00e9dible. L&rsquo;insoumission \u00e0 un comportement n\u00e9o-colonial restera fort. Le principal point faible de cette construction est sa dimension \u00ab\u00a0politique\u00a0\u00bb\u00a0 au sens le plus large \u2013 pas seulement le besoin de se l\u00e9gitimer et d&rsquo;en passer par des \u00e9lections&#8230; mais aussi de l\u00e9gitimer ses \u00e9largissements \u00ab\u00a0civilisateurs\u00a0\u00bb et suppos\u00e9s apporter coh\u00e9sion sociale et paix.<\/strong><\/p>\n<p><strong>D&rsquo;o\u00f9 les axes strat\u00e9giques \u2013 et de luttes sp\u00e9cifiques &#8211; sur lesquels r\u00e9flechir\/agir.<\/strong><\/p>\n<p><strong>1\u00b0 Un axe strat\u00e9gique unifiant \u2013 la n\u00e9cessaire \u00e9mergence d&rsquo;un \u201cbloc h\u00e9g\u00e9monique\u201d politico-social \u00ab\u00a0pour une autre Europe\u00a0\u00bb\u00a0; il doit se construire dans\/hors\/contre\/l&rsquo;UE et ses politiques, en d\u00e9fense des droits nationaux et sociaux \u00e0 \u00e9chelle europ\u00e9enne, avec ou sans euro, contre toutes les x\u00e9nophobies et contre ses guerers \u00ab\u00a0civilisatrices\u00a0\u00bb, internes et externes.<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>C&rsquo;est la recomposition du continent qui est l&rsquo;enjeu, avec ses dimensions g\u00e9o-politiques internationales (que je ne peux traiter ici<a href=\"https:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=3829552554450068902#_edn3\" name=\"_ednref3\">[iii]<\/a>).<\/em><\/strong><\/p>\n<p><strong>En v\u00e9rit\u00e9, l&rsquo;espace de lutte et de construction d&rsquo;un \u201cespace politique europ\u00e9en\u201d doit se concevoir dans\/hors\/contre cette UE pour une autre Europe ; et sa construction ne devrait souffrir d&rsquo;aucun &lsquo;\u00e9tapisme, ou renvoi \u00e0 des lendemains chantants (avec en attendant les replis nationaux, et de simple coordinations \u201cclassiques\u201d. La probl\u00e9matique alternative europ\u00e9enne ne doit pas se limiter aux fronti\u00e8res de l&rsquo;UE, encore moins aux seuls pays de l&rsquo;UEM \u2013 de fait, les Forums europ\u00e9ens et contre-sommets ne se sont pas r\u00e9uidts aux pays membres. Cela n&#8217;emp\u00eache pas des regroupements r\u00e9gionaux ou th\u00e9matiques, des batailles et tactiques sp\u00e9cifiques qui peuvent y \u00eatre \u00e9labor\u00e9es et articul\u00e9es (pens\u00e9es) ensemble.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Cette d\u00e9marche doit urgemment se construire au plan syndical, associatif, politique sans pr\u00e9juger du sc\u00e9nario global de remise en cause et crise de l&rsquo;UE, ni des sc\u00e9narii particuliers de chaque pays (adh\u00e9sion ou pas \u00e0 l&rsquo;UE, et adoption ou pas de l&rsquo;euro) qui deoivent rel\u00e8ver <em>pragmatiquement<\/em> de conditions concr\u00e8tes et de choix tactiques, tout en gardant les m\u00eames axes strat\u00e9giques critiques.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Ce qui doit unifier ces contre-pouvoirs et forger un \u201cbloc h\u00e9g\u00e9monique\u201d alternatif, c&rsquo;est la critique radicale des politiques dominantes qu&rsquo;elles soient men\u00e9es avec la livre-sterling britanique (dans ou hors l&rsquo;UE), le forint hongrois ou l&rsquo;euro. Une telle orientation n&rsquo;oppose pas l&rsquo;ancrage national des r\u00e9sistances et la recherche syst\u00e9matique, m\u00eame limit\u00e9e, d&rsquo;en faire un outil de contestation de l&rsquo;UE telle qu&rsquo;elle est. Une telle orientation ne fait pas du choix \u201cpour ou contre l\u201deuro\u201d (ou l&rsquo;UE) un choix strat\u00e9gique : il est alors possible de concevoir des d\u00e9saccords au sein de la gauche anti-syst\u00e9mique, mais sans que cela emp\u00eache a recherche de terrains communs de lutte, y compris la possibilit\u00e9 d&rsquo;une campagne commune lors d&rsquo;un r\u00e9f\u00e9rendum\u00a0: ne peut-on le souhaiter en GB o\u00f9 des partisants du \u201coui\u201d ou du \u201cnon\u201d se situant dans la gauche radicale, auront chacun.e \u00e0 la fois d&rsquo;excellents arguments pour leur choix, et cotoieront tou.te;s d&rsquo;\u00e9pouvantables adversaires de droite&#8230; partageant leur option. Pourquoi ne pas faire campagne sur la critique commune de l&rsquo;UE et de tous les nationalistes x\u00e9nophobes, en d\u00e9fense de droits fondamentaux pour toue l&rsquo;Europe, et en laissant leurs \u00e9lecteurs choisir entre les options tactiques dont les pour et les contre seraient honn\u00eatement pr\u00e9sent\u00e9s. (On peut r\u00eaver?).<\/strong><\/p>\n<p><strong>Peut-on avancer l&rsquo;id\u00e9e (na\u00efve ?) que nous sommes confront\u00e9s \u00e0 plusieurs dangers mortels : la \u201cPasokisation\u201d \u00e9voqu\u00e9e de toutes les gauches europ\u00e9istes, ou un \u201cGrexit\u201d \u00e9largi impos\u00e9 par les cr\u00e9anciers et l&rsquo;eurogroupe &#8211; et facilit\u00e9 par l&rsquo;apparence d&rsquo;un choix volontaire. Quant \u00e0 la mont\u00e9e du racisme et de la x\u00e9nophobie (notamment les th\u00e8ses de \u00ab\u00a0l&rsquo;eurabie\u00a0\u00bb ou de \u201cl&rsquo;invasion\u201d de l&rsquo;Europe par l&rsquo;islam) elle est pr\u00e9sente \u00e0 divers degr\u00e9s dans tous les sc\u00e9narios\u00a0: l&rsquo;europ\u00e9isme de Valls ou de Sarkozy n&rsquo;est guerre moins x\u00e9nophobe que celui de le Pen ; et le repli nationaliste (qu&rsquo;il ne faut pas confondre avec la d\u00e9fense de droits nationaux) est aussi dramatique qu&rsquo;une construction europ\u00e9enne sur le dos des peuples. Les succ\u00e8s de Marine le Pen sont moins dus aux discours anti-europ\u00e9en qu&rsquo;\u00e0 la x\u00e9nophobie \u2013 et tout particuli\u00e8rement la d\u00e9nonciation de l&rsquo;invasion de la France par l&rsquo;islam qui menacerait la la\u00efcit\u00e9, les femmes, les juifs et les homosexuels (ce qui a permis de reconfigurer le \u00ab\u00a0logiciel\u00a0\u00bb le p\u00e9niste sur le terrain de la gauche). Mais il ne faut certainement pas laisser \u00e0 l&rsquo;extr\u00eame-droite la question nationale (l&rsquo;autod\u00e9termination et la souverainet\u00e9 populaires d\u00e9mocratiques) et la lutte contre les pratiques n\u00e9o-colonialistes internes \u00e0 l&rsquo;UE. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Qu&rsquo;il s&rsquo;agisse des luttes anti-racistes et contre toutes les oppressions, ou de la d\u00e9fense des droits nationaux, leur coh\u00e9rence serait bien plus large et efficace (contre toues les instrumentalisations hypocrites \u00e0 g\u00e9om\u00e9trie variable) \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle europ\u00e9enne, dans\/contre l&rsquo;UE, que de fa\u00e7on isol\u00e9e. Elles pourraient y prendre un sens g\u00e9n\u00e9ral et principiel (droits d\u00e9fendus partout, pour tous les peuples) et en m\u00eame temps concret\u00a0: quelle Union, avec quelle \u00e9galit\u00e9 de statut et de droits r\u00e9els\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p><strong>Je voudrais \u00e0 ce sujet, et en hommage \u00e0 notre regrett\u00e9 camarade et ami Fran\u00e7ois Vercammen, citer un de ses derniers textes \u00e9crits en 1999, avant une longue maladie, \u00ab\u00a0Face aux institutions de l&rsquo;Union europ\u00e9enne\u00a0\u00bb<a href=\"https:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=3829552554450068902#_edn4\" name=\"_ednref4\">[iv]<\/a>. Apr\u00e8s avoir dans le d\u00e9tail analys\u00e9 le contenu pr\u00e9cis des instituytions europ\u00e9ennes non d\u00e9mocratiques et anti-sociales, et d\u00e9nonc\u00e9 les propagandes \u00ab\u00a0europ\u00e9istes\u00a0\u00bb qui valorisent l&rsquo;UE comme \u00ab\u00a0progressiste\u00a0\u00bb, il envisage des sc\u00e9narions divers de mise en crise de l&rsquo;UE. Les moins probabls \u00e9tant les plus coordonn\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle de plusieurs pays, il s&rsquo;arr\u00eapte sur un sc\u00e9nario plus r\u00e9aliste \u2013 d&rsquo;une mont\u00e9e sociale et politique dans un pays membre&#8230;\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong><em> \u00ab\u00a0Face aux institutions de l&rsquo;Union europ\u00e9enne\u00a0\u00bbil \u00ab\u00a0faut avoir su se pr\u00e9parer politiquement et pragrammatiquement\u00a0\u00bb \u00e0 une \u00ab\u00a0 mont\u00e9e offensive dans un pays membre de l&rsquo;UE\u00a0\u00bb, pour \u00ab\u00a0r\u00e9pondre \u00e0 deux niveaux\u00a0\u00bb\u00a0: sur le plan national, une politique alternative doit prendre corps, renversant radicalement et visablement \u00ab\u00a0devant toute l&rsquo;Europe\u00a0\u00bb les priorit\u00e9s en faveur du monde du travail, des femmes, des jeunes pour prendre tout de suite une s\u00e9rie de mesures sociales favorables et des mesures d&rsquo;accompagnement afin de prot\u00e9ger cette exp\u00e9riencde politique. Pour l&rsquo;essentiel, elle devrait r\u00e9pondre aux doutes sur la possiblit\u00e9 d&rsquo;organiser une telle rupture nationale en \u00e9conomie ouverte et europ\u00e9anis\u00e9e, devant l&rsquo;hostilit\u00e9 de l&rsquo;UE. Avec en t\u00eate deux objectifs\u00a0: 1-trouver un appui au sein du pays, parler \u00e0 l&rsquo;Europe, ses populations, des mouvements populaires. 2- Sur le plan de l&rsquo;UE, un tel gouvernement \u00ab\u00a0en rupture de l&rsquo;UE\u00a0\u00bb ne devrait ni quitter l&rsquo;UE, ni d\u00e9noncer ses trait\u00e9s. Le but \u00e9tant d&rsquo;amplifier la crise de l&rsquo;UE en utilisant au maximum le temps et l&rsquo;espace que permettent les r\u00e8gles institutionnelles des trait\u00e9s pour susciter appuis et mobilisations en Europe, afin d&rsquo;enclencher une pression-d\u00e9bordement sur les autres gouvernements de l&rsquo;UE\u00a0\u00bb. D\u00e8s lors, \u00ab\u00a0l&rsquo;exigence de ren\u00e9gocier le trait\u00e9\u00a0\u00bb prendrait une force r\u00e9elle dans une situation de crise, et ce, \u00e0 une double condition\u00a0: 1- lui donnert un contenu concret pr\u00e9cis qui, en fait, d\u00e9mant\u00e8le les trait\u00e9s\u00a0; 2- y coupler une proposition d\u00e9mocratique qui arrache le processus d\u00e9cisionnel des mains des gouvernements pour le transf\u00e9rer aux peuples\u00a0\u00bb<\/em>.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Il poursuit en analysant les enjeux qui se poseraient alors (quelles propositions?) et souligne que la crise de l&rsquo;UE peut aussi survenir \u00ab\u00a0de la bourgeoisie\u00a0\u00bb. \u00ab\u00a0Dans l&rsquo;un et l&rsquo;autre cas\u00a0 -crise \u00e0 partir de la gauche ou crise \u00e0 partir de la droite\u00bb, ajoute-t-il,<\/strong><\/p>\n<p><strong><em>\u00ab\u00a0la question de la d\u00e9mocratie comme moyen de d\u00e9cision effective se poserait, et d&#8217;embl\u00e9e au niveau europ\u00e9en. (\u2026) C&rsquo;est dans une telle perspective qu&rsquo;appara\u00eet utile un mot d&rsquo;ordre de propagande g\u00e9n\u00e9rale, \u00e0 savoir la convocation d&rsquo;un Congr\u00e8s d\u00e9mocratique des peuples d&rsquo;Europe. Ce serait une assembl\u00e9e \u00e9lue dans chacun des pays qui veut en \u00eatre partie prenante. Son objectif serait de d\u00e9battre et de d\u00e9finir ou ou pluisuers projets de Constitution.<\/em>..\u00a0\u00bb<\/strong><\/p>\n<p><strong>Si tel est l&rsquo;horizon strat\u00e9gique, n&rsquo;importe quel peuple \u2013 membre ou pas de l&rsquo;actuelle UE ou UEM pourrait en \u00eatre partie prenante\u00a0; dans le cadre de cette d\u00e9marche d\u00e9mocratique et sociale partant des aspirations populaires et exigeant la mise \u00e0 plat des Trait\u00e9s de l&rsquo;UE, la mobilisation des populations concern\u00e9es, dans chacun des pays est \u00e9videmment d\u00e9cisive, contre toutes les exclusions sexistes, racistes, homophobes. Aucun sc\u00e9nario ne doit \u00eatre exclu, regroupements r\u00e9gionaux ou conf\u00e9rences th\u00e9matiques des peuples (en d\u00e9fense de Biens communs \u2013 sant\u00e9, \u00e9ducation, eau.)&#8230; <\/strong><\/p>\n<p><strong>Mais quel que soit le sc\u00e9nario d\u00e9clencheur, et notamment l&rsquo;\u00e9clatement d&rsquo;une crise \u00e0 partir d&rsquo;un seul pays, les mesures unilat\u00e9rales prises devraient toujours \u00eatre tourn\u00e9es \u00ab\u00a0vers l&rsquo;Europe\u00a0\u00bb &#8211; les discours d&rsquo;Alexis Tsipras sur la d\u00e9mocratie europ\u00e9enne, ou l&rsquo;affirmation que le r\u00e9f\u00e9rendum contre les plans d&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 avait une port\u00e9e pour tous les peuples europ\u00e9ens \u2013 ont \u00e9t\u00e9 de tr\u00e8s belles illustrations de ces exigences. Mais c&rsquo;est des peuples, en Gr\u00e8ce et en Europe, pas des autorit\u00e9s et dominants de l&rsquo;UE qu&rsquo;il fallait attendre un soutien \u00e0 de tels objectifs. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Je voudrais ici conclure ces remarques g\u00e9n\u00e9rales en rejetant tout mod\u00e8le d&rsquo;Etat-nation europ\u00e9en, unitariste et centraliste, faisant fi de la diversit\u00e9 historique de ses peuples et des droits d&rsquo;autod\u00e9termination de chaque peuple.\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>Autrement dit le fait que n&rsquo;existe pas \u00ab\u00a0un peuple europ\u00e9en\u00a0\u00bb n&rsquo;est aucunement un argument contre une d\u00e9marche strat\u00e9gique europ\u00e9enne (au plan politique et institutionnel, pas seulement comme juxtaposition de luttes sociales). Il faut donc r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des projets qui combinent diff\u00e9rents niveaux de d\u00e9cisions, de financement, et de contr\u00f4le d\u00e9mocratique des choix \u00e9tablis par les peuples souverains \u2013 selon un principe de \u00ab\u00a0subsidiarit\u00e9\u00a0\u00bb \u00e0 r\u00e9examiner en recherchant le niveau ad\u00e9quat pour une gestion efficace selon le probl\u00e8me pos\u00e9, mais aussi selon le contexte politico social. Je ne developperai pas ici quelques pistes d\u00e9j\u00e0 propos\u00e9es par ailleurs<a href=\"https:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=3829552554450068902#_edn5\" name=\"_ednref5\">[v]<\/a>. Les camarades du Bloc de gauche portugais ont rappel\u00e9 que la Gauche europ\u00e9enne (dans laquelle ils se sont ins\u00e9r\u00e9s) avait ces derni\u00e8res ann\u00e9es fait une s\u00e9rie de propositions (pour changer les institutions de l&rsquo;UE). Le texte \u00e9voqu\u00e9 plus haut de Fran\u00e7ois Vercammen est en partie une critique des d\u00e9marches de \u00ab\u00a0d\u00e9mocratisation\u00a0\u00bb de l&rsquo;UE sans crise. Mais cela ne veut pas dire que les propositions \u00e9labor\u00e9es sont sans int\u00e9r\u00eat. Elles peuvent aider \u00e0 concr\u00e9tiser les d\u00e9bats, sans avoir l&rsquo;illusion que les autorit\u00e9s de l&rsquo;UE telle qu&rsquo;elle est, pourraient par la vertu de \u00ab\u00a0n\u00e9gociations\u00a0\u00bb \u00e0 froid modifier les institutions de l&rsquo;Union.. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Dans \u00ab\u00a0l&rsquo;espace public europ\u00e9en\u00a0\u00bb qu&rsquo;il est urgent de construire, toutes ces propositions peuvent \u00eatre d\u00e9battues. Mais la premi\u00e8re des urgences est concr\u00e8te \u2013 et doit \u00eatre dirig\u00e9e \u00ab\u00a0autour\u00a0\u00bb du peuple grec, en solidarit\u00e9 concr\u00e8te avec ses combats, contre une construction europ\u00e9enne n\u00e9o-coloniale.<\/strong><\/p>\n<p><strong>2\u00b0) D\u00e9cliner ces enjeux strat\u00e9giques autour d&rsquo;axes sp\u00e9cifiques opposant des logiques solidaires et les moyens de conqu\u00e9rir et prot\u00e9ger les droits.<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong> a) la contestation du caract\u00e8re ill\u00e9gitime, ill\u00e9gal, odieux \u2026 des dettes europ\u00e9ennes et des transformations institutionnelles qui les exploitent : contre les m\u00e9morandum mais aussi tout exit impos\u00e9 par les cr\u00e9anciers.<\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Le panorama des transformations r\u00e9centes qu&rsquo;a subies l&rsquo;UE est largement inconnu des populations \u2013 voire des militants. L&rsquo;acquis en France de ce qu&rsquo;avait \u00e9t\u00e9 le vaste mouvement d&rsquo;\u00e9ducation populaire tourn\u00e9 vers l&rsquo;action de contestation des Trait\u00e9s europ\u00e9ens en 2005 doit \u00eatre repris, actualis\u00e9 et \u00e9tendu. La facilit\u00e9 de la d\u00e9nonciation de la seule Allemagne est toute aussi erronn\u00e9e que l&rsquo;ignorance du r\u00f4le cl\u00e9 qu&rsquo;a jou\u00e9 le \u201ccouple\u201d des dirigeants franco-allemands dans les grandes \u00e9tapes de la construction europ\u00e9enne, et l&rsquo;infl\u00e9chissement majeur qu&rsquo;a repr\u00e9sent\u00e9 l&rsquo;unification allemande dans la transformation r\u00e9cente de l&rsquo;UE. On peut soucrire largement \u00e0 l&rsquo;analyse que Fabien Escalona brosse dans M\u00e9diapart dans son tour d&rsquo;horizon sur \u201cLa gauche alternative au d\u00e9fi du &lsquo;diktat&rsquo; europ\u00e9en\u201d: \u201cAu sein de l\u2019UEM, l\u2019Allemagne b\u00e9n\u00e9ficie d\u2019une <em>\u00ab\u00a0<\/em><em>emprise h\u00e9g\u00e9monique<\/em><em>\u00a0\u00bb<\/em>, qu\u2019elle tient de son poids \u00e9conomique, de ses positions institutionnelles et de sa capacit\u00e9 \u00e0 se lier aux diff\u00e9rentes sensibilit\u00e9s de l\u2019Eurogroupe. Son intransigeance parle aux \u00c9tats de l\u2019Europe nordique ou orientale, qui partagent son mod\u00e8le \u00e9conomique ou sont int\u00e9gr\u00e9s \u00e0 sa machine exportatrice. Ses positions dures ne sont pas d\u00e9savou\u00e9es par les gouvernements ayant appliqu\u00e9 une aust\u00e9rit\u00e9 contest\u00e9e en interne. Et elles sont accommod\u00e9es par d\u2019autres pays, dont la France, pour qui la pr\u00e9servation du p\u00e9rim\u00e8tre europ\u00e9en est un imp\u00e9ratif g\u00e9opolitique autant qu\u2019id\u00e9ologique. Angela Merkel parlait \u00e0 ces pays autant qu\u2019\u00e0 son Bundestag en y d\u00e9clarant que l\u2019euro <em>\u00ab\u00a0symbolise\u00a0[la] communaut\u00e9 de destin\u00a0\u00bb<\/em> de l\u2019UE\u201d. <\/strong><\/p>\n<p><strong>La crise grecque permet de r\u00e9v\u00e9ler ce qui lui pr\u00e9existait : la substance des nouvelles institutions et m\u00e9canismes int\u00e9gr\u00e9s aux Trait\u00e9s et Pactes depuis 2009. je partage les analyses de C\u00e9drid Durand et Razmig Keucheyan sur le \u201cc\u00e9sarisme europ\u00e9en\u201d qui \u00e9merge de la crise. Mais il faut le pr\u00e9ciser. Les institutions ont \u00e9t\u00e9 transform\u00e9es et de nouveaux m\u00e9canismes introduits pour contourner certains interdits et fragilit\u00e9s du syst\u00e8me (face \u00e0 la sp\u00e9culation marchande) sans remettre en cause ni la libre circulation des capitaux ni l&rsquo;autonomie de la BCE, ni surtout convoquer une assembl\u00e9e constituante\u00a0: celle-ci serait th\u00e9oriquement (en vertu des Trait\u00e9s) n\u00e9cessaire pour toute transformation des r\u00e8gles et statuts des institutions et des Etats. <\/strong><\/p>\n<p><strong>La r\u00e9alisation d&rsquo;une grande \u201cEurope comp\u00e9titive\u201d est l&rsquo;objectif. Mais l&rsquo;absence de proc\u00e9dures solidaires dans les Trait\u00e9s s&rsquo;est trouv\u00e9e confront\u00e9e \u00e0 la crise sp\u00e9culative. Apr\u00e8s le recours au FMI, des m\u00e9canismes ad hoc sont introduits pour que des \u00ab\u00a0aides\u00a0\u00bb &#8211; sollicit\u00e9e par un Etat en crise &#8211; puissent \u00eatre drastiquement conditionn\u00e9es \u00e0 des r\u00e8gles proches des sinistres \u00ab\u00a0politiques d&rsquo;ajustement structurels\u00a0\u00bb impos\u00e9es ailleurs par le FMI. L&rsquo;article de Fabien Escalona \u00e9voqu\u00e9 plus haut (\u201cLa gauche alternative au d\u00e9fi du &lsquo;diktat&rsquo; europ\u00e9en\u201d) fait le point sur ces diverses mesures\u00a0\u00a0 l\u00e9gislatives, r\u00e9pressives &#8211; Le Six Pack, le Two Pack, le pacte budg\u00e9taire inclus dans le Trait\u00e9 sur la stabilit\u00e9, la gouvernance et la coop\u00e9ration (TSCG) dont l&rsquo;esprit est \u201cde modifier l&rsquo;autonomie budg\u00e9taire des parlements\u201d. Le \u201cf\u00e9d\u00e9ralisme\u201d europ\u00e9ens qui se consolide et dont certains se sont r\u00e9jouis comme des \u201cavanc\u00e9es\u201d vers \u201cplus d&rsquo;Europe\u201d devrait \u00eatre constest\u00e9 comme \u201cill\u00e9gal\u201d, ill\u00e9gitime\u201d et \u201codieux\u201d &#8211; pour reprendre les termes utilis\u00e9s \u00e0 propos de la dette.<\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;analogie n&rsquo;est pas fortuite : ne faut-il pas s&#8217;emparer de l&rsquo;ill\u00e9galit\u00e9 \u2013 au regard des Trait\u00e9s europ\u00e9ens eux m\u00eames, pourtant fort peu d\u00e9mocratiques \u2013 de toutes les proc\u00e9dures n\u00e9o-coloniales mises en oeuvre non seulement en Gr\u00e8ce, mais auparavant \u00e0 Chypre, et au-del\u00e0 ? On peut s&rsquo;inspirer de l&rsquo;audit sur la dette grecque, et des actions du mouvement altermondialiste contre les Trait\u00e9s de libre-\u00e9change ou les Conf\u00e9rences sur le climat (en s&rsquo;inspirant de biend es luttes \u00e9voqu\u00e9es par Naomie Klein dans son ouvrage \u00ab\u00a0Tout peut changer\u00a0\u00bb), pour forger \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle europ\u00e9enne des contre-pouvoirs, blocages, lieux de contre expertises au service des contestations, et alternatives.<\/strong><\/p>\n<ol>\n<li><strong>b) Poser partout la question : la monnaie (dans chaque contexte), les finances, la fiscalit\u00e9 \u2013 pour quoi faire ? Pour quels droits et biens communs ? <\/strong><\/li>\n<\/ol>\n<p><strong>Il faut rendre concrets les enjeux pour les populations, contre des raccoucis\u00a0: la monnaie n&rsquo;est pas \u201cneutre\u201d &#8211; l&rsquo;euro pas plus que la livre sterling ou le dollar ; elle n&rsquo;est pas un simple interm\u00e9diaire aux \u00e9changes dans le capitalisme. Mais le retour aux monnaies nationales n&rsquo;est pas une sortie du capitalisme \u2013 donc des enjeux de classe qui ne nouent derri\u00e8re le contr\u00f4le de la monnaie et des financements. Cela est vrai de toute institution dans le capitalisme. Et c&rsquo;est \u00e9videmment particuli\u00e8rement vrai pour l&rsquo;euro. Mais c&rsquo;est, de fa\u00e7on concr\u00e8te l&rsquo;UEM ( l&rsquo;Union \u00e9conomique et mon\u00e9taire qui utilise l&rsquo;euro) dont un ensemble d&rsquo;institutions et d&rsquo;autorit\u00e9s qui les g\u00e8rent, ainsi que leurs \u00ab\u00a0crit\u00e8res\u00a0\u00bb, qui font de l&rsquo;euro un instrument au service des classes dominantes. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Contester l&rsquo;UE et l&rsquo;UEM de fa\u00e7on concr\u00e8te implique donc non pas de \u00ab\u00a0sortir de l&rsquo;euro\u00a0\u00bb\u00a0 mais de pr\u00f4ner une autre politique, d&rsquo;autres droits, d&rsquo;autres usages de la monnaie. La politique peut se retourner contre des \u00ab\u00a0acteurs\u00a0\u00bb et des besoins sociaux ainsi que des droits, quand on pose la question\u00a0: l&rsquo;euro \u2013 la drachme, la livre sterling &#8230; &#8211; pour quoi faire\u00a0? <\/strong><\/p>\n<p><strong>L&rsquo;enjeu du contr\u00f4le public, social, pluriel de la monnaie et des financements est bien plus \u00ab\u00a0politique\u00bb et subversif que le mot d&rsquo;ordre de changer de monnaie. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Le caract\u00e8re bancal de la construction d&rsquo;un espace unifi\u00e9 et marchand sur la base d&rsquo;une monnaie unique et quasiment sans budget en contre-partie, a \u00e9t\u00e9 contest\u00e9 depuis le d\u00e9but. Mais il n&rsquo;est pas une \u00ab\u00a0erreur\u00a0\u00bb th\u00e9orique. Ni seulement le r\u00e9sultat d&rsquo;un projet \u00ab\u00a0capitaliste\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0n\u00e9olib\u00e9ral\u00a0\u00bb (la GB tr\u00e8s n\u00e9o-lib\u00e9rale et capitaliste l&rsquo;a toujours contest\u00e9&#8230;). Il est le r\u00e9sultat de compromis historiques \u00e0 la crois\u00e9e d&rsquo;enjeux \u00e9conomiques, historiques concrets \u2013 o\u00f9 l&rsquo;unification allemande a jou\u00e9 un r\u00f4le cl\u00e9. <\/strong><\/p>\n<p><strong>On laissera ici de c\u00f4t\u00e9 ce d\u00e9bat. L&rsquo;essentiel est dans la d\u00e9marche et les propositions :<\/strong><\/p>\n<p><strong>-Que l&rsquo;on sorte ou pas de l&rsquo;euro, il ne faut pas abandonner la r\u00e9flexion et pr\u00e9paration de \u00ab\u00a0monnaies parall\u00e8les\u00a0\u00bb comme moyens de r\u00e9sistance, mais aussi conception plus large de la pluralit\u00e9 des espaces mon\u00e9taires\u00a0: il faut travailler \u00e0 ce type de r\u00e9flexion et projet au plan europ\u00e9en sur la base d&rsquo;un collectif permanent reliant des experts et des mouvements sociaux, et popularisant les exp\u00e9riences existantes de financement non lucratifs de projets solidaires.<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211;\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>-Il faut int\u00e9grer sur ce plan les r\u00e9flexions sur le syst\u00e8me mon\u00e9taire international dans ses diverses p\u00e9riodes (de l&rsquo;\u00e9talon or au SMI de Bretton Words) et les critiques entam\u00e9es par Keynes contre ce dernier\u00a0; pousser la r\u00e9flexion et propositions d&rsquo;actions contre les pouvoirs du FMI et sur la recomposition en cours des rapports de force mondiaux autour des monnaies et financements alternatifs.<\/strong><\/p>\n<p><strong>&#8211;\u00a0<\/strong><\/p>\n<p><strong>-Dans tous les cas, \u00e0 tous les niveaux, il ne peut y avoir contr\u00f4le public des politiques mon\u00e9taires dans le cadre de la libre circulation des capitaux\u00a0: c&rsquo;est un enjeu central, majeur\u00a0; de m\u00eame que celui de l&rsquo;interdiction de financements marchands priv\u00e9s sp\u00e9culatifs des besoins de base &#8211; agriculture, mais aussi services sociaux, donc budgets publics. Des campagnes profondes et de longue dur\u00e9e doivent se d\u00e9ployer sur ces enjeux \u2013 avec formations populaires tourn\u00e9es vers l&rsquo;action&#8230;<\/strong><\/p>\n<p><strong>c)Aider les divers peuples europ\u00e9ens \u00e0 s&#8217;emparer de leur propres r\u00e9sistances pass\u00e9es\/pr\u00e9sentes contre tous les rapports de dominations \u2013 ce faisant, les conna\u00eetre pleinement et en faire un \u201cbien commun europ\u00e9en\u201d et le creuset de l&rsquo;espace public europ\u00e9en.<\/strong><\/p>\n<p><strong> Le vocabulaire apolog\u00e9tique de l&rsquo;UE p\u00e9n\u00e8tre souvent les discours de ceux qui la critiquent : il faut veiller \u00e0 ne jamais appeler \u201cEurope\u201d cette construction sans pr\u00e9c\u00e9dent historique qu&rsquo;est l&rsquo;Union europenne pour la critiquer de fa\u00e7on pr\u00e9cise.<\/strong><\/p>\n<p><strong>Il faut combattre un racisme \u00ab\u00a0europ\u00e9iste\u00a0\u00bb qui d\u00e9signe les peuples \u00ab\u00a0dignes\u00a0\u00bb d&rsquo;\u00eatre \u00ab\u00a0Europ\u00e9ens et d\u00e9nigre les autres, leur pass\u00e9, leur histoire&#8230;\u00a0&#8211; j&rsquo;ai cherch\u00e9 \u00e0 contribuer \u00e0 ce travail notamment concernant les peuples des Balkans\u00a0 contre une id\u00e9ologie \u201ceurop\u00e9iste\u201d dominante qui n&rsquo;admet comme \u00ab\u00a0civilis\u00e9s\u00a0\u00bb que les peuples qui rejoignent l&rsquo;Union en se pliant \u00e0 ses r\u00e8gles. Le peuple grec subit de plein fouet ce type d&rsquo;insulte. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Plus largement, avec la guerre sociale de destruction massive qui est men\u00e9e depuis le tournant des ann\u00e9es 1980 et qui rebonndit apr\u00e8s 2008\/9, un des enjeux majeurs au plan id\u00e9ologique, politique, r\u00e9pressif, est la criminalisation des r\u00e9sistances pass\u00e9es\/pr\u00e9sentes, donc des r\u00e9volutions du Xx\u00e8 si\u00e8cle \u2013 r\u00e9duites au goulag et au parti unique, priv\u00e9es de tout acquis social issu des luttes \u00e0 la fois anticapitalistes et anti-bureaucratiques\u00a0; ce pass\u00e9\/pr\u00e9sent, de m\u00eame que celui des soul\u00e8vements anti-colonialistes ou contre l&rsquo;esclavage \u2013 doivent \u00eatre pleinement int\u00e9gr\u00e9s dans \u00ab\u00a0l&rsquo;espace public europ\u00e9en\u00a0\u00bb alternatif que nous devons construire\u00a0; dans les batailles pour une h\u00e9g\u00e9monie alternative que nous devons y mener. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Approfondir l&rsquo;analyse concr\u00e8te des grandes phases de la construction europ\u00e9enne avec le regard des divers peuples concern\u00e9s par ses \u00e9largissements successifs, c&rsquo;est revenir sur les conditions diff\u00e9rentes et concr\u00e8tes qui ont pr\u00e9valu aux \u00e9largissements dans les ann\u00e9es 1980 vers les pays du sud (sortant de dictatures) puis vers les pays de l&rsquo;est. Le faire c&rsquo;est comprendre ce qu&rsquo;ont \u00e9t\u00e9 les attentes des peuples \u2013 et leurs d\u00e9ceptions actuelles\u00a0; mais c&rsquo;est aussi se donner les moyens de s&rsquo;appuyer sur ces derni\u00e8res pour les retourner contre l&rsquo;UE, contre ses promesses \u00e9galitaires et sociales, d\u00e9mocratiques, non tenues. C&rsquo;est mettre \u00e0 nu ce qui \u00e9tait le produit des conditions de la guerre froide entre syst\u00e8mes et ce qui veut d\u00e9finitivement mettre fin \u00e0 tout syst\u00e8me alternatif. C&rsquo;est mettre \u00e0 l&rsquo;ordre du jour une autre Europe dans un autre monde \u2013 contre le syst\u00e8me-monde capitaliste mondialis\u00e9.<\/strong><\/p>\n<p><strong>d)Tourner les fusils de la col\u00e8re contre les poss\u00e9dants qui divisent pour r\u00e9gner sur des bases racistes&#8230;<\/strong><\/p>\n<p><strong>Il ne faut pas se tromper de cible&#8230;<\/strong><\/p>\n<p><strong>La radicalisation de la lutte en Gr\u00e8ce, l&rsquo;approfondisement du \u201cnon\u201d r\u00e9f\u00e9rendaire, ne doit pas se retourner au b\u00e9n\u00e9fice d&rsquo;Aube Dor\u00e9e ou d&rsquo;une &lsquo;oligarchie grecque qui a b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 avec les banques allemandes et fran\u00e7aises des pseudo-\u00a0\u00ab\u00a0aides\u00a0\u00bb europ\u00e9ennes. <\/strong><\/p>\n<p><strong>.Il faut \u201cretourner les fusils\u201d de la col\u00e8re comme le dit Jean Ziegler contre ceux qui, partout, b\u00e9n\u00e9ficient de la guerre sociale dominante. <\/strong><\/p>\n<p><strong>S&rsquo;il y a un combat n\u00e9cessaire contre les comportements et pouvoirs n\u00e9o-coloniaux d&rsquo;un \u201ccentre\u201d de l&rsquo;UE, notamment en Allemagne, les \u201cp\u00e9riph\u00e9ries\u201d se situent aussi au sein des pays dominants\u00a0: les travailleurs allemands subissent des redoutables lois Hartz qui g\u00e9n\u00e9ralisent la pr\u00e9carit\u00e9, les \u201cone euro job\u201d et s&rsquo;appuient sur des d\u00e9localisations\u00a0; les Allemands de l&rsquo;est ont subi des privatisations forc\u00e9es et pratiques n\u00e9o-coloniales qui ont laiss\u00e9 des traces durables. En m\u00eame temps, les populations de l&rsquo;Europe de l&rsquo;Est ont \u00e9t\u00e9 utilis\u00e9es pour la mise en place d&rsquo;un dumping social et fiscal europ\u00e9en radical (au b\u00e9n\u00e9fice du capital) et mpour imposer des \u00ab\u00a0disciplines\u00a0\u00bb aust\u00e9ritaires visant au d\u00e9mant\u00e8lement des services sociaux. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Toutes ces d\u00e9possessions sont ignor\u00e9es par chaque peuple isol\u00e9 et musel\u00e9, mis en concurrence avec tous les autres. On ne peut comprendre et combattre la faible solidarit\u00e9 avec le peuple grec, ni combattre le racisme \u201canti-Grec\u201d v\u00e9hicul\u00e9 par les couches dirigeantes pour l\u00e9gitimer leurs propres politiques, sans mettre \u00e0 plat ce qu&rsquo;ont subi tous les peuples europ\u00e9ens &#8211; sans contester les m\u00e9canismes et les id\u00e9ologies qui ont accompagn\u00e9 cette casse sociale \u00e0 l&rsquo;\u00e9chelle continentale. <\/strong><\/p>\n<p><strong>Cela doit se faire avec tous les peuples concern\u00e9s, sur des bases \u00e9galitaires fondant un autre projet europ\u00e9en. Personnellement, je l&rsquo;appellerais volontiers \u00ab\u00a0socialiste\u00a0\u00bb. Mais ce n&rsquo;est pas l&rsquo;essentiel, et l&rsquo;accord sur les mots n&rsquo;est pas une pr\u00e9condition pour inventer ensemble cette autre Europe, dans un autre monde..\u00a0\u00a0 <\/strong><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=3829552554450068902#_ednref1\" name=\"_edn1\">[i]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0\u00a0 Ces termes sont emprunt\u00e9s \u00e0 la r\u00e9solution adopt\u00e9e par la direction nationale du Bloc de Gauche portugais : Le\u00e7ons de Gr\u00e8ce : la d\u00e9mocratie contre le colonialisme finanicier\u201d.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=3829552554450068902#_ednref2\" name=\"_edn2\">[ii]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0 Ont particip\u00e9 \u00e0 cet ouvrage Verveine Angeli, Thomas Coutrot, Guillaume Eti\u00e9vant, Michel Husson, Pierre Khalfa, Daniel Rallet, Jacques Rigaudiat, Catherine Samary et Aur\u00e9lie Trouv\u00e9.<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=3829552554450068902#_ednref3\" name=\"_edn3\">[iii]<\/a>\u00a0 Il faut notamment revenir sur les ambiguit\u00e9s de 1989 et les enjeux de la nouvelle \u00ab\u00a0guerre ti\u00e8de\u00a0\u00bb avec la Russie (voire les articles sur ces sujets sur http:\/\/csamary.free.fr \u2013 articles r\u00e9cents sur l&rsquo;Ukraine et dans la rubrique \u00ab\u00a0le nouvel ordre mondial\u00a0\u00bb).<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=3829552554450068902#_ednref4\" name=\"_edn4\">[iv]<\/a><em>\u00a0\u00a0 \u00a0 Inprecor<\/em> n\u00b0 618, ao\u00fbt 2015, en hommage \u00e0 F. Vercammen apr\u00e8s son r\u00e9cent d\u00e9c\u00e8s. Article\u00a0\u00bbFace aux institutions de l&rsquo;Union europ\u00e9enne\u00a0\u00bb,\u00a0 pages 32-36<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/www.blogger.com\/blogger.g?blogID=3829552554450068902#_ednref5\" name=\"_edn5\">[v]<\/a>\u00a0\u00a0\u00a0 Quels pistes de r\u00e9flexions avaient \u00e9t\u00e9 avanc\u00e9es dans le texte \u00e9crit en 2003 par Antoine Artous, Dominique Mezzi et moi-m\u00eame (et republi\u00e9 en 2012) \u00ab\u00a0Peser sur l&rsquo;\u00e9mergence d&rsquo;une autre Europe\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/csamary.free.fr\/\">\u00a0<strong>http:\/\/csamary.free.fr<\/strong><\/a><\/p>\n<gcse:search><\/gcse:search>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Contre la consolidation n\u00e9o-coloniale de l&rsquo;eurogroupe Quelles le\u00e7ons tirer, dans les pays membres de l&rsquo;Union Europ\u00e9enne(UE) et au-del\u00e0, de ce qu&rsquo;il faut bien appeler et d\u00e9noncer comme une \u201coccupation financi\u00e8re de la Gr\u00e8ce\u201d [i] ? Comme l&rsquo;affirme avec force Stathis Kouv\u00e9lakis, l&rsquo;OXI, ce magnifique \u201cnon\u201d du r\u00e9f\u00e9rendum grec, \u201cn&rsquo;est pas vaincu\u201d. 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