{"id":15659,"date":"2015-08-05T13:49:35","date_gmt":"2015-08-05T12:49:35","guid":{"rendered":"http:\/\/alternatifs81.fr\/?p=15659"},"modified":"2015-08-06T17:32:35","modified_gmt":"2015-08-06T16:32:35","slug":"grece-alexis-tsipras-sexplique","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alternatifs81.fr\/?p=15659","title":{"rendered":"Gr\u00e8ce : Alexis Tsipras s&rsquo;explique :  \u00ab\u00a0Le peuple grec a tent\u00e9 de s&rsquo;\u00e9chapper de la prison de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Rattrap\u00e9, il a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 \u00e0 l&rsquo;isolement \u00ab\u00a0"},"content":{"rendered":"<div class=\"article-content entry-content\">\n<div class=\"field field-name-body field-type-text-with-summary field-label-hidden\">\n<div class=\"field-items\">\n<h3 class=\"field-item even\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/tsipras_syriza.jpg\" rel=\"lightbox[15659]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-14302 size-full\" src=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/tsipras_syriza.jpg\" alt=\"tsipras_syriza\" width=\"260\" height=\"160\" \/><\/a><span style=\"color: #808000;\"><strong><em>Afin de bien comprendre les d\u00e9bats qui agitent Syriza en ce moment et qui int\u00e9ressent toute la gauche radicale, nous publions cet interview d&rsquo;Alexis Tsipras.<\/em><\/strong><\/span><span style=\"color: #0000ff;\">\u00a0<em>Le 29 juillet, le Premier ministre grec s&rsquo;exprimait longuement \u00e0 l&rsquo;antenne de Sto Kokkino. L&rsquo;entretien, conduit par Kostas Arvanitis, le directeur de cette radio proche de Syriza, offre un \u00e9clairage in\u00e9dit sur cinq mois d&rsquo;une n\u00e9gociation aux allures de guerre d&rsquo;usure avec les cr\u00e9anciers d&rsquo;Ath\u00e8nes et les \u00ab partenaires \u00bb europ\u00e9ens. Avec l&rsquo;autorisation de nos confr\u00e8res, nous en publions ici la retranscription int\u00e9grale.<\/em>\u00a0\u00a0<\/span><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Parlons de ces six mois de n\u00e9gociations. Quel bilan en tirez-vous\u00a0?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Il faudra en tirer les conclusions de fa\u00e7on objective, sans s\u2019avilir ni s\u2019auto-flageller car ce fut un semestre de grandes tensions et de fortes \u00e9motions. Nous avons vu remonter en surface des sentiments de joie, de fiert\u00e9, de dynamisme, de d\u00e9termination et de tristesse, tous les sentiments. Je crois qu\u2019au bout du compte si nous essayons de regarder objectivement ce parcours, nous ne pouvons qu\u2019\u00eatre fiers, parce que nous avons men\u00e9 ce combat. Et parce que les combats perdus d\u2019avance ne sont que ceux que l\u2019on ne livre pas. Nous avons tent\u00e9, dans des conditions d\u00e9favorables, avec un rapport de force\u00a0 difficile en Europe et dans le monde, de faire valoir la raison d\u2019un peuple et la possibilit\u00e9 d\u2019une voie alternative. Au bout du compte, m\u00eame si ces rapports de forces \u00e9taient d\u00e9s\u00e9quilibr\u00e9s, m\u00eame si les puissants ont impos\u00e9 leur volont\u00e9, ce qui reste c\u2019est l\u2019absolue confirmation, au niveau international, de l\u2019impasse qu\u2019est l\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Cette \u00e9volution fa\u00e7onne un tout nouveau paysage en Europe. L\u2019Europe n\u2019est pas la m\u00eame apr\u00e8s le 12 juillet. Quand J\u00fcrgen Habermas lui-m\u00eame affirme que l\u2019Allemagne a d\u00e9truit une strat\u00e9gie de cinquante ans, une strat\u00e9gie de l\u2019imposition par la persuasion et non par la force, je pense que ce sont des mots qu\u2019il nous faut \u00e9couter.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Vous-m\u00eame, le gouvernement, Syriza \u00e9taient-ils pr\u00eats \u00e0 affronter l\u2019adversaire\u00a0? N\u2019y \u00eates-vous pas all\u00e9s avec de bonnes intentions,\u00a0face \u00e0 des institutions qui ne se sont pas comport\u00e9es de fa\u00e7on tr\u00e8s institutionnelle\u00a0?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Il n\u2019y a pas eu de \u00ab\u00a0bonnes intentions\u00a0\u00bb, de notre c\u00f4t\u00e9 ou du leur. Il y a eu une n\u00e9gociation tr\u00e8s dure. Pour la premi\u00e8re fois. Et la diff\u00e9rence avec le pass\u00e9 c\u2019est que sur la table il y avait des strat\u00e9gies tr\u00e8s diff\u00e9rentes, contradictoires. Il y avait d\u2019un c\u00f4t\u00e9 un gouvernement qui avait et continue \u00e0 avoir la majorit\u00e9 du peuple grec \u00e0 ses c\u00f4t\u00e9s, qui revendique une autre voie, une autre perspective et de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9 les institutions, qui ne sont ni ind\u00e9pendantes ni neutres mais aux ordres d\u2019un plan strat\u00e9gique pr\u00e9cis.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Est-ce que Syriza s\u2019est rang\u00e9 \u00e0 l\u2019unisson derri\u00e8re cette ligne de la n\u00e9gociation ou y avait-il d\u2019autres opinions\u00a0? Avez-vous pris la n\u00e9gociation sur vous ? Les organes du parti connaissaient-ils les proc\u00e9dures ? Le parti \u00e9tait-il au courant de ce qui se passait ?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Le gouvernement fonctionne collectivement, avec le Conseil des Ministres, le conseil gouvernemental, qui tenait des r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8res afin que les ministres soient tenus au courant et qu\u2019ils puissent d\u00e9finir le cours des n\u00e9gociations. Et en m\u00eame temps nous avions cr\u00e9\u00e9, et ils existent toujours, des organes institutionnels comme le Groupe de n\u00e9gociation politique \u00e0 laquelle de fa\u00e7on exceptionnelle assistaient tant le secr\u00e9taire du groupe parlementaire de Syriza que le secr\u00e9taire du comit\u00e9 central de Syriza, afin qu\u2019ils soient absolument tenus au courant et qu\u2019ils participent aux prises d\u00e9cisions. Le parti \u00e9tait li\u00e9 aux organes gouvernementaux. \u00c9troitement li\u00e9. Et bien s\u00fbr il y avait des r\u00e9unions r\u00e9guli\u00e8res du secr\u00e9tariat politique de Syriza. C\u2019est une autre question qu\u2019il faut se poser. \u00c0 quel point le parti participait de fa\u00e7on active \u00e0 pour cr\u00e9er les conditions d\u2019un soutien \u00e0 l\u2019effort gouvernemental dans la n\u00e9gociation\u00a0? C\u2019est une question que l\u2019on doit se poser.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Mais c\u2019est vous le pr\u00e9sident de Syriza.<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Effectivement mais je pense que le peuple grec a surpass\u00e9 le parti et le gouvernement.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Cela s\u2019est vu aussi lors du r\u00e9f\u00e9rendum.<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Pas seulement. Certains regardaient se d\u00e9rouler les n\u00e9gociations en grognant au moment m\u00eame o\u00f9 la majorit\u00e9 du peuple grec voulait renforcer cet effort de la n\u00e9gociation. La n\u00e9gociation est une chose, la lutte quotidienne en est une autre. Les combats sociaux sont indispensables pour cr\u00e9er de nouveaux cadres, d\u00e9passer les cadres institutionnels en place, cr\u00e9er les structures et les infrastructures facilitant\u00a0 la confrontation avec l\u2019ordre \u00e9tabli, tout en soutenant les populations qui souffrent des politiques actuelles.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Une grande partie de la population voit toujours d\u2019un \u0153il positif la trajectoire du gouvernement mais il y a aussi ceux qui se sont battus, dans la rue, dans les quartiers, qui se sentent contraints par les \u00e9volutions r\u00e9centes. Qu\u2019en est-il aujourd\u2019hui du mandat populaire donn\u00e9 \u00e0 Syriza\u00a0? Les memoranda n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9chir\u00e9s. L\u2019accord est particuli\u00e8rement dur. Vous-m\u00eame, le gouvernement, le parti, avez pos\u00e9 la dette comme \u00e9tant notre probl\u00e8me principal. Le sujet est enfin en discussion. Mais sur le reste, l\u2019addition finale\u00a0?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Tout d\u2019abord le mandat que nous avons re\u00e7u du peuple grec \u00e9tait de faire tout ce qui \u00e9tait possible afin de cr\u00e9er les conditions, m\u00eame si cela nous co\u00fbte politiquement, pour que le peuple grec cesse d\u2019\u00eatre saign\u00e9.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Pour que s\u2019arr\u00eate la catastrophe\u2026<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong> C\u2019est le mandat que nous avons re\u00e7u, il nous a guid\u00e9s dans la n\u00e9gociation\u2026<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Vous aviez dit que\u00a0 les memoranda seraient supprim\u00e9s avec une seule loi.<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong> Ne vous r\u00e9f\u00e9rez pas \u00e0 l\u2019un de mes discours de 2012. Avant les \u00e9lections je n\u2019ai pas dit que les memoranda pouvaient \u00eatre supprim\u00e9s avec une seule loi. Et personne ne disait cela. Nous n\u2019avons jamais promis au peuple grec une ballade de sant\u00e9. C\u2019est pour cela que le peuple grec a conscience et connaissance des difficult\u00e9s que nous avons rencontr\u00e9es, auxquelles lui-m\u00eame fait face, avec beaucoup de sang-froid. Laissons de c\u00f4t\u00e9 ce cadre d\u2019approche populiste \u00ab Vous avez-dit que vous d\u00e9chireriez les memoranda \u00bb. Nous n\u2019avons pas dit que nous d\u00e9chirerions les memoranda avec une loi. Nous avons dit que nous m\u00e8nerions le combat pour sortir de ce cadre \u00e9touffant dans lequel le pays a \u00e9t\u00e9 conduit \u00e0 cause de d\u00e9cisions politiques prises avant 2008 g\u00e9n\u00e9rant les d\u00e9ficits et les dettes, et apr\u00e8s 2008, nous liant les mains.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Vous aviez bien dit que vous arr\u00eateriez la catastrophe.<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Je reviendrai sur la catastrophe. Mais nous n\u2019avons pas promis au peuple grec que tout serait facile et que tout serait r\u00e9gl\u00e9 en un jour. Nous avions un programme et nous avons demand\u00e9 au peuple de nous soutenir afin de n\u00e9gocier dans des conditions difficiles pour pouvoir le r\u00e9aliser. Nous avons n\u00e9goci\u00e9 durement, dans des conditions d\u2019asphyxie\u00a0 financi\u00e8res jamais vues auparavant. Pendant six mois nous avons n\u00e9goci\u00e9 et en m\u00eame temps r\u00e9alis\u00e9 une grande partie de notre programme \u00e9lectoral. Pendant six mois, avec l\u2019angoisse constante de savoir si \u00e0 la fin du mois nous pourrions payer les salaires et les retraites, faire face \u00e0 nos obligations \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur du pays, envers ceux qui travaillent. C\u2019\u00e9tait cela notre angoisse constante. Et dans ce cadre nous avons r\u00e9ussi \u00e0 voter une loi sur la crise humanitaire. 200 millions, c\u2019est ce qu\u2019on a pu d\u00e9gager. Des milliers de nos concitoyens, en ce moment, b\u00e9n\u00e9ficient de cette loi. Nous avons r\u00e9ussi \u00e0 r\u00e9parer de grandes injustices, comme celles faite aux\u00a0 femmes de m\u00e9nage du minist\u00e8re des finances, aux gardiens d\u2019\u00e9coles, aux employ\u00e9s de la radiot\u00e9l\u00e9vision publique ERT, qui a rouvert. Nous avons vot\u00e9 de mani\u00e8re unilat\u00e9rale, contre les institutions et la tro\u00efka, une loi instaurant la facilit\u00e9 de paiement en 100 fois, qui a permis \u00e0 des centaines de contribuables, d\u2019entrepreneurs, de s\u2019acquitter de leurs dettes envers l\u2019Etat, et de se d\u00e9barrasser ainsi d\u2019un poids. Nous avons vot\u00e9 une loi sur la citoyennet\u00e9, nous portons un projet de loi sur les prisons\u2026 Sans essayer d\u2019enjoliver pour autant, n\u2019assombrissons pas tout. Si quelqu\u2019un a le sentiment que la lutte des classes est une \u00e9volution lin\u00e9aire et se remporte en une \u00e9lection et que ce n\u2019est pas un combat constant, qu\u2019on soit au gouvernement ou dans\u00a0 l\u2019opposition, qu\u2019il vienne nous l\u2019expliquer et qu\u2019il nous donne des exemples. Nous sommes devant l\u2019exp\u00e9rience in\u00e9dite d\u2019un gouvernement de gauche radicale dans les conditions de cette Europe, de l\u2019Europe n\u00e9o-lib\u00e9rale, un peu comme un cheveu sur la soupe. Mais nous avons aussi, \u00e0 gauche, d\u2019autres exp\u00e9riences de gouvernement et nous savons que gagner les \u00e9lections ne signifie pas, du jour au lendemain, disposer des leviers du pouvoir. C\u2019est un combat constant. Mener le combat au niveau gouvernemental ne suffit pas. Il faut le mener, aussi, sur le terrain social.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Pourquoi avez-vous avez pris cette d\u00e9cision de convoquer un r\u00e9f\u00e9rendum ? En quoi cela vous a-t-il aid\u00e9 ? En quoi cela a-t-il aid\u00e9 le gouvernement et le pays ?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong> Je n\u2019avais pas d\u2019autre choix.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Pourquoi vous n\u2019aviez pas d\u2019autre choix ?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong> Il faut garder en t\u00eate ce que j\u2019avais avec le gouvernement grec entre les mains le 25 juin, quel accord on me proposait. Je dois admettre que c\u2019\u00e9tait un choix \u00e0 haut risque. La volont\u00e9 du gouvernement grec n\u2019\u00e9tait pas seulement contraire aux cr\u00e9diteurs, elle se heurtait au syst\u00e8me financier international, au syst\u00e8me politique et m\u00e9diatique grec. Ils \u00e9taient tous contre nous.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La probabilit\u00e9 que nous perdions le r\u00e9f\u00e9rendum \u00e9tait d\u2019autant plus \u00e9lev\u00e9e que nos partenaires europ\u00e9ens ont pouss\u00e9 cette logique jusqu\u2019au bout en d\u00e9cidant de fermer les banques. Lorsque\u00a0 nous avons pris la d\u00e9cision du r\u00e9f\u00e9rendum ceci n\u2019\u00e9tait pas en jeu, loin de l\u00e0. C\u2019\u00e9tait donc un choix \u00e0 haut risque mais c\u2019\u00e9tait pour nous la seule voie, puisqu\u2019ils nous proposaient un accord avec des mesures tr\u00e8s difficiles, un peu comme celles que nous avons dans l\u2019accord actuel, voire l\u00e9g\u00e8rement pires, mais dans tous les cas des mesures difficiles et, \u00e0 mon avis, inefficaces. En m\u00eame temps ils n\u2019offraient aucune possibilit\u00e9 de survie. Car pour ces mesures ils offraient 10,6 milliards sur cinq mois. La principale position de nos partenaires lors des Sommets et des r\u00e9unions de l&rsquo;Eurogroupe \u00e9tait que la Gr\u00e8ce devait compl\u00e9ter ses obligations et ses engagements, avec une cinqui\u00e8me \u00e9valuation du programme pr\u00e9c\u00e9dent, ce que [le pr\u00e9c\u00e9dent Premier ministre] Samaras avait laiss\u00e9 \u00e0 moiti\u00e9 fait. Ces engagements sont en fait les m\u00eames engagements que nous avons maintenant, c\u2019est la cinqui\u00e8me \u00e9valuation que nous compl\u00e9tons dans un programme plus \u00e9tendu, ce sont exactement les m\u00eames mesures. Ils voulaient que la Gr\u00e8ce, donc, prenne, une fois ses engagements tenus, ce qui restait du programme pr\u00e9c\u00e9dent en termes de financements. C\u2019est \u00e0 dire \u00e0 peu pr\u00e8s 10 milliards d\u2019euros \u2013 7 existants et 3,6 du FMI \u2013 et 2 milliards d\u2019augmentation des bons du Tr\u00e9sor grec que la BCE, juste apr\u00e8s notre \u00e9lection, a mis comme limite \u2013 extr\u00eamement basse \u2013 pour ne laisser aucune marge de respiration pour l\u2019\u00e9conomie grecque. Essentiellement ils nous donnaient \u00e0 peu pr\u00e8s 12,6 milliards pour cinq mois d\u2019extension, durant lesquels nous devions \u00eatre soumis \u00e0 quatre \u00ab revues \u00bb successives. Nous aurions d\u00fb appliquer le programme en cinq mois, au lieu de trois ans d\u00e9sormais,\u00a0 et l\u2019argent que nous aurions obtenu aurait \u00e9t\u00e9 issu des restes du programme pr\u00e9c\u00e9dent, sans un euro en plus, parce que telle \u00e9tait l\u2019exigence des N\u00e9erlandais, des Finlandais, des Allemands. Le probl\u00e8me politique principal des gouvernements du Nord \u00e9tait qu\u2019ils ne voulaient absolument pas devoir aller devant leurs Parlements pour donner ne serait-ce qu\u2019un euro d\u2019argent \u00ab frais \u00bb \u00e0 la Gr\u00e8ce, car ils s\u2019\u00e9taient eux-m\u00eames enferm\u00e9s dans un climat populiste selon lequel leurs peuples payaient pour ces paresseux de Grecs. Un climat qu\u2019ils ont eux-m\u00eames fabriqu\u00e9. Tout ceci est bien s\u00fbr faux, puisqu\u2019ils paient les banques et les pr\u00eats des banques, pas les Grecs.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>La droite grecque reprend ce discours\u2026<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong> Qu\u2019a apport\u00e9 la position forte tenue contre vents et mar\u00e9es par le peuple grec au r\u00e9f\u00e9rendum\u00a0? Elle a r\u00e9ussi \u00e0 internationaliser le probl\u00e8me, \u00e0 le faire sortir des fronti\u00e8res, \u00e0 d\u00e9voiler le dur visage des partenaires et cr\u00e9diteurs. Elle a r\u00e9ussi \u00e0 donner \u00e0 l\u2019opinion internationale l\u2019image, non pas d\u2019un peuple de fain\u00e9ants, mais d\u2019un peuple qui r\u00e9siste et qui demande justice et perspective. Nous avons test\u00e9 les limites de r\u00e9sistance de la zone euro. Nous avons fait bouger les rapports de forces. La France, l\u2019Italie, les pays du Nord avaient tous des positions tr\u00e8s diff\u00e9rentes. Le r\u00e9sultat, bien s\u00fbr, est tr\u00e8s difficile mais d\u2019un autre c\u00f4t\u00e9 la zone euro est arriv\u00e9e aux limites de sa r\u00e9sistance et de sa coh\u00e9sion. Le chemin de la zone euro et de l\u2019Europe au lendemain de cet accord sera diff\u00e9rent. Les six mois prochains seront critiques et les rapports de forces qui vont se construire durant cette p\u00e9riode seront tout aussi cruciaux. En ce moment le destin et la strat\u00e9gie de la zone euro sont remis en question. Il y a plusieurs versions. Ceux qui disaient \u00ab pas un euro d\u2019argent frais \u00bb ont finalement d\u00e9cid\u00e9 non pas seulement un euro mais 83 milliards. Donc de 13 milliards sur cinq mois on est pass\u00e9 \u00e0 83 milliards sur trois ans, en plus du point crucial qu\u2019est l\u2019engagement sur la d\u00e9pr\u00e9ciation de la dette, \u00e0 discuter en novembre. C\u2019est un point-cl\u00e9 pour que la Gr\u00e8ce puisse, ou non, entrer dans une trajectoire de sortie de la crise. Il faut cesser avec les contes de Messieurs Samaras et Venizelos, qui pr\u00e9tendaient sortir des m\u00e9moranda. La r\u00e9alit\u00e9 est que ce conte avait un loup, ce loup c\u2019est la dette. Avec une dette \u00e0 180-200% du PIB, on ne peut pas retourner sur les march\u00e9s. On ne peut pas avoir une \u00e9conomie stable. Le seul chemin que nous pouvons suivre est celui de la d\u00e9pr\u00e9ciation, de l\u2019annulation, de l\u2019all\u00e9gement de la dette. La condition pour que le pays puisse retrouver une marge financi\u00e8re, c\u2019est qu\u2019il ne soit plus oblig\u00e9 de d\u00e9gager des exc\u00e9dents budg\u00e9taires monstrueux, destin\u00e9s au remboursement d\u2019une dette impossible \u00e0 rembourser.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Le non au r\u00e9f\u00e9rendum \u00e9tait un non \u00e0 la proposition de la tro\u00efka, donc un non \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9\u2026<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Il y avait deux parties dans la question pos\u00e9e au r\u00e9f\u00e9rendum. Il y avait la partie A, qui concernait les mesures pr\u00e9-requises, et la partie B, qui concernait le calendrier de financement. Si nous voulons \u00eatre tout \u00e0 fait honn\u00eates et ne pas enjoliver les choses, par rapport \u00e0 la partie A, l\u2019accord qui a suivi le r\u00e9f\u00e9rendum est similaire \u00e0 ce que le peuple grec a rejet\u00e9. Avec des mesures en partie am\u00e9lior\u00e9es, en partie plus difficiles, par exemple ce qui a \u00e9t\u00e9 rajout\u00e9 au dernier moment sur le Fonds de remboursement de la dette pour les 30 prochaines ann\u00e9es. Sur d\u2019autres mesures c\u2019est un accord am\u00e9lior\u00e9, il n\u2019y a plus de suppression de l\u2019EKAS [prime de solidarit\u00e9 pour les petites retraites, NDLR], la proposition Junker parlait de supprimer l\u2019EKAS, d\u2019augmenter \u00e0 23% de la TVA sur l\u2019\u00e9lectricit\u00e9. En ce qui concerne la partie B par contre, et l\u00e0 nous devons \u00eatre tout \u00e0 fait honn\u00eates, c\u2019est le jour et la nuit. Nous avions cinq mois, 10 milliards, cinq \u00ab\u00a0revues\u00a0\u00bb. Nous avons 83 milliards \u2013 c\u2019est \u00e0 dire une couverture totale des besoins financiers sur le moyen terme (2015-2018), dont 47 milliards pour les paiements externes, 4,5 milliards pour les arri\u00e9r\u00e9s du secteur publique et 20 milliards pour la recapitalisation des banques et, enfin, l\u2019engagement crucial sur la question de la dette. Il y a donc un recul sur la partie A, de la part du gouvernement grec, mais sur la partie B il y a une am\u00e9lioration\u00a0: le r\u00e9f\u00e9rendum a jou\u00e9 son r\u00f4le. Le mercredi soir pr\u00e9c\u00e9dent le r\u00e9f\u00e9rendum, certains avaient cr\u00e9\u00e9 les conditions d\u2019un coup d&rsquo;\u00c9tat dans le pays, en proclamant qu\u2019il fallait envahir Maximou [le Matignon grec, NDLR], que le gouvernement emmenait le pays vers une terrible catastrophe \u00e9conomique, en parlant de files d\u2019attente devant les banques. Je dois dire que le peuple grec a su garder son sang-froid, au point que les t\u00e9l\u00e9visions avaient du mal \u00e0 trouver du monde pour se plaindre de la situation, ce sang-froid \u00e9tait incroyable. Ce soir-l\u00e0 je me suis adress\u00e9 au peuple grec et j\u2019ai dit la v\u00e9rit\u00e9. Je n\u2019ai pas dit\u00a0: \u00ab Je fais un r\u00e9f\u00e9rendum pour vous sortir de l\u2019euro \u00bb. J\u2019ai dit\u00a0: \u00ab Je fais un r\u00e9f\u00e9rendum pour gagner une dynamique de n\u00e9gociation\u00a0\u00bb. Le \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb au mauvais accord n\u2019\u00e9tait pas un \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb \u00e0 l\u2019euro, un \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb \u00e0 la drachme. Appelons un chat un chat. On peut m\u2019accuser d\u2019avoir eu de mauvaises estimations, de mauvais calculs, des illusions, mais \u00e0 chaque moment, \u00e0 chaque avanc\u00e9e, et je pense personne d\u2019autre ne l\u2019avait fait auparavant,\u00a0 j\u2019ai dit les choses clairement, j\u2019ai inform\u00e9 deux fois le Parlement, c\u2019\u00e9tait un processus ouvert, Il n\u2019y avait pas dans cette n\u00e9gociation de cartes cach\u00e9es, tout \u00e9tait ouvert. \u00c0 chaque avanc\u00e9e j\u2019informais le peuple grec, je disais les difficult\u00e9s, mes intentions, ce que je pr\u00e9parais, m\u00eame au moment crucial du r\u00e9f\u00e9rendum, j\u2019ai dit pr\u00e9cis\u00e9ment ce que je comptais faire, j\u2019ai dit la v\u00e9rit\u00e9 au peuple grec.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Avec dans vos mains, aux heures de la n\u00e9gociation, les 61,2 % que vous a donn\u00e9 le peuple grec, quel aurait \u00e9t\u00e9 l\u2019accord qui vous aurait satisfait lors de votre retour de Bruxelles ?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Le r\u00e9f\u00e9rendum a \u00e9t\u00e9 d\u00e9cid\u00e9 le jour de l\u2019ultimatum, le 25 juin, vendredi matin, lors d\u2019une r\u00e9union que nous avons tenue \u00e0 Bruxelles, avec, devant nous, la perspective d\u2019une humiliation sans sortie possible. C\u2019\u00e9tait, pour eux, \u00e0 prendre ou \u00e0 laisser. \u00ab The game is over \u00bb, r\u00e9p\u00e9tait le pr\u00e9sident du Conseil europ\u00e9en, Donald Tusk. Ils ne s\u2019en cachaient pas, ils voulaient des changements politiques en Gr\u00e8ce. Nous n\u2019avions pas d\u2019autre choix, nous avons choisi la voie d\u00e9mocratique, nous avons donn\u00e9 la parole au peuple. Le soir m\u00eame en rentrant d\u2019Ath\u00e8nes, j\u2019ai r\u00e9uni le Conseil gouvernemental o\u00f9 nous avons pris la d\u00e9cision. J\u2019ai interrompu la s\u00e9ance pour communiquer avec Angela Merkel et Fran\u00e7ois Hollande. Je leur ai fait part de ma d\u00e9cision, le matin m\u00eame je leur avais expliqu\u00e9 que ce qu\u2019ils proposaient n\u2019\u00e9tait pas une solution honn\u00eate. Ils m\u2019ont demand\u00e9 ce que j\u2019allais conseiller au peuple grec et je leur ai r\u00e9pondu que je conseillerai le \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb, pas dans le sens d\u2019une confrontation, mais comme un choix de renforcement de la position de n\u00e9gociation grecque. Et je leur ai demand\u00e9 de m\u2019aider \u00e0 mener \u00e0 bien ce processus, calmement, de m\u2019aider afin que soit accord\u00e9 par l\u2019Eurogroupe, qui devait se r\u00e9unir 48 heures plus tard, une extension d\u2019une semaine du programme afin que le r\u00e9f\u00e9rendum ait lieu dans des conditions de s\u00e9curit\u00e9 et non pas dans des conditions d\u2019asphyxie, avec les banques ferm\u00e9es. Ils m\u2019ont tous les deux assur\u00e9 \u00e0 ce moment-l\u00e0, qu\u2019ils feraient tout leur possible dans cette direction. Seule la chanceli\u00e8re m\u2019a pr\u00e9venu qu\u2019elle s\u2019exprimerait publiquement sur le r\u00e9f\u00e9rendum, en pr\u00e9sentant son enjeu comme celui du maintien ou non dans l\u2019euro. Je lui ai r\u00e9pondu que j\u2019\u00e9tais en absolu d\u00e9saccord, que la question n\u2019\u00e9tait pas euro ou drachme, mais qu\u2019elle \u00e9tait libre de dire ce voulait. L\u00e0, la conversation s\u2019est arr\u00eat\u00e9e. Cette promesse n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 tenue. Quarante-huit heures plus tard l\u2019Eurogroupe a pris une d\u00e9cision tr\u00e8s diff\u00e9rente. Cette d\u00e9cision a \u00e9t\u00e9 prise au moment o\u00f9 le Parlement grec votait le r\u00e9f\u00e9rendum. La d\u00e9cision de l\u2019Eurogroupe a men\u00e9 en vingt-quatre heures \u00e0 la d\u00e9cision de la BCE de ne pas augmenter le plafond ELA [m\u00e9canisme de liquidit\u00e9s d\u2019urgence dont d\u00e9pendent les banques grecques, NDLR] ce qui nous a oblig\u00e9s \u00e0 instaurer un contr\u00f4le de capitaux pour \u00e9viter l\u2019effondrement du syst\u00e8me bancaire. La d\u00e9cision de fermer les banques, \u00e9tait, je le pense, une d\u00e9cision revancharde, contre le choix d\u2019un gouvernement de s\u2019en remettre au peuple.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Est-ce que le \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb au r\u00e9f\u00e9rendum reste, pour vous, une carte \u00e0 jouer\u00a0?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Cela ne fait aucun doute. C\u2019est une carte tr\u00e8s importante. Le r\u00e9f\u00e9rendum a fait de la Gr\u00e8ce, de son peuple et de son choix d\u00e9mocratique le centre du monde. C\u2019\u00e9tait un r\u00e9f\u00e9rendum contre vents et mar\u00e9es. Tous nos partenaires, nos cr\u00e9anciers et la classe dirigeante internationale affirmaient que la question \u00e9tait euro ou drachme. Mais la question formul\u00e9e par le gouvernement grec souverain, c\u2019\u00e9tait la question inscrite sur le bulletin de vote.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Vous attendiez-vous \u00e0 ce r\u00e9sultat ?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0J\u2019avoue que jusqu\u2019au mercredi [pr\u00e9c\u00e9dent le scrutin, NDLR] j\u2019avais l\u2019impression que ce serait un combat ind\u00e9cis. \u00c0 partir du jeudi, j\u2019ai commenc\u00e9 \u00e0 r\u00e9aliser que le \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb allait l\u2019emporter et le vendredi j\u2019en \u00e9tais convaincu. Dans cette victoire, la promesse que j\u2019ai faite au peuple grec de ne pas jouer \u00e0 pile ou face la catastrophe humanitaire a pes\u00e9. Je ne jouais pas \u00e0 pile ou face la survie du pays et des couches populaires. \u00c0 Bruxelles, par la suite, sont tomb\u00e9s sur la table plusieurs sc\u00e9narios terrifiants. Je savais durant les dix-sept heures o\u00f9 j\u2019ai men\u00e9 ce combat, seul, dans des conditions difficiles, que si je faisais ce que me dictait mon c\u0153ur \u2013 me lever, taper du poing et partir \u2013 le jour m\u00eame, les succursales des banques grecques \u00e0 l\u2019\u00e9tranger allaient s\u2019effondrer, nous parlons l\u00e0 d\u2019actifs valant 7 milliards d\u2019euros, plus de 405 \u00e9tablissements, environ 40 000 emplois. En quarante-huit heures, les liquidit\u00e9s qui permettaient le retrait de 60 euros par jour se seraient ass\u00e9ch\u00e9es et pire, la BCE aurait d\u00e9cid\u00e9 d\u2019une d\u00e9cote des collat\u00e9raux des banques grecques, voire auraient exig\u00e9 des remboursements qui auraient conduit \u00e0 l\u2019effondrement de l\u2019ensemble des banques. Il n\u2019\u00e9tait pas donc pas question de d\u00e9cote, seulement. C\u2019\u00e9tait bien la menace d\u2019effondrement. Or un effondrement se serait traduit non pas par une d\u00e9cote des \u00e9pargnes mais par leur disparition.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Malgr\u00e9 tout j\u2019ai men\u00e9 ce combat en essayant de concilier logique et volont\u00e9 \u2013 et je dois dire que moi-m\u00eame et nos partenaires europ\u00e9ens avons pris quelques coups durant ces dix-sept heures. Je savais que si je partais j\u2019aurais probablement d\u00fb revenir, dans des conditions plus d\u00e9favorables encore. J\u2019\u00e9tais devant un dilemme. L\u2019opinion publique mondiale clamait \u00ab\u00a0 #ThisIsACoup\u00a0\u00bb, au point que c\u2019est devenu cette nuit-l\u00e0 sur Twitter le premier hashtag au niveau mondial. D\u2019un c\u00f4t\u00e9 il y a avait la logique, de l\u2019autre la sensibilit\u00e9 politique. Apr\u00e8s r\u00e9flexion, je reste convaincu que le choix le plus juste \u00e9tait de faire pr\u00e9valoir la protection des couches populaires. Dans le cas contraire, de dures repr\u00e9sailles auraient pu d\u00e9truire le pays. J\u2019ai fait un choix de responsabilit\u00e9.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Vous ne croyez pas \u00e0 cet accord et pourtant vous avez appel\u00e9 les d\u00e9put\u00e9s \u00e0 le voter. Qu\u2019avez-vous en t\u00eate ?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Je consid\u00e8re, et je l\u2019ai dit au Parlement, que c\u2019est une victoire \u00e0 la Pyrrhus de nos partenaires europ\u00e9ens et de nos cr\u00e9anciers, en m\u00eame temps qu\u2019une grande victoire morale pour la Gr\u00e8ce et son gouvernement de gauche. C\u2019est un compromis douloureux, sur le terrain \u00e9conomique comme sur le plan politique. Vous savez, le compromis est un \u00e9l\u00e9ment de la r\u00e9alit\u00e9 politique et un \u00e9l\u00e9ment de la tactique r\u00e9volutionnaire. L\u00e9nine est le premier \u00e0 parler de compromis dans son livre\u00a0La Maladie infantile du communisme (le \u00ab gauchisme \u00bb)\u00a0et il y consacre plusieurs pages pour expliquer que les compromis font partie des tactiques r\u00e9volutionnaires. Il prend dans un passage l\u2019exemple d\u2019un bandit pointant sur vous son arme en vous demandant soit votre argent, soit votre vie. Qu\u2019est cens\u00e9 faire un r\u00e9volutionnaire ? Lui donn\u00e9 sa vie ? Non, il doit lui donner l\u2019argent, afin de revendiquer le droit de vivre et de continuer la lutte. Nous nous sommes retrouv\u00e9s devant un dilemme coercitif. Ce chantage est cynisme : soit le compromis \u2013 dur et douloureux \u2013 soit la catastrophe \u00e9conomique \u2013 g\u00e9rable pour l\u2019Europe, pas au niveau politique, mais \u00e9conomiquement parlant \u2013 qui pour la Gr\u00e8ce et la gauche grecque aurait \u00e9t\u00e9 insurmontable. Aujourd\u2019hui les partis de l\u2019opposition et les m\u00e9dias du syst\u00e8me font un boucan impressionnant, allant jusqu\u2019\u00e0 demander des proc\u00e9dures p\u00e9nales contre Yanis Varoufakis, pour savoir si oui ou non il avait un plan de crise. Imaginez ce qui se passerait dans ce pays s\u2019il y avait eu une telle catastrophe \u00e9conomique. Nous sommes tout \u00e0 fait conscients que nous menons un combat, en mettant en jeu notre t\u00eate, \u00e0 un niveau politique. Mais nous menons ce combat en ayant \u00e0 nos c\u00f4t\u00e9s la grande majorit\u00e9 du peuple grec. C\u2019est ce qui nous donne de la force.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Toute cette proc\u00e9dure de n\u00e9gociation pour en arriver l\u00e0&#8230; Cela en valait-il le co\u00fbt, politiquement parlant\u00a0? Au point o\u00f9 nous en sommes, avec les banques ferm\u00e9es, les dommages caus\u00e9s \u00e0 une \u00e9conomie grecque d\u00e9j\u00e0 affaiblie, cela en valait-il la peine\u00a0?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Je ne regrette pas un seul de ces moments, je ne regrette rien de tout ce qui s\u2019est pass\u00e9 ces cinq mois. Cela en valait la peine, et concernant l\u2019\u00e9conomie, les choses sont r\u00e9versibles. La Gr\u00e8ce est \u00e0 la Une des journaux, en des termes positifs. Le drapeau grec flotte sur des manifestations \u00e0 travers les capitales d\u2019Europe. Des milliers de personnes en Irlande, en France, en Allemagne, ont manifest\u00e9 leur solidarit\u00e9 avec le peuple grec. Cela en valait la peine, bien s\u00fbr.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Mais la conclusion de ces n\u00e9gociations est consid\u00e9r\u00e9e comme une d\u00e9faite&#8230;<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0C\u2019est consid\u00e9r\u00e9 comme une d\u00e9faite par certains esprits \u00e9troits qui pensent que la r\u00e9volution aura lieu via l\u2019invasion des Palais d\u2019Hiver et qu\u2019elle durera un instant.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Et si l&rsquo;on regarde les sondages en Espagne pour Podemos ?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.\u00a0<\/strong>Ceux de Podemos ont devant eux la possibilit\u00e9 de revendiquer une alternative. Ils ne l\u2019auraient pas si le 12 juillet nous avions assist\u00e9 \u00e0 une \u00e9norme catastrophe \u00e9conomique.\u00a0 Podemos a toutes les possibilit\u00e9s de gagner, ils ont trois mois devant eux pour mener le combat et la bataille \u00e9lectorale en Espagne en novembre fait partie du changement qui arrive en Europe. Tout comme les changements et transformations qui auront lieu dans le reste de l\u2019Europe. Mais revenons aux dommages caus\u00e9s \u00e0 l&rsquo;\u00e9conomie grecque. Ils sont r\u00e9versibles, \u00e0 condition que l\u2019accord soit compl\u00e9t\u00e9. Nous ne sommes pas tous seuls : le projet de Grexit des cercles conservateurs extr\u00e9mistes pour un Grexit est toujours sur la table. Il y restera jusqu\u2019\u00e0 la d\u00e9cision de d\u00e9pr\u00e9ciation de la dette grecque, une d\u00e9cision qui doit d\u00e9terminer si le FMI participera ou non au programme. Je dis que la situation est r\u00e9versible. S&rsquo;il n&rsquo;y avait pas eu de changement politique, le pays, de toute fa\u00e7on, serait contraint de d\u00e9gager des exc\u00e9dents budg\u00e9taires primaires \u00e9quivalents \u00e0\u00a0 3,5% en 2015 et 4,5% \u00e0 partir de 2016 et par la suite. Aujourd\u2019hui, nous avons l&rsquo;obligation, d\u2019arriver en 2018 \u00e0 un exc\u00e9dent de 3,5%. Aujourd\u2019hui nous pouvons n&rsquo;en d\u00e9gager aucun, voire \u00eatre en n\u00e9gatif, arriver \u00e0 1% demain, \u00e0 2,5% en 2017, en fonction de la situation \u00e9conomique. Qu\u2019est-ce que cela signifie en pratique\u00a0? Cela veut dire que le changement politique et la n\u00e9gociation ont sauv\u00e9 l\u2019\u00e9conomie grecque de mesures qui lui auraient co\u00fbt\u00e9 plus de 15 milliards d&rsquo;euros.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Mais l\u2019\u00e9conomie r\u00e9elle devra fait face \u00e0 la hausse de la TVA\u2026 Nous n&rsquo;avons plus notre mot \u00e0 dire sur le niveau de taxation de tel ou tel produit. Ils font irruption tels des gangsters dans la gestion de nos affaires internes&#8230;<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Il n\u2019y a pas de doute l\u00e0-dessus.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Les Grecs ont port\u00e9 la gauche au pouvoir pour arr\u00eater cela&#8230;<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0La gauche a fait tout ce qu\u2019elle a pu et elle va continuer \u00e0 se battre que cela s\u2019arr\u00eate. Mais il faut que la gauche \u2013 et nous tous avec \u2013 se rende compte que nous devons nous battre dans un cadre tr\u00e8s pr\u00e9cis, en mesurant les alternatives qui s\u2019offrent \u00e0 nous. \u00c0 ce stade en particulier les alternatives que nous avions devant nous \u00e9taient soit la faillite d\u00e9sordonn\u00e9e soit le compromis difficile qui nous laisse la possibilit\u00e9 de survivre et de nous battre dans les ann\u00e9es \u00e0 venir pour \u00ab\u00a0casser\u00a0\u00bb cette \u00e9troite mise sous surveillance. Nous avons la possibilit\u00e9 de nous lib\u00e9rer de cette surveillance asphyxiante. Le peuple grec est comme le fugitif qui, parce qu&rsquo;il a tent\u00e9 de s&rsquo;\u00e9chapper de la prison de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9, a \u00e9t\u00e9 plac\u00e9 \u00e0 l&rsquo;isolement. Il m\u00e8ne un combat pour s&rsquo;enfuir mais \u00e0 la fin il est arr\u00eat\u00e9 et jet\u00e9 dans une cellule encore plus \u00e9touffante et plus \u00e9troite. Comment sortir de cette prison d\u00e9sormais ? Certains pr\u00e9conisent de se jeter dans les douves avec les crocodiles ou sur les grillages \u00e9lectriques. Non, ce n\u2019est pas une fa\u00e7on de s\u2019\u00e9chapper : c\u2019est une fa\u00e7on de se suicider. Aujourd&rsquo;hui pour quitter cet isolement il faut susciter une immense vague de solidarit\u00e9 internationale pour aider le peuple grec \u00e0 se lib\u00e9rer du joug de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9. C\u2019est seulement ainsi que nous nous lib\u00e9rerons.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Peut-on encore entrevoir une solution au sein de cette Union Europ\u00e9enne, dans le cadre de cette zone euro\u00a0? C\u2019est un peu une alliance de loups&#8230;<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Nous vivons dans le cadre d\u2019une \u00e9conomie mondialis\u00e9e. Regardez les pays voisins, en dehors de l&rsquo;UE, de la zone euro : la Serbie, l\u2019Albanie. Vous avez l\u2019impression que l\u00e0-bas il n\u2019y a pas d\u2019aust\u00e9rit\u00e9\u00a0? Que les conditions de survie n&rsquo;y sont pas difficiles ? Que ces pays ne sont pas contraints d&rsquo;importer les produits de base\u00a0? Tout d\u2019un coup, le pays deviendrait autonome et pourrait couvrir les besoins pour la survie de la population\u00a0? Nous ne pouvons pas faire \u00e7a du jour au lendemain. Nous sommes donc oblig\u00e9s de voir la r\u00e9alit\u00e9 en face. Et de voir, dans le cadre de cette r\u00e9alit\u00e9, si la lutte des classes existe seulement au niveau des n\u00e9gociations ou aussi au sein du pays. Existe-il, pour un gouvernement de gauche, des possibilit\u00e9s d&rsquo;ouvrir un espace, de cr\u00e9er des respirations de solidarit\u00e9 et de redistribution ? La diff\u00e9rence entre une politique progressiste et une politique conservatrice, au sein de l\u2019\u00e9troit cadre europ\u00e9en est-elle possible ? Nous devrons r\u00e9pondre\u00a0 collectivement \u00e0 ces questions. Cet accord a \u00e9t\u00e9 un choc pour le peuple et pour la gauche. Certains en concluent que dans ce contexte un gouvernement de gauche n\u2019a pas de raison d\u2019\u00eatre. Je suis pr\u00eat \u00e0 d\u00e9battre de ce point de vue. Cela \u00e9quivaut \u00e0 dire au peuple grec : \u00ab\u00a0Nous nous sommes tromp\u00e9s en disant que nous pouvions mettre fin \u00e0 ce m\u00e9morandum, demandons au syst\u00e8me politique d\u00e9chu qui nous a men\u00e9 jusqu\u2019ici de g\u00e9rer cela. Choisissez plut\u00f4t ce syst\u00e8me qui toutes ces derni\u00e8res ann\u00e9es ne n\u00e9gociait pas mais complotait avec la tro\u00efka afin de vous imposer ces mesures. \u00bb Le peuple grec nous r\u00e9pondrait qu\u2019il n\u2019en veut pas, qu\u2019il attend de nous que nous assumions nos responsabilit\u00e9s. Si nous devions renoncer parce que les conditions trop difficiles, comment cela se traduirait-il en pratique\u00a0? Nous ne nous pr\u00e9senterions pas aux prochaines \u00e9lections pour ne pas courir le risque d\u2019\u00eatre \u00e9lus, comme l\u2019a fait le KKE en 1946. Voyons maintenant les choses diff\u00e9remment. Supposons que nous en arrivions \u00e0 la conclusion th\u00e9orique que nous autres les \u00ab\u00a0sages\u00a0\u00bb de la gauche, fa\u00e7onnions mieux les conditions objectives en \u00e9tant dans l\u2019opposition. Si nous avouons au peuple, les yeux dans les yeux, que nous ne pouvons pas g\u00e9rer les choses, en \u00e9tant au gouvernement, comment pourrait-il nous faire confiance pour le faire dans l&rsquo;opposition\u00a0? Dans l\u2019opposition, nous aurions dix fois moins de pouvoir. Si elle suit cette logique, la gauche en arrivera \u00e0 clore volontairement une opportunit\u00e9 historique de mener le combat pour changer les choses \u2013 tant qu\u2019elle le peut \u2013 depuis une position de responsabilit\u00e9s. Au fond, ce serait c\u00e9der \u00e0 la peur des responsabilit\u00e9s.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Ne sommes-nous pas dans une position surr\u00e9aliste, avec des travailleurs appel\u00e9s \u00e0 se battre contre une politique que la gauche est suppos\u00e9e mettre en \u0153uvre\u00a0? C\u2019est une folie !<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0La grande diff\u00e9rence, l\u2019\u00e9norme diff\u00e9rence, et c\u2019est l\u00e0 o\u00f9 se concentre leurs attaques,\u00a0 \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur comme \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur du Parlement, c\u2019est que nous, nous ne revendiquons pas la propri\u00e9t\u00e9 de ce programme. Quand l\u2019opinion publique europ\u00e9enne et mondiale a vu de quelle fa\u00e7on le gouvernement grec et moi-m\u00eame avons \u00e9t\u00e9 contraints \u00e0 ce compromis, personne ne peut pr\u00e9tendre que la propri\u00e9t\u00e9 de ce programme nous revient. Ici permettez-moi de r\u00e9p\u00e9ter la citation de J\u00fcrgen Habermas qui a dit, je le cite mot \u00e0 mot\u00a0 : \u00ab J\u2019ai peur que le gouvernement allemand, y compris sa frange social-d\u00e9mocrate, ait dilapid\u00e9 en l\u2019espace d\u2019une nuit tout le capital politique qu&rsquo;une Allemagne meilleure avait accumul\u00e9 depuis un demi-si\u00e8cle \u00bb. Voici quelle d\u00e9faite politique ont subi nos partenaires europ\u00e9ens. Ici s\u2019ouvre devant nous un espace, tr\u00e8s important, de transformations en Europe. Doit-on l\u2019abandonner, nous qui en sommes les protagonistes, nous qui avons suscit\u00e9 ces fissures\u00a0? Enfin, un gouvernement de gauche oblig\u00e9 de mettre en \u0153uvre ce\u00a0 programme va rechercher en m\u00eame temps les moyens d\u2019en \u00e9quilibrer les cons\u00e9quences n\u00e9gatives, tout en restant dans les combats sociaux, parmi les travailleurs qui se battront.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Mais ils vous couperont l\u2019herbe sous le pied ! Pourquoi vous laisseraient-ils compenser les effets de ces mesures ?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Vous pensez que la n\u00e9gociation s\u2019est arr\u00eat\u00e9e le 12 juillet\u00a0? C\u2019est un combat constant. Tant que nous fa\u00e7onnerons les conditions pour des rapports de force plus propices au niveau europ\u00e9en, ce combat penchera en notre faveur. Il ne faut pas abandonner le combat.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Il y d\u00e9j\u00e0 des rumeurs sur de nouvelles mesures, sur de\u00a0 nouveaux paquets de mesures.<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0J\u2019ai bien peur que ces rumeurs ne naissent ici, avant de se propager \u00e0 l\u2019\u00e9tranger pour ensuite revenir ici.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Cela fait partie du jeu. Mais vous les avez bien entendues vous aussi. Des rumeurs de pr\u00eat-pont.<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Je connais le cadre de l\u2019accord que nous avons sign\u00e9 le 12 juillet au Sommet de la zone euro. Ces obligations fondamentales, ind\u00e9pendamment du fait que nous soyons ou non d\u2019accord avec elles, nous les mettrons en \u0153uvre. Pas une de plus, pas une de moins.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Un auditeur nous dit : \u00ab\u00a0J\u2019ai trois enfants, ils sont au ch\u00f4mage, je travaille \u00e0 temps partiel, je dois m&rsquo;acquitter d&rsquo;une taxe immobili\u00e8re de 751\u20ac, je veux les soutenir mais je n\u2019ai rien !\u00a0\u00bb<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong> C\u2019est la r\u00e9alit\u00e9 de la soci\u00e9t\u00e9 grecque aujourd\u2019hui. Un rapport de l\u2019Institut du travail de la Conf\u00e9d\u00e9ration syndicale des salari\u00e9s du priv\u00e9 \u00e9value \u00e0 4 sur 10 le nombre de personnes en situation de pauvret\u00e9. Nous devons affronter cette r\u00e9alit\u00e9 que nous devons affronter. Si nous abandonnons le combat, ces 4 pauvres sur 10 vont-il cesser d&rsquo;\u00eatre pauvres? Le seul choix, c&rsquo;est de rester, d&rsquo;organiser un mouvement de solidarit\u00e9 et en m\u00eame temps de nous battre pour des mesures qui contrebalancent les cons\u00e9quences n\u00e9fastes des obligations impos\u00e9es par les recettes n\u00e9olib\u00e9rales de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9. Dans le cadre d\u2019un projet que nous allons devoir \u00e9tablir au plus vite, nous allons nous reconstituer pour contre attaquer. Ce projet sera un projet de gauche, il ne peut venir ni de la droite ni de la social-d\u00e9mocratie. Le projet de la droite et de la social-d\u00e9mocratie c\u2019est de dire que s\u2019il n\u2019y avait pas de m\u00e9morandum, il faudrait l\u2019inventer ! Nous, nous affirmons que le m\u00e9morandum est une\u00a0 mauvaise recette. Les alliances en face \u00e9taient trop fortes et nous avons \u00e9t\u00e9 oblig\u00e9s de l&rsquo;accepter.\u00a0 Mais nous livrons un combat pour en retourner les termes, pour nous en d\u00e9sengager petit \u00e0 petit. J&rsquo;entends dire que c\u2019est le pire m\u00e9morandum de tous ceux que nous avons eus. C\u2019est le plus douloureux parce qu\u2019il arrive dans le cadre d\u2019un compromis douloureux. Je suis d\u2019accord l\u00e0-dessus. Mais les deux pr\u00e9c\u00e9dents memoranda se sont traduits par 16% d\u2019ajustement budg\u00e9taire sur quatre ans. Ils comportaient des licenciements collectifs \u00a0&#8211; des licenciements de fonctionnaires, ici nous n\u2019avons pas de licenciements de fonctionnaires, mais nous avons eu des r\u00e9embauches de gens injustement trait\u00e9s. En m\u00eame temps, nous avons la poursuite de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 de mani\u00e8re directe avec\u00a0 l\u2019augmentation de la TVA, dans la restauration par exemple, c&rsquo;est une mesure qui ne va rien donner \u00e0 notre avis et c&rsquo;est un des grands probl\u00e8mes, mais nous n\u2019avons pas de baisse nominale des retraites et des salaires !<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Mais nous avons des baisses indirectes !<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Dites-moi donc o\u00f9 sont ces baisses ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>L&rsquo;augmentation de la TVA se traduira par une perte de pouvoir d&rsquo;achat.<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Je l\u2019ai dit \u00e7a, sur la TVA, je ne vais pas me r\u00e9p\u00e9ter. Mais est-ce la m\u00eame chose que d\u2019avoir des baisses de salaires ou de retraite de 40% comme avec les deux pr\u00e9c\u00e9dents memoranda\u00a0? 40% de baisse nominale sur les retraites, est-ce la m\u00eame chose que la TVA \u00e0 23% sur la restauration ? Cela justifie-t-il que l&rsquo;on juge ce memorandum pire que les deux pr\u00e9c\u00e9dents ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>C&rsquo;est une autre logique&#8230;<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Non nous ne sommes pas dans des logiques diff\u00e9rentes ! Nous sommes tous d\u00e9\u00e7us, nous sommes tous amers, mais de l\u00e0 \u00e0 se charger d\u2019un poids suppl\u00e9mentaire, s&rsquo;auto-fustiger, parce que la gauche s\u2019est habitu\u00e9e \u00e0 un discours de la faute ces quarante derni\u00e8res ann\u00e9es, et ne pas reconna\u00eetre que nous avons r\u00e9ussi quelque chose et que nous allons continuer&#8230;<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Vous n\u2019avez pas d\u00e9crit l\u2019accord qui vous aurait fait dire : \u00ab\u00a0c\u2019est un bon accord\u00a0\u00bb, apr\u00e8s le r\u00e9f\u00e9rendum.<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.\u00a0<\/strong>Oui. Apr\u00e8s le r\u00e9f\u00e9rendum un bon accord aurait \u00e9t\u00e9 celui qui nous aurait donn\u00e9 la possibilit\u00e9 d\u2019assurer nos obligations budg\u00e9taires \u00e0 moyen terme, celles que nous avons assur\u00e9es d\u00e9sormais, en plus de l\u2019engagement sur la dette. Mais avec un cadre de compromis honn\u00eate. D\u2019accord, acceptons les r\u00e8gles de la zone euro, acceptons d\u2019entrer dans une logique de budgets \u00e9quilibr\u00e9s et d\u2019exc\u00e9dents budg\u00e9taires &#8211; mais mod\u00e9r\u00e9s, pour qu\u2019ils soient viables, ces exc\u00e9dents. Des exc\u00e9dents de 1 ou 2% pour \u00e9viter des mesures qui sont, de l\u2019avis des meilleurs \u00e9conomistes de la plan\u00e8te, contre-productives. Par exemple je consid\u00e8re que l\u2019augmentation de la TVA est une erreur. Parce que le pays a besoin d&rsquo;une am\u00e9lioration de l\u2019encaissement des imp\u00f4ts et de la TVA. Cela implique de renforcer les m\u00e9canismes de contr\u00f4le, dans les \u00eeles o\u00f9 il y a actuellement \u00e9norm\u00e9ment de fraude et d&rsquo;\u00e9vitement fiscal ; de convaincre les citoyens de prendre part en demandant des factures, pour am\u00e9liorer l\u2019encaissement. Si on augmente l\u2019encaissement de 3%, on encaissera d\u2019avantage que ce qui est pr\u00e9vu avec l\u2019augmentation de 10% de la TVA dans la restauration. Je dis des choses logiques, il n&rsquo;y a l\u00e0 rien d\u2019incroyable. De m\u00eame je consid\u00e9rerais comme logique de ne pas imposer une pression fiscale suppl\u00e9mentaire sur des secteurs touch\u00e9s par la crise, comme l&rsquo;agriculture. L\u00e0 nous devons trouver des mesures qui compensent cette pression fiscale suppl\u00e9mentaire.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Mais qui sont vraiment les agriculteurs ? Ils ne sont pas tous les m\u00eames. La Gr\u00e8ce compte-elle 800.000 agriculteurs ? On ne peut pas caresser certaines cat\u00e9gories dans le sens du poil\u2026<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Certaines cat\u00e9gories sociales sont habitu\u00e9es \u00e0 ne pas faire face \u00e0 leurs obligations et \u00e0 revendiquer sans crit\u00e8res de justice. Nous devons nous attaquer \u00e0 tout cela. D\u2019autre part, nous devons comprendre que ces changements ne peuvent pas intervenir dans un contexte de conflit social, mais seulement dans un contexte de coh\u00e9sion sociale. Mais l\u00e0 vous m\u2019offrez l\u2019occasion de prendre position sur les nombreux choix qui peuvent se faire, dans une perspective progressiste, m\u00eame dans le cadre d\u2019un ajustement budg\u00e9taire difficile impos\u00e9 de l\u2019\u00e9tranger. Prenons les exemples de la fraude fiscale, de la corruption. La gauche sera jug\u00e9e sur sa capacit\u00e9 \u00e0 \u00a0les affronter Peut-on suivre un programme politique de gauche, une politique socialement juste sans contr\u00f4le de ceux qui fraudent depuis des ann\u00e9es, envoient de l\u2019argent \u00e0 l\u2019\u00e9tranger, au vu et au su de tous, tout en restant hors d\u2019atteinte ? Nous serons jug\u00e9s l\u00e0-dessus.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Qui peut arr\u00eater ceux-l\u00e0 ? Est-ce si difficile, pour l&rsquo;administration, de rep\u00e9rer les comptes depuis lesquels l&rsquo;argent est transf\u00e9r\u00e9 \u00e0 l\u2019\u00e9tranger ?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Cela demande du temps et de la m\u00e9thode. Je dois avouer que ces derniers six mois, notre attention a \u00e9t\u00e9 accapar\u00e9e par les confrontations li\u00e9es \u00e0 la n\u00e9gociation. Mais il n\u2019y a pas que la n\u00e9gociation ! Si l&rsquo;on consid\u00e8re que les \u00e9trangers sont responsables de tout ce qui ne marche pas dans le pays, on d\u00e9roule le tapis rouge \u00e0 la bourgeoisie et \u00e0 l\u2019oligarchie locale qui ont men\u00e9 le pays \u00e0 la catastrophe. Nous devons nous occuper de l\u2019oligarchie int\u00e9rieure, cela implique de r\u00e9orienter notre projet, notre plan de bataille, de confrontation et de conflit, contre l\u2019oligarchie qui a conduit le pays \u00e0 la destruction et qui continue \u00e0 contr\u00f4ler des centres de pouvoir. Certains diront : mais l\u00e0 aussi vous allez vous retrouver avec la Tro\u00efka comme adversaire ! Oui. Mais alors chacun devra prendre ses responsabilit\u00e9s publiquement. C&rsquo;est une chose que la Tro\u00efka dise : \u00ab\u00a0Je ne veux pas que vous ayez des d\u00e9ficits\u00a0\u00bb &#8211; m\u00eame si on n\u2019est pas d\u2019accord avec sa politique &#8211; et c\u2019en est une autre qu&rsquo;elle dise : \u00ab\u00a0 Je ne veux pas que les riches de votre pays soient mis \u00e0 contribution et je veux que les pauvres paient toute l&rsquo;addition\u00a0\u00bb. La Tro\u00efka prendra publiquement ses responsabilit\u00e9s, elle devra rendre des comptes devant l&rsquo;opinion internationale parce qu\u2019en ce moment tous nous regardent,\u00a0 l\u2019Europe et le monde entier. Je suis all\u00e9 au Parlement europ\u00e9en, il y avait une immense dichotomie : la moiti\u00e9 de notre c\u00f4t\u00e9 et l\u2019autre moiti\u00e9 avec ceux d\u2019en face. Tout le monde regarde vers la Gr\u00e8ce ! Il faut donc que nous prenions des initiatives, dans le sens de grands changements, des r\u00e9formes au contenu progressiste, qui vont changer le syst\u00e8me politique, combattre la corruption, la fraude fiscale, les pratiques de l&rsquo;oligarchie. Voil\u00e0 les buts que doit se donner une politique progressiste et radicale pour notre pays.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Des combats n\u2019ont pas \u00e9t\u00e9 men\u00e9s par le gouvernement de gauche. Par exemple, sur les mines d\u2019or de Skouri\u00e8s o\u00f9 les citoyens se sont dress\u00e9s contre la compagnie Ellinikos Chrysos. Le gouvernement de droite a poursuivi et r\u00e9prim\u00e9 ces citoyens. La Compagnie Ellinikos Chrysos fonctionne encore.<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0\u00c0 Skouri\u00e8s ce que je sais c\u2019est que l\u2019entreprise se plaint, elle r\u00e9clame une d\u00e9cision car elle n\u2019a pas encore re\u00e7u d\u2019autorisation pour continuer l\u2019extraction et la s\u00e9paration de l&rsquo;or sur place. Ce combat continue. Pas seulement contre les grands int\u00e9r\u00eats. C\u2019est aussi un combat qui se livre sur place contre des int\u00e9r\u00eats locaux. Il faut trouver un modus vivendi parce que de l\u2019autre c\u00f4t\u00e9, ils avancent l&rsquo;argument de l&#8217;emploi.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Mais nous sommes d&rsquo;un c\u00f4t\u00e9, pas de l&rsquo;autre !<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Nous sommes un gouvernement, nous avons des responsabilit\u00e9s, nous ne pouvons pas mettre 5000 salari\u00e9s au ch\u00f4mage. Il faut trouver une solution. Ce dossier \u00e9tait g\u00e9r\u00e9 par Panayotis Lafazanis en tant que ministre [de l&rsquo;\u00c9nergie et de la Reconstruction productive, qui a quitt\u00e9 le gouvernement le 18 juillet, NDLR]. Il est aujourd&rsquo;hui repris par Panos Skourletis. Ce n&rsquo;est pas encore r\u00e9gl\u00e9 mais je suis certain que la solution prendra en compte \u00e0 la fois la coh\u00e9sion, la justice sociale et le bon droit du combat citoyen.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Quels citoyens ? Ceux qui se battent contre cet \u00ab\u00a0investissement\u00a0\u00bb ou ceux qui r\u00e9clament du travail ?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0La justice sociale implique que les gens qui travaillaient ne perdent pas leur emploi. Le droit du combat citoyen, c\u2019est celui des gens qui se battent pour l\u2019environnement et pour leurs vies. Je suis clair l\u00e0-dessus.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Concernant les m\u00e9dias de masse, il y a depuis des ann\u00e9es un environnement anarchique. Le gouvernement a pris des engagements, un projet de loi a \u00e9t\u00e9 d\u00e9pos\u00e9. Cela se fait-il dans un esprit de revanche ? Les nouveaux acteurs qui vont surgir dans le paysage audiovisuel seront-ils plus honn\u00eates ? Le gouvernement favorisera-t-il ses amis, l\u2019entourage des ministres ?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Je ne pense pas qu\u2019il y ait de place pour un sentiment de revanche dans le projet de loi. Il exprime pour la premi\u00e8re fois la volont\u00e9 de mettre de l\u2019ordre et d\u2019imposer des r\u00e8gles dans ce secteur. Lorsque quelqu\u2019un veut utiliser un bien public, il a le devoir de payer au secteur public le loyer \u00e9quivalent \u00e0 l\u2019usage de ce bien public &#8211; et il a le devoir aussi de respecter certaines r\u00e8gles sur la mani\u00e8re de g\u00e9rer ce bien public. Il ne s&rsquo;agit pas seulement d&rsquo;imprimer un journal et de le vendre \u00e0 celui qui veut bien l&rsquo;acheter. Il y a usage du domaine public, donc il faut respecter quelques r\u00e8gles ! Pour la premi\u00e8re fois depuis l\u2019entr\u00e9e des investisseurs priv\u00e9s dans le secteur audiovisuel, il va y avoir une r\u00e8glementation, le cadre va \u00eatre r\u00e9glement\u00e9. Tous ceux qui, jusqu&rsquo;ici, ne respectent pas leurs engagements envers la loi seront oblig\u00e9s de les respecter&#8230;\u00a0 Les consultations qui vont suivre le projet de loi nous permettrons d&rsquo;entendre les positions des uns et des autres.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Ces consultations seront-elles ouvertes \u00e0 tous et sinc\u00e8res ?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Nous entendrons toutes les parties, journalistes, propri\u00e9taires de m\u00e9dias et nous sommes pr\u00eats \u00e0 entendre tous les points de vue. Ce qui compte c\u2019est que nous puissions dire au peuple grec \u00a0&#8211; et s\u2019il doit y avoir des am\u00e9liorations, des modifications, nous sommes pr\u00eats \u00e0 l\u2019entendre, &#8211; que ce secteur va enfin \u00eatre r\u00e9gul\u00e9 et qu\u2019il le sera dans la l\u00e9galit\u00e9. Aucun groupe de presse ne pourra plus dissimuler des pertes financi\u00e8res et en m\u00eame temps b\u00e9n\u00e9ficier de facilit\u00e9s de la part du syst\u00e8me bancaire priv\u00e9 en contrepartie d&rsquo;un soutien \u00e0 certains acteurs du syst\u00e8me politique. Dans ce triangle de l\u2019intrication, de la corruption, ce triangle du p\u00each\u00e9, des entreprises de\u00a0 presse en d\u00e9ficit se voyaient accorder des pr\u00eats bancaires de mani\u00e8re scandaleuse tandis que des entreprises saines, dans les autres secteurs d\u2019activit\u00e9, ne pouvaient obtenir de pr\u00eats. Ce triangle scandaleux est termin\u00e9. L\u2019information des citoyens est un bien public, elle doit \u00eatre objective, se plier \u00e0 des r\u00e8gles et le fonctionnement des entreprises de presse et des mass media doit se faire dans la transparence selon les r\u00e8gles applicables \u00e0 toutes les entreprises du pays.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><i>Des auditeurs nous interpellent sur les violences polici\u00e8res, puisque nous avons abord\u00e9 le sujet des mines d\u2019or de Skouri\u00e8s. C\u2019est un gouvernement de gauche qui r\u00e9prime les manifestation<\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><i>s. Il y a eu des membres cass\u00e9s, parfois.<\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Alexis Tsipras.\u00a0Je n\u2019en doute pas, mais la diff\u00e9rence, c\u2019est qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucune volont\u00e9 politique de couvrir, de cacher ces faits. Au contraire. Il faut faire toute la lumi\u00e8re sur ces violences et mettre \u00e0 la disposition de la justice ceux qui provoquent ces incidents, laisser la loi faire son travail. Le r\u00f4le du policier n\u2019est pas de tabasser ou de dissoudre la l\u00e9gitimit\u00e9 d\u2019une manifestation publique, comme nous l&rsquo;avons v\u00e9cu ces derni\u00e8res ann\u00e9es. Tout de m\u00eame sur ce point il y a eu des changements importants.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Nous nous \u00e9tions heureux du retrait des grilles autour du Parlement. Elles sont de retour aujourd&rsquo;hui.<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Quand \u00e7a ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Je les ai revues.<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Vous parlez des incidents qui ont eu lieu. Des cocktails Molotov ont explos\u00e9 devant les gens il a failli y avoir des bless\u00e9s graves. Quinze personnes de nationalit\u00e9s \u00e9trang\u00e8res ont \u00e9t\u00e9 arr\u00eat\u00e9es pour cette raison. Est-ce que quelqu&rsquo;un a relev\u00e9 ce fait ? Entendons-nous bien : o\u00f9 \u00e9taient les grandes foules, les grandes passions ? Juste ces quinze \u00e9trangers !\u00a0 Que voulaient-ils ? Attention ! Il ne s&rsquo;agissait pas de migrants. Je ne sais pas s&rsquo;il s&rsquo;agissait de provocateurs li\u00e9s \u00e0 des services secrets \u00e9trangers. Je l&rsquo;ignore, ce point reste \u00e0 \u00e9claircir. Peut-\u00eatre s&rsquo;agissait-il de militants solidaires. Cela ne m\u2019int\u00e9resse pas. Mais je suis d\u00e9sol\u00e9 : pourquoi ne relevez-cous pas aussi ces faits-l\u00e0 ? Certaines actions, certains mouvements, je parle objectivement, fonctionnent de fa\u00e7on provocatrice. Que doit faire la police, dans une d\u00e9mocratie, lorsqu&rsquo;une pluie de cocktails Molotov s&rsquo;abat aux abords d&rsquo;une manifestation, mena\u00e7ant de bruler vifs des manifestants\u00a0? Doit-elle laisser faire, jusqu\u2019\u00e0 ce qu\u2019il y ait mort d\u2019homme\u00a0?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Pourquoi vous mettez vous en col\u00e8re ?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Parce que je suis dans un environnement familier et que j\u2019aime me mettre en col\u00e8re en terrain connu [rires].<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Venons-en aux questions relatives au parti. Comment avez-vous fait pour faire des probl\u00e8mes internes \u00e0 Syriza des probl\u00e8mes de la Gr\u00e8ce\u00a0? Il n\u2019y a que Syriza pour r\u00e9ussir un tour pareil.<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong> [Rires] Non, il n&rsquo;est pas question d&rsquo;en faire un probl\u00e8me du pays. Le pays avance dans le cadre de la Constitution, selon laquelle les d\u00e9cisions sont prises par les repr\u00e9sentants du peuple au Parlement grec.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le gouvernement, le Conseil des ministres assume une responsabilit\u00e9 collective et le cadre dans lequel les d\u00e9cisions sont prises est clairement d\u00e9fini. \u00c0 partir de l\u00e0, Syriza\u00a0 est le parti gouvernemental, il joue un r\u00f4le important sur la sc\u00e8ne politique et se doit, en respectant sa propre \u00ab\u00a0Constitution\u00a0\u00bb, c&rsquo;est-\u00e0-dire ses statuts, dans un cadre d\u00e9mocratique, de prendre des d\u00e9cisions. Il y a un d\u00e9calage li\u00e9 \u00e0 la \u00ab\u00a0violente maturation\u00a0\u00bb de Syriza, qui est pass\u00e9 tr\u00e8s vite d\u2019un parti \u00e0 4% \u00e0 un parti dans lequel une grande majorit\u00e9 du peuple grec place ses espoirs et ses attentes. C&rsquo;est un parti de 30\u00a0000, soutenu par 3 millions de citoyens. Malgr\u00e9 tout, les partis doivent fonctionner dans les cadres fix\u00e9s par leurs statuts. Nous devons mener la discussion, pour savoir si Syriza doit s\u2019ouvrir, \u00eatre en phase avec les angoisses, les espoirs de sa base sociale. Nous ne l&rsquo;avons pas fait plus t\u00f4t, c&rsquo;est une faute de notre part. Ce d\u00e9bat est d\u00e9sormais ouvert et les 30\u00a0000 membres de Syriza devront prendre des d\u00e9cisions.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Si Syriza s\u2019ouvre il devra changer. Aujourd\u2019hui, Syriza est per\u00e7u comme un parti de la gauche radicale. Doit-il le rester, devenir un grand parti progressiste ou un parti social-d\u00e9mocrate ?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Cette pens\u00e9e ne traverse l\u2019esprit de personne \u00e0 Syriza. Pourquoi la posez-vous donc ici\u00a0?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Parce que c&rsquo;est une crainte qui s&rsquo;exprime.<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Une crainte ou un d\u00e9sir\u00a0?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>J\u2019imagine que beaucoup souhaitent voir Syriza devenir un parti social-d\u00e9mocrate.<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0La social-d\u00e9mocratie \u00e0 deux expressions en Gr\u00e8ce [Le Pasok et le Mouvement des d\u00e9mocrates socialistes de Georges Papandr\u00e9ou, NDLR], trois en comptant Dimar [Parti pro-m\u00e9morandum issu d&rsquo;une scission de Syriza, NDLR], peut-\u00eatre plus si d\u2019autres partis se cr\u00e9ent. La social-d\u00e9mocratie se trouve dans une impasse strat\u00e9gique, pourquoi Syriza voudrait-il s\u2019engager dans cette impasse strat\u00e9gique ? Personne au sein de Syriza ne souhaite cela. Nous ne devons pas nous cacher les probl\u00e8mes mais y faire face avec honn\u00eatet\u00e9. Il y a deux ans, en juillet 2013, Syriza tenait son premier congr\u00e8s. Notre principal but \u00e9tait de cr\u00e9er un parti uni, un parti du futur. Il faut reconna\u00eetre que Syriza n\u2019est pas devenu un parti uni. L\u2019effort pour transformer une coalition en parti unitaire \u00e9tait honn\u00eate mais nous ne sommes pas parvenus au r\u00e9sultat recherch\u00e9.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>La responsabilit\u00e9 est partag\u00e9e par tous&#8230;<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong> Bien s\u00fbr\u00a0! Je suis le premier \u00e0 l&rsquo;assumer.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Syriza compte de nombreuses tendances, malgr\u00e9 la d\u00e9cision de former un parti uni.<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0C\u2019est\u00a0 une r\u00e9alit\u00e9. O\u00f9 se situent les responsabilit\u00e9s ? C&rsquo;est une discussion. Mais regardons la r\u00e9alit\u00e9, demandons-nous comment r\u00e9soudre ce probl\u00e8me. Un cadre ou un membre du parti qui n\u2019appartient \u00e0 aucune des tendances constitu\u00e9es n&rsquo;a pas les m\u00eames droits que les autres. Tel que je le comprends, cette personne est exclue du processus de d\u00e9cision. Elle n\u2019est m\u00eame pas tenue inform\u00e9e. C\u2019est dans ce sens que nous devons voir et juger les choses, calmement, \u00e0 froid, en camarades. Le Secr\u00e9tariat politique n\u2019est pas le seul centre de d\u00e9cision, il en existe beaucoup d\u2019autres, ces centres s\u2019entrecroisent. Voil\u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 que nous devons affronter. Pour certains, cette r\u00e9alit\u00e9 peut \u00eatre le mod\u00e8le de fonctionnement moderne d\u2019un parti d\u00e9termin\u00e9. Je peux accepter cela aussi. Mais alors, mettons-y des conditions et des r\u00e8gles. Mon opinion est que cela peut fonctionner, \u00eatre positif dans le cadre d\u2019un parti pluraliste dans l\u2019opposition. Mais quand un parti exerce le pouvoir, ce mod\u00e8le n\u2019est pas limit\u00e9 aux affaires internes, il est transpos\u00e9 au Parlement, cela ne peut pas fonctionner. Un parti ne peut pas, quand il est au gouvernement et qu\u2019il s&rsquo;appuie sur une majorit\u00e9 de 161 si\u00e8ges, dans le cadre d\u2019un gouvernement de coalition, fonctionner avec des centres de pouvoir parall\u00e8les. Qu\u2019il y est une r\u00e9union du groupe parlementaire et des r\u00e9unions dans des h\u00f4tels pour que certains d\u00e9put\u00e9s d\u00e9cident de leur position, cela ne peut pas fonctionner. Je ne dis pas que c\u2019est bien ou mal. Je dis simplement que \u00e7a ne peut pas \u00eatre efficace. On ne peut pas avoir une majorit\u00e9 gouvernementale \u00e0 la carte. Un coup avec ceux-l\u00e0, un coup avec les autres. Je ne suis pas partisan du centralisme d\u00e9mocratique, et vous le savez. Je ne peux accepter que le pluralisme pour un parti\u2026<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>L\u00e0-dessus nous sommes en d\u00e9saccord.<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong> Oui, vous vous \u00eates de l\u2019ancienne \u00e9cole, je le sais. Je ne suis pas pour le centralisme d\u00e9mocratique ni m\u00eame pour la fermeture de nos r\u00e9unions. Je suis pour la transparence, pour que tous les points de vue puissent s&rsquo;exprimer, \u00eatre pris en compte et que nos d\u00e9cisions soient prises de fa\u00e7on d\u00e9mocratique. Mais lorsqu&rsquo;on prend la d\u00e9cision de gouverner un pays, il faut le gouverner. Ce n&rsquo;est pas une question d&rsquo;ordre moral, ni de conscience, c\u2019est une question d\u2019efficacit\u00e9 \u00e9l\u00e9mentaire. Si la d\u00e9cision collective d\u2019un parti est de gouverner, il faut que les d\u00e9cisions collectives soient respect\u00e9es et soutenues par tous les d\u00e9put\u00e9s sinon, comme le disent les statuts du groupe parlementaire, les d\u00e9put\u00e9s qui s\u2019y opposent doivent rendre leur si\u00e8ge pour le laisser au suivant. Ce n\u2019est pas possible autrement.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i> <\/i><i><strong>Avez-vous demand\u00e9 \u00e0 des d\u00e9put\u00e9s de rendre leurs si\u00e8ges\u00a0?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Non, je ne l&rsquo;ai pas fait. Ce sont des questions qui rel\u00e8vent du groupe parlementaire. Mais\u00a0 je ne veux pas sous-estimer le probl\u00e8me capital pos\u00e9 par un d\u00e9saccord strat\u00e9gique que je respecte.\u00a0 Lorsqu&rsquo;un parti n\u2019est pas uni mais pluriel, des limites se posent quand ce parti se trouve en situation de gouverner. On ne peut pas transposer son multi-centrisme au sein du gouvernement et de la majorit\u00e9 parlementaire. Il y a des diff\u00e9rences de strat\u00e9gie, cela ne fait pas de doute. Je les respecte, je respecte l\u2019opinion oppos\u00e9e, je ne fonctionne pas avec une culture du chef, une culture qui proclame que l\u2019autre point de vue doit \u00eatre noy\u00e9, c\u2019est pour cela que je n\u2019ai pas demand\u00e9, de sanctions, ce que pr\u00e9voient les statuts du groupe parlementaire, concernant les votes n\u00e9gatifs. Ce que je demande c\u2019est que nous allions vers un processus collectif o\u00f9 le parti prendra des d\u00e9cisions. Une fois qu&rsquo;elles seront prises, que l\u2019on s\u2019entende, que l\u2019on fonctionne et que l\u2019on avance. On ne pas dire \u00ab\u00a0Je vote contre les propositions du gouvernement mais je soutiens le gouvernement\u00a0\u00bb. Pour moi c\u2019est trop surr\u00e9aliste. Comme je vous l\u2019ai dit je respecte la diff\u00e9rence d\u2019opinion, je suis le premier \u00e0 demander des proc\u00e9dures collectives. Mais je ne peux pas nier le fait que j&rsquo;ai \u00e9t\u00e9\u00a0 surpris, m\u00eame \u00e0 titre personnel, de la position de certains camarades. Certains disent qu\u2019il ne faut pas montrer ses sentiments en politique, je ne fais pas partie de ces gens-l\u00e0, je consid\u00e8re que les sentiments font partie de la politique et que personne ne peut les cacher. Avec beaucoup de ces camarades nous menions des combats et nous \u00e9tions \u00e0 la m\u00eame table avec la m\u00eame angoisse il y a quelques jours. Avec l\u2019angoisse commune que l&rsquo;effondrement du syst\u00e8me bancaire signerait notre destruction politique et morale face au mouvement populaire, aux travailleurs et \u00e0 l\u2019histoire de la gauche. Nous ressentions la m\u00eame angoisse dans le combat, dans la recherche de solutions. Nous nous sommes battus pour le r\u00e9f\u00e9rendum et nous connaissions l&rsquo;alternative pos\u00e9e devant nous. Ces m\u00eames personnes, apr\u00e8s le rude combat que j\u2019ai men\u00e9 pendant dix-sept heures, avec cette\u00a0 alternative \u00e0 ma disposition, ont consid\u00e9r\u00e9 opportun de dire le lendemain : \u00ab\u00a0Bien, maintenant que tu t\u2019es assur\u00e9 que les banques ne fermeront pas et que notre destruction ne viendra pas, nous te laissons la responsabilit\u00e9 de cet accord et nous gardons les lauriers de la puret\u00e9 id\u00e9ologique\u00a0\u00bb. Je ne fais pas allusion \u00e0 la position politique, je le r\u00e9p\u00e8te, je respecte les diff\u00e9rences de strat\u00e9gie, l\u2019avis selon lequel la gauche ne peut pas gouverner le pays sous de telles conditions. Cela, je le respecte.\u00a0 Je ne parle ni d\u2019opinion ni de strat\u00e9gie mais des limites de nos valeurs collectives, du cadre moral dans lequel se d\u00e9finit la solidarit\u00e9 au sein d\u2019un parti, au sein d\u2019un gouvernement et au sein d\u2019un groupe parlementaire. Ceux qui, la veille, partageaient mon angoisse m&rsquo;ont dit, le lendemain : \u00ab\u00a0Je te soutiens, mais prends seul la responsabilit\u00e9 du compromis, moi je garde le droit de voter contre\u00a0\u00bb.\u00a0 Je m\u2019attendais \u00e0 ce qu\u2019ils me disent\u00a0 : \u00ab Nous avons une estimation diff\u00e9rente de notre capacit\u00e9 \u00e0 continuer mais les valeurs \u00e9l\u00e9mentaires de solidarit\u00e9 nous imposent de soutenir le gouvernement et le Premier ministre jusqu\u2019\u00e0 ce que soit possible l\u2019accord \u2013 parce qu\u2019il n\u2019existe pas encore, de voter pour tout en soulignant notre d\u00e9saccord, y compris durant le vote et ensuite de demander la red\u00e9finition de la strat\u00e9gie du parti et donc du gouvernement \u00e0 travers une proc\u00e9dure de d\u00e9bat collectif comme le pr\u00e9voient nos statuts\u00a0\u00bb. Voil\u00e0 ce qu&rsquo;aurait d\u00fb \u00eatre une position de solidarit\u00e9. Je ne comprends pas cette posture, ou plut\u00f4t je comprends qu\u2019elle est li\u00e9e \u00e0 des d\u00e9cisions prises il y a d\u00e9j\u00e0 longtemps. Des d\u00e9cisions de rupture. Des d\u00e9cisions qui peuvent conduire \u00e0 l\u2019implosion. Je suis le garant de l\u2019unit\u00e9 de Syriza, en tant que pr\u00e9sident du parti et j\u2019irai jusqu\u2019au bout de mon effort pour garantir cette unit\u00e9. Mais l&rsquo;unit\u00e9 forc\u00e9e, \u00e7a n\u2019existe nulle part.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Rien n&rsquo;indique que ces d\u00e9cisions \u00e9taient planifi\u00e9es, les choses sont arriv\u00e9es rapidement. Ceux qui, au Parlement, brandissaient le oui et ceux qui brandissaient le non partageaient la m\u00eame douleur&#8230;<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 class=\"field-item even\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0La vie nous dira si mes peurs sont fond\u00e9es ou injustifi\u00e9es. Mais voil\u00e0 quelles \u00e9taient mes attentes \u00e0 l&rsquo;endroit de camarades avec qui nous avons fait tant de chemin, avec nos d\u00e9saccords mais toujours ensemble dans les moments difficiles. J&rsquo;ai d\u00fb g\u00e9rer une r\u00e9alit\u00e9 terrible, impitoyable. Si\u00a0 quelqu\u2019un pense que Tsipras, en tant que Premier ministre, le 12 juillet, avait d&rsquo;autres choix et qu&rsquo;il a d\u00e9cid\u00e9 de ne pas les suivre pour trahir ses principes et maintenir le pays dans l&rsquo;asphyxie, qu\u2019il l\u2019explique publiquement, sans manipulations. Et qu\u2019il nous dise quel \u00e9tait ce plan alternatif.<\/h3>\n<h3 class=\"field-item even\" style=\"text-align: justify;\">Quel \u00e9tait donc ce plan que j&rsquo;aurais choisi de ne pas suivre ? Posons ce d\u00e9bat en toute honn\u00eatet\u00e9. Pas en prof\u00e9rant des accusations d&rsquo;apostasie. Discutons de la monnaie, de l&rsquo;orientation europ\u00e9enne du pays ! Mais en des termes structur\u00e9s, qui tiennent la route, pas seulement en th\u00e9orie mais en pratique aussi. Dans le programme de Syriza, notre priorit\u00e9 absolue est d\u2019emp\u00eacher la catastrophe humanitaire. Si notre plan th\u00e9orique ne prend pas en compte cette priorit\u00e9 alors c&rsquo;est un plan\u00a0 sans fondement. Je n&rsquo;ai pas demand\u00e9 au peuple grec de voter \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb pour aller \u00e0 la drachme. Et pour autant que je sache, la majorit\u00e9 du peuple grec n&rsquo;a pas compris la question du r\u00e9f\u00e9rendum en ces termes. Dire que ce grand \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb \u00e9tait un grand \u00ab\u00a0oui\u00a0\u00bb \u00e0 la drachme, c&rsquo;est manipuler la v\u00e9rit\u00e9. Manipulation que nous n\u2019avons pas le droit de faire face \u00e0 notre histoire, \u00e0 nos combats, \u00e0 notre dialogue d\u00e9mocratique entre \u00e9gaux. Nous n\u2019avons pas le droit d\u2019essayer de r\u00e9gler nos diff\u00e9rences dans un tel cadre.<\/h3>\n<h3 class=\"field-item even\" style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Vous posez la question de vos rapports \u2013 non pas au niveau personnel, mais institutionnel, avec le Parlement et avec sa pr\u00e9sidente, Zo\u00e9 Konstantopoulou.<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 class=\"field-item even\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0J\u2019ai exprim\u00e9 ma pr\u00e9occupation, tant \u00e0 elle en personne que publiquement. Nos relations sont des relations d\u2019estime, il n\u2019y a aucun doute l\u00e0-dessus. \u00c0 partir de l\u00e0, les choix de chacune et de chacun, notamment lorsqu\u2019on occupe des responsabilit\u00e9s institutionnelles, produisent des r\u00e9sultats. De facto. Se trouver face \u00e0 quelqu&rsquo;un qui vous dit : \u00ab\u00a0Je te d\u00e9nonce pour te prot\u00e9ger\u00a0\u00bb, c&rsquo;est surr\u00e9aliste. Je ne suis pas un enfant, j\u2019ai d\u2019autres fa\u00e7ons de me prot\u00e9ger [Rires]. Maintenant, si cela induit un mauvais fonctionnement institutionnel nous en jugerons dans la prochaine p\u00e9riode. Si la volont\u00e9 est de jouer la gu\u00e9rilla pour finir par voter, \u00e9puis\u00e9s, \u00e0 six heures du matin, en dormant sur les bancs de la Vouli, afin de montrer que de cette fa\u00e7on, on r\u00e9siste \u00e0 la Tro\u00efka, que dire ?\u00a0 Ce sont des enfantillages.<\/h3>\n<h3 class=\"field-item even\" style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Quelles est la position du pr\u00e9sident de la R\u00e9publique face \u00e0 la crise\u00a0?<\/strong><\/i><\/h3>\n<p><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0Le pr\u00e9sident de la R\u00e9publique, avec beaucoup d\u2019angoisse, s\u2019est positionn\u00e9 sur ces d\u00e9cisions difficiles et il respecte scrupuleusement le cadre institutionnel de ses pr\u00e9rogatives. Je me souviens que tout le monde lui \u00e9tait tomb\u00e9 dessus, lui demandant de ne pas accepter le r\u00e9f\u00e9rendum. Il a fait son devoir, comme le d\u00e9finissait la Constitution, mais au-del\u00e0 du cadre constitutionnel, au-del\u00e0 des clich\u00e9s institutionnels et du protocole, je pense qu\u2019il ressent une sinc\u00e8re angoisse pour le pays. Une angoisse qu\u2019il me communique quotidiennement. Nous avons des opinions diff\u00e9rentes mais c\u2019est une collaboration exceptionnelle.<\/p>\n<p><i><strong>Faut-il aller \u00e0 des \u00e9lections l\u00e9gislatives anticip\u00e9es ?<\/strong><\/i><\/p>\n<h3 class=\"field-item even\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0J\u2019aurais \u00e9t\u00e9 le dernier \u00e0 vouloir des \u00e9lections, si nous avions une majorit\u00e9 parlementaire garantie, pour aller jusqu&rsquo;\u00e0 la fin du programme et \u00e0 la sortie des memoranda, tout en menant le combat afin d&rsquo;\u00eatre jug\u00e9s non pas sur des intentions, mais sur une politique de confrontation avec l\u2019oligarchie, de respiration, de redistribution, de soutien aux plus faibles. Mais si nous n\u2019avons pas la majorit\u00e9 parlementaire je serai oblig\u00e9, nous serons oblig\u00e9s d\u2019aller vers des \u00e9lections. Cela tiendra en grande partie aux d\u00e9cisions prises au niveau du parti, \u00e9tant donn\u00e9es les dissensions exprim\u00e9es au sein du comit\u00e9 central et du groupe parlementaire.<\/h3>\n<p><i><strong>Quelle est votre proposition au niveau du Comit\u00e9 Central\u00a0?<\/strong><\/i><\/p>\n<h3 class=\"field-item even\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong> Je pense que ma proposition est une proposition logique. Nous avons un parti, avec\u00a0 des membres, il faut leur faire confiance, entendre leurs r\u00e9ponses, de fa\u00e7on ordonn\u00e9e, d\u00e9mocratique.\u00a0 Qu\u2019il y ait une proc\u00e9dure structur\u00e9e, pour un congr\u00e8s extraordinaire, \u00e9tant donn\u00e9 que ce sont des conditions d\u2019urgences qui se profilent. Les proc\u00e9dures devraient \u00eatre lanc\u00e9es juste apr\u00e8s les vacances d\u2019\u00e9t\u00e9, d\u00e8s septembre il faut qu\u2019il y ait un congr\u00e8s, que soient \u00e9lus des d\u00e9l\u00e9gu\u00e9s appel\u00e9s \u00e0 trancher des d\u00e9saccords strat\u00e9giques critiques, \u00e0 d\u00e9finir la voie de la gauche \u00e0 partir de maintenant, le nouveau plan strat\u00e9gique, le nouveau programme.<\/h3>\n<h3 class=\"field-item even\" style=\"text-align: justify;\">\u00c0 partir de l\u00e0, si des membres du Comit\u00e9 Central exigent que le parti se positionne imm\u00e9diatement, avant la conclusion de l&rsquo;accord\u2026 j&rsquo;aurai\u00a0 une bombe entre les mains [rires]. Mais enfin si telle est l\u2019exigence, la moindre des choses serait que ce d\u00e9bat crucial pour le futur de la gauche et pour le futur du pays ne soit pas simplement pos\u00e9\u00a0 au niveau de la direction du parti. Que les adh\u00e9rents s\u2019expriment. Et comme en si peu de temps il n\u2019existe pas d\u2019autre moyen de leur demander leur avis que par un bulletin. Si telle est l\u2019exigence, la d\u00e9mocratie \u00e9tant toujours la solution, comme le peuple, le parti devrait voter et d\u00e9cider rapidement. Ce qui n\u2019invalide pas pour autant la proposition d\u2019un congr\u00e8s extraordinaire par la suite, pour r\u00e9soudre les probl\u00e8mes de strat\u00e9gie.<\/h3>\n<h3 class=\"field-item even\" style=\"text-align: justify;\"><i><strong>Une derni\u00e8re question. Durant tout ce parcours, depuis cinq mois, quelle a \u00e9t\u00e9 votre erreur\u00a0?<\/strong><\/i><\/h3>\n<h3 class=\"field-item even\" style=\"text-align: justify;\"><strong>Alexis Tsipras.<\/strong>\u00a0S&rsquo;il n\u2019y en avait qu\u2019une je serais un homme heureux ! [Rires]<\/h3>\n<p><i><strong>La plus grande?<\/strong><\/i><\/p>\n<p><strong>Alexis Tsipras.<\/strong> Ce n\u2019est que plus tard que quelqu\u2019un pourra en juger. Disons que cette confrontation frontale avec les principaux pouvoirs en Europe, aurait d\u00fb avoir lieu plus t\u00f4t. Nous avons \u00e9t\u00e9 emport\u00e9s apr\u00e8s le 20 f\u00e9vrier dans une n\u00e9gociation qui \u00e9tait une guerre d&rsquo;usure. Je dois avouer cependant qu&rsquo;il n&rsquo;est pas facile de prendre la d\u00e9cision de dire : \u00ab\u00a0Je ne paye pas, advienne que pourra.\u00a0\u00bb C\u2019est une d\u00e9cision tr\u00e8s difficile. Cependant, r\u00e9trospectivement, il \u00e9tait certain que nous en arriverions l\u00e0 mais vous savez, l\u2019espoir meurt en dernier.<\/p>\n<h3 class=\"field-item even\" style=\"text-align: justify;\">Il y avait toujours l\u2019espoir que l\u2019attachement aux principes d\u00e9mocratiques, que les manifestations des peuples nous offriraient une issue, un cadre pour une solution. \u00c7a n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 le cas. Cependant, je le r\u00e9p\u00e8te, je me sens fier de ce semestre, du combat men\u00e9. Il y a eu bien s\u00fbr des erreurs. Je crois que malgr\u00e9 les difficult\u00e9s nous n\u2019en sommes pas arriv\u00e9s au point o\u00f9 ces erreurs ont men\u00e9 \u00e0 une catastrophe irr\u00e9versible. Tout est r\u00e9versible. Je pense que nous avons devant nous une voie tr\u00e8s accident\u00e9e faite de combats constants et de revendications, afin de r\u00e9ussir le mieux possible pour les int\u00e9r\u00eats du peuple. Tel est notre but.<\/h3>\n<h3 class=\"field-item even\" style=\"text-align: justify;\"><i> <\/i><span style=\"color: #0000ff;\"><i><strong>Entretien r\u00e9alis\u00e9 par Kostas Arvanitis (Sto Kokkino).\u00a0Retranscription et traduction Theodoros Koutsaftis. Publi\u00e9 sur le site de l&rsquo;Humanit\u00e9.<\/strong><\/i><\/span><\/h3>\n<\/div>\n<\/div>\n<\/div>\n<p><!--more--><\/p>\n<gcse:search><\/gcse:search>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Afin de bien comprendre les d\u00e9bats qui agitent Syriza en ce moment et qui int\u00e9ressent toute la gauche radicale, nous publions cet interview d&rsquo;Alexis Tsipras.\u00a0Le 29 juillet, le Premier ministre grec s&rsquo;exprimait longuement \u00e0 l&rsquo;antenne de Sto Kokkino. L&rsquo;entretien, conduit par Kostas Arvanitis, le directeur de cette radio proche de Syriza, offre un \u00e9clairage in\u00e9dit [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[244],"tags":[16,205],"class_list":["post-15659","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-point-de-vue","tag-economie","tag-grece"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15659","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15659"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15659\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15659"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15659"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15659"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}