{"id":15627,"date":"2015-07-30T08:39:02","date_gmt":"2015-07-30T07:39:02","guid":{"rendered":"http:\/\/alternatifs81.fr\/?p=15627"},"modified":"2015-07-30T08:39:02","modified_gmt":"2015-07-30T07:39:02","slug":"grece-le-non-nest-pas-vaincu-nous-continuons-entretien-avec-stathis-kouvelakis","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alternatifs81.fr\/?p=15627","title":{"rendered":"Gr\u00e8ce : \u00ab\u00a0Le non n\u2019est pas vaincu, nous continuons !\u00a0\u00bb, entretien avec Stathis Kouvelakis"},"content":{"rendered":"<div class=\"article-content entry-content\">\n<div id=\"titre\">\n<h3 class=\"separator\" style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/2.bp.blogspot.com\/-7cshQPLANp0\/VbhodpAbFUI\/AAAAAAAAM6s\/j6wF3hiq2EI\/s1600\/kouvelakis-s.jpg\" rel=\"lightbox[15627]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\" alignleft\" src=\"http:\/\/2.bp.blogspot.com\/-7cshQPLANp0\/VbhodpAbFUI\/AAAAAAAAM6s\/j6wF3hiq2EI\/s200\/kouvelakis-s.jpg\" alt=\"\" width=\"200\" height=\"200\" border=\"0\" \/><\/a><b>R<em><span style=\"color: #808000;\">\u00e9sumons \u00e0 tr\u00e8s grands traits. Le 25 janvier 2015, Syriza remporte les \u00e9lections l\u00e9gislatives grecques sur un programme de rupture\u00a0; le 5 juillet, c\u2019est un tonitruant \u00ab\u00a0OXI\u00a0\u00bb, \u00e0 61\u00a0%, qui envoie les petits barons de l\u2019ordre europ\u00e9en dans les cordes\u00a0; le lendemain, Y\u00e1nis Varouf\u00e1kis, ministre des Finances grec, est pouss\u00e9 vers la sortie\u00a0; le lundi 13 juillet, le tout-venant apprend que les dix-huit heures de bataille psychologique, \u00e0 la fameuse \u00ab\u00a0table des n\u00e9gociations\u00a0\u00bb, ont eu raison des espoirs mis dans le gouvernement grec\u00a0: capitulation en rase campagne, entend-on. La couleuvre de l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 aval\u00e9e contre un hypoth\u00e9tique r\u00e9\u00e9chelonnement de la dette. \u00ab\u00a0J\u2019assume la responsabilit\u00e9 d\u2019un texte auquel je ne crois pas\u00a0\u00bb, affirme Tsipras \u00e0 la t\u00e9l\u00e9vision publique grecque. Mercredi, le comit\u00e9 central de Syriza rejette l\u2019accord et d\u00e9nonce \u00ab\u00a0un coup d\u2019\u00c9tat contre toute notion de d\u00e9mocratie et de souverainet\u00e9 populaire\u00a0\u00bb. Les minist\u00e8res d\u00e9missionnaires partent en claquant la porte, le texte passe avec les voix de la droite et de la social-d\u00e9mocratie grecques, les gr\u00e8ves g\u00e9n\u00e9rales repartent et la place Syntagma s\u2019enflamme. \u00ab\u00a0Trahison\u00a0\u00bb\u00a0; la messe est dite. Pour Stathis Kouv\u00e9lakis, philosophe francophone, membre du Comit\u00e9 central de Syriza et figure de la Plateforme de gauche, l\u2019\u00e9quation s\u2019av\u00e8re toutefois plus complexe, si l\u2019on tient \u00e0 prendre toute la mesure de ces r\u00e9cents \u00e9v\u00e9nements. Entretien pour y voir plus clair et, surtout, organiser la riposte.<\/span><\/em><\/b><\/h3>\n<\/div>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><i><strong>Ballast \u2013 Vous \u00e9mettez des r\u00e9serves quant \u00e0 la critique de Tsipras en termes de \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb, qui revient pourtant fr\u00e9quemment dans les gauches radicales europ\u00e9ennes depuis l\u2019accord du 12 juillet. Pourquoi la consid\u00e9rez-vous comme inefficace\u00a0?<\/strong><\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><strong>Stathis Kouv\u00e9lakis \u2013<\/strong> Je ne nie pas que le terme de \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb soit ad\u00e9quat pour traduire une perception spontan\u00e9e de l\u2019exp\u00e9rience Syriza. Il est \u00e9vident que les 62\u00a0% qui ont vot\u00e9 \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb au r\u00e9f\u00e9rendum et les millions de gens qui ont cru en Syriza se sentent trahis. N\u00e9anmoins, je nie la pertinence analytique de la cat\u00e9gorie de trahison car elle repose sur l\u2019id\u00e9e d\u2019une intention consciente\u00a0: consciemment, le gouvernement Tsipras aurait fait le contraire de ce qu\u2019il s\u2019\u00e9tait engag\u00e9 \u00e0 faire. Je pense que cette cat\u00e9gorie obscurcit la r\u00e9alit\u00e9 de la s\u00e9quence en cours, qui consiste dans la faillite d\u2019une strat\u00e9gie politique bien pr\u00e9cise. Et quand une strat\u00e9gie fait faillite, les acteurs qui en \u00e9taient les porteurs se retrouvent uniquement face \u00e0 de mauvais choix ou, autrement dit, \u00e0 une absence de choix. Et c\u2019est tr\u00e8s exactement ce qui s\u2019est pass\u00e9 avec Tsipras et le cercle dirigeant du gouvernement. Ils ont cru possible de parvenir \u00e0 un compromis acceptable en jouant cette carte de la n\u00e9gociation \u2013 qui combinait une adaptation r\u00e9aliste et une fermet\u00e9 quant \u00e0 des lignes rouges, dans le but d\u2019obtenir un \u00ab\u00a0compromis honorable\u00a0\u00bb.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><!--more--><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Or la Tro\u00efka des cr\u00e9anciers n\u2019\u00e9tait nullement dispos\u00e9e \u00e0 c\u00e9der quoi que ce soit, et a imm\u00e9diatement r\u00e9agi, en mettant d\u00e8s le 4 f\u00e9vrier le syst\u00e8me bancaire grec au r\u00e9gime sec. Tsipras et le gouvernement, refusant toute mesure unilat\u00e9rale, comme la suspension du remboursement de la dette ou la menace d\u2019un \u00ab\u00a0plan B\u00a0\u00bb impliquant la sortie de l\u2019euro, se sont rapidement enferm\u00e9s dans une spirale qui les amenait d\u2019une concession \u00e0 une autre et \u00e0 une d\u00e9t\u00e9rioration constante du rapport de force. Pendant que ces n\u00e9gociations \u00e9puisantes se d\u00e9roulaient, les caisses de l\u2019\u00c9tat grec se vidaient et le peuple se d\u00e9mobilisait \u2013 r\u00e9duit \u00e0 un \u00e9tat de spectateur passif d\u2019un th\u00e9\u00e2tre lointain sur lequel il n\u2019avait prise.\u00a0<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Ainsi, quand Tsipras affirme le 13 juillet qu\u2019il n\u2019avait pas d\u2019autre choix que de signer cet accord, il a en un sens raison. \u00c0 condition de pr\u00e9ciser qu\u2019il a fait en sorte de ne pas se retrouver avec d\u2019autres choix possibles. Dans le cas pr\u00e9cis de la Gr\u00e8ce, on assiste \u00e0 une faillite flagrante de cette strat\u00e9gie pour la simple raison qu\u2019elle n\u2019avait pr\u00e9vu aucune solution de repli. Il y a un v\u00e9ritable aveuglement de Tsipras et la majorit\u00e9 de Syriza dans l\u2019illusion europ\u00e9iste\u00a0: l\u2019id\u00e9e qu\u2019entre \u00ab\u00a0bons europ\u00e9ens\u00a0\u00bb, nous finirons par nous entendre m\u00eame si, par ailleurs, demeurent des d\u00e9saccords importants\u00a0; une croyance dure comme fer que les autres gouvernements europ\u00e9ens allaient respecter le mandat l\u00e9gitime de Syriza. Et, pire encore, l\u2019id\u00e9e de brandir l\u2019absence de \u00ab\u00a0plan B\u00a0\u00bb comme un certificat de bonne conduite europ\u00e9iste, qui fut le comble de cet aveuglement id\u00e9ologique&#8230; <\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>La notion de \u00ab\u00a0trahison\u00a0\u00bb emp\u00eache d\u2019analyser et de remettre en cause la strat\u00e9gie\u00a0; elle emp\u00eache de parler en termes d\u2019analyse strat\u00e9gique et point aveugle id\u00e9ologique\u00a0; elle rabat tout sur les \u00ab\u00a0intentions des acteurs\u00a0\u00bb \u2013 qui resteront toujours une bo\u00eete noire \u2013 et se fonde sur l\u2019illusion na\u00efve selon laquelle ceux-ci sont ma\u00eetres de leurs actes. Par ailleurs, elle emp\u00eache de saisir le c\u0153ur du probl\u00e8me, \u00e0 savoir l\u2019impuissance de cette politique\u00a0: la violence de la r\u00e9action d\u2019un adversaire a \u00e9t\u00e9 sous-estim\u00e9e alors m\u00eame que le gouvernement Syriza, par son existence m\u00eame, \u00e9tait all\u00e9 suffisamment loin pour la d\u00e9clencher.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><i><strong>De plus en plus de voix s\u2019\u00e9l\u00e8vent dans l\u2019Europe du Sud pour d\u00e9noncer le carcan de la monnaie unique. Ce d\u00e9bat a-t-il s\u00e9rieusement eu lieu au sein du gouvernement Tsipras et de Syriza\u00a0? Y\u00e1nis Varouf\u00e1kis, apr\u00e8s avoir d\u00e9missionn\u00e9, a affirm\u00e9 avoir propos\u00e9 un plan de sortie de l\u2019euro ou, du moins, la mise en circulation d\u2019une monnaie nationale au plus dur des n\u00e9gociations.<\/strong><\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Ce d\u00e9bat n\u2019a jamais v\u00e9ritablement eu lieu \u2014 ou, plut\u00f4t, il n\u2019a eu lieu que de fa\u00e7on limit\u00e9e, au sein de Syriza, pendant les cinq derni\u00e8res ann\u00e9es. Et ce fut toujours contre la volont\u00e9 de la majorit\u00e9 de la direction du parti, par une sorte d\u2019\u00e9tat de fait cr\u00e9\u00e9 par le positionnement d\u2019une minorit\u00e9 substantielle en faveur d\u2019une sortie de l\u2019euro, comme condition n\u00e9cessaire pour la rupture avec les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et le n\u00e9olib\u00e9ralisme. La majorit\u00e9 de la direction du parti n\u2019a jamais vraiment accept\u00e9 la l\u00e9gitimit\u00e9 de ce d\u00e9bat. La sortie de l\u2019euro n\u2019\u00e9tait pas pr\u00e9sent\u00e9e comme une option politique critiquable avec des inconv\u00e9nients qui justifiaient un d\u00e9saccord. Elle \u00e9tait purement et simplement identifi\u00e9e \u00e0 une catastrophe absolue. Syst\u00e9matiquement, il nous \u00e9tait reproch\u00e9 que si nous d\u00e9fendions la sortie de l\u2019euro, nous \u00e9tions des crypto-nationalistes ou que la sortie de l\u2019euro entra\u00eenerait un effondrement du pouvoir d\u2019achat des classes populaires et de l\u2019\u00e9conomie du pays. En r\u00e9alit\u00e9, c\u2019\u00e9taient les arguments du discours dominant qui \u00e9tait repris par nos camarades. Ils ne cherchaient donc pas un v\u00e9ritable d\u00e9bat argument\u00e9 mais \u00e0 nous disqualifier symboliquement, \u00e0 disqualifier la l\u00e9gitimit\u00e9 de nos arguments \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur de Syriza et de la gauche radicale. Ainsi, quand Syriza est arriv\u00e9 au pouvoir, la question s\u2019est pos\u00e9e par la logique m\u00eame de la situation, puisqu\u2019il est rapidement devenu \u00e9vident que ces n\u00e9gociations n\u2019aboutissaient \u00e0 rien. D\u00e9j\u00e0, l\u2019accord du 20 f\u00e9vrier indiquait bien que Syriza \u00e9tait contraint de reculer au cours de ce bras de fer. Mais cette discussion s\u2019est d\u00e9roul\u00e9e \u00e0 huis clos\u00a0: jamais de fa\u00e7on publique et jamais avec le s\u00e9rieux n\u00e9cessaire \u2014 si l\u2019on excepte bien s\u00fbr les prises de position de la Plateforme de gauche de Syriza.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Y\u00e1nis Varouf\u00e1kis, de son c\u00f4t\u00e9, avait pos\u00e9 \u00e0 divers moments la question d\u2019un plan B. Panay\u00f3tis Lafaz\u00e1nis et la Plateforme de gauche mettaient r\u00e9guli\u00e8rement sur la table ces propositions. Il faut pr\u00e9ciser que le plan B ne se limite pas simplement \u00e0 la reprise d\u2019une souverainet\u00e9 mon\u00e9taire. Il met en avant l\u2019interruption du remboursement des cr\u00e9anciers, le placement des banques sous contr\u00f4le public et un contr\u00f4le de capitaux au moment du d\u00e9clenchement de l\u2019affrontement. C\u2019\u00e9tait, d\u2019une fa\u00e7on g\u00e9n\u00e9rale, prendre l\u2019initiative plut\u00f4t que d\u2019\u00eatre \u00e0 la tra\u00eene de n\u00e9gociations qui amenaient un recul apr\u00e8s l\u2019autre. Le gouvernement n\u2019a m\u00eame pas fait les gestes minimaux afin d\u2019\u00eatre en mesure de tenir bon quand les Europ\u00e9ens appuy\u00e8rent sur le bouton nucl\u00e9aire, c\u2019est-\u00e0-dire en arr\u00eatant totalement l\u2019approvisionnement en liquidit\u00e9 avec l\u2019annonce du r\u00e9f\u00e9rendum. Le r\u00e9f\u00e9rendum lui-m\u00eame aurait pu \u00eatre con\u00e7u comme le \u00ab\u00a0volet politique\u00a0\u00bb du plan B\u00a0: il a donn\u00e9 une id\u00e9e d\u2019un sc\u00e9nario r\u00e9aliste conduisant \u00e0 la rupture avec les cr\u00e9anciers et la zone euro. Le raisonnement aurait pu \u00eatre le suivant\u00a0: Le mandat initial de Syriza, celui issu des urnes du 25 janvier, \u00e9tait de rompre avec l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 dans le cadre de l\u2019euro\u00a0; nous avons bien vu que c\u2019\u00e9tait impossible dans ce cadre\u00a0; donc nous nous pr\u00e9sentons de nouveau devant le peuple\u00a0; le peuple confirme son mandat en disant \u00ab\u00a0Non \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et faites le n\u00e9cessaire\u00a0\u00bb. C\u2019est effectivement ce qui s\u2019est pass\u00e9 avec la victoire \u00e9crasante du \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb, lors du r\u00e9f\u00e9rendum du 5 juillet, mais il \u00e9tait d\u00e9j\u00e0 trop tard\u00a0! Les caisses \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 vides et rien n\u2019avait \u00e9t\u00e9 fait pour pr\u00e9parer une solution alternative.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><i><strong>Vous soulignez les rapports de force qui ont travers\u00e9 Syriza depuis 2010. Comment expliquer que la frange acquise \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne et l\u2019euro l\u2019ait emport\u00e9e\u00a0?<\/strong><\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Il faut replacer ces d\u00e9bats dans un cadre plus large\u00a0: celui de la soci\u00e9t\u00e9 grecque, et d\u2019une fa\u00e7on plus g\u00e9n\u00e9rale, celui des soci\u00e9t\u00e9s de la p\u00e9riph\u00e9rie europ\u00e9enne. Avant la crise de 2008-2010, les pays les plus europhiles au sein de l\u2019Union europ\u00e9enne \u00e9taient pr\u00e9cis\u00e9ment ceux du sud et de la p\u00e9riph\u00e9rie. Il faut bien comprendre que, pour ces pays, l\u2019adh\u00e9sion \u00e0 l\u2019UE signifie une certaine modernit\u00e9, \u00e0 la fois \u00e9conomique et politique, une image de prosp\u00e9rit\u00e9 et de puissance que l\u2019euro vient valider \u00e0 un niveau symbolique. C\u2019est l\u2019aspect f\u00e9tichiste de la monnaie que Karl Marx a soulign\u00e9\u00a0: en ayant la monnaie commune dans sa poche, le Grec acc\u00e8de symboliquement au m\u00eame rang que l\u2019Allemand ou le Fran\u00e7ais.\u00a0<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Il y a ici quelque chose de l\u2019ordre du \u00ab\u00a0complexe du subalterne\u00a0\u00bb. C\u2019est notamment ce qui nous permet de comprendre pourquoi les \u00e9lites dominantes grecques ont constamment jou\u00e9 avec la peur de la sortie de l\u2019euro \u2014 leur carte ma\u00eetresse depuis la d\u00e9but de la crise. Tous les \u00ab\u00a0sacrifices\u00a0\u00bb sont justifi\u00e9s au nom du maintien dans l\u2019euro. La peur du Grexit est \u00e9trang\u00e8re \u00e0 la rationalit\u00e9 \u00e9conomique. Elle ne repose pas sur les cons\u00e9quences \u00e9ventuelles d\u2019un retour \u00e0 la monnaie nationale\u00a0; par exemple\u00a0: les difficult\u00e9s pour les importations ou, \u00e0 l\u2019inverse, les nouvelles facilit\u00e9es \u00e0 l\u2019exportation. Au niveau du \u00ab\u00a0sens commun\u00a0\u00bb, la sortie de l\u2019euro charrie une sorte de tiers-mondisation symbolique. Pour le Grec moyen qui r\u00e9siste \u00e0 l\u2019id\u00e9e d\u2019une sortie de la zone euro, la justification de son refus renvoie \u00e0 la peur d\u2019une r\u00e9gression du pays au rang de nation pauvre et retardataire \u2013 qui \u00e9tait effectivement le sien il y a quelques d\u00e9cennies. N\u2019oublions pas que la soci\u00e9t\u00e9 grecque a \u00e9volu\u00e9 tr\u00e8s rapidement et que le souvenir de la mis\u00e8re et de la pauvret\u00e9 est encore pr\u00e9sent dans les couches populaires et dans les g\u00e9n\u00e9rations \u00e2g\u00e9es.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Ce que je viens de dire explique aussi l\u2019apparent paradoxe du vote massif du \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb chez les jeunes. Le journal <i>Le Monde<\/i> fait son reportage en disant\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Toutes ces g\u00e9n\u00e9rations des 18-30 ans qui ont grandi avec l\u2019euro et l\u2019Union europ\u00e9enne, qui ont b\u00e9n\u00e9fici\u00e9 des programmes Erasmus et des \u00e9tudes sup\u00e9rieures [le niveau d\u2019acc\u00e8s \u00e0 l\u2019enseignement sup\u00e9rieur en Gr\u00e8ce est parmi les plus \u00e9lev\u00e9s d\u2019Europe], comment se fait-il qu\u2019elles se retournent contre l\u2019Europe\u00a0?\u00a0\u00bb<\/i> La raison est en fait que les jeunes g\u00e9n\u00e9rations ont moins de raisons que les autres de partager ce complexe de la subalternit\u00e9\u00a0! Cet \u00ab\u00a0europ\u00e9isme\u00a0\u00bb ambiant de la soci\u00e9t\u00e9 grecque est rest\u00e9 toutefois h\u00e9g\u00e9monique, y compris dans les forces d\u2019opposition aux politiques n\u00e9olib\u00e9rales \u2014 \u00e0 l\u2019exception du Parti communiste, tr\u00e8s isol\u00e9 et sectaire. Et cela explique pourquoi Syriza a choisi, d\u00e8s le d\u00e9but, de s\u2019adapter \u00e0 l\u2019europ\u00e9isme et d\u2019avoir une strat\u00e9gie \u00e9lectoraliste \u00e0 court terme plut\u00f4t que d\u2019entrer dans un travail de p\u00e9dagogie qui consisterait \u00e0 dire\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Nous ne sommes pas contre l\u2019Europe ou l\u2019euro par principe, mais si eux sont contre nous, et qu\u2019ils nous emp\u00eachent d\u2019atteindre nos objectifs, il nous faudra riposter.\u00a0\u00bb<\/i> C\u2019est un discours qui demandait un certain courage politique, chose dont Tsipras et la majorit\u00e9 de la direction de Syriza s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9e \u00eatre totalement d\u00e9pourvue.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><i><strong>Le r\u00e9f\u00e9rendum n\u2019\u00e9tait donc en rien la possibilit\u00e9 d\u2019une rupture mais un simple mouvement tactique afin de renforcer Tsipras dans les n\u00e9gociations\u00a0?<\/strong><\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Tsipras est un grand tacticien. Penser que tout ce qui s\u2019est pass\u00e9 est conforme \u00e0 un plan pr\u00e9\u00e9tabli serait se tromper lourdement. C\u2019est une gestion au jour le jour de la situation qui a pr\u00e9valu, sans vision strat\u00e9gique autre que celle de la recherche de l\u2019illusoire \u00ab\u00a0compromis honorable\u00a0\u00bb dont j\u2019ai parl\u00e9 auparavant. Le r\u00e9f\u00e9rendum a \u00e9t\u00e9 con\u00e7u, d\u2019embl\u00e9e, comme un geste tactique, comme une issue \u00e0 une impasse dans laquelle le gouvernement s\u2019est trouv\u00e9 \u00e0 la fin du mois de juin, lorsque le plan Juncker a \u00e9t\u00e9 pr\u00e9sent\u00e9 sous la forme d\u2019un ultimatum. Mais, en annon\u00e7ant le r\u00e9f\u00e9rendum, Tsipras a lib\u00e9r\u00e9 des forces qui sont all\u00e9es bien au-del\u00e0 de ses intentions. Il faut ici souligner le fait que l\u2019aile droite du gouvernement et de Syriza ont tr\u00e8s bien per\u00e7u, elles, le potentiel conflictuel et de radicalisation que comportait objectivement la dynamique r\u00e9f\u00e9rendaire, et c\u2019est pour cela qu\u2019elles s\u2019y sont fortement oppos\u00e9es. Je vais vous livrer une anecdote. Le jour du grand rassemblement du vendredi [3 juillet], une foule immense s\u2019\u00e9tait rassembl\u00e9e dans le centre-ville d\u2019Ath\u00e8nes. Tsipras est all\u00e9 \u00e0 pied de la r\u00e9sidence du Premier ministre \u00e0 la place Syntagma, s\u00e9par\u00e9es par quelques centaines de m\u00e8tres. C\u2019est une sc\u00e8ne de type latino-am\u00e9ricaine qui s\u2019est produite\u00a0: une foule enthousiaste s\u2019est form\u00e9e derri\u00e8re lui et l\u2019a conduit en triomphateur jusqu\u2019\u00e0 la mar\u00e9e humaine de la place du Parlement. Quelle a \u00e9t\u00e9 la r\u00e9action de Tsipras\u00a0? Il a pris peur et a abr\u00e9g\u00e9 les trois quarts du discours qu\u2019il avait pr\u00e9par\u00e9.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><i><strong>Vous racontez qu\u2019Euclide Tsakalotos, ministre des Finances grecques apr\u00e8s la d\u00e9mission de Y\u00e1nis Varouf\u00e1kis, pr\u00e9parait son intervention devant l\u2019Eurogroupe comme un professeur d\u2019universit\u00e9 pr\u00e9pare sa contribution \u00e0 un colloque. Ne pointez-vous pas ici un des probl\u00e8mes de la gauche radicale\u00a0: une parfaite analyse des ph\u00e9nom\u00e8nes mais une incapacit\u00e9 \u00e0 mener des rapports de force, \u00e0 \u00e9tablir des strat\u00e9gies gagnantes, \u00e0 jouer sur les contradictions de l\u2019adversaire\u00a0? Est-ce d\u00fb \u00e0 la promotion des savoirs acad\u00e9miques au sein de la gauche radicale au d\u00e9triment d\u2019autres profils\u00a0?<\/strong><\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Je suis tr\u00e8s r\u00e9ticent par rapport aux explications sociologistes\u00a0: je ne pense pas qu\u2019elles permettent de comprendre la situation. Dans un entretien \u00e0 Mediapart<span class=\"spip_note_ref\">\u00a0[<a id=\"nh1\" class=\"spip_note\" title=\"Entretien accessible en ligne sur .\" href=\"http:\/\/www.europe-solidaire.org\/spip.php?article35537#nb1\" rel=\"footnote\">1<\/a>]<\/span>, Tsakalotos expliquait en effet que, lorsqu\u2019il est all\u00e9 \u00e0 Bruxelles, il avait pr\u00e9par\u00e9 ses argumentaires de fa\u00e7on tr\u00e8s s\u00e9rieuse. Il s\u2019attendait \u00e0 entendre des contre-arguments et, au lieu de cela, il s\u2019est retrouv\u00e9 face \u00e0 un mur de technocrates r\u00e9p\u00e9tant des r\u00e8gles et des proc\u00e9dures. Il avait \u00e9t\u00e9 choqu\u00e9 du faible niveau de la discussion \u2013 comme s\u2019il s\u2019agissait d\u2019un colloque universitaire o\u00f9 le meilleur argument l\u2019emporte. Or tout en \u00e9tant moi-m\u00eame universitaire, et m\u00eame un ancien camarade de parti de Tsakalotos (nous avons milit\u00e9 dans le Parti eurocommuniste grec dans les ann\u00e9es 1980), je n\u2019en suis pas moins en d\u00e9saccord profond avec lui. Par ailleurs, s\u2019il y avait un reproche \u00e0 lui faire, c\u2019est justement un d\u00e9faut d\u2019analyse\u00a0! La gauche, dans son ensemble, a consid\u00e9rablement sous-estim\u00e9 la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019analyser s\u00e9rieusement l\u2019Union europ\u00e9enne. Au lieu de cela, nous avons eu droit, pendant des d\u00e9cennies, au recours \u00e0 une longue litanie de v\u0153ux pieux\u00a0: \u00ab\u00a0l\u2019Europe sociale\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0l\u2019Europe des citoyens\u00a0\u00bb, \u00ab\u00a0faire bouger les lignes en Europe\u00a0\u00bb, etc. Ce genre de discours sont r\u00e9p\u00e9t\u00e9s inlassablement depuis des d\u00e9cennies alors qu\u2019ils ont fait la preuve flagrante de leur impuissance et de leur incapacit\u00e9 \u00e0 avoir la moindre prise sur le r\u00e9el.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Une derni\u00e8re remarque \u00e0 propos du statut sociologique du discours europ\u00e9iste\u00a0: je fais partie d\u2019un d\u00e9partement d\u2019\u00c9tudes europ\u00e9ennes dans une universit\u00e9 britannique. Je peux vous assurer que mes coll\u00e8gues, qui sont du c\u00f4t\u00e9 <i>mainstream<\/i>, qui sont donc universitaires mais qui connaissent de fa\u00e7on intime la machine europ\u00e9enne, ont toujours refus\u00e9 de prendre au s\u00e9rieux la vision de Syriza. Ils n\u2019arr\u00eataient pas d\u2019ironiser sur les na\u00effs qui pensaient qu\u2019\u00e0 coups de n\u00e9gociations et d\u2019\u00e9changes de bons arguments on arriverait \u00e0 rompre avec le cadre des politiques europ\u00e9ennes, c\u2019est-\u00e0-dire avec l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et le n\u00e9olib\u00e9ralisme. Personne n\u2019a pris ce discours au s\u00e9rieux chez les gens inform\u00e9s, alors, qu\u2019\u00e0 l\u2019inverse, il d\u00e9clenchait une sorte d\u2019extase parmi les cadres et bon nombre de militants des formations de la gauche radicale europ\u00e9enne. Nous avons ici affaire \u00e0 une question de politique avec un grand \u00ab\u00a0P\u00a0\u00bb, \u00e0 la puissance de l\u2019id\u00e9ologie dominante et \u00e0 une d\u00e9ficience d\u2019analyse et de pens\u00e9e strat\u00e9gique, loin de toute explication r\u00e9ductrice en termes de position sociologique des acteurs.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><i><strong>Slavoj \u017di\u017eek a \u00e9crit le 20 juillet que \u00ab\u00a0 Syriza devrait exploiter, en montrant un pragmatisme impitoyable, en pratiquant le calcul le plus glacial, les f\u00ealures les plus minces de l\u2019armure de l\u2019adversaire. Syriza devrait instrumentaliser tous ceux qui r\u00e9sistent \u00e0 la politique h\u00e9g\u00e9monique de l\u2019Union europ\u00e9enne, des conservateurs britanniques \u00e0 l\u2019UKIP, le parti pour l\u2019ind\u00e9pendance du Royaume-Uni. Syriza devrait flirter effront\u00e9ment avec la Russie et la Chine, elle devrait caresser l\u2019id\u00e9e de donner une \u00eele \u00e0 la Russie afin que celle-ci en fasse sa base militaire en M\u00e9diterran\u00e9e, juste pour effrayer les strat\u00e8ges de l\u2019OTAN. Paraphrasons un peu Dosto\u00efevski\u00a0: maintenant que le Dieu-Union europ\u00e9enne a failli, tout est permis\u00a0\u00bb [2]. Y souscrivez-vous\u00a0?<\/strong><\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Il y a ici deux questions en une. Tout d\u2019abord, il s\u2019agit de s\u2019interroger sur les contradictions internes \u00e0 l\u2019Union europ\u00e9enne et, ensuite, de se demander que faire en dehors de ce cadre. Quant \u00e0 la premi\u00e8re, la strat\u00e9gie du gouvernement Tsipras consistait justement \u00e0 exploiter ses contradictions internes, r\u00e9elles ou, surtout, suppos\u00e9es. Ils pensaient pouvoir jouer sur l\u2019axe Hollande-Renzi \u2013 vus comme des gouvernements plus \u00ab\u00a0ouverts\u00a0\u00bb \u00e0 une approche anti-aust\u00e9rit\u00e9 \u2013, Mario Draghi \u2013 vu \u00e9galement sur une ligne divergente de l\u2019orthodoxie rigoriste de Wolfgang Sch\u00e4uble [Ministre allemand des Finances] \u2013 et, enfin, sur le facteur am\u00e9ricain \u2013 per\u00e7u comme pouvant faire pression sur le gouvernement allemand.\u00a0<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Tout cela s\u2019est r\u00e9v\u00e9l\u00e9 une illusion compl\u00e8te. Bien entendu, il ne s\u2019agit pas de nier l\u2019existence de contradictions dans le bloc adverse\u00a0: le FMI, par exemple, a une logique de fonctionnement et des priorit\u00e9s en partie distinctes de celles de la Commission europ\u00e9enne. Ceci dit, toutes ces forces convergent sur un point fondamental\u00a0: d\u00e8s qu\u2019une menace r\u00e9elle \u00e9merge, et Syriza en \u00e9tait une car il remettait en cause l\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et le n\u00e9olib\u00e9ralisme, toutes ces forces ont fait bloc pour la d\u00e9truire politiquement. Voyons le num\u00e9ro de Fran\u00e7ois Hollande. Il essaie d\u2019endosser aupr\u00e8s de l\u2019opinion fran\u00e7aise un r\u00f4le soi-disant amical vis-\u00e0-vis des Grecs. En r\u00e9alit\u00e9, il n\u2019a \u00e9t\u00e9 qu\u2019un facilitateur de l\u2019\u00e9crasement du gouvernement grec par le gouvernement allemand\u00a0: ces acteurs-l\u00e0 sont d\u2019accord sur l\u2019essentiel, \u00e0 savoir sur une strat\u00e9gie de classe \u2014 les divergences ne portent que sur des nuances.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Que faire maintenant, en dehors du cadre de l\u2019Union europ\u00e9enne\u00a0? Penser pouvoir s\u2019appuyer sur l\u2019administration Obama est une fausse bonne id\u00e9e, on l\u2019a vu. Quant \u00e0 la Russie, c\u2019\u00e9tait sans doute une carte \u00e0 explorer. Syriza l\u2019a tent\u00e9e sans vraiment y croire\u00a0; en r\u00e9alit\u00e9, la diplomatie russe est tr\u00e8s conservatrice. Elle ne vise pas du tout \u00e0 favoriser des ruptures dans le bloc europ\u00e9en. La Russie, dans ses pourparlers avec Syriza, souhaitait un gouvernement dissonant quant \u00e0 l\u2019attitude antirusse des Occidentaux suite \u00e0 l\u2019affaire ukrainienne et aux sanctions \u00e9conomiques. Mais \u00e0 condition de rester dans le cadre de l\u2019Union europ\u00e9enne et de l\u2019euro\u00a0! En d\u00e9pit de quelques bonnes paroles, la Russie n\u2019a \u00e9t\u00e9, \u00e0 aucun moment, un alli\u00e9 du gouvernement Syriza\u00a0: il me semble douteux de croire qu\u2019elle serait dispos\u00e9e \u00e0 faire davantage si les choses \u00e9taient all\u00e9es jusqu\u2019\u00e0 la rupture.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><i><strong>D\u2019aucuns avancent que Tsipras temporise et attend les \u00e9lections g\u00e9n\u00e9rales espagnoles de novembre pour avoir le soutien de Pablo Iglesias \u2013 en pariant sur une victoire de Podemos. Cela vous semble-t-il cr\u00e9dible\u00a0?<\/strong><\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Ce genre de propos rel\u00e8ve d\u2019une tromperie manifeste. En signant cet accord, la Gr\u00e8ce est soumise \u00e0 un carcan qui va bien au-del\u00e0 de celui impos\u00e9 par les m\u00e9morandums pr\u00e9c\u00e9dents. C\u2019est un v\u00e9ritable m\u00e9canisme institutionnalis\u00e9 de mise sous tutelle du pays et de d\u00e9membrement de sa souverainet\u00e9. Il ne s\u2019agit pas simplement d\u2019une liste \u2013 comme les na\u00effs peuvent le croire \u2013 de mesures d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 tr\u00e8s dures, mais de r\u00e9formes structurelles qui remod\u00e8lent le c\u0153ur de l\u2019appareil d\u2019\u00c9tat\u00a0: le gouvernement grec perd en effet le contr\u00f4le des principaux leviers de l\u2019\u00c9tat. L\u2019appareil fiscal devient une institution dite \u00ab\u00a0ind\u00e9pendante\u00a0\u00bb\u00a0; elle se retrouve en fait dans les mains de la Tro\u00efka. Un conseil de politique budg\u00e9taire est mis en place, qui est habilit\u00e9 \u00e0 op\u00e9rer des coupes automatiques sur le budget si le moindre \u00e9cart est signal\u00e9 par rapport aux objectifs en mati\u00e8re d\u2019exc\u00e9dents, fix\u00e9s par les m\u00e9morandums. L\u2019agence des statistiques devient elle aussi \u00ab\u00a0ind\u00e9pendante\u00a0\u00bb\u00a0; en r\u00e9alit\u00e9, elle devient un appareil de surveillance en temps r\u00e9el des politiques publiques directement contr\u00f4l\u00e9 par la Tro\u00efka. La totalit\u00e9 des biens publics consid\u00e9r\u00e9s comme privatisables sont plac\u00e9s sous le contr\u00f4le d\u2019un organisme pilot\u00e9 par la Tro\u00efka.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Priv\u00e9 de tout contr\u00f4le de sa politique budg\u00e9taire et mon\u00e9taire, le gouvernement grec, quelle que soit sa couleur, est d\u00e9sormais d\u00e9poss\u00e9d\u00e9 de tout moyen d\u2019agir. La seule chose qui reste sous contr\u00f4le de l\u2019\u00c9tat grec est l\u2019appareil r\u00e9pressif. Et on voit bien qu\u2019il commence \u00e0 \u00eatre utilis\u00e9 comme avant, c\u2019est-\u00e0-dire pour r\u00e9primer des mobilisations sociales. Les gaz lacrymog\u00e8nes d\u00e9vers\u00e9s sur la place Syntagma du 15 juillet, suivis d\u2019arrestations de militants, de passages \u00e0 tabac et maintenant de proc\u00e8s devant les tribunaux de syndicalistes, ne sont qu\u2019un avant-go\u00fbt de ce qui nous attend lorsque la situation sociale se durcira, lorsque les saisies des r\u00e9sidences principales se multiplieront, lorsque les retrait\u00e9s subiront de nouvelles coupes dans leur retraite, lorsque les salari\u00e9s seront d\u00e9poss\u00e9d\u00e9s du peu de droits qu\u2019ils leur restent. Le maintien du tr\u00e8s autoritaire Yannis Panoussis comme ministre responsable de l\u2019ordre public, et qui se voit \u00e9galement confier le portefeuille de l\u2019immigration, est un signal clair du tournant r\u00e9pressif qui s\u2019annonce. Ceux qui \u00e9voquent donc une strat\u00e9gie de \u00ab\u00a0gain de temps\u00a0\u00bb ne provoquent chez moi qu\u2019un m\u00e9lange de d\u00e9go\u00fbt et de r\u00e9volte.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><i><strong>Vous analysez les r\u00e9sultats du r\u00e9f\u00e9rendum du 5 juillet comme un vote de classe. Pensez-vous, comme Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon en France, que l\u2019Union europ\u00e9enne et l\u2019euro sont l\u2019opportunit\u00e9 historique donn\u00e9e \u00e0 la gauche radicale de reconstruire une fronti\u00e8re de classe dans nos soci\u00e9t\u00e9s europ\u00e9ennes\u00a0? Faut-il, d\u2019apr\u00e8s vous, profiter des \u00e9lans d\u2019une sorte de \u00ab\u00a0patriotisme \u00e9mancipateur\u00a0\u00bb (\u00ab\u00a0D\u00e9fendre les Grecs contre la Tro\u00efka\u00a0\u00bb, dit-on) \u2013 pour constituer des identit\u00e9s politiques \u00ab\u00a0nationales-populaires\u00a0\u00bb (Gramsci), comme en Am\u00e9rique latine\u00a0?<\/strong><\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Je me situe, de par ma formation intellectuelle au sein du marxisme, \u00e0 la convergence de ces deux dimensions\u00a0: associer la dimension de classe et la dimension nationale-populaire. Cela me para\u00eet d\u2019autant plus pertinent dans le cadre des pays domin\u00e9s comme la Gr\u00e8ce. Disons-le sans ambages\u00a0: l\u2019Union europ\u00e9enne est une construction imp\u00e9rialiste \u2013 par rapport, certes, au reste du monde, mais aussi en interne, au sens o\u00f9 elle reproduit des rapports de domination imp\u00e9riale en son sein. On peut distinguer au moins deux p\u00e9riph\u00e9ries\u00a0: la p\u00e9riph\u00e9rie Est (les anciens pays socialistes), qui sert de r\u00e9servoir de main-d\u2019\u0153uvre bon march\u00e9, et la p\u00e9riph\u00e9rie Sud (c\u2019est un sud g\u00e9opolitique, et non g\u00e9ographique, qui inclut l\u2019Irlande). Ces pays sont soumis \u00e0 des r\u00e9gimes de souverainet\u00e9 limit\u00e9e de plus en plus institutionnalis\u00e9s via la m\u00e9canique des m\u00e9morandums. Quant \u00e0 la force du vote \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb au r\u00e9f\u00e9rendum, elle vient de l\u2019articulation de trois param\u00e8tres\u00a0: la dimension de classe, la dimension g\u00e9n\u00e9rationnelle et la dimension nationale-populaire. Cette derni\u00e8re explique pourquoi le \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb l\u2019a emport\u00e9 m\u00eame dans les d\u00e9partements de tradition conservatrice. Je pense que pour devenir h\u00e9g\u00e9monique, la gauche a besoin de tenir les deux bouts. D\u2019abord, une identit\u00e9 de classe adapt\u00e9e \u00e0 l\u2019\u00e8re du n\u00e9olib\u00e9ralisme, du capitalisme financier et des nouvelles contradictions qui en r\u00e9sultent \u2014 la question de la dette et des banques est un mode essentiel (mais non unique) sur lequel repose aujourd\u2019hui l\u2019antagonisme entre Travail et Capital. Par ailleurs, ces forces de classe doivent prendre la direction d\u2019un bloc social plus large, capable d\u2019orienter la formation sociale dans une nouvelle voie. Il devient ainsi bloc historique qui \u00ab\u00a0se fait Nation\u00a0\u00bb , autrement dit, qui assume une h\u00e9g\u00e9monie nationale-populaire. Antonio Gramsci a beaucoup travaill\u00e9 l\u00e0-dessus, oui\u00a0: articuler la dimension de classe et nationale-populaire.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Il s\u2019agit d\u2019une question complexe, qui se pose diff\u00e9remment selon chaque histoire nationale. En France, ou dans les nations anciennement coloniales et imp\u00e9rialistes, la notion nationale-populaire ne se pose pas de la m\u00eame fa\u00e7on qu\u2019en Gr\u00e8ce\u00a0; comme elle ne se pose de la m\u00eame fa\u00e7on en Gr\u00e8ce qu\u2019en Tunisie, ou dans un pays asiatique ou latino-am\u00e9ricain. L\u2019enjeu est d\u2019analyser les contradictions propres des formations sociales. Ceci \u00e9tant dit, la force de Syriza, et plus largement de la gauche radicale grecque (qui a un enracinement profond dans l\u2019histoire contemporaine du pays et dans les luttes pour la lib\u00e9ration nationale), est qu\u2019elle combine la dimension de classe et la dimension nationale-populaire.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><i><strong>Le sc\u00e9nario grec a permis de dessiller les yeux des d\u00e9fenseurs de l\u2019\u00ab\u00a0autre Europe\u00a0\u00bb. N\u2019est-ce pas l\u00e0 le grand succ\u00e8s de Syriza\u00a0: avoir r\u00e9v\u00e9l\u00e9 en quelques semaines la nature anti-d\u00e9mocratique des institutions europ\u00e9ennes\u00a0? Par exemple, le dernier vote au Parlement grec a donn\u00e9 \u00e0 voir un spectacle ahurissant\u00a0: des d\u00e9put\u00e9s qui doivent se prononcer sur un texte de 977 pages, re\u00e7u 24 heures plus t\u00f4t\u2026<\/strong><\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Il faut bien que les d\u00e9faites servent \u00e0 quelque chose\u00a0! Malheureusement, ce que je vois dominer, m\u00eame maintenant, dans la gauche radicale, ce sont des r\u00e9flexes d\u2019auto-justification\u00a0: malgr\u00e9 tout, il faut trouver des excuses \u00e0 ce que fait Tsipras, tourner autour du pot, laisser croire qu\u2019il ne s\u2019agit que d\u2019un mauvais moment \u00e0 passer, etc. J\u2019esp\u00e8re que ce n\u2019est qu\u2019un m\u00e9canisme psychologique transitoire face \u00e0 l\u2019\u00e9tendue du d\u00e9sastre et que nous aurons rapidement le courage de regarder la r\u00e9alit\u00e9 en face, le courage de r\u00e9fl\u00e9chir sur les raisons de ce d\u00e9sastre.\u00a0<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Je ne sais pas, pour ma part, ce qu\u2019il faut de plus comme d\u00e9monstration \u00e9clatante de l\u2019inanit\u00e9 de la position selon laquelle on peut rompre avec le n\u00e9olib\u00e9ralisme dans le cadre des institutions europ\u00e9ennes\u00a0! L\u2019un des aspects les plus choquants des d\u00e9veloppements qui font suite \u00e0 la signature de l\u2019accord est qu\u2019on est revenu exactement \u00e0 la situation de 2010-2012, en mati\u00e8re de d\u00e9mocratie, ou plut\u00f4t de sa n\u00e9gation\u00a0! \u00c0 savoir que m\u00eame les proc\u00e9dures formelles de la d\u00e9mocratie parlementaire \u2013 on voit d\u2019ailleurs qu\u2019elles ne sont pas que formelles au regard des efforts d\u00e9ploy\u00e9s pour les supprimer \u2013 ne sont pas respect\u00e9es. Les d\u00e9put\u00e9s n\u2019ont eu que quelques heures pour prendre connaissance de pav\u00e9s monstrueux qui changent de fond en comble le code de proc\u00e9dure civile\u00a0: 800 pages, qui faciliteront la saisie des maisons ou renforcent la position juridique des banques en cas de litige avec des emprunteurs.\u00a0<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>En outre, on trouve dans ce m\u00eame projet de loi la transposition d\u2019une directive europ\u00e9enne sur l\u2019int\u00e9gration au syst\u00e8me bancaire europ\u00e9en, qui permet, en cas de faillite des banques, de pratiquer ce qu\u2019on appelle un \u00ab\u00a0<i>bail-in<\/i>\u00a0\u00bb, c\u2019est-\u00e0-dire un pr\u00e9l\u00e8vement sur les d\u00e9p\u00f4ts bancaires pour renflouer les banques. Le cas chypriote se g\u00e9n\u00e9ralise \u00e0 l\u2019\u00e9chelle de l\u2019Europe. Tout cela a \u00e9t\u00e9 vot\u00e9 le 22 juillet par les m\u00eames proc\u00e9dures d\u2019urgence que Syriza n\u2019avait cess\u00e9 de d\u00e9noncer durant toutes ces ann\u00e9es, et qu\u2019il est d\u00e9sormais oblig\u00e9 d\u2019accepter puisqu\u2019il a capitul\u00e9 devant les cr\u00e9anciers. Le mot \u00ab\u00a0capituler\u00a0\u00bb est sans doute faible. J\u2019ai vraiment des r\u00e9actions de honte quand je vois un parti dont je suis toujours membre \u00eatre au gouvernement et se livrer \u00e0 ce type de pratiques, qui tournent en d\u00e9rision les notions les plus \u00e9l\u00e9mentaires du fonctionnement d\u00e9mocratique des institutions.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><i><strong>Apr\u00e8s le vote par le Parlement grec de l\u2019accord d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 et desdites \u00ab\u00a0r\u00e9formes structurelles\u00a0\u00bb, comment se red\u00e9finit l\u2019\u00e9chiquier politique grec\u00a0? Va-t-on vers une scission de Syriza ou, du moins, une recomposition des forces de gauche radicale\u00a0? D\u2019autant que les gr\u00e8ves repartent et la place Syntagma se remplit de nouveau&#8230;<\/strong><\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>La recomposition est certaine et elle sera de grande ampleur. Il est peut-\u00eatre trop t\u00f4t pour en avoir les contours exacts mais j\u2019aimerais insister sur deux \u00e9l\u00e9ments. Le premier est la situation interne de Syriza. Il faut bien comprendre que les choix du gouvernement Tsipras n\u2019ont pas de l\u00e9gitimit\u00e9 au sein du parti. La majorit\u00e9 des membres du Comit\u00e9 central a sign\u00e9 un texte commun, dans lequel l\u2019accord est rejet\u00e9 et consid\u00e9r\u00e9 comme le produit d\u2019un coup d\u2019\u00c9tat contre le gouvernement grec. Une convocation imm\u00e9diate du comit\u00e9 central est exig\u00e9e \u2014 et elle s\u2019est heurt\u00e9e \u00e0 une fin de non-recevoir de Tsipras, pr\u00e9sident du parti \u00e9lu, lui-aussi, directement par le Congr\u00e8s. La quasi-totalit\u00e9 des f\u00e9d\u00e9rations du parti et des sections locales votent des motions dans le m\u00eame sens. On est devant une situation de blocage. Du c\u00f4t\u00e9 des proches de Tsipras, le ton devient extr\u00eamement agressif envers ceux qui sont en d\u00e9saccord avec les choix qui ont \u00e9t\u00e9 faits. Il est tr\u00e8s choquant de voir que certains membres du parti reprennent mot pour mot les arguments propag\u00e9s par les m\u00e9dias, jusqu\u2019aux calomnies qui pr\u00e9sentent les d\u00e9fenseurs de plans alternatifs, comme Varouf\u00e1kis ou Lafazanis, comme des putschistes, des comploteurs de la drachme, des align\u00e9s sur le Grexit, fa\u00e7on Sch\u00e4uble. Nous avons donc peu de raisons d\u2019\u00eatre optimistes quant \u00e0 l\u2019\u00e9volution de la situation interne de de Syriza.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Mais l\u2019essentiel est ailleurs. La gauche de Syriza, dans ses diverses expressions (m\u00eame si la Plateforme de gauche en constitue l\u2019\u00e9pine dorsale), se fixe \u00e0 pr\u00e9sent comme objectif la traduction et la repr\u00e9sentation politique du peuple du \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb aux m\u00e9morandums et \u00e0 l\u2019aust\u00e9rit\u00e9. La situation nouvelle cr\u00e9\u00e9e est que le bloc social, avec ses trois dimensions \u2013 de classe, de g\u00e9n\u00e9ration et national-populaire \u2013, se retrouve d\u00e9sormais orphelin de repr\u00e9sentation politique. C\u2019est \u00e0 cette construction politique qu\u2019il faut maintenant s\u2019atteler. Il s\u2019agit de rassembler, de fa\u00e7on tr\u00e8s large, des forces politiques \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur et l\u2019ext\u00e9rieur de Syriza. Les premiers signes qui nous parviennent sont positifs. Mais il est vital d\u2019impliquer \u00e9galement dans ce nouveau projet des acteurs non strictement politiques, qui ont men\u00e9 la bataille du \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb par en-bas, dans le mouvement social. C\u2019est absolument extraordinaire\u00a0: les initiatives, que ce soit sur les lieux de travail ou dans les quartiers, ont litt\u00e9ralement fus\u00e9 en l\u2019espace de quelques jours\u00a0; d\u2019autres se sont cr\u00e9\u00e9es dans la foul\u00e9e du r\u00e9f\u00e9rendum ou se constituent actuellement.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>L\u2019image que v\u00e9hiculent les m\u00e9dias, selon laquelle <i>\u00ab\u00a0en Gr\u00e8ce, tout le monde est soulag\u00e9, Tsipras est tr\u00e8s populaire\u00a0\u00bb<\/i>, est tr\u00e8s loin de la r\u00e9alit\u00e9. Il y a un tr\u00e8s grand d\u00e9sarroi, de la confusion, une difficult\u00e9 \u00e0 admettre ce qui s\u2019est pass\u00e9. Un ami a utilis\u00e9 le terme de \u00ab\u00a0choc post-traumatique\u00a0\u00bb. Cela signifie qu\u2019une partie de l\u2019\u00e9lectorat du \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb est dans un tel d\u00e9sarroi qu\u2019elle ne sait plus sur quel pied danser et se dit qu\u2019il n\u2019y avait peut-\u00eatre pas d\u2019autre choix possible. Mais nombreux sont ceux, surtout parmi les secteurs sociaux les plus massivement engag\u00e9s dans le \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb \u2013 \u00e0 savoir les jeunes et les milieux populaires \u2013, qui sont r\u00e9volt\u00e9s et disponibles pour participer ou soutenir un projet alternatif. La Plateforme de gauche tient son premier meeting public au grand air \u00e0 Ath\u00e8nes, lundi prochain [27 juillet \u2014 aujourd\u2019hui]. Le titre de cette manifestation sera\u00a0: \u00ab\u00a0Le non n\u2019est pas vaincu. Nous continuons.\u00a0\u00bb Il faut construire de fa\u00e7on nouvelle la voix du \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb de classe, d\u00e9mocratique et anti-Union europ\u00e9enne.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><i><strong>C\u2019est la strat\u00e9gie qu\u2019aurait d\u00fb entreprendre la gauche radicale fran\u00e7aise suite \u00e0 la victoire du \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb au r\u00e9f\u00e9rendum sur le Trait\u00e9 Constitutionnel Europ\u00e9en en 2005, non\u00a0?<\/strong><\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Exactement. Et au lieu de \u00e7a, elle a r\u00e9gress\u00e9 et s\u2019est emp\u00eatr\u00e9e dans des luttes de boutique internes. Au lieu de pousser la critique de l\u2019UE plus loin, \u00e0 partir de l\u2019acquis de la campagne du \u00ab\u00a0non\u00a0\u00bb, elle est revenue en arri\u00e8re et n\u2019a cess\u00e9 de rab\u00e2cher la litanie de \u00ab\u00a0l\u2019Europe sociale\u00a0\u00bb et de la r\u00e9forme des institutions europ\u00e9ennes&#8230;<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><i><strong>Le projet d\u2019une plateforme commune des gauches radicales sud-europ\u00e9ennes, afin d\u2019\u00e9tablir un programme concert\u00e9 de sortie de l\u2019euro, est-il envisageable\u00a0?<\/strong><\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Depuis 35 ans, j\u2019essaie d\u2019\u00eatre un militant communiste. Ce qui m\u2019int\u00e9resse est une strat\u00e9gie anticapitaliste pour ici et maintenant, dans un pays europ\u00e9en et dans la conjoncture o\u00f9 nous vivons. Et je consid\u00e8re effectivement que cela serait la m\u00e9diation n\u00e9cessaire afin d\u2019\u00e9tablir une strat\u00e9gie anticapitaliste effective, non pas bas\u00e9e sur un propagandisme abstrait ou sur des vell\u00e9it\u00e9s de r\u00e9p\u00e9tition des sch\u00e9mas anciens dont on sait pertinemment qu\u2019ils ne sont plus valides, mais sur les contradictions actuelles\u00a0; une strat\u00e9gie qui tire les le\u00e7ons des exp\u00e9riences politiques r\u00e9centes, des luttes, des mouvements sociaux et qui essaie d\u2019avancer dans ce sens, en posant la question du pouvoir et de la strat\u00e9gie politique. Ce n\u2019est donc pas simplement un projet pr\u00e9tendument \u00ab\u00a0anti-europ\u00e9en\u00a0\u00bb, ce n\u2019est d\u2019ailleurs pas un projet limit\u00e9 \u00e0 l\u2019Europe du Sud, mais un projet authentiquement internationaliste \u2014 qui suppose en effet des formes de coordination plus avanc\u00e9es des forces d\u2019opposition au syst\u00e8me. Ce qu\u2019il faut, c\u2019est une nouvelle gauche anticapitaliste. Et l\u2019une des conditions, non pas suffisante mais n\u00e9cessaire pour y parvenir, est d\u2019ouvrir un front r\u00e9solu contre notre adversaire actuel, c\u2019est-\u00e0-dire l\u2019Union europ\u00e9enne et tout ce qu\u2019elle repr\u00e9sente.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><i><strong>Dans vos interviews, \u00e9crits et articles, vous avez pris l\u2019habitude d\u2019\u00e9crire syst\u00e9matiquement entre guillemets \u00ab\u00a0la gauche de la gauche\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0la gauche radicale\u00a0\u00bb. Cette incapacit\u00e9 \u00e0 se d\u00e9finir clairement \u2013 sans ambages ni guillemets \u2013 marque-t-elle le signe que les identit\u00e9s politiques h\u00e9rit\u00e9es du XX<sup class=\"typo_exposants\">e<\/sup> si\u00e8cle sont, pour partie, devenues obsol\u00e8tes\u00a0?<\/strong><\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Le terme de \u00ab\u00a0gauche radicale\u00a0\u00bb est sans doute utile car il correspond \u00e0 cette situation mouvante. On est dans un entre-deux et les formulations souples sont n\u00e9cessaires, ou du moins in\u00e9vitables, pour permettre aux processus de se d\u00e9ployer de fa\u00e7on nouvelle, en rupture avec des sch\u00e9mas pr\u00e9\u00e9tablis. Ce qui caract\u00e9rise Syriza sont ses racines tr\u00e8s profondes dans le mouvement communiste et la gauche r\u00e9volutionnaire grecque. En d\u2019autres termes, Syriza est issu de la recomposition de mouvements dont le but commun \u00e9tait la remise en cause, non pas seulement des politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 ou n\u00e9olib\u00e9rales, mais du capitalisme lui-m\u00eame. Il y a donc d\u2019un c\u00f4t\u00e9 un aspect de radicalit\u00e9 r\u00e9elle, mais de l\u2019autre, on a vu que la strat\u00e9gie choisie \u00e9tait profond\u00e9ment inad\u00e9quate et renvoyait \u00e0 des faiblesses de fond et, par l\u00e0 m\u00eame, \u00e0 des contradictions dans la constitution de Syriza, qui n\u2019a pas r\u00e9sist\u00e9 \u00e0 cette \u00e9preuve terrible du pouvoir gouvernemental. La contradiction a ainsi fini par \u00e9clater. Il s\u2019agit \u00e0 pr\u00e9sent d\u2019assumer ce fait et de passer \u00e0 une \u00e9tape suivante pour que cette exp\u00e9rience ch\u00e8rement acquise par le peuple grec et les forces de la gauche de combat servent au moins \u00e0 ouvrir une perspective d\u2019avenir.<\/b><\/h3>\n<hr class=\"spip\" \/>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>[1]\u00a0Entretien accessible en ligne sur <a class=\"spip_url spip_out auto\" href=\"http:\/\/fischer02003.over-blog.com\/2015\/04\/interview-d-euclide-tsakalotos.html\" rel=\"nofollow external\">http:\/\/fischer02003.over-blog.com\/2015\/04\/interview-d-euclide-tsakalotos.html<\/a>.<br class=\"autobr\" \/>[2]\u00a0\u00ab\u00a0Le courage du d\u00e9sespoir\u00a0\u00bb accessible en ligne sur <a class=\"spip_url spip_out auto\" href=\"http:\/\/bibliobs.nouvelobs.com\/idees\/20150720.OBS2830\/exclusif-le-courage-du-desespoir-par-slavoj-i-ek.html\" rel=\"nofollow external\">http:\/\/bibliobs.nouvelobs.com\/idees\/20150720.OBS2830\/exclusif-le-courage-du-desespoir-par-slavoj-i-ek.html<\/a><\/b><\/h3>\n<h3 id=\"auteurs\" style=\"text-align: justify;\"><b><a href=\"http:\/\/www.europe-solidaire.org\/spip.php?page=auteur&amp;id_auteur=100\">KOUVELAKIS Stathis <\/a>, <a href=\"http:\/\/www.europe-solidaire.org\/spip.php?page=auteur&amp;id_auteur=14199\">Ballast<\/a><\/b><\/h3>\n<h3 id=\"notes_filet\" style=\"text-align: justify;\"><b>Notes<\/b><\/h3>\n<h3 id=\"nb1\" style=\"text-align: justify;\"><b><span class=\"spip_note_ref\">[<a class=\"spip_note\" title=\"Notes 1\" href=\"http:\/\/www.europe-solidaire.org\/spip.php?article35537#nh1\" rev=\"footnote\">1<\/a>]\u00a0<\/span>Entretien accessible en ligne sur <a class=\"spip_url spip_out auto\" href=\"http:\/\/fischer02003.over-blog.com\/2015\/04\/interview-d-euclide-tsakalotos.html\" rel=\"nofollow external\">http:\/\/fischer02003.over-blog.com\/2015\/04\/interview-d-euclide-tsakalotos.html<\/a>.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>* Entretien in\u00e9dit pour le site de Ballast\u00a0:<br class=\"autobr\" \/><a class=\"spip_url spip_out auto\" href=\"http:\/\/www.revue-ballast.fr\/stathis-kouvelakis\/\" rel=\"nofollow external\">http:\/\/www.revue-ballast.fr\/stathis-kouvelakis\/<\/a><\/b><\/h3>\n<\/div>\n<gcse:search><\/gcse:search>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>R\u00e9sumons \u00e0 tr\u00e8s grands traits. Le 25 janvier 2015, Syriza remporte les \u00e9lections l\u00e9gislatives grecques sur un programme de rupture\u00a0; le 5 juillet, c\u2019est un tonitruant \u00ab\u00a0OXI\u00a0\u00bb, \u00e0 61\u00a0%, qui envoie les petits barons de l\u2019ordre europ\u00e9en dans les cordes\u00a0; le lendemain, Y\u00e1nis Varouf\u00e1kis, ministre des Finances grec, est pouss\u00e9 vers la sortie\u00a0; le lundi [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[126,147],"tags":[103,16,205,23],"class_list":["post-15627","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-gauche-de-combat","category-international","tag-demarche-citoyenne","tag-economie","tag-grece","tag-luttes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15627","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=15627"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/15627\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=15627"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=15627"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=15627"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}