{"id":14850,"date":"2015-04-13T17:00:43","date_gmt":"2015-04-13T16:00:43","guid":{"rendered":"http:\/\/alternatifs81.fr\/?p=14850"},"modified":"2015-04-15T09:43:40","modified_gmt":"2015-04-15T08:43:40","slug":"hommage-a-francois-maspero-homme-livre-homme-libre-edwy-plenel","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alternatifs81.fr\/?p=14850","title":{"rendered":"Hommage \u00e0 Fran\u00e7ois MASPERO, \u00ab\u00a0homme livre, homme libre\u00a0\u00bb. Edwy PLENEL"},"content":{"rendered":"<h3 class=\"post-header\"><span style=\"color: #808000;\"><em>Merci \u00e0 cet immense combattant de la libert\u00e9. Comment dire ce que nous lui devons ? <\/em><\/span><br \/>\n<span style=\"color: #008000;\"><em>Alternatives et Autogestion, le 13 avril 2015<\/em><\/span><\/h3>\n<div class=\"post-header\"><\/div>\n<div class=\"post-header\"><span style=\"color: #0000ff;\"><em><b>C&rsquo;est par un billet sur son blog que Marcel-Francis Kahn vient d&rsquo;annoncer la mort de Fran\u00e7ois Maspero, son meilleur ami : <\/b><\/em><\/span><\/div>\n<div id=\"post-body-8223866245617566928\" class=\"post-body entry-content\">\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/maspero-17-septembre-2009-1951.jpg\" rel=\"lightbox[14850]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-14855\" src=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/maspero-17-septembre-2009-1951-150x150.jpg\" alt=\"maspero-17-septembre-2009-1951\" width=\"200\" height=\"150\" srcset=\"https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/maspero-17-septembre-2009-1951-300x225.jpg 300w, https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/maspero-17-septembre-2009-1951.jpg 640w\" sizes=\"auto, (max-width: 200px) 100vw, 200px\" \/><\/a>\u00ab\u00a0Fran\u00e7ois Maspero est mort chez lui, samedi 11 avril. Alert\u00e9 par une fuite d&rsquo;eau, on l&rsquo;a d\u00e9couvert dimanche mort dans sa baignoire. Il avait pass\u00e9 la journ\u00e9e du vendredi 10 avec moi, qui l&rsquo;avait amen\u00e9 dans une clinique de banlieue o\u00f9 il a subi un examen radiologique demand\u00e9 par le sp\u00e9cialiste qui le suivait. Il avait 83 ans. Hier, on honorait la lib\u00e9ration de Buchenwald o\u00f9 est mort son p\u00e8re. Je connaissais Fran\u00e7ois depui pr\u00e8s de quarante ans et, au fil des ans, il \u00e9tait devenu mon meilleur ami. Il y a environ quinze jours, il assistait \u00e0 la maison des syndicats \u00e0 la projection du film que ses amis lyonnais lui ont consacr\u00e9. Une nombreuse assistance \u00e9tait l\u00e0 et a pu dialoguer avec lui. Nous n&rsquo;imaginions pas que ce serait sa derni\u00e8re apparition. Sa fille Julia \u00e9tait au Qu\u00e9bec mais a pu \u00eatre pr\u00e9venue par t\u00e9l\u00e9phone. Comme tous ceux qui l&rsquo;ont connu sa disparition me cause une douleur difficile \u00e0 surmonter. Marcel-Francis Kahn\u00a0\u00bb\u00a0<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #008000;\"><em> <b>En hommage \u00e0 Fran\u00e7ois Maspero, mais aussi pour aider celles et ceux qui n&rsquo;ont pas eu la chance de le conna\u00eetre ni de le rencontrer, nous vous invitons \u00e0 lire (ou relire) ci-apr\u00e8s un long billet r\u00e9dig\u00e9 en 2009 sur son blog de M\u00e9diapart par Edwy Plenel.<br \/>\n<\/b><\/em><\/span><\/h3>\n<h3 class=\"titleView\" style=\"text-align: justify;\">Fran\u00e7ois Maspero, homme livre, homme libre<\/h3>\n<p><!--more--><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 class=\"media media-align-center media-image format-33-pcent format-225_pixels_nb\" style=\"text-align: justify;\"><b>Mediapart est partenaire de l&rsquo;exposition <a title=\"Voir l'\u00e9dition participative\" href=\"http:\/\/blogs.mediapart.fr\/edition\/francois-maspero-et-les-paysages-humains\">Fran\u00e7ois Maspero et les paysages humains<\/a> qui se tient au Mus\u00e9e de l&rsquo;imprimerie \u00e0 Lyon, jusqu&rsquo;au 15 novembre 2009, et dont Antoine Perraud a <a title=\"Lire son article\" href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/culture-idees\/160909\/le-sens-maspero\">d\u00e9j\u00e0 rendu compte<\/a>. Lundi 12 octobre, je participe \u00e0 un d\u00e9bat avec l&rsquo;\u00e9diteur et \u00e9crivain autour de son \u0153uvre-vie d&rsquo;homme livre et d&rsquo;homme libre (\u00e0 18 h 15, aux Archives municipales de Lyon sises 1, place des Archives). En prologue \u00e0 cette rencontre, voici le texte que j&rsquo;ai \u00e9crit pour le catalogue de l&rsquo;exposition et que j&rsquo;ai intitul\u00e9 <i>La fid\u00e9lit\u00e9 Maspero<\/i>.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>En 1959, un jeune libraire du Quartier latin d\u00e9cidait de devenir \u00e9diteur. Il commen\u00e7a par lancer une collection qu&rsquo;il choisit d&rsquo;intituler \u00ab\u00a0Cahiers libres\u00a0\u00bb, en hommage transparent \u00e0 son anc\u00eatre en r\u00e9bellions, Charles P\u00e9guy, le fondateur des \u00ab\u00a0Cahiers de la quinzaine\u00a0\u00bb. Puis, afin d&rsquo;\u00e9viter toute m\u00e9prise sur ses intentions \u00e9ditoriales, il pla\u00e7a en exergue du catalogue des premiers titres publi\u00e9s ces mots du m\u00eame P\u00e9guy\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Ces cahiers auront contre eux tous les menteurs et tous les salauds, c&rsquo;est-\u00e0-dire l&rsquo;immense majorit\u00e9 de tous les partis.\u00a0\u00bb<\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Pour que lesdits menteurs et salauds ne se trompent pas d&rsquo;adresse, l&rsquo;artisan \u00e9diteur-libraire pr\u00e9f\u00e9ra signer ouvertement son forfait\u00a0: ses \u00ab\u00a0Cahiers libres\u00a0\u00bb para\u00eetraient \u00e0 l&rsquo;enseigne de son nom \u2013 Fran\u00e7ois Maspero, tout simplement. Nulle qu\u00eate de notori\u00e9t\u00e9 ou de gloriole dans son choix\u00a0; plus essentiellement, l&rsquo;envie d&rsquo;assumer ses actes dans une \u00e9poque obscure o\u00f9 la saloperie faisait le plein dans l&rsquo;abjection de la torture d&rsquo;Etat, cette gangr\u00e8ne autoris\u00e9e et encourag\u00e9e, tandis que les menteurs ne manquaient pas, notamment parmi la gauche officielle, celle qui perdit son honneur en faisant la guerre au peuple alg\u00e9rien et en votant les pleins pouvoirs \u00e0 Guy Mollet.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>D&#8217;embl\u00e9e, le parrainage de P\u00e9guy inscrivait cette aventure improbable dans une longue randonn\u00e9e qui, sans doute, ne s&rsquo;ach\u00e8vera qu&rsquo;avec l&rsquo;humanit\u00e9.\u00a0<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>En historien militant, ou l&rsquo;inverse pareillement, Pierre Vidal-Naquet, qui fut par la suite l&rsquo;un des auteurs de l&rsquo;\u00e9diteur Maspero, a soulign\u00e9 ce dreyfusisme qui traversait les r\u00e9seaux de soutien \u00e0 la cause de l&rsquo;ind\u00e9pendance alg\u00e9rienne\u00a0: cette intuition commune \u00e0 des hommes et des femmes d&rsquo;horizons divers, aussi bien libertaires que trotskystes, chr\u00e9tiens de gauche que radicalement lib\u00e9raux, que se jouait dans cette affaire no<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>n seulement la souverainet\u00e9 d&rsquo;un peuple \u2013 l&rsquo;alg\u00e9rien \u2013 mais, plus encore, l&rsquo;\u00e2me d&rsquo;une nation \u2013 la n\u00f4tre. Et que, comme toujours dans ces batailles \u00e9ternelles, il s&rsquo;agirait de gueuler quelques v\u00e9rit\u00e9s contre les faussaires et les tricheurs. En r\u00e9f\u00e9rence explicite au \u00ab\u00a0J&rsquo;accuse\u00a0\u00bb d&rsquo;Emile Zola, l&rsquo;une des brochures du Comit\u00e9 Maurice Audin qui, \u00e0 l&rsquo;\u00e9t\u00e9 1958, recensait en Alg\u00e9rie tortures, meurtres collectifs, villages ras\u00e9s et populations massacr\u00e9es, s&rsquo;intitulait <i>Nous accusons<\/i>. <i>V\u00e9rit\u00e9-Libert\u00e9<\/i> fut le titre du journal cr\u00e9\u00e9 en 1960 par Vidal-Naquet dans la foul\u00e9e du Comit\u00e9 Audin, chronique inform\u00e9e des tortures et autres crimes officiels, dont les deux concepts accol\u00e9s faisaient explicitement \u00e9cho au ressassement du dreyfusard P\u00e9guy\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Dire la v\u00e9rit\u00e9, toute la v\u00e9rit\u00e9, rien que la v\u00e9rit\u00e9, dire b\u00eatement la v\u00e9rit\u00e9 b\u00eate, ennuyeusement la v\u00e9rit\u00e9 en nuyeuse, tristement la v\u00e9rit\u00e9 triste.\u00a0\u00bb<\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 class=\"media media-align-left media-image format-33-pcent format-225_pixels_nb\" style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 class=\"media media-align-left media-image format-33-pcent format-225_pixels_nb\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<b>Suivre la piste P\u00e9guy pour retrouver Maspero, c&rsquo;est traquer encore d&rsquo;autres r\u00e9sonances. Apr\u00e8s tout, P\u00e9guy lui-m\u00eame tenait boutique au Quartier latin, rue de la Sorbonne, \u00e0 trois pas de la place Paul-Painlev\u00e9 qui, au num\u00e9ro 1, sera longtemps le si\u00e8ge des \u00e9ditions Maspero\u00a0; et \u00e0 quelques minutes de la rue Saint-S\u00e9verin o\u00f9 l&rsquo;\u00e9diteur Maspero fut libraire ent\u00eat\u00e9, sous l&rsquo;enseigne festive de \u00ab\u00a0La joie de lire\u00a0\u00bb. Surtout, du P\u00e9guy dreyfusard, on n&rsquo;a encore rien dit si l&rsquo;on se contente de rappeler qu&rsquo;il soutenait l&rsquo;innocence du capitaine Dreyfus sans pr\u00e9ciser qu&rsquo;alors, il \u00e9tait aussi sympathisant libertaire, influenc\u00e9 par ces anarchistes, r\u00e9volt\u00e9s ou r\u00e9volutionnaires, qui r\u00e9veill\u00e8rent les consciences, bouscul\u00e8rent les habitudes et insuffl\u00e8rent les avant-gardes \u2013 au premier rang desquels Bernard Lazare dont il sculpta la statue dans <i>Notre jeunesse<\/i>, en 1910. Les libertaires donc, autrement dit une gauche \u00e0 la fois radicale et non conformiste, indocile et incontr\u00f4lable, inclassable en somme, tout comme le fut \u2013 et l&rsquo;est encore \u2013 la gauche d&rsquo;\u00e9lection de Fran\u00e7ois Maspero.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Avant qu&rsquo;il ne se lance dans le d\u00e9fi des <i>Cahiers<\/i>, les premiers articles de P\u00e9guy parurent dans la <i>Revue blanche<\/i>, refuge de toutes les audaces litt\u00e9raires, picturales et politiques de la Belle Epoque &#8211; la seule \u00e0 entretenir alors le souvenir de la Commune de Paris par une enqu\u00eate fouill\u00e9e aupr\u00e8s de ses acteurs survivants. Or son ma\u00eetre d&rsquo;\u0153uvre \u00e9tait F\u00e9lix F\u00e9n\u00e9on, rescap\u00e9 du \u00ab\u00a0proc\u00e8s des Trente\u00a0\u00bb de 1894 durant lequel, arm\u00e9 de lois d&rsquo;exceptions qui, pour la post\u00e9rit\u00e9, resteront <i>\u00ab\u00a0les lois sc\u00e9l\u00e9rates\u00a0\u00bb<\/i>, l&rsquo;ordre \u00e9tabli avait vainement tent\u00e9 de faire un sort aux intellectuels de l&rsquo;anarchie. Un temps journaliste, l&rsquo;anarchiste F\u00e9n\u00e9on fut artisan de revue, de style et de mots, critique d&rsquo;art incomparable, \u00e9diteur, traducteur et galeriste, d\u00e9fricheur de go\u00fbts et de talents, mais aussi communiste libertaire jusqu&rsquo;\u00e0 son dernier souffle.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>F\u00e9n\u00e9on, l&rsquo;ami de Mallarm\u00e9 et de tant d&rsquo;autres, peintres et po\u00e8tes, l&rsquo;\u00e9l\u00e9gance et la discr\u00e9tion au service d&rsquo;une intransigeante fid\u00e9lit\u00e9. F\u00e9n\u00e9on dont le portrait par F\u00e9lix Vallotton en r\u00e9dacteur en chef de la <i>Revue blanche<\/i>, courb\u00e9 sur ses \u00e9preuves dans la position du correcteur, m&rsquo;\u00e9voque la passion de Fran\u00e7ois Maspero pour l&rsquo;artisanat du livre, sans excepter aucun de ses savoir-faire. A tr\u00e8s exactement un si\u00e8cle de distance, la m\u00eame passion\u00a0: en 1998, dans un recueil de po\u00e9sies traduites par ses soins, publi\u00e9 hors commerce par les librairies \u00ab\u00a0L&rsquo;arbre \u00e0 lettres\u00a0\u00bb, Maspero en t\u00e9moignait comme je le fais ici \u2013 par le d\u00e9tour d&rsquo;une admiration. Pr\u00e9sentant ce livre d&rsquo;amour \u2013 <i>\u00ab\u00a0Traduire la po\u00e9sie est une d\u00e9marche amoureuse. Contre la mort.\u00a0\u00bb<\/i> \u2013, il commence par rendre hommage \u00e0 Guy L\u00e9vis Mano et \u00e0 ses \u00e9ditions GLM\u00a0; Mano, ce po\u00e8te, traducteur, typographe, imprimeur, \u00e9diteur, dont il \u00e9crit qu&rsquo;il repr\u00e9sente pour lui <i>\u00ab\u00a0un id\u00e9al v\u00e9cu\u00a0: la fusion d&rsquo;un artisan et d&rsquo;un artiste, pour faire, simplement, un homme de m\u00e9tier\u00a0\u00bb.<\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 class=\"center\" style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 class=\"media media-align-right media-image format-20-pcent format-150_pixels\" style=\"text-align: justify;\"><b>De Maspero \u00e0 P\u00e9guy, aller et retour, entre passions intellectuelles et passions professionnelles, je pourrais, d&rsquo;un tournant de si\u00e8cles \u00e0 l&rsquo;autre, filer la r\u00e9sonance \u00e0 l&rsquo;infini. Car c&rsquo;est ainsi\u00a0: chaque fois que j&rsquo;\u00e9cris sur Maspero, je tombe sur P\u00e9guy. Son temps, ses postures et ses figures. Ce fut le cas notamment en 1999, dans les premi\u00e8res pages de <i>L&rsquo;\u00e9preuve <\/i>\u2013 livre d\u00e9di\u00e9 \u00e0 Fran\u00e7ois Maspero \u2013, o\u00f9 je les embarque tous deux, complices et contemporains malgr\u00e9 eux, dans un coup de col\u00e8re et de tristesse contre le retour exacerb\u00e9 du national dans notre paysage politique, contre ses confusions et ses illusions, ses peurs et ses replis, ses aigreurs et ses ranc\u0153urs, ses haines et ses mensonges \u2013 ce retour dont l&rsquo;\u00e9lection de Nicolas Sarkozy en 2007 \u00e0 la pr\u00e9sidence de la R\u00e9publique sera la sanction.<\/b><\/h3>\n<h3 class=\"media media-align-right media-image format-20-pcent format-150_pixels\" style=\"text-align: justify;\"><b>\u00a0<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Evidemment, cet apparentement peut surprendre, tant il d\u00e9joue les \u00e9tiquettes commodes et les classements automatiques. S&rsquo;agissant de P\u00e9guy, il troublera ceux qui, pour l&rsquo;adopter ou le rejeter, ne veulent voir que le patriote exalt\u00e9 de la fin, \u00e9clipsant sa jeunesse irr\u00e9ductible \u00e0 laquelle il se voudra toujours fid\u00e8le. Quant \u00e0 Maspero, cette r\u00e9f\u00e9rence d\u00e9rangera ceux qui simplifient les authentiques radicalit\u00e9s, soit parce qu&rsquo;ils les prennent \u00e0 la l\u00e9g\u00e8re, les \u00e9pousant en amateurs \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, soit parce qu&rsquo;ils les observent avec ignorance, les caricaturant parce que leurs adversaires born\u00e9s. Car, de l&rsquo;un \u00e0 l&rsquo;autre, l&rsquo;enseignement est identique\u00a0: qu&rsquo;il n&rsquo;est pas de loyale dissidence sans v\u00e9ritable fid\u00e9lit\u00e9\u00a0; qu&rsquo;une conviction sinc\u00e8re n&rsquo;exclut pas la lucidit\u00e9 critique\u00a0; qu&#8217;embrasser la jeunesse du monde, c&rsquo;est aussi sauver de la tradition.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Au-del\u00e0 des personnalit\u00e9s et des parcours, ce ricochet est donc de pure logique\u00a0: d&rsquo;une \u00ab\u00a0Affaire\u00a0\u00bb l&rsquo;autre, tout simplement. Car l&rsquo;anticolonialisme fut notre affaire fondamentale qui, \u00e0 l&rsquo;instar de l&rsquo;affaire Dreyfus, sera toujours instruite, jamais class\u00e9e. Et ce que, pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9, P\u00e9guy nous enseigne de la premi\u00e8re affaire, cette mystique d&rsquo;un engagement fort et entier comme le serait l&rsquo;\u00e9vidence m\u00eame, ne devant rien aux combines et aux tactiques, Maspero nous l&rsquo;a appris, vie et \u0153uvre m\u00eal\u00e9s, pour la seconde.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Sans doute chaque g\u00e9n\u00e9ration rencontre-t-elle son \u00e9preuve fondatrice. Toutes sont uniques, \u00e9videmment. Mais toutes ont partie li\u00e9e. Les r\u00e9sistants des premi\u00e8res heures sont ceux qui le comprennent d&#8217;embl\u00e9e, entrevoyant ce lien fragile et se pr\u00e9cipitant d\u00e8s lors pour sauver du pass\u00e9 dans le pr\u00e9sent quant d&rsquo;autres se r\u00e9signent, s&rsquo;\u00e9garent ou se renient en pi\u00e9tinant le pr\u00e9sent par amour aveugle du futur et de ses illusoires promesses. Forc\u00e9ment minoritaires, les audacieux de la premi\u00e8re cohorte commencent par dire non. Non aux majorit\u00e9s gr\u00e9gaires. Non aux suivismes moutonniers. Non aux pens\u00e9es automatiques. Non aux slogans uniformes. Non \u00e0 la foule en somme.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b><i>\u00ab\u00a0Nous avons vu la foule, toute so\u00fbl\u00e9e de l&rsquo;injustice qu&rsquo;elle avait bue, se ruer contre un homme injustement condamn\u00e9. Et nous avons connu que la foule n&rsquo;est pas socialiste.\u00a0\u00bb<\/i> Le constat est de P\u00e9guy dans <i>L&rsquo;\u00e9preuve<\/i>, un texte posthume de 1898 que j&rsquo;ai d\u00e9couvert apr\u00e8s avoir publi\u00e9 mon essai \u00e9ponyme. Emile Zola venait d&rsquo;\u00eatre condamn\u00e9 pour son \u00ab\u00a0J&rsquo;accuse\u00a0\u00bb, une foule vindicative l&rsquo;avait pris \u00e0 partie et des \u00e9meutes antis\u00e9mites avaient ensanglant\u00e9 les principales villes de l&rsquo;Alg\u00e9rie, alors fran\u00e7aise. La conclusion de cet article in\u00e9dit inscrivait au c\u0153ur de l&rsquo;esp\u00e9rance progressiste le refus des raisons d&rsquo;Etat en leurs infinies variantes \u2013\u00a0 de Parti, de Classe, de Nation, de Patrie, d&rsquo;Identit\u00e9, d&rsquo;Id\u00e9ologie, de Religion, etc.\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Nous donnerons au peuple un autre enseignement que l&rsquo;enseignement de haine ou de l\u00e2chet\u00e9\u00a0; nous ne serons jamais [&#8230;] les courtisans de la foule, mais nous irons droit au vrai peuple et nous lui enseignerons le socialisme\u00a0; en particulier nous lui enseignerons que les socialistes doivent toujours marcher pour l&rsquo;entier recouvrement de la justice, et non pas essayer de faire leurs affaires \u00e0 coup d&rsquo;injustices, comme ces jur\u00e9s marchands de vin qui re\u00e7oivent, nous disent les journaux d&rsquo;Esterhazy, autour de leurs comptoirs les compliments de leurs clients.\u00a0\u00bb<\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>D&rsquo;une affaire l&rsquo;autre, donc. Et, entre-temps, tant d&rsquo;autres affaires, de l&rsquo;une \u00e0 l&rsquo;autre. A contre-courant, dans tous les cas. Contre l&rsquo;imposture r\u00e9gnante. Contre le mensonge dominant. Contre l&rsquo;injustice effective. Contre le conformisme satisfait. Dans les ann\u00e9es 1930, des trotskystes et des socialistes anti-staliniens invoqu\u00e8rent la soif de v\u00e9rit\u00e9 de P\u00e9guy dans leurs brochures qui d\u00e9non\u00e7aient la farce sinistre des Proc\u00e8s de Moscou. A l&rsquo;or\u00e9e des ann\u00e9es 1940, des gaullistes firent de m\u00eame pour refuser l&rsquo;abaissement de l&rsquo;armistice, puis l&rsquo;avilissement de la collaboration. Et, donc, au mitan du si\u00e8cle, les partisans de l&rsquo;ind\u00e9pendance alg\u00e9rienne et, plus largement, des tiers-mondes souverains \u00e0 l&rsquo;heure de la d\u00e9colonisation et de la fin des empires \u2013 si lente, si violente, si douloureuse et contrainte dans le cas fran\u00e7ais. Ici, les affinit\u00e9s sont de principes et de r\u00e9flexes, non pas de croyances ou de calculs. En somme\u00a0: c&rsquo;est ainsi, parce qu&rsquo;il ne saurait en \u00eatre autrement.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Passeur de refus, dans la fid\u00e9lit\u00e9 aux disparus, Fran\u00e7ois Maspero l&rsquo;exprime \u00e0 propos de ses p\u00e8re et fr\u00e8re r\u00e9sistants dans <i>Les abeilles et la gu\u00eape<\/i>\u00a0: <i>\u00ab\u00a0C&rsquo;est pour dire\u00a0: des (grands) mots en isme, non je n&rsquo;en vois gu\u00e8re, dans tout ce qu&rsquo;ont fait mon p\u00e8re et mon fr\u00e8re. En tout cas, pas dans ce qui les a pouss\u00e9s \u00e0 le faire. Les ismes, dans cette histoire, on peut toujours les mettre apr\u00e8s coup. Mais pas avant. On peut les rencontrer en chemin. Ils ne sont pas l\u00e0 au d\u00e9part.\u00a0\u00bb<\/i> Tout combat, la d\u00e9termination qu&rsquo;il exige, la concentration qu&rsquo;il r\u00e9clame, donne l&rsquo;apparence d&rsquo;\u00eatre claquemur\u00e9 dans un monde \u00e0 part, \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart et en dehors \u2013 c&rsquo;est la gu\u00eape \u00e9voqu\u00e9e par Maspero, r\u00e9duite \u00e0 son aiguillon, sans le miel des abeilles qui l&rsquo;ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Pour autant, agir par intime conviction ne signifie pas forc\u00e9ment se soumettre \u00e0 d&rsquo;in\u00e9branlables certitudes. Aussi, dans le m\u00eame essai autobiographique, \u00e9voque-t-il Frantz Fanon, ce psychiatre martiniquais devenu r\u00e9volutionnaire alg\u00e9rien apr\u00e8s avoir \u00e9t\u00e9 jeune soldat de la France libre, en ces termes\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Il est une phrase de Fanon qui me le rend proche\u00a0: \u00ab\u00a0Mon ultime pri\u00e8re\u00a0: \u00f4 mon corps, fais de moi toujours un homme qui interroge.\u00a0\u00bb\u00a0\u00bb<\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 class=\"media media-align-left media-image format-20-pcent format-150_pixels\" style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Editeur des <i>Damn\u00e9s de la terre<\/i> de Fanon, qui firent le tour du monde, Maspero nous rappelle donc qu&rsquo;un engagement logique n&rsquo;exclut pas le doute m\u00e9thodique. Que choisir n&rsquo;est pas forc\u00e9ment s&rsquo;endormir. Que prendre parti n&rsquo;est pas in\u00e9vitablement perdre conscience. Fanon \u00e9tait \u00e0 l&rsquo;oppos\u00e9 des essentialismes identitaires et des simplismes partisans qu&rsquo;h\u00e9las, les ind\u00e9pendances nouvelles n&rsquo;\u00e9viteront pas, dans une forme de survivance des anciennes oppressions sous la lib\u00e9ration conquise. <i>\u00ab\u00a0Le fil de la pens\u00e9e de Fanon,<\/i> poursuit Maspero, <i>s&rsquo;est interrompu, tranch\u00e9 en pleine action. Il appelait \u00e0 extirper \u00ab\u00a0la peur de l&rsquo;autre\u00a0\u00bb. Dans sa vision des nouvelles ind\u00e9pendances, l&rsquo;espoir \u00e9tait partag\u00e9 avec la lucidit\u00e9 critique, avec ses mises en garde contre \u00ab\u00a0les m\u00e9saventures de la conscience nationale\u00a0\u00bb et le danger de trahison des nouvelles bourgeoisies locales. Il n&rsquo;a pas vu l&rsquo;instauration des syst\u00e8mes n\u00e9o-coloniaux mettre fin \u00e0 l&rsquo;espoir.\u00a0\u00bb<\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Nul hasard si le fil tir\u00e9 par Fanon, d&rsquo;Ouest en Est, des plus anciennes colonies fran\u00e7aises \u2013 les Antilles \u2013 aux plus r\u00e9centes \u2013 la conqu\u00eate alg\u00e9rienne, symbole de l&rsquo;expansion africaine \u2013, est aujourd&rsquo;hui prolong\u00e9 par son compatriote cadet, qui fut aussi son ami, le po\u00e8te Edouard Glissant, visionnaire du Tout-monde et des cr\u00e9olisations. Cette g\u00e9n\u00e9alogie essentielle, dont Maspero est \u00e0 la fois l&#8217;embl\u00e8me et le gardien, dit ce que l&rsquo;anticolonialisme portait d&rsquo;irr\u00e9ductible, au-del\u00e0 des circonstances momentan\u00e9es et des causes particuli\u00e8res\u00a0: le souci du monde et, par cons\u00e9quent, des autres. Une question qui, loin d&rsquo;avoir \u00e9t\u00e9 r\u00e9gl\u00e9e une fois pour toutes, est plus actuelle que jamais dans notre XXIe si\u00e8cle, travers\u00e9 de d\u00e9s\u00e9quilibres et de peurs, de dominations d\u00e9chues et de certitudes \u00e9branl\u00e9es. Depuis ce pays, la France, ce continent, l&rsquo;Europe, cette culture, d&rsquo;Occident, il nous faut d\u00e9sormais apprendre \u00e0 vivre dans un monde que nous ne dominerons pas, que nous ne soumettrons plus, que nous ne fa\u00e7onnerons plus \u00e0 notre image. De ce long et douloureux apprentissage, ach\u00e8vement de cette cavalcade par laquelle l&rsquo;Occident europ\u00e9en s&rsquo;est projet\u00e9 sur le monde, la cause anticoloniale eut tr\u00e8s t\u00f4t la prescience \u2013 et c&rsquo;est pourquoi elle fait encore d\u00e9sordre.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 class=\"media media-align-right media-image format-20-pcent format-150_pixels\" style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Dans <i>Les abeilles et la gu\u00eape<\/i>, c&rsquo;est quand il \u00e9voque Fanon que Maspero met les points sur les i\u00a0: <i>\u00ab\u00a0On a tax\u00e9 le livre de Fanon de \u00ab\u00a0bible du tiers-mondisme\u00a0\u00bb. J&rsquo;ai \u00e9t\u00e9 et je suis encore souvent, pour ma part, tax\u00e9 d'\u00a0\u00bb\u00e9diteur tiers-mondiste\u00a0\u00bb. J&rsquo;ai, \u00e0 une \u00e9poque o\u00f9 la pens\u00e9e et la litt\u00e9rature restaient repli\u00e9es sur les nations de la vieille Europe et de l&rsquo;Am\u00e9rique blanche, cherch\u00e9 d&rsquo;autres pens\u00e9es et d&rsquo;autres litt\u00e9ratures. Plus d&rsquo;un tiers de l&rsquo;humanit\u00e9, ces ann\u00e9es-l\u00e0, \u00ab\u00a0\u00e9mergeait\u00a0\u00bb avec les nouvelles ind\u00e9pendances. Il fallait lui donner la parole. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas le cas, alors. Je revendique ma faible part de ce travail-l\u00e0. Mais je n&rsquo;ai pas cru \u00e0 une inversion de la hi\u00e9rarchie des valeurs. Le tiers-monde, puisque c&rsquo;est ainsi que l&rsquo;avaient baptis\u00e9 des sociologues, devait prendre sa place, jouer son r\u00f4le dans l&rsquo;humanit\u00e9, rien de plus, mais rien de moins. J&rsquo;\u00e9tais dans la ligne du projet \u00e9nonc\u00e9 par Sylvain Levi en 1925 dans ces Cahiers du mois auxquels mon p\u00e8re avait particip\u00e9\u00a0: rabattre \u00ab\u00a0l&rsquo;orgueil d\u00e9ment de l&rsquo;Europe qui pr\u00e9tend faire la loi au monde\u00a0\u00bb.\u00a0\u00bb<\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>L&rsquo;\u0153uvre enti\u00e8re de Fran\u00e7ois Maspero \u2013 cette libre universit\u00e9 populaire que fut sa librairie \u00ab\u00a0La joie de lire\u00a0\u00bb, cette ouverture \u00e0 la diversit\u00e9 du monde et aux audaces de pens\u00e9e dont atteste le catalogue de ses \u00e9ditions, cette fid\u00e9lit\u00e9 ent\u00eat\u00e9e, toute de pr\u00e9caution envers les \u00eatres et de respect envers les faits, qu&rsquo;exprime l&rsquo;ensemble de ses livres \u2013, oui, tout l&rsquo;\u0153uvre-vie de Maspero t\u00e9moigne d&rsquo;une extr\u00eame coh\u00e9rence dont le point d&rsquo;ancrage fut, me semble-t-il, la question coloniale \u2013 moment d\u00e9clencheur, th\u00e8me r\u00e9v\u00e9lateur. Et cet exemple, le sien, nous importe, pour aujourd&rsquo;hui, pour demain. Car, de m\u00eame que le combat contre l&rsquo;antis\u00e9mitisme de la fin du XIXe si\u00e8cle fut annonciateur des combats d\u00e9cisifs du si\u00e8cle suivant face au fascisme et au nazisme, de m\u00eame les combats contre le colonialisme durant le XXe si\u00e8cle auront \u00e9t\u00e9 porteurs des enjeux d\u00e9cisifs du si\u00e8cle qui a commenc\u00e9. De la guerre sovi\u00e9tique en Afghanistan, pr\u00e9lude de la fin de l&rsquo;URSS, \u00e0 l&rsquo;invasion am\u00e9ricaine de l&rsquo;Irak, \u00e9bauche du choc des civilisations, en passant par la course \u00e0 l&rsquo;ab\u00eeme d&rsquo;Isra\u00ebl dans l&rsquo;oppression de la Palestine, ceux qui refusent de voir la pertinence de cet h\u00e9ritage sont, au choix, aveugles, irresponsables ou criminels.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Telle est pour moi la fid\u00e9lit\u00e9 Maspero\u00a0: une pr\u00e9sence au monde et aux autres en forme d&rsquo;alerte inqui\u00e8te et soucieuse, dans l&rsquo;espoir d&rsquo;\u00e9viter de nouvelles catastrophes. Et, de cette pr\u00e9sence, la question coloniale est l&rsquo;\u00e9preuve cardinale, entendue au sens large comme refus des civilisations pr\u00e9tendues sup\u00e9rieures et des oppressions suppos\u00e9es lib\u00e9ratrices. Cette fid\u00e9lit\u00e9, un livre en porte t\u00e9moignage plus que d&rsquo;autres. Un livre \u00e0 part, tenu quelque peu \u00e0 l&rsquo;\u00e9cart des bibliographies les plus courantes de Fran\u00e7ois Maspero, et que je voudrais ici remettre au centre et au c\u0153ur.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 class=\"center\" style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 class=\"media media-align-left media-image format-20-pcent format-150_pixels\" style=\"text-align: justify;\"><b>\u00a0<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Car les menteurs et salauds de tous les partis ont sans doute cri\u00e9 victoire quand, en 1982, ils ont vu Fran\u00e7ois Maspero renoncer \u00e0 son m\u00e9tier d&rsquo;\u00e9diteur. Mais ils se sont r\u00e9jouis trop vite\u00a0: ils avaient oubli\u00e9 l&rsquo;auteur. D\u00e9livr\u00e9 des livres des autres, Maspero, ce timide ombrageux dont j&rsquo;imagine qu&rsquo;il n&rsquo;\u00e9tait pas m\u00e9content de se cacher derri\u00e8re des piles de manuscrits, nous a soudain r\u00e9v\u00e9l\u00e9, en 1984, avec <i>Le Sourire du chat<\/i>, l&rsquo;\u00e9crivain qu&rsquo;il n&rsquo;avait jamais cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre en secret. Romans, r\u00e9cits, nouvelles, reportages et enqu\u00eates, sans compter les nombreuses traductions\u00a0: prolongeant l&rsquo;\u0153uvre \u00e9ditoriale qui l&rsquo;avait pr\u00e9c\u00e9d\u00e9e, une \u0153uvre litt\u00e9raire s&rsquo;est largement impos\u00e9e, avec la fid\u00e9lit\u00e9 pour trame secr\u00e8te et la photographie pour compagne complice. Dans le lot, une biographie historique fait exception\u00a0: en 1993, plus d&rsquo;une g\u00e9n\u00e9ration apr\u00e8s le d\u00e9but de son aventure \u00e9ditoriale \u2013 le temps, chez d&rsquo;autres, de plusieurs retournements de veste, de cent reniements et de mille amn\u00e9sies \u2013, Fran\u00e7ois Maspero s&rsquo;est rappel\u00e9 au bon souvenir des salauds en leur offrant leur portrait, <i>L&rsquo;honneur de Saint-Arnaud<\/i>.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 class=\"media media-align-right media-image format-20-pcent format-150_pixels\" style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 class=\"media media-align-right media-image format-20-pcent format-150_pixels\" style=\"text-align: justify;\">\u00a0<b>Ce livre fut victime d&rsquo;un malentendu. Dans leur infinie aptitude \u00e0 durer, survivre aux offenses et \u00e9pouser l&rsquo;air du temps, les salauds ont mille ruses. Dont celle-ci\u00a0: d\u00e9masqu\u00e9s, ils trouveront le portrait avantageux. On le sait, pour escamoter un auteur d\u00e9rangeant, il suffit de le proclamer fr\u00e9quentable et biens\u00e9ant, de l&rsquo;\u00e9touffer de reconnaissance et de l&rsquo;enterrer sous les honneurs. D\u00e9j\u00e0, quand, en 1990, Fran\u00e7ois Maspero, avec <i>Les Passagers du Roissy-Express<\/i>, offrit une arch\u00e9ologie sociale du territoire, de ses partages et de ses d\u00e9chirures, \u00e0 rebours de l&#8217;empressement charitable pour les banlieues \u2013 cet humanitarisme \u00e0 domicile o\u00f9 s&rsquo;\u00e9clipsent le social et le politique -, on le gratifia de compliments dans la presse respectable de tous bords et d&rsquo;une mention \u00e9logieuse dans un discours pr\u00e9sidentiel. Avec son Saint-Arnaud, on fit mieux, ou plut\u00f4t pire\u00a0: ici et l\u00e0, on le d\u00e9clara fascin\u00e9 par son h\u00e9ros, s\u00e9duit par le personnage, presque complice. Ce n&rsquo;\u00e9tait pas le verdict de lecteurs press\u00e9s, mais plut\u00f4t de lecteurs d\u00e9rang\u00e9s, g\u00ean\u00e9s et embarrass\u00e9s. Quitte \u00e0 d\u00e9naturer l&rsquo;\u0153uvre, il leur fallait taire la nouvelle\u00a0: par le d\u00e9tour d&rsquo;une biographie classique, qui plus est sur un personnage lointain et oubli\u00e9, l&rsquo;\u00e9crivain Maspero proclamait sa fid\u00e9lit\u00e9 \u00e0 ses engagements d&rsquo;\u00e9diteur.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Car, de tous les livres \u00e9crits par Fran\u00e7ois Maspero, celui-ci est sans doute le plus politique et le plus actuel. Sous l&rsquo;apparence d&rsquo;un livre d&rsquo;histoire, c&rsquo;est de nous qu&rsquo;il s&rsquo;agit ici. De ce pays, la France. De l&rsquo;id\u00e9e que nous nous en faisons. De sa pr\u00e9sence au monde, hic et nunc, selon que nous revendiquons ou que nous rejetons une part de son pass\u00e9.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>P\u00e9guy revendiquait pour ses <i>Cahiers<\/i> le droit de <i>\u00ab\u00a0faire des personnalit\u00e9s\u00a0\u00bb.<\/i> Il entendait par l\u00e0 donner <i>\u00ab\u00a0des coups pour de bon, non des coups pour la d\u00e9monstration\u00a0\u00bb<\/i>. Parce que, ajoutait-il, \u00ab<i> la guerre est la guerre, et, quand on se bat, on tape\u00a0\u00bb<\/i>. Maspero a donc choisi de se faire une personnalit\u00e9, ce mar\u00e9chal Achille Le Roy de Saint-Arnaud qui ne s&rsquo;appelait ni Achille ni Saint-Arnaud. Saint-Arnaud, \u00e0 premi\u00e8re vue, c&rsquo;est la conqu\u00eate de l&rsquo;Alg\u00e9rie et le coup d&rsquo;Etat du 2 d\u00e9cembre, les <i>\u00ab\u00a0Arabes\u00a0\u00bb<\/i> enfum\u00e9s et la <i>\u00ab\u00a0canaille\u00a0\u00bb<\/i> mitraill\u00e9e. Mais c&rsquo;est bien plus que cela\u00a0: au travers de ses lettres, publi\u00e9es apr\u00e8s sa mort en 1854 par sa famille, lou\u00e9es par Sainte-Beuve comme l&rsquo;exemple m\u00eame de <i>\u00ab\u00a0l&rsquo;esprit fran\u00e7ais\u00a0\u00bb<\/i>, devenues l&rsquo;un des br\u00e9viaires des bien pensants du Second Empire, c&rsquo;est la crapulerie personnifi\u00e9e, la crapulerie \u00e9tablie et honor\u00e9e, revendiqu\u00e9e et l\u00e9gitim\u00e9e. La crapulerie d&rsquo;Etat. Le crime national.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b><i>\u00ab\u00a0Ce g\u00e9n\u00e9ral avait les \u00e9tats de service d&rsquo;un chacal\u00a0\u00bb<\/i>, disait Victor Hugo de cet aventurier officiel, dont les crimes eurent force de loi et dont les vilenies furent montr\u00e9es en exemple. <i>\u00ab\u00a0Les crimes sont faits grandement ou petitement\u00a0; dans le premier cas, on est C\u00e9sar, dans le second cas, on est Mandrin. C\u00e9sar passe le Rubicon, Mandrin enjambe l&rsquo;\u00e9gout.\u00a0\u00bb<\/i> Aux premi\u00e8res lignes rageuse de son <i>Histoire d&rsquo;un crime<\/i>, \u00e9crites \u00e0 Bruxelles dans les premiers mois de l&rsquo;exil, le m\u00eame Hugo frayait le chemin emprunt\u00e9 par Maspero\u00a0: l&rsquo;autopsie des petitesses, vastes mis\u00e8res et immenses mensonges, nich\u00e9es au c\u0153ur des grandeurs glorieuses et des r\u00e9putations fameuses qui font nombre de g\u00e9n\u00e9alogies d&rsquo;Etat. Suivra logiquement <i>Napol\u00e9on le petit<\/i>, dont Saint-Arnaud est \u00e9videmment l&rsquo;un des principaux protagonistes, croqu\u00e9 dans sa superbe apparence \u00e0 la page 105 de l&rsquo;\u00e9dition illustr\u00e9e de 1879. Imaginant l&rsquo;inhumation provisoire, au clair de lune, des victimes du coup d&rsquo;Etat, la gravure qui pr\u00e9c\u00e8de, page 101, en d\u00e9voile l&rsquo;envers\u00a0: le crime.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>O\u00f9 est l&rsquo;honneur dans la raison d&rsquo;Etat\u00a0? Dans la soif de pouvoir\u00a0? Dans l&rsquo;app\u00e9tit de conqu\u00eates\u00a0? Dans la n\u00e9gation des peuples\u00a0? Dans l&rsquo;indiff\u00e9rence aux injustices\u00a0? En faisant de Saint-Arnaud le mod\u00e8le parfait de la veulerie intelligente, du banditisme r\u00e9ussi et de la bassesse promue, ce sont ces questions que Maspero a choisi de nous poser. Mais sa force est de le faire mine de rien, par petites touches, avec une ironie placide et une distance mordante. <i>\u00ab\u00a0Aux amiti\u00e9s v\u00e9ritables, il faut de belles cassures\u00a0\u00bb<\/i>, disait encore P\u00e9guy. D\u00e8s lors, nul besoin de rupture grandiloquente quand il s&rsquo;agit de l&rsquo;ennemi. Ce n&rsquo;est pas frayer avec la crapule que la d\u00e9shabiller de l&rsquo;int\u00e9rieur. Ce n&rsquo;est pas \u00eatre fascin\u00e9 que l&rsquo;approcher au plus pr\u00e8s. C&rsquo;est au contraire lui faire la guerre loyalement, honn\u00eatement, moralement. P\u00e9guy toujours, s&rsquo;expliquant sur la bonne mani\u00e8re de <i>\u00ab\u00a0faire des personnalit\u00e9s\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0: <i>\u00ab\u00a0la premi\u00e8re loyaut\u00e9 consiste \u00e0 traiter nos adversaires et nos ennemis comme des hommes, \u00e0 respecter leur personne morale (&#8230;), \u00e0 garder, au plus fort du combat et dans toute l&rsquo;animosit\u00e9 de la lutte, la propret\u00e9, la probit\u00e9, la justice, la justesse, la loyaut\u00e9, \u00e0 rester honn\u00eates, \u00e0 ne pas mentir.<i>\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0<\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Telle est la force redoutable du travail de Maspero, de son \u00e9criture rigoureuse et sensible\u00a0: en lui donnant vie et humanit\u00e9, il nous oblige \u00e0 c\u00f4toyer l&rsquo;imposture\u00a0; il nous contraint \u00e0 fr\u00e9quenter ce que l&rsquo;on pr\u00e9f\u00e9rerait simplement d\u00e9tester, et donc ignorer.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 class=\"center\" style=\"text-align: justify;\"><b>\u00a0<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Pr\u00e9fa\u00e7ant en 1995 l&rsquo;\u00e9dition de poche de <i>L&rsquo;honneur de Saint-Arnaud<\/i> \u2013 pr\u00e9face dont j&rsquo;ai repris ici certains passages \u2013, je me demandais, de fa\u00e7on purement rh\u00e9torique, si ce n&rsquo;\u00e9tait pas faire grand cas d&rsquo;une histoire ancienne qui nous serait devenue \u00e9trang\u00e8re. Apr\u00e8s tout, ajoutais-je, l&rsquo;\u00e9poque comme les contr\u00e9es arpent\u00e9es par ce salaud embl\u00e9matique nous sont bien lointaines. La d\u00e9cennie suivante s&rsquo;est charg\u00e9e de r\u00e9pondre au-del\u00e0 du raisonnable puisque c&rsquo;est en 2005 qu&rsquo;une partie de la droite fran\u00e7aise a souhait\u00e9 inscrire dans la loi le <i>\u00ab\u00a0bilan positif\u00a0\u00bb<\/i> de la colonisation. Puis, en 2007, l&rsquo;\u00e9lection de Nicolas Sarkozy, l&rsquo;aventurier qu&rsquo;elle s&rsquo;est choisie pour sauver son pouvoir, a confirm\u00e9 outre mesure l&rsquo;actualit\u00e9 de Saint-Arnaud\u00a0: bonapartisme exacerb\u00e9, oligarchie renouvel\u00e9e, virulence revendiqu\u00e9e, arrogance et suffisance, mensonges et crapuleries&#8230; Or s&rsquo;il est une constance dans ce nouveau r\u00e9gime, c&rsquo;est bien la persistance de l&rsquo;h\u00e9ritage colonial, des populations banlieusardes renvoy\u00e9es \u00e0 leur barbarie de<i> \u00ab\u00a0racailles\u00a0\u00bb<\/i> \u00e0 l&rsquo;Afrique du discours de Dakar mise en cong\u00e9 d&rsquo;histoire, en passant par les peuples d&rsquo;outre-mer d\u00e9daign\u00e9s et m\u00e9pris\u00e9s.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Par le d\u00e9tour de ce voyage en saloperie universelle, Fran\u00e7ois Maspero nous avait donc alert\u00e9. En ciblant ce mar\u00e9chalissime bandit officiel, il nous rappelait qu&rsquo;il \u00e9tait encore des voix fran\u00e7aises, en notre si\u00e8cle, pour faire de Napol\u00e9on III, celui-l\u00e0 m\u00eame dont Saint-Arnaud fit sabre au clair un Empereur sur les d\u00e9combres de la Deuxi\u00e8me R\u00e9publique, l&rsquo;incarnation de <i>\u00ab\u00a0la grandeur de la France\u00a0\u00bb<\/i>. Voix qui sont, depuis 2007, aux premi\u00e8res loges du pouvoir, de Philippe S\u00e9guin \u00e0 Alain Minc, tous deux biographes empress\u00e9s et enamour\u00e9s de Louis Napol\u00e9on. Et, dans ce bref moment de r\u00e9pit o\u00f9 l&rsquo;on avait pu croire l&rsquo;affaire entendue, Maspero nous r\u00e9veillait en provoquant tous les inconsolables orphelins de ladite grandeur qui, aujourd&rsquo;hui, sont de l&rsquo;incessante f\u00eate \u00e9lys\u00e9enne, recevant colifichets et d\u00e9corations, postes et places, en r\u00e9compenses de leurs reniements et revirements.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Il faut croire que, de cette d\u00e9b\u00e2cle, Maspero avait eu la pr\u00e9monition. Sans doute parce qu&rsquo;il s&rsquo;entra\u00eene \u00e0 voir, tant la fid\u00e9lit\u00e9 est une asc\u00e8se de la m\u00e9moire. Ici, se souvenir, c&rsquo;est pr\u00e9venir. Se rappeler, c&rsquo;est deviner. Et c&rsquo;est une vigilance de longue haleine. Apr\u00e8s tout, L\u00e9on Blum attendit une quarantaine d&rsquo;ann\u00e9es pour confier ses <i>Souvenirs sur l&rsquo;Affaire<\/i>, parus en 1935, l&rsquo;ann\u00e9e du d\u00e9c\u00e8s d&rsquo;Alfred Dreyfus, juste un an avant la victoire du Front populaire. Et Maspero lui-m\u00eame avait patient\u00e9 autant quand, en 2004, dans un texte adress\u00e9 \u00e0 divers amis, il sortit de sa r\u00e9serve pour d\u00e9fendre <i>\u00ab\u00a0l&rsquo;h\u00e9ritage des \u00e9ditions Maspero\u00a0\u00bb<\/i> contre leur tardive et mensong\u00e8re r\u00e9duction \u00e0 une caricature sectaire, <i>\u00ab\u00a0structuralo-marxiste\u00a0\u00bb<\/i>, voire <i>\u00ab\u00a0franciscano-mao\u00efste\u00a0\u00bb<\/i>&#8230;<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>La gen\u00e8se de <i>L&rsquo;honneur de Saint-Arnaud<\/i> est du m\u00eame ordre\u00a0: une alerte, l\u00e9g\u00e8re et famili\u00e8re, \u00e0 la mani\u00e8re d&rsquo;un point de c\u00f4t\u00e9. Une alarme pr\u00e9monitoire que seule une sensibilit\u00e9 entra\u00een\u00e9e et aiguis\u00e9e pouvait percevoir. Avec sa pudeur coutumi\u00e8re, Maspero a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 celer l&rsquo;anecdote. Chaque \u00e9t\u00e9, <i>La Quinzaine litt\u00e9raire<\/i> consacre son num\u00e9ro d&rsquo;ao\u00fbt \u00e0 un dossier. En 1990, les collaborateurs de la revue de Maurice Nadeau, parmi lesquels Fran\u00e7ois Maspero, re\u00e7urent ainsi une note pr\u00e9paratoire r\u00e9dig\u00e9e par un membre du comit\u00e9 de r\u00e9daction en vue d&rsquo;un num\u00e9ro ayant pour th\u00e8me\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Que sont \u00ab\u00a0nos\u00a0\u00bb ex-colonies devenues\u00a0?\u00a0\u00bb<\/i> Intitul\u00e9e <i>\u00ab\u00a0Ce qui manque \u00e0 ce num\u00e9ro\u00a0\u00bb<\/i>, elle s&rsquo;ouvrait par ces mots\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Un r\u00e9examen des doctrines anticolonialistes fran\u00e7aises (Frantz Fanon, Jean-Paul Sartre, Me Verg\u00e8s, Fran\u00e7ois Maspero, R\u00e9gis Debray).\u00a0\u00bb<\/i> Publi\u00e9e dans le num\u00e9ro en question, la r\u00e9ponse de Maspero fut cinglante. Retra\u00e7ant avec une implacable ironie son itin\u00e9raire politique, de militant et d&rsquo;\u00e9diteur, cette Confession d&rsquo;un anticolonialiste est une r\u00e9plique \u00e0 tous ceux qui, aujourd&rsquo;hui, consid\u00e8rent avec g\u00eane et ressentiment leurs emballements juv\u00e9niles pour les ind\u00e9pendances et les tiers-mondes, les r\u00e9volutionnaires cubains et les communistes antistaliniens. Bref, en guise de <i>\u00ab\u00a0r\u00e9examen\u00a0\u00bb<\/i>, une fid\u00e9lit\u00e9 revendiqu\u00e9e.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Or, c&rsquo;est au d\u00e9tour de cet article que revient \u00e0 Maspero un souvenir d&rsquo;enfance, dont <i>L&rsquo;honneur de Saint-Arnaud <\/i>est le prolongement et par lequel il commence naturellement\u00a0: <i>\u00ab\u00a0La biblioth\u00e8que se trouvait dans une pi\u00e8ce tr\u00e8s haute&#8230;\u00a0\u00bb<\/i> Et, sur les rayonnages de cette biblioth\u00e8que, celle du grand-p\u00e8re maternel, <i>\u00ab\u00a0\u00e0 leur place immuable, les deux volumes reli\u00e9s en noir des Lettres du mar\u00e9chal de Saint-Arnaud\u00a0\u00bb.<\/i> Dans <i>La Quinzaine litt\u00e9raire<\/i>, Maspero laisse d\u00e9j\u00e0 entrevoir ce qui devait lui donner l&rsquo;envie de cette biographie\u00a0: l&rsquo;absence totale de scrupule chez Saint-Arnaud, l&rsquo;aveu clairvoyant du crime qui court tout au long de ses lettres et qui n&#8217;emp\u00eachait pas Sainte-Beuve et d&rsquo;autres d&rsquo;en faire l&rsquo;exemple id\u00e9al \u00e0 offrir \u00e0 la jeunesse fran\u00e7aise.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b><i>\u00ab\u00a0Notre premier soin,<\/i> \u00e9crivait ainsi Maspero en 1990, faisant de l&rsquo;autod\u00e9rision moqueuse une arme,<i> fut de mettre en place une grande campagne de falsification historique. J&rsquo;\u00e9tais moi-m\u00eame orf\u00e8vre en la mati\u00e8re\u00a0: n&rsquo;avais-je pas \u00e9t\u00e9 chass\u00e9 ignominieusement du Parti communiste fran\u00e7ais pour avoir diffus\u00e9 un faux \u00ab\u00a0Rapport secret\u00a0\u00bb attribu\u00e9 \u00e0 Krouchtchev\u00a0? (&#8230;) Donc nous n&rsquo;h\u00e9sit\u00e2mes pas \u00e0 inventer de toutes pi\u00e8ces des textes pr\u00e9tendument accablants pour la colonisation, et \u00e0 les glisser dans toutes les biblioth\u00e8ques de France. (&#8230;) Exemple, parmi des milliers\u00a0: la d\u00e9naturation totale que nous op\u00e9r\u00e2mes des lettres du mar\u00e9chal de Saint-Arnaud. Pour parvenir \u00e0 faire de ce repr\u00e9sentant typique de la France humaniste une brute sanguinaire conqu\u00e9rant la Kabylie par le fer et par le feu, nous gliss\u00e2mes dans ses lettres des phrases comme celles-ci&#8230;\u00a0\u00bb<\/i> Et Maspero de donner un bref aper\u00e7u des horreurs fanfaronn\u00e9es par Saint-Arnaud, revendiqu\u00e9es avec complaisance et sans \u00e9tat d&rsquo;\u00e2me, horreurs que, par la suite, son livre d\u00e9taillera \u00e0 foison. Juste un avant-go\u00fbt en somme de villages br\u00fbl\u00e9s, de populations massacr\u00e9es, de cadavres entass\u00e9s, de t\u00eates coup\u00e9es, d&rsquo;enfants pi\u00e9tin\u00e9s, etc.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b><i>\u00ab\u00a0Cet homme est de chez nous. Cet homme est \u00e0 nous\u00a0\u00bb<\/i>, \u00e9crit Maspero dans le prologue de <i>L&rsquo;honneur de Saint-Arnaud<\/i>. Le commentant et le prolongeant dans ma pr\u00e9face de 1995, j&rsquo;ajoutais\u00a0: <i>\u00ab\u00a0C&rsquo;est en ce sens que le compte \u00e0 r\u00e9gler est actuel, tout comme l&rsquo;est \u2013 \u00f4 combien \u2013 le d\u00e9bat sur la Collaboration. Demain se construit dans ce perp\u00e9tuel \u00ab\u00a0\u00e0 pr\u00e9sent\u00a0\u00bb du pass\u00e9 que revendiquait Walter Benjamin, \u00e0 la veille de son suicide de 1940, sur la fronti\u00e8re close des Pyr\u00e9n\u00e9es, en citant Karl Kraus\u00a0: \u00ab\u00a0L&rsquo;origine est \u00e0 la fin.\u00a0\u00bb La France d&rsquo;aujourd&rsquo;hui, celle d&rsquo;une fin de r\u00e8gne d\u00e9l\u00e9t\u00e8re, de ruines et d&rsquo;impostures, celle de la diabolisation de l&rsquo;islam et des nostalgies de puissance, celle des grandes peurs m\u00e9diterran\u00e9ennes, est aux prises avec ses amn\u00e9sies collectives, ses trous de m\u00e9moire que furent Vichy et l&rsquo;Alg\u00e9rie, auxquels on pourrait ajouter l&rsquo;oubli de la ferveur de Mai 1968, cette grande frayeur des puissants.\u00a0\u00bb<\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Ces r\u00e9flexions ont beau avoir pr\u00e8s de quinze ans, leur refrain nous semble encore familier. 1995, c&rsquo;\u00e9tait la fin de l&rsquo;interminable pr\u00e9sidence de Fran\u00e7ois Mitterrand dont le legs de d\u00e9ception et d&rsquo;impuissance, de survie et d&rsquo;amn\u00e9sie, de renoncements et d&#8217;embarras, p\u00e8se encore sur la gauche fran\u00e7aise. Legs dont, \u00e0 l&rsquo;inverse, la pr\u00e9sidence de Nicolas Sarkozy a tir\u00e9 profit, brandissant comme autant de prises de guerre ces transfuges qui, pass\u00e9s de la gauche \u00e0 la droite, ne croient pas trahir tout simplement parce qu&rsquo;ils \u00e9taient d\u00e9j\u00e0 \u00e9gar\u00e9s.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Lire et relire Maspero, c&rsquo;est aussi comprendre ce qui nous est arriv\u00e9. Ce que nous avons perdu en route. Ce \u00e0 quoi nous n&rsquo;avons pas pr\u00eat\u00e9 suffisamment attention.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 class=\"center\" style=\"text-align: justify;\"><b>\u00a0<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b><i>\u00ab\u00a0Notre science, c&rsquo;est le d\u00e9tour et l&rsquo;aller-venir\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0: cette phrase d&rsquo;Edouard Glissant, dans <i>Tout-monde<\/i>, pourrait caract\u00e9riser Fran\u00e7ois Maspero. Les vraies fid\u00e9lit\u00e9s ne sont pas de lignes droites, trac\u00e9es d&rsquo;avance, pr\u00e9visibles et attendues. Elles s&rsquo;improvisent et s&rsquo;inventent dans l&rsquo;\u00e9chapp\u00e9e, la trace et la sente, ces lignes de fuite qui \u00e9chappent aux esprits de syst\u00e8me, au Grand Un et au Grand M\u00eame. Nul hasard, d\u00e8s lors, si, \u00e0 Paris, en juin 2006, Maspero re\u00e7ut le Prix Edouard Glissant pour toute son \u0153uvre.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 class=\"media media-align-right media-image format-20-pcent format-150_pixels\" style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Nous \u00e9tions \u00e0 un an de la fatale pr\u00e9sidentielle qui verra l&rsquo;av\u00e8nement, dans la France du XXIe si\u00e8cle, d&rsquo;un minist\u00e8re de l&rsquo;identit\u00e9 nationale. Quelques mois plus t\u00f4t, en compagnie de son disciple et complice Patrick Chamoiseau, Edouard Glissant avait publi\u00e9 une adresse \u00e0 Nicolas Sarkozy, alors ministre de l&rsquo;int\u00e9rieur. Son titre\u00a0: <i>De loin<\/i>. De loin, autrement dit au plus pr\u00e8s, \u00e0 la fa\u00e7on des photographes Robert Capa et Gerda Taro tels que les a fait revivre Maspero \u2013 <i>\u00ab\u00a0savoir capter ce qui se passe autour\u00a0\u00bb<\/i>. Lors de la remise du prix, j&rsquo;ai lu un extrait de leur texte, passage qui fait lien et sens, de Saint-Arnaud \u00e0 Sarkozy, d&rsquo;avant-hier \u00e0 demain. Le voici\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Il n&rsquo;est pas concevable qu&rsquo;une Nation se renferme aujourd&rsquo;hui dans des \u00e9troitesses identitaires telles que cette Nation soit amen\u00e9e \u00e0 ignorer ce qui fait la communaut\u00e9 actuelle du monde\u00a0: la volont\u00e9 sereine de partager les v\u00e9rit\u00e9s de tout pass\u00e9 commun et la d\u00e9termination \u00e0 partager aussi les responsabilit\u00e9s \u00e0 venir. La grandeur d&rsquo;une Nation ne tient pas \u00e0 sa puissance, \u00e9conomique ou militaire (qui ne peut \u00eatre qu&rsquo;un des garants de sa libert\u00e9), mais \u00e0 sa capacit\u00e9 d&rsquo;estimer la marche du monde, de se porter aux points o\u00f9 les id\u00e9es de g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et de solidarit\u00e9 sont menac\u00e9es ou faiblissent, de m\u00e9nager toujours, \u00e0 court et \u00e0 long terme, un avenir vraiment commun \u00e0 tous les peuples, puissants ou non.\u00a0\u00bb<\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Ces lignes sont une autre fa\u00e7on de dire la fid\u00e9lit\u00e9 Maspero\u00a0: sauver le monde en nous pour sauver l&rsquo;humanit\u00e9 en l&rsquo;homme. Qu&rsquo;elle aient \u00e9t\u00e9 \u00e9crites depuis la Martinique, <i>\u00ab\u00a0vieille terre d&rsquo;esclavage, de colonisation et de n\u00e9o-colonisation\u00a0\u00bb<\/i>, comme le rappelaient les auteurs, ne doit rien au hasard. Car, ajoutaient Glissant et Chamoiseau, <i>\u00ab\u00a0cette interminable douleur est un ma\u00eetre pr\u00e9cieux\u00a0: elle nous a enseign\u00e9 l&rsquo;\u00e9change et le partage. Les situations d\u00e9shumanisantes ont ceci de pr\u00e9cieux qu&rsquo;elles pr\u00e9servent, au c\u0153ur des domin\u00e9s, la palpitation d&rsquo;o\u00f9 monte toujours une exigence de dignit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Depuis, nos deux \u00e9crivains n&rsquo;ont cess\u00e9 de r\u00e9cidiver, a\u00e9rant le d\u00e9sert politique du sarkozysme apparemment triomphant par l&rsquo;envoi des manifestes politiques les plus novateurs qui soient \u2013 contre le mur de l&rsquo;identit\u00e9 nationale (2007), en forme d&rsquo;adresse \u00e0 Barack Obama (2008) et pour les produits de haute n\u00e9cessit\u00e9 (2009). D&rsquo;un mal, un bien\u00a0: porter la plume dans la plaie, c&rsquo;est aussi chercher la m\u00e9decine. Et si, hier miroir de nos d\u00e9faites, notre h\u00e9ritage colonial devenait, demain, le laboratoire de nos r\u00e9veils\u00a0?<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>De quelle France sommes-nous\u00a0? C&rsquo;est la question que posait Maspero dans son portrait d&rsquo;un salaud. Et c&rsquo;est au fond la question qu&rsquo;il n&rsquo;a cess\u00e9 de se poser, de nous poser. Oui, quelle France\u00a0? Celle de Saint-Arnaud ou celle de P\u00e9guy\u00a0? Celle de P\u00e9guy \u00e9videmment, r\u00e9pond Maspero qui, lui-m\u00eame, et sa modestie d\u00fbt-elle en souffrir, en est l&rsquo;incarnation vivante. Et j&rsquo;ajoute donc, logiquement, car menteurs et salauds r\u00e8gnent encore\u00a0: celle de Sarkozy ou celle de Maspero\u00a0?<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>La France de P\u00e9guy donc, ce libertaire et dreyfusard, ruminant et ressassant, qui n&rsquo;a cess\u00e9 de nous alerter depuis ce constat, dress\u00e9 en 1910 dans <i>Notre jeunesse <\/i>: <i>\u00ab\u00a0Une seule injustice, un seul crime, une seule ill\u00e9galit\u00e9, surtout si elle est officiellement enregistr\u00e9e, confirm\u00e9e, une seule injure \u00e0 l&rsquo;humanit\u00e9, une seule injure \u00e0 la justice et au droit surtout si elle est universellement, l\u00e9galement, nationalement, commod\u00e9ment accept\u00e9e, un seul crime rompt et suffit \u00e0 rompre tout le pacte social, tout le contrat social, une seule forfaiture, un seul d\u00e9shonneur suffit \u00e0 perdre l&rsquo;honneur, \u00e0 d\u00e9shonorer tout un peuple.\u00a0\u00bb<\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Et la France de Maspero, plus encore. Ce n&rsquo;est pas l\u00e0 compliment abstrait, mais t\u00e9moignage direct. Fran\u00e7ois Maspero fut, pour ma g\u00e9n\u00e9ration, l&rsquo;un de ces hommes rares qui nous r\u00e9concilia avec la France. Ayant grandi outre-mer, aux Antilles fran\u00e7aises \u2013 et qui le sont toujours \u2013, puis dans l&rsquo;Alg\u00e9rie fra\u00eechement ind\u00e9pendante, c&rsquo;est par le d\u00e9tour des livres publi\u00e9s \u00e0 son enseigne et de visites vacanci\u00e8res \u00e0 sa librairie \u00ab\u00a0La joie de lire\u00a0\u00bb que j&rsquo;ai finalement rejoint ce pays \u2013 je veux dire par l\u00e0 cette promesse r\u00e9publicaine o\u00f9 l&rsquo;esprit national ne se r\u00e9alise que dans la fraternit\u00e9 universelle, ce qu&rsquo;en d&rsquo;autres temps, on nommait l&rsquo;internationalisme.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>A l&rsquo;\u00e9poque, d&rsquo;autres, qui parfois s&rsquo;en vantent encore, s&rsquo;amusaient \u00e0 voler les livres \u00ab\u00a0chez Masp\u00a0\u00bb. Epousant des causes provisoires et des engagements \u00e9ph\u00e9m\u00e8res, ils jetaient ainsi leur gourme dans le frisson de rapines honteuses, pour mieux ensuite vieillir en bourgeois repus, une fois leur jeunesse pass\u00e9e. La jeunesse de Maspero, elle, n&rsquo;est jamais pass\u00e9e\u00a0: elle lui est rest\u00e9e, comme une marque de fabrique ind\u00e9l\u00e9bile. Comme son honneur.<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 class=\"media media-align-left media-image format-20-pcent format-150_pixels\" style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b><i>\u00ab\u00a0Trop de survivants sont plus morts que les morts\u00a0\u00bb<\/i>, note-t-il dans <i>Les abeilles et la gu\u00eape<\/i>. Alors que lui-m\u00eame incarnera toujours cette jeunesse \u00e0 vif de l&rsquo;enfant qu&rsquo;il n&rsquo;a jamais cess\u00e9 d&rsquo;\u00eatre, contemporain de ses morts ch\u00e9ris, jeunes pour l&rsquo;\u00e9ternit\u00e9. Ces morts dont les sacrifices lui ont appris ce secret de vie\u00a0: <i>\u00ab\u00a0Ce n&rsquo;est pas tout d&rsquo;\u00eatre conscient que, toujours, nous guette la banalisation du mal. Il faut se rappeler que le mal a toujours commenc\u00e9 dans la banalit\u00e9.\u00a0\u00bb<\/i>\u00a0<\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b>Entre inqui\u00e9tude et esp\u00e9rance, distance et engagement, cette fid\u00e9lit\u00e9 vigilante introduit aux libert\u00e9 scrupuleuses. En ouverture de son premier roman, <i>Le Sourire du chat<\/i>, o\u00f9 se lisent les blessures qui l&rsquo;ont fa\u00e7onn\u00e9, Fran\u00e7ois Maspero glissait d\u00e9j\u00e0 cette confidence, longtemps retenue\u00a0: <i>\u00ab\u00a0J&rsquo;ai pein\u00e9 \u00e0 retrouver le sens du mot libert\u00e9.\u00a0\u00bb\u00a0<\/i><\/b><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><b> <\/b><b>Pour ma part, je n&rsquo;oublierais jamais que ce mot, son risque joyeux comme son exigence douloureuse, il me l&rsquo;a appris.<\/b><\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p>Publi\u00e9 dans <span id=\"OBJ_PREFIX_DWT110_com_zimbra_url\" class=\"Object\"><a href=\"http:\/\/www.alternatifs44.com\/2015\/04\/hommage-francois-maspero-homme-livre.html\" target=\"_blank\">Pour l&rsquo;alternative et l&rsquo;autogestion &#8211; 44,\u00a0<\/a><\/span> le 13 avril 2015<\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"text-decoration: underline; color: #0000ff;\">Un autre hommage : <\/span><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">La disparition de Fran\u00e7ois Maspero constitue une perte gigantesque en cette p\u00e9riode d&rsquo;abandon de la culture du livre et plus encore de l&rsquo;engagement des \u00e9diteurs dans la d\u00e9fense de la cr\u00e9ation \u00a0en r\u00e9sonance avec la cit\u00e9. Comme Pier Pasolini pouvait parler de \u00ab\u00a0po\u00e8tes civils\u00a0\u00bb on doit entendre F. Masp\u00e9ro comme un de ces rares \u00ab\u00a0\u00e9diteurs civils\u00a0\u00bb capables de risquer l&rsquo;aventure des vents contraires, des histoires \u00ab\u00a0mineures\u00a0\u00bb, de ce devenir humain \u00e0 la hauteur de l&rsquo;id\u00e9e de beaut\u00e9 et de r\u00e9sistance que l&rsquo;on s&rsquo;en fait chaque fois qu&rsquo;un combat se m\u00e8ne contre l&rsquo;injustice et la maltraitance d&rsquo;une autre part de l&rsquo;humanit\u00e9.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">F. Masp\u00e9ro s&rsquo;inscrit dans la m\u00e9moire vive du partage des sources de la connaissance et son courage si malmen\u00e9 ce jour.<\/h3>\n<p><span style=\"color: #0000ff;\">Philippe Tancelin\u00a0 <em>(po\u00e8te-philosophe)<\/em><\/span><\/p>\n<\/div>\n<gcse:search><\/gcse:search>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Merci \u00e0 cet immense combattant de la libert\u00e9. Comment dire ce que nous lui devons ? Alternatives et Autogestion, le 13 avril 2015 C&rsquo;est par un billet sur son blog que Marcel-Francis Kahn vient d&rsquo;annoncer la mort de Fran\u00e7ois Maspero, son meilleur ami : \u00ab\u00a0Fran\u00e7ois Maspero est mort chez lui, samedi 11 avril. 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