{"id":14439,"date":"2015-02-26T00:33:40","date_gmt":"2015-02-25T23:33:40","guid":{"rendered":"http:\/\/alternatifs81.fr\/?p=14439"},"modified":"2015-02-26T00:33:40","modified_gmt":"2015-02-25T23:33:40","slug":"tribune-libre-des-arguments-en-defense-de-laccord-conclu-par-syriza-par-ludovic-lamant-mediapart-fr","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alternatifs81.fr\/?p=14439","title":{"rendered":"Tribune libre :  Des arguments en d\u00e9fense de l&rsquo;accord conclu par Syriza. Par Ludovic Lamant &#8211; Mediapart.fr"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong><a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/43bb07bff44fb9697ccbb535141ad060.jpg\" rel=\"lightbox[14439]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-14434\" src=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/43bb07bff44fb9697ccbb535141ad060.jpg\" alt=\"43bb07bff44fb9697ccbb535141ad060\" width=\"240\" height=\"240\" \/><\/a>Des intellectuels montent au cr\u00e9neau pour d\u00e9fendre l&rsquo;accord d\u00e9croch\u00e9 par Syriza \u00e0 Bruxelles, qui a le m\u00e9rite d&rsquo;<em>\u00ab\u00a0acheter du temps\u00a0\u00bb<\/em>. Mais ce fragile compromis renforce aussi la voix d&rsquo;adversaires de l&rsquo;euro, qui plaident pour une rupture plus muscl\u00e9e avec les institutions.<\/strong><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Dans un <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/020115\/syriza-va-tester-la-flexibilite-de-leurope?page_article=1\">entretien<\/a> publi\u00e9 sur Mediapart trois semaines avant le triomphe \u00e9lectoral de Syriza en Gr\u00e8ce, l&rsquo;universitaire Gerassimos Moschonas pronostiquait\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Syriza va tester la flexibilit\u00e9, ou l&rsquo;inflexibilit\u00e9, de l&rsquo;Europe.\u00a0\u00bb<\/em> Les premiers compromis intervenus \u00e0 Bruxelles, un mois apr\u00e8s l&rsquo;\u00e9lection d&rsquo;Alexis Tsipras, ne permettent pas encore de trancher l&rsquo;alternative. Mais ils confirment \u00e0 quel point le pari de Syriza d&rsquo;infl\u00e9chir la machine bruxelloise sera difficile, surtout si la coalition de gauche reste \u00e0 ce point isol\u00e9e.<\/p>\n<p>Les ministres des finances de la zone euro <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/210215\/lallemagne-fait-plier-la-grece\">ont prolong\u00e9 de quatre mois<\/a> le programme d&rsquo;aide qui avait \u00e9t\u00e9 n\u00e9goci\u00e9 par le pr\u00e9c\u00e9dent gouvernement d&rsquo;Antonis Samaras, en novembre 2012, pour \u00e9viter la banqueroute du pays. Mardi, Ath\u00e8nes a transmis \u00e0 ses cr\u00e9anciers (BCE, FMI, commission europ\u00e9enne) la liste de r\u00e9formes qu&rsquo;il souhaite mettre en place d&rsquo;ici juin, dans le cadre de ce programme, en s&rsquo;engageant \u00e0 ce qu&rsquo;elles n&rsquo;aient pas d&rsquo;effet n\u00e9gatif sur les comptes publics (<a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/250215\/en-grece-apres-les-negociations-bruxelles-tout-reste-faire\">lire l&rsquo;article d&rsquo;Am\u00e9lie Poinssot<\/a>).<\/h3>\n<p><!--more--><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\nLe compromis, qui \u00e9loigne pour un temps le spectre du <em>Grexit<\/em> (la sortie de la Gr\u00e8ce de la zone euro), peut para\u00eetre dur \u00e0 avaler, pour le parti de la gauche \u00e9tiquet\u00e9e <em>\u00ab\u00a0radicale\u00a0\u00bb<\/em>. Certaines figures de Syriza <a href=\"http:\/\/www.lemonde.fr\/europe\/article\/2015\/02\/23\/le-numero-d-equilibriste-du-gouvernement-grec_4581403_3214.html\">n&rsquo;ont pas tard\u00e9<\/a> \u00e0 d\u00e9noncer ce qu&rsquo;elles consid\u00e8rent comme des renoncements. Mais plusieurs intellectuels de premier plan, ancr\u00e9s \u00e0 gauche, sont aussi mont\u00e9s au cr\u00e9neau en d\u00e9fense de l&rsquo;accord. Non, Syriza n&rsquo;a pas capitul\u00e9, estiment-ils. L&rsquo;ex\u00e9cutif grec a <em>\u00ab\u00a0achet\u00e9 du temps\u00a0\u00bb<\/em>, selon la formule consacr\u00e9e, c&rsquo;est-\u00e0-dire quatre mois, jusqu&rsquo;\u00e0 fin juin, pour n\u00e9gocier un accord plus ambitieux. Bref, la <em>\u00ab\u00a0r\u00e9volte des d\u00e9biteurs\u00a0\u00bb<\/em>, pour reprendre<a href=\"http:\/\/www.alterecoplus.fr\/europe\/Grece-crise-de-la-dette-publique-la-revolte-des-debiteurs-Syriza-201501141352-00000613.html\"> l&rsquo;expression<\/a> de l&rsquo;\u00e9conomiste belge Paul de\u00a0Grauwe, n&rsquo;a pas encore abouti, mais cela ne saurait tarder.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Alexis Tsipras lors de son premier sommet bruxellois, le 12 f\u00e9vrier dernier.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">\n<em>\u00ab\u00a0Cela aurait pu \u00eatre pire\u00a0\u00bb<\/em>, <a href=\"http:\/\/krugman.blogs.nytimes.com\/2015\/02\/22\/greece-did-ok\/?module=BlogPost-Title&amp;version=Blog%20Main&amp;contentCollection=Opinion&amp;action=Click&amp;pgtype=Blogs&amp;region=Body&amp;_r=0\">juge<\/a> Paul Krugman, le <em>\u00ab\u00a0Nobel\u00a0\u00bb<\/em> d&rsquo;\u00e9conomie dans l&rsquo;un de ses derniers billets pour le <em>New York Times<\/em>. <em>\u00ab\u00a0La Gr\u00e8ce a obtenu des conditions un peu plus douces pour cette ann\u00e9e, et de l&rsquo;oxyg\u00e8ne pour mener la grande bataille \u00e0 venir\u00a0\u00bb<\/em>, r\u00e9sume-t-il. Aux yeux de Krugman, le nerf de la guerre porte sur les objectifs budg\u00e9taires pour 2015 et l&rsquo;an prochain. Et sur ce seul crit\u00e8re, Ath\u00e8nes s&rsquo;en sort bien, \u00e9crit-il.<\/p>\n<p>D&rsquo;apr\u00e8s l&rsquo;accord n\u00e9goci\u00e9 en 2012, le gouvernement grec s&rsquo;engage \u00e0 r\u00e9aliser un <em>\u00ab\u00a0surplus budg\u00e9taire primaire\u00a0\u00bb<\/em> (son exc\u00e9dent budg\u00e9taire, hors paiement des int\u00e9r\u00eats de la dette) de 3\u00a0% du PIB en 2015, et de 4,5\u00a0% en 2016. Dans le <a href=\"http:\/\/www.consilium.europa.eu\/en\/press\/press-releases\/2015\/02\/150220-eurogroup-statement-greece\/\">compromis<\/a> de vendredi, les Grecs <em>\u00ab\u00a0n&rsquo;ont pas \u00e9t\u00e9 forc\u00e9s \u00e0 s&rsquo;engager sur des surplus budg\u00e9taires tr\u00e8s \u00e9lev\u00e9s\u00a0\u00bb<\/em>, selon l&rsquo;Am\u00e9ricain. Le communiqu\u00e9 de vendredi pr\u00e9cise, pour la seule ann\u00e9e 2015, que les ministres prendront en compte les<em> \u00ab\u00a0circonstances \u00e9conomiques\u00a0\u00bb<\/em>, ce qui ouvre la voie \u00e0 une certaine flexibilit\u00e9. Et Krugman d&rsquo;enfoncer le clou\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Cela ressemble \u00e0 une d\u00e9faite pour la Gr\u00e8ce. Mais puisque rien de substantiel n&rsquo;a \u00e9t\u00e9 r\u00e9solu, ce ne sera qu&rsquo;une d\u00e9faite si les Grecs l&rsquo;acceptent comme telle.<\/em> (\u2026)<em> On peut donc en conclure que c&rsquo;est un bon r\u00e9sultat\u00a0: il est maintenant l&rsquo;heure pour la Gr\u00e8ce de passer aux actes.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Sans surprise, l&rsquo;un des d\u00e9fenseurs les plus enthousiastes de l&rsquo;accord n&rsquo;est autre que l&rsquo;Am\u00e9ricain James K. Galbraith, co-auteur d&rsquo;un essai avec Yanis Varoufakis, l&rsquo;actuel ministre des finances grec, au d\u00e9but de la crise (<em>Modeste proposition pour r\u00e9soudre la crise de la zone euro<\/em> &#8211; <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/220114\/europe-pour-une-sortie-de-crise-modeste?page_article=2\">lire notre compte-rendu<\/a>). Dans son <a href=\"http:\/\/www.socialeurope.eu\/2015\/02\/greek-deal\">analyse<\/a>, il propose de lire le compromis de vendredi <em>\u00ab\u00a0correctement\u00a0\u00bb<\/em>, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;encontre d&rsquo;une majorit\u00e9 de journalistes en poste \u00e0 Bruxelles, et d&rsquo;observateurs qui ont parl\u00e9 de\u00a0d\u00e9faite pour Syriza.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Pour Galbraith, la Tro\u00efka des cr\u00e9anciers est bien de l&rsquo;histoire ancienne. Il reprend l&rsquo;argument de Varoufakis vendredi, selon lequel les Grecs sont devenus<em> \u00ab\u00a0les auteurs, ou plut\u00f4t les co-auteurs\u00a0\u00bb<\/em> des r\u00e9formes \u00e0 venir, l\u00e0 o\u00f9 la Tro\u00efka leur imposait des mesures sans marge de man\u0153uvre. <em>\u00ab\u00a0Si vous pensez pouvoir trouver dans le corps du texte, un seul engagement in\u00e9branlable qui oblige \u00e0 souscrire aux termes et conditions exacts du \u00ab\u00a0programme actuel\u00a0\u00bb <\/em>(le m\u00e9morandum de la Tro\u00efka)<em>, eh bien, bonne chance, juge l&rsquo;universitaire. Cela n&rsquo;y figure pas. Donc, non, la Tro\u00efka n&rsquo;est plus autoris\u00e9e \u00e0 venir \u00e0 Ath\u00e8nes, et protester contre la r\u00e9-embauche des femmes de m\u00e9nage <\/em>(du minist\u00e8re de l&rsquo;\u00e9conomie, qui avaient \u00e9t\u00e9 licenci\u00e9es sous le gouvernement pr\u00e9c\u00e9dent, <em>ndlr<\/em>)<em>.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>Galbraith fait allusion au processus qui s&rsquo;est engag\u00e9 en d\u00e9but de semaine\u00a0: Ath\u00e8nes a fait parvenir sa liste de r\u00e9formes que l&rsquo;Eurogroupe a valid\u00e9es.\u00a0\u00c0 charge pour le gouvernement de les mettre en \u0153uvre, tout en respectant les engagements li\u00e9s \u00e0 l&rsquo;accord de 2012. En cours de route (d&rsquo;ici fin avril, dit le communiqu\u00e9), les <em>\u00ab\u00a0institutions\u00a0\u00bb<\/em> de l&rsquo;ex-Tro\u00efka se d\u00e9placeront en Gr\u00e8ce pour v\u00e9rifier l&rsquo;avanc\u00e9e des travaux, et d\u00e9bloquer les fameux sept milliards d&rsquo;euros \u2013\u00a0la derni\u00e8re ligne de pr\u00eat du plan d&rsquo;aide de 2012. Une mani\u00e8re de maintenir la pression sur Ath\u00e8nes tout au long des semaines \u00e0 venir.<\/p>\n<p>\u00c0\u00a0ceux qui s&rsquo;inqui\u00e8tent de l&rsquo;interdiction, pour le gouvernement grec, de prendre des <em>\u00ab\u00a0mesures unilat\u00e9rales\u00a0\u00bb<\/em> (c&rsquo;est-\u00e0-dire sans consulter, au pr\u00e9alable, BCE, FMI et commission), Galbraith r\u00e9pond\u00a0:<em> \u00ab\u00a0C&rsquo;est un engagement qui ne durera que durant quatre mois, le temps de trouver un v\u00e9ritable accord.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0\u00c0 ceux qui regrettent l&rsquo;absence de vraies marges de man\u0153uvre budg\u00e9taires, pour faire red\u00e9marrer l&rsquo;\u00e9conomie \u00e0 partir d&rsquo;une relance keyn\u00e9sienne, il r\u00e9torque\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Mais dans quel document <\/em>(de Syriza, <em>ndlr<\/em>)<em> cette promesse figure-t-elle\u00a0? Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;argent en Gr\u00e8ce. Le gouvernement est en faillite. Il n&rsquo;a jamais \u00e9t\u00e9 question de politiques keyn\u00e9siennes \u00e0 grande \u00e9chelle, parce qu&rsquo;elles entra\u00eeneraient forc\u00e9ment une sortie<\/em> (de la zone euro, <em>ndlr<\/em>)<em>, avec tous les dangers que cela repr\u00e9senterait.\u00a0\u00bb <\/em><\/p>\n<p>Pour Galbraith, l&rsquo;accord de vendredi m\u00e9nage l&rsquo;essentiel\u00a0: il offre quelques marges budg\u00e9taires, pour lancer des pans du programme<em> \u00ab\u00a0humanitaire\u00a0\u00bb<\/em> promis par Tsipras, et donne quatre mois \u00e0 la Gr\u00e8ce pour n\u00e9gocier un accord digne de ce nom. Ce succ\u00e8s de Syriza s&rsquo;explique pour une raison simple\u00a0: <em>\u00ab\u00a0En bout de course, la chanceli\u00e8re Merkel a pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 ne pas \u00eatre la dirigeante en Europe responsable de la fragmentation de l&rsquo;Europe.\u00a0\u00bb<\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">L&rsquo;analyse a \u00e9t\u00e9 reprise mercredi point par point <a href=\"http:\/\/blogs.publico.es\/vicenc-navarro\/2015\/02\/25\/lo-que-no-se-dice-sobre-las-negociaciones-con-syriza\/\">par Vicen\u00e7 Navarro<\/a>, \u00e9conomiste espagnol keyn\u00e9sien, ex-conseiller \u00e9conomique de Bill Clinton, et devenu l&rsquo;un des <em>\u00ab\u00a0experts\u00a0\u00bb<\/em> qui ont \u00e9crit le programme \u00e9conomique de Podemos l&rsquo;an dernier. <em>\u00ab\u00a0La chose \u00e0 retenir des n\u00e9gociations, c&rsquo;est que, malgr\u00e9 l&rsquo;\u00e9norme d\u00e9s\u00e9quilibre de forces, la mobilisation d&rsquo;un peuple en soutien \u00e0 des exigences justes de son gouvernement peut d\u00e9boucher sur des victoires, au fil d&rsquo;un processus dont nous n&rsquo;avons vu, pour l&rsquo;instant, que le d\u00e9but d&rsquo;une bataille plus large, et c&rsquo;est maintenant que la partie difficile s&rsquo;engage.\u00a0\u00bb<\/em> Et de pr\u00e9venir\u00a0:<em> \u00ab La grande panique qui traverse la structure du pouvoir europ\u00e9en, c&rsquo;est que la prochaine \u00e9tape de cette bataille se d\u00e9roule en Espagne. C&rsquo;est pour cela que les victoires de Syriza sont aussi les victoires des peuples d&rsquo;Europe.\u00a0\u00bb <\/em><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Quatre mois pour&#8230; \u00ab\u00a0pr\u00e9parer la sortie de l&rsquo;euro\u00a0\u00bb\u00a0?<\/strong><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Sur un<a href=\"http:\/\/www.ft.com\/intl\/cms\/s\/0\/5faa51fe-ba7d-11e4-945d-00144feab7de.html?siteedition=intl\"> registre plus technique<\/a>, l&rsquo;\u00e9ditorialiste vedette du <em>Financial Times<\/em> Wolfgang M\u00fcnchau, convaincu que Syriza \u2013\u00a0comme Podemos en Espagne\u00a0\u2013 est le seul parti de Gr\u00e8ce \u00e0 avoir compris l&rsquo;ampleur de la crise de la dette, constate que <em>\u00ab\u00a0la Gr\u00e8ce n&rsquo;a eu d&rsquo;autre choix que d&rsquo;accepter un accord dans lequel les Allemands l&rsquo;ont emport\u00e9, sur chacun des enjeux d\u00e9cisifs\u00a0\u00bb<\/em>. Mais il rappelle que<em> \u00ab\u00a0l&rsquo;accord dure quatre mois, ce qui laisse du temps pour engager la bataille qui importe le plus\u00a0: fixer la trajectoire de long terme des positions budg\u00e9taires grecques\u00a0\u00bb.<\/em><\/p>\n<p>On en revient donc aux d\u00e9bats sur le surplus budg\u00e9taire, mais aussi et surtout \u00e0 la restructuration de la dette \u2013\u00a0volet tellement tabou \u00e0 Bruxelles, qu&rsquo;il a \u00e9t\u00e9 mis de c\u00f4t\u00e9 pendant tout le premier mois des n\u00e9gociations. Sur ce front,<em> \u00ab\u00a0les choix ne sont pas binaires\u00a0: l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;allemande, contre le Grexit. Des options interm\u00e9diaires existent, qui sont bien plus pertinentes\u00a0\u00bb<\/em>, juge M\u00fcnchau, qui plaide tout \u00e0 la fois pour un effacement d&rsquo;une partie de la dette, ou encore l&rsquo;\u00e9mission d&rsquo;obligations par Ath\u00e8nes, dont le remboursement d\u00e9pendrait de l&rsquo;\u00e9volution de la croissance du pays (deux revendications de Syriza), mais aussi d&rsquo;une extension des dur\u00e9es de remboursement des pr\u00eats consentis \u00e0 la Gr\u00e8ce (ce que souhaitent nombre de ministres de l&rsquo;Eurogroupe).<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Dans un <a href=\"http:\/\/www.liberation.fr\/monde\/2015\/02\/23\/syriza-gagne-du-temps-et-de-l-espace_1208539\">texte<\/a> plus directement politique publi\u00e9 par <em>Lib\u00e9ration<\/em>, les philosophes fran\u00e7ais \u00c9tienne Balibar et italien Sandro Mezzadra en appellent aux mouvements sociaux\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Aussit\u00f4t, Syriza a d\u00fb faire face au r\u00e9gime de pouvoir existant en Europe et subir toute la violence du capital financier. Il serait na\u00eff de croire que le gouvernement grec puisse \u00e0 lui seul \u00e9branler ces limites. M\u00eame un pays pesant beaucoup plus lourd que la Gr\u00e8ce aux points de vue d\u00e9mographique et \u00e9conomique n\u2019en aurait pas eu les moyens. <\/em>(\u2026)<em> Ce n\u2019est pas \u00e0 nous qu\u2019on apprendra qu\u2019un r\u00e9sultat \u00e9lectoral ne suffit pas, et d\u2019ailleurs Alexis Tsipras lui-m\u00eame n\u2019en a jamais fait myst\u00e8re. Il faut que s\u2019ouvre un processus politique, et pour cela que s\u2019affirme et se structure un nouveau rapport de forces sociales en Europe.\u00a0\u00bb<\/em>\u00a0\u00c0 leurs yeux, oui, Tsipras a bien fait de <em>\u00ab\u00a0c\u00e9der\u00a0\u00bb<\/em>, en apparence, pour <em>\u00ab\u00a0gagner du temps et de l&rsquo;espace\u00a0\u00bb<\/em> \u2013\u00a0c&rsquo;est-\u00e0-dire pour que les luttes sociales s&rsquo;intensifient sur le terrain, pour que Podemos prenne le pouvoir en Espagne, etc.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Mais les compromis cors\u00e9s du texte de vendredi risquent de laisser des traces. Une question d\u00e9cisive va rapidement se reposer\u00a0: Syriza a-t-elle l&rsquo;intention de <em>\u00ab\u00a0caler le pied de table\u00a0\u00bb<\/em>, ou de <em>\u00ab\u00a0renverser\u00a0\u00bb<\/em> la table, pour reprendre<a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/250115\/une-politique-de-gauche-est-elle-possible-en-europe?onglet=full\"> l&rsquo;alternative de l&rsquo;\u00e9conomiste Fr\u00e9d\u00e9ric Lordon<\/a>\u00a0? Les regards se tournent forc\u00e9ment, une fois de plus, sur la zone euro, et sa capacit\u00e9 \u00e0 r\u00e9pondre aux crises en cours. <em>\u00ab\u00a0La Gr\u00e8ce est la pointe avanc\u00e9e de la d\u00e9composition d&rsquo;une union mon\u00e9taire insoutenable dans son architecture actuelle, que les acteurs les plus puissants sont pourtant d\u00e9cid\u00e9s \u00e0 conserver, puisqu&rsquo;elle sert jusqu&rsquo;\u00e0 pr\u00e9sent leurs int\u00e9r\u00eats. Du temps est sans cesse achet\u00e9, mais en imposant des politiques \u00e9conomiques poussant dangereusement \u00e0 la d\u00e9flation. Ce n&rsquo;est que dans les prochains mois que nous saurons si Syriza se conformera \u00e0 cette logique, ou s&rsquo;il finira par s&rsquo;y d\u00e9rober\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9crivent les universitaires fran\u00e7ais Fabien Escalona et Nicolas Gonzales<a href=\"http:\/\/www.slate.fr\/story\/98265\/grece-fin-de-partie-syriza\"> sur Slate. <\/a><\/p>\n<p>Les adversaires de l&rsquo;euro estiment que leurs arguments se trouvent renforc\u00e9s, depuis le compromis de vendredi, qui ne r\u00e8gle aucun des probl\u00e8mes sur la table. Intellectuel class\u00e9 \u00e0 l&rsquo;aile gauche de Syriza, Stathis Kouvelakis avait d\u00e9j\u00e0 exprim\u00e9 ses r\u00e9serves en milieu de semaine derni\u00e8re, d\u00e8s l&rsquo;envoi par les Grecs de la <em>\u00ab\u00a0demande d&rsquo;extension\u00a0\u00bb<\/em> du programme, \u00e0 l&rsquo;origine de l&rsquo;accord de vendredi. Ce professeur de philosophie \u00e0 Londres <a href=\"https:\/\/www.jacobinmag.com\/2015\/02\/greece-syriza-backtrack-europe-negotiations\/\">\u00e9crit<\/a>\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Ces arguments rassurants entendus ces derni\u00e8res ann\u00e9es \u2013\u00a0sur le \u00ab\u00a0bluff\u00a0\u00bb des Europ\u00e9ens, sur la possibilit\u00e9 de rejeter l&rsquo;aust\u00e9rit\u00e9 \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur du cadre fix\u00e9 par la zone euro, sur la diff\u00e9rence \u00e0 faire entre un accord pour un pr\u00eat, et un m\u00e9morandum<\/em> (de la Tro\u00efka, <em>ndlr<\/em>)<em>, sur les solutions dans l&rsquo;esprit de la conf\u00e9rence de Londres de 1953 sur la dette allemande (c&rsquo;est-\u00e0-dire pour une restructuration favorable aux d\u00e9biteurs, avec l&rsquo;accord des cr\u00e9anciers)\u00a0\u2013 en clair, tous ces \u00e9l\u00e9ments constitutifs d&rsquo;un r\u00e9cit qui voudrait qu&rsquo;il existe un \u00ab\u00a0bon euro\u00a0\u00bb, se sont effondr\u00e9s.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>De son c\u00f4t\u00e9, l&rsquo;\u00e9conomiste fran\u00e7ais Jacques Sapir <a href=\"http:\/\/russeurope.hypotheses.org\/3482\">se f\u00e9licite en partie<\/a> de l&rsquo;accord trouv\u00e9 vendredi, qui a le m\u00e9rite d&rsquo;apaiser les choses \u2013\u00a0pour un temps.<em> \u00ab\u00a0Une crise moins d&rsquo;un mois apr\u00e8s l&rsquo;accession au pouvoir e\u00fbt provoqu\u00e9 un chaos probable\u00a0\u00bb<\/em>, \u00e9crit-il. Mais il reconna\u00eet que rien n&rsquo;a chang\u00e9, en ce qui concerne le fardeau de la dette grecque (175\u00a0% de son PIB). <em>\u00ab\u00a0L&rsquo;Allemagne ne peut pas c\u00e9der, ni non plus le gouvernement grec. Ceci implique que l&rsquo;on va vers un nouvel affrontement, \u00e0 moins que d&rsquo;ici-l\u00e0 se dessine une \u00ab\u00a0alliance\u00a0\u00bb anti-allemande. C&rsquo;est ce qu&rsquo;esp\u00e8re Tsipras, et sur ce point il a tort. Les gouvernements fran\u00e7ais et italien sont en r\u00e9alit\u00e9 acquis aux id\u00e9es allemandes.\u00a0\u00bb<\/em> Et Sapir de conclure\u00a0: <em>\u00ab\u00a0Mieux vaut utiliser ces quatre mois gagn\u00e9s de haute lutte pour se pr\u00e9parer \u00e0 l&rsquo;in\u00e9vitable, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 une sortie de l&rsquo;euro.\u00a0\u00bb<\/em><\/p>\n<p>En r\u00e9action aux pressions anti-euro de l&rsquo;aile gauche de Syriza (aux c\u00f4t\u00e9s de Kouvelakis, Costas Lapavitsas, par exemple), d&rsquo;autres en reviennent au mandat confi\u00e9 par les \u00e9lecteurs grecs \u00e0 Syriza en janvier. <em>\u00ab\u00a0Alexis Tsipras aurait-il \u00e9t\u00e9 \u00e9lu si son parti avait adopt\u00e9 avant les \u00e9lections la strat\u00e9gie de rupture avec l\u2019Europe que plusieurs, au sein de Syriza, pr\u00e9conisaient\u00a0? Le peuple grec aurait-il soutenu aussi fortement, avant et surtout apr\u00e8s les \u00e9lections, un programme ayant pour horizon imm\u00e9diat la sortie de l\u2019euro et\/ou de l\u2019UE\u00a0?\u00a0\u00bb<\/em> s&rsquo;interroge Dimitris Alexakis, traducteur et animateur d&rsquo;un lieu de cr\u00e9ation \u00e0 Ath\u00e8nes, <a href=\"https:\/\/oulaviesauvage.wordpress.com\/2015\/02\/25\/nous-avons-besoin-de-temps-et-nous-ne-pouvons-pas-revenir-en-arriere\/\">sur son blog<\/a> (en fran\u00e7ais).<\/p>\n<p><em>\u00ab\u00a0Les \u00e9lecteurs se sont prononc\u00e9s en faveur d\u2019une option diff\u00e9rente de celle que pr\u00f4nait \u00ab\u00a0l\u2019aile gauche\u00a0\u00bb de Syriza. La proposition majoritaire avait sans doute nombre d\u2019ambigu\u00eft\u00e9s et d\u2019angles morts (la proposition d\u2019une sortie de l\u2019euro ne comporte-t-elle pas, elle aussi, d\u2019\u00e9normes zones d\u2019ombre\u00a0?), c\u2019est pourtant bien sur cette proposition que nous nous sommes prononc\u00e9s en votant\u00a0\u00bb<\/em>, poursuit-il. <em>\u00ab\u00a0Moins que de \u00ab\u00a0capitulation\u00a0\u00bb, il faudrait peut-\u00eatre parler de \u00ab\u00a0clarification\u00a0\u00bb\u00a0: la pi\u00e8ce qui se jouait jusqu\u2019alors en coulisses, avec les gouvernements grecs pr\u00e9c\u00e9dents, se joue \u00e0 pr\u00e9sent au grand jour, sous les yeux des peuples\u00a0\u00bb<\/em>, avance-t-il, avant de conclure\u00a0:<em> \u00ab\u00a0Nous avons besoin de temps et nous ne pouvons pas revenir en arri\u00e8re.\u00a0\u00bb<\/em><\/h3>\n<h3><span style=\"color: #0000ff;\"><em>25 f\u00e9vrier 2015<\/em> <\/span><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>URL source:<\/strong> <a href=\"http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/250215\/des-arguments-en-defense-de-laccord-conclu-par-syriza\">http:\/\/www.mediapart.fr\/journal\/international\/250215\/des-arguments-en-defense-de-laccord-conclu-par-syriza<\/a><\/h3>\n<gcse:search><\/gcse:search>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Des intellectuels montent au cr\u00e9neau pour d\u00e9fendre l&rsquo;accord d\u00e9croch\u00e9 par Syriza \u00e0 Bruxelles, qui a le m\u00e9rite d&rsquo;\u00ab\u00a0acheter du temps\u00a0\u00bb. Mais ce fragile compromis renforce aussi la voix d&rsquo;adversaires de l&rsquo;euro, qui plaident pour une rupture plus muscl\u00e9e avec les institutions. 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