{"id":13853,"date":"2015-01-16T22:27:10","date_gmt":"2015-01-16T21:27:10","guid":{"rendered":"http:\/\/alternatifs81.fr\/?p=13853"},"modified":"2015-01-17T18:31:46","modified_gmt":"2015-01-17T17:31:46","slug":"autogestion-syndicalisme-et-transformation-sociale-par-richard-neuville-octobre-2012","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/alternatifs81.fr\/?p=13853","title":{"rendered":"Autogestion, syndicalisme et transformation sociale, par Richard NEUVILLE (octobre 2012)"},"content":{"rendered":"<h3 style=\"text-align: justify;\"><a href=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/IMG_6242.jpg\" rel=\"lightbox[13853]\"><img loading=\"lazy\" decoding=\"async\" class=\"alignleft wp-image-9542\" src=\"http:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/IMG_6242-300x200.jpg\" alt=\"IMG_6242\" width=\"250\" height=\"167\" srcset=\"https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/IMG_6242-300x200.jpg 300w, https:\/\/alternatifs81.fr\/wp-content\/uploads\/IMG_6242.jpg 720w\" sizes=\"auto, (max-width: 250px) 100vw, 250px\" \/><\/a>Pour la deuxi\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive, l\u2019Union Syndicale Solidaires a consacr\u00e9 une journ\u00e9e au th\u00e8me de l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0autogestion et transformation sociale\u00a0\u00bb dans le cadre des Rencontres interprofessionnelles annuelles qui se d\u00e9roulaient du 6 au 12 octobre \u00e0 Duni\u00e8res-sur-Eyrieux en Ard\u00e8che <a title=\"http:\/\/www.solidaires.org\/rubrique279.html\" href=\"http:\/\/www.autogestion.asso.fr\/?p=2062#note-2062-1\" target=\"_blank\"><sup>1<\/sup><\/a>. Comme l\u2019an pass\u00e9, deux syndicalistes et membres du Conseil de l\u2019Association pour l\u2019Autogestion (ApA), Catherine Lebrun et Richard Neuville, intervenaient le 11 octobre pour \u00e9voquer l\u2019histoire et l\u2019actualit\u00e9 de l\u2019autogestion en France et en ailleurs, comme en Am\u00e9rique latine et tenter de d\u00e9gager des perspectives au niveau syndical.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Apr\u00e8s avoir quasiment disparu du discours syndical et politique au cours des d\u00e9cennies 80\/90, l\u2019autogestion retrouve un certain int\u00e9r\u00eat aupr\u00e8s des associations, des mouvements collectifs ou coop\u00e9ratifs et des travailleurs en ce d\u00e9but de XXIe si\u00e8cle. Dans la p\u00e9riode de crise structurelle et de destruction massive d\u2019emplois que nous traversons, il y a une certaine acuit\u00e9 pour le mouvement syndical \u00e0 se r\u00e9approprier la question de l\u2019autogestion, de r\u00e9fl\u00e9chir \u00e0 des perspectives de luttes offensives qui posent les questions du contr\u00f4le ouvrier, de la gestion ouvri\u00e8re, des contre-plans alternatifs et de la reconversion \u00e9cologique de l\u2019industrie.<\/h3>\n<p><!--more--><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Ce n\u2019est sans doute pas compl\u00e8tement un hasard que ce soit l\u2019US Solidaires qui amorce ce mouvement car plusieurs syndicats et f\u00e9d\u00e9rations membres font r\u00e9f\u00e9rence explicitement \u00e0 l\u2019autogestion dans leurs statuts et ont particip\u00e9 activement \u00e0 la foire \u00e0 l\u2019autogestion en juin 2012 \u00e0 Paris. De m\u00eame, les propositions esquiss\u00e9es par cette organisation en r\u00e9ponse au plan de licenciements \u00e0 PSA, publi\u00e9es dans un tract en septembre 2012,\u00a0 t\u00e9moignent de cette \u00e9volution <a title=\"http:\/\/www.solidaires.org\/article41887.html\" href=\"http:\/\/www.autogestion.asso.fr\/?p=2062#note-2062-2\" target=\"_blank\"><sup>2<\/sup><\/a> :<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #808000;\">\u00ab\u00a0* <em>Un d\u00e9bat doit s\u2019ouvrir avec les salari\u00e9-es concern\u00e9s mais aussi avec l\u2019ensemble de la population sur les questions de la socialisation, du contr\u00f4le des salari\u00e9-es sur ce qu\u2019ils et elles produisent, sur l\u2019utilisation de la plus-value d\u00e9gag\u00e9e, sur les investissements utiles \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9\u2026 Ces questions se posent pour la fili\u00e8re automobile comme dans les autres secteurs productifs.<\/em><\/span><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #808000;\"><em>* Les salari\u00e9-es doivent \u00eatre prot\u00e9g\u00e9s des al\u00e9as des restructurations dues aux \u00e9volutions de la fili\u00e8re automobile. Pour cela, un fonds financ\u00e9 par le patronat de la branche doit permettre aux salari\u00e9-es de garder leur r\u00e9mun\u00e9ration, leur protection sociale et plus globalement l\u2019ensemble de leurs droits sociaux, pendant le temps n\u00e9cessaire pour retrouver un emploi comparable, et prendre en charge le financement de leur \u00e9ventuelle reconversion.<\/em><\/span><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #808000;\"><em>* A l\u2019\u00e9chelle nationale et europ\u00e9enne, il faut engager un d\u00e9bat d\u00e9mocratique sur l\u2019avenir, la transformation de l\u2019industrie automobile selon des choix technologiques d\u00e9cisifs du point de vue \u00e9cologique et de l\u2019espace urbain.<\/em>\u00a0\u00bb<\/span><\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">L\u2019ApA ne peut que se f\u00e9liciter de cette initiative et de cette prise de position de la part de l\u2019U.S. Solidaires en esp\u00e9rant qu\u2019elle soit suivie par d\u2019autres organisations syndicales.<\/h3>\n<p>&nbsp;<\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/syndicollectif.files.wordpress.com\/2015\/01\/logo_solidaires_grand1.gif\" target=\"_blank\" rel=\"lightbox[13853]\"><img decoding=\"async\" class=\" size-medium wp-image-847\" src=\"https:\/\/syndicollectif.files.wordpress.com\/2015\/01\/logo_solidaires_grand1.gif?w=300\" alt=\"logo_solidaires_grand\" border=\"0\" \/><\/a><\/p>\n<p><a href=\"https:\/\/syndicollectif.files.wordpress.com\/2015\/01\/le-droit-de-propric3a9tc3a9c2a0en-question-cl-cm.pdf\" target=\"_blank\"><strong>Cliquez pour obtenir le texte complet de Catherine Lebrun et Christian Mahieux :<\/strong> Le droit de propri\u00e9t\u00e9\u00a0en question CL CM<\/a><br \/>\n<strong>Nationalisation, privatisation, socialisation, autogestion. Le droit de propri\u00e9t\u00e9 en question<\/strong> &#8211; Les cahiers d\u2019alter &#8211; <a href=\"http:\/\/www.alterce.org\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">http:\/\/www.alterce.org<\/a> &#8211; Ao\u00fbt 2013<br \/>\nCatherine Lebrun et Christian Mahieux, membres du Secr\u00e9tariat national de l\u2019Union syndicale Solidaires <a href=\"http:\/\/www.solidaires.org\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">http:\/\/www.solidaires.org<\/a> &#8211; <a href=\"mailto:contact@solidaires.org\" target=\"_blank\">contact@solidaires.org<\/a><\/p>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Le syndicalisme ne peut pas faire l\u2019\u00e9conomie d\u2019approfondir ces questions car elles sont au coeur de tout projet de transformation sociale radicale. Au-del\u00e0 des positions de principe de lutte contre le syst\u00e8me capitaliste, les r\u00e9ponses et les strat\u00e9gies alternatives \u00e0 construire doivent prendre la mesure de l\u2019\u00e9volution du capitalisme et des conditions concr\u00e8tes dans lesquelles se m\u00e8nent la lutte des classes. Elles reposent sur la n\u00e9cessaire articulation entre revendications imm\u00e9diates et changements structurels, entre revendications et construction du rapport de force pour les faire aboutir, entre projet alternatif et formes d\u2019action (d\u00e9mocratie ouvri\u00e8re, d\u00e9mocratie dans les luttes, gr\u00e8ves de masse, gr\u00e8ves reconductible, autonomie des mouvements sociaux, cons\u00e9quences politiques concr\u00e8tes des luttes, etc.)<br \/>\nLe pr\u00e9sent texte ne pr\u00e9tend \u00e0 nulle exhaustivit\u00e9, il n\u2019entend pas fixer une quelconque ligne politique en dehors des cadres de d\u00e9bats et d\u00e9cisions de notre organisation syndicale. C\u2019est une contribution, dont l\u2019objectif est de relancer la r\u00e9flexion et les \u00e9changes sur ces sujets. Elle est bas\u00e9e sur les acquis historiques1 du mouvement ouvrier, l\u2019analyse de la soci\u00e9t\u00e9 dans laquelle nous vivons, la prise en compte des rapports de forces n\u00e9cessaires \u00e0 une organisation diff\u00e9rente de la soci\u00e9t\u00e9 qui passe par une rupture avec le capitalisme. C\u2019est un, tr\u00e8s partiel et modeste, outil pour les militant-es qui veulent renouer avec ce n\u00e9cessaire travail, individuel et collectif, d\u2019\u00e9laboration d\u2019une strat\u00e9gie \u00e9mancipatrice.<br \/>\nNationalisation, socialisation, autogestion, ces concepts ont impr\u00e9gn\u00e9 des ann\u00e9es de d\u00e9bats au sein du mouvement syndical. Ce ne sont pas des discussions \u00ab dans le vide \u00bb ; des exp\u00e9riences ont \u00e9t\u00e9 men\u00e9es, des bilans ont \u00e9t\u00e9 tir\u00e9s. La gestion des outils de production2 directement par celles et ceux qui travaillent est possible. C\u2019est un premier point important car il rappelle que des alternatives sont possibles, en vrai, pas seulement sous forme de slogans. R\u00e9approprions-nous notre histoire, ne nous laissons pas imposer la vision de la classe dominante dont un des objectifs est de nous conduire \u00e0 accepter comme fait acquis que \u00ab le capitalisme est la fin de l\u2019histoire\u00bb !<br \/>\nDans le cadre du syst\u00e8me capitaliste, la gestion directe d\u2019entreprises ou services est possible comme le montrent quelques exp\u00e9rience ; mais pas l\u2019autogestion, car il s\u2019agit l\u00e0 d\u2019un projet de transformation sociale de la soci\u00e9t\u00e9 dans son ensemble, avec des modifications fondamentales en termes de pouvoir de d\u00e9cision, de rapports entre classes sociales, de notions de hi\u00e9rarchie et de responsabilit\u00e9, etc. Il nous faut donc construire notre r\u00e9flexion en int\u00e9grant cette n\u00e9cessaire rupture avec le syst\u00e8me capitaliste. L\u00e0 encore, pour que ce soit utile, nous devons retrouver et inventer des revendications, des formes d\u2019action, des organisations, des slogans, des exemples de luttes, qui rendent cr\u00e9dibles aux yeux de nos coll\u00e8gues ces changements fondamentaux.<br \/>\nA travers certaines r\u00e9sistances et luttes sociales actuelles, est parfois pos\u00e9e la question de l\u2019organisation du travail dans toutes ses dimensions : qui d\u00e9cide dans l\u2019entreprise et dans chaque collectif de travail ? Que produire ? Dans quelles conditions ? Quelle utilit\u00e9 sociale ? \u2026 Ce ne sont que des interrogations, rarement des tentatives concr\u00e8tes, nullement un mouvement de fond. Mais n\u2019est-ce pas \u00e0 nous de cr\u00e9er les conditions pour que celui-ci existe ?<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #008000;\"><em><strong>R\u00e9ponses alternatives, mouvement de masse, changements concrets<\/strong><\/em><\/span><br \/>\nLe bilan des politiques de nationalisation et de privatisation men\u00e9es depuis cinquante ans et les le\u00e7ons \u00e0 tirer des luttes pour une appropriation sociale collective, sont autant de rep\u00e8res pour \u00e9baucher des r\u00e9ponses alternatives destin\u00e9es \u00e0 construire un mouvement de masse permettant la rupture avec le syst\u00e8me capitaliste.<br \/>\nLes crises \u00e9conomiques et financi\u00e8res successives et leurs cons\u00e9quences sociales d\u00e9vastatrices ont mis \u00e0 jour l\u2019impasse du capitalisme financier, phase actuelle de ce syst\u00e8me \u00e9conomique. Elles renforcent la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une utopie transformatrice. Mais les effets du n\u00e9o-lib\u00e9ralisme en termes de ch\u00f4mage de masse, de pr\u00e9carisation, d\u2019individualisation de la relation salariale handicapent toute vell\u00e9it\u00e9 de dynamique d\u2019\u00e9mancipation, sans oublier le bilan d\u00e9sastreux des exp\u00e9riences du \u00ab socialisme \u00bb dit r\u00e9el, par exemple dans les ex-pays de l\u2019est qui p\u00e8se encore dans l\u2019inconscient collectif.<br \/>\nDans ce contexte contradictoire et paradoxal, le syndicalisme ne peut pas se limiter \u00e0 la d\u00e9fense des int\u00e9r\u00eats imm\u00e9diats des travailleurs-euses mais se doit d\u2019\u00e9laborer un projet de transformation sociale \u00e0 la hauteur des bouleversements du capitalisme contemporain et conforme \u00e0 notre volont\u00e9 d\u2019\u00e9mancipation des travailleurs et des travailleuses.<br \/>\nTrop de forces syndicales, hexagonales et mondiales, ont abandonn\u00e9 cette t\u00e2che essentielle et ne visent plus qu\u2019\u00e0 am\u00e9nager, voire \u00e0 accompagner les effets du lib\u00e9ralisme. Rien d\u2019\u00e9tonnant par cons\u00e9quent que leurs strat\u00e9gies et leurs revendications ne visent plus \u00e0 remettre en cause le syst\u00e8me ni \u00e0 esquisser les contours d\u2019une autre organisation sociale.<br \/>\nCr\u00e9er les conditions de nouveaux rapports de force id\u00e9ologiques et sociaux implique de se battre sur des orientations syndicales inversant la logique m\u00eame du syst\u00e8me d\u2019exploitation capitaliste et faisant le lien avec la situation et les revendications quotidiennes des salari\u00e9-es, ch\u00f4meurs-ses, jeunes en formation et retrait\u00e9-es.<br \/>\nEntre autres probl\u00e9matiques auxquelles travaille, encore insuffisamment, l\u2019Union syndicale Solidaires, citons la r\u00e9partition des richesses, la socialisation des moyens de production, la transition \u00e9cologique, les in\u00e9galit\u00e9s femmes\/hommes, les formes d \u2018organisation sociales et les processus de d\u00e9cision sur les choix \u00e9conomiques et sociaux que porte notamment la th\u00e9matique de l\u2019autogestion.<br \/>\n<em><strong>Du pass\u00e9, avant de faire table rase, tirons les enseignements !<\/strong><\/em><br \/>\nLa question de la propri\u00e9t\u00e9 est toujours r\u00e9v\u00e9latrice de l\u2019\u00e9tat des rapports de force entre les classes sociales, et de l\u2019\u00e9tat du d\u00e9bat social et politique du moment. Sans retracer des si\u00e8cles de d\u00e9bat sur cette question, reprenons quelques p\u00e9riodes charni\u00e8res, parmi les plus r\u00e9centes.<br \/>\nSuite \u00e0 la crise de 1929, le d\u00e9bat sur les nationalisations refait surface en Europe entre les partisans d\u2019une politique de nationalisation des infrastructures et des secteurs clefs de l\u2019\u00e9conomie et ceux pr\u00e9conisant un r\u00e9gime d\u2019\u00e9conomie mixte o\u00f9 le r\u00e9gime de propri\u00e9t\u00e9 capitaliste reste dominant. En France, un clivage existe dans le mouvement syndical (notamment entre CGT et CGT-U puis dans la CGT r\u00e9unifi\u00e9e) entre les \u00ab r\u00e9formistes \u00bb et les \u00ab syndicalistes r\u00e9volutionnaires \u00bb, ces derniers consid\u00e9rant qu\u2019\u00e9tatiser une partie de l\u2019\u00e9conomie sans rompre avec le r\u00e9gime du profit et les in\u00e9galit\u00e9s de classe, est un leurre. La nationalisation des chemins de fer par la cr\u00e9ation de la SNCF en 1937 illustre cette situation, puisqu\u2019il s\u2019agit avant tout d\u2019\u00e9ponger les dettes des grands actionnaires des compagnies priv\u00e9es, sans toucher aux profits accumul\u00e9s depuis des dizaines d\u2019ann\u00e9es, et en les indemnisant tr\u00e8s g\u00e9n\u00e9reusement : \u00ab socialiser les pertes, privatiser les profits \u00bb, est une revendication patronale ancienne\u2026<br \/>\nA l\u2019\u00e9chelle internationale, les collectivisations en Espagne, entre 1936 et 1938, sont une exp\u00e9rience particuli\u00e8rement int\u00e9ressante ; sans les mythifier, elles montrent que \u00ab c\u2019est possible \u00bb \u00e0 grande \u00e9chelle, sans recours aux nationalisations \u00e9tatiques mais en f\u00e9d\u00e9rant des initiatives mises en oeuvre \u00e0 la base. Plusieurs millions de personnes particip\u00e8rent \u00e0 des r\u00e9alisations sans pr\u00e9c\u00e9dent : les collectivit\u00e9s agricoles d\u2019Aragon et la socialisation d\u2019entreprises et des services publics en Catalogne par exemple, se sont faites sans recours \u00e0 l\u2019Etat. Celles et ceux qui produisaient se sont empar\u00e9-es des usines, des bureaux, des champs. Ils et elles ont g\u00e9r\u00e9 directement la production, sa r\u00e9partition, les \u00e9changes, mais aussi les moyens \u00e0 mettre en commun pour l\u2019\u00e9ducation, la sant\u00e9, etc. Dans certaines collectivit\u00e9s, un salaire unique a \u00e9t\u00e9 mis en place, dans d\u2019autres l\u2019argent \u00e9tait aboli au profit de bons d\u2019\u00e9change, non capitalisables et utiles pour la seule satisfaction des besoins familiaux,\u2026 Bien entendu, le contexte politique, \u00e9conomique et social de l\u2019Espagne de 1936 n\u2019est pas celui de notre monde contemporain, mais ces exp\u00e9riences m\u00e9ritent toute notre attention.<br \/>\nLe d\u00e9bat sur le pouvoir, et en fait sur l\u2019autogestion, a travers\u00e9 le mouvement ouvrier dans tous les pays et dans des p\u00e9riodes bien diff\u00e9rentes. On sait ce qu\u2019il advint de la r\u00e9volution russe de 1917 et ce que furent les r\u00e9gimes autoritaires des pays dits \u00ab communistes \u00bb. Mais, en Russie, de 1917 au d\u00e9but des ann\u00e9es 20, la remise en cause du pouvoir des conseils ouvriers (les soviets) a \u00e9t\u00e9 contest\u00e9e y compris au sein du parti bolchevik au pouvoir.<br \/>\nEn 1945, apr\u00e8s la seconde guerre mondiale, o\u00f9 tout est \u00e0 reconstruire et afin d\u2019\u00e9carter toute vell\u00e9it\u00e9 de remise en cause du syst\u00e8me, nombre de gouvernements europ\u00e9ens mettent en place des politiques dites keyn\u00e9siennes fond\u00e9es sur un interventionnisme \u00e9tatique fort. En France, dans le cadre du Conseil national de la r\u00e9sistance (CNR) regroupant les courants politiques de droite et de gauche, le projet \u00e9tait \u00ab le retour \u00e0 la nation de tous les grands moyens de production monopolis\u00e9e, fruit du travail commun, des sources d\u2019\u00e9nergie, des richesses du sous-sol, des compagnies d\u2019assurances et des grandes banques \u00bb ; le pr\u00e9ambule de la constitution de 1946 reprend ces principes. Une grande partie du patronat ne s\u2019y oppose pas, non seulement parce que les actionnaires indemnis\u00e9-es pourront investir dans des secteurs plus juteux \u00e0 court terme, mais aussi parce que les lourds investissements assum\u00e9s par l\u2019Etat seront profitables au d\u00e9veloppement du capitalisme. De surcro\u00eet, la gestion des secteurs nationalis\u00e9s n\u2019\u00e9tant pas sous contr\u00f4le ouvrier, le changement juridique de la propri\u00e9t\u00e9 ne remet en cause, ni la logique de rentabilit\u00e9, ni le pouvoir de d\u00e9cision et de gestion des dirigeant-es. Rien d\u2019\u00e9tonnant, comme le disait le sociologue Bourdieu, tant la porosit\u00e9 entre \u00ab la noblesse d\u2019\u00e9tat \u00bb technocratique10 et les pouvoirs \u00e9conomiques, contredit la notion \u00ab d\u2019Etat garant de l\u2019int\u00e9r\u00eat g\u00e9n\u00e9ral \u00bb.<br \/>\nL\u2019important travail de recherches, de confrontation d\u2019id\u00e9es, men\u00e9 au cours des ann\u00e9es 60 dans des organisations ouvri\u00e8res (y compris syndical, notamment dans la CFTC\/CFDT) et la dynamique de Mai 68, mettent l\u2019autogestion au centre de nombreux d\u00e9bats. Avec le recul, certains \u00ab exemples \u00bb d\u2019alors m\u00e9ritent d\u2019\u00eatre consid\u00e9rablement rediscut\u00e9s.<br \/>\nC\u2019est dans ce contexte o\u00f9 se m\u00ealent d\u00e9bats th\u00e9oriques et forte volont\u00e9 de \u00ab changer les choses d\u00e8s maintenant \u00bb que na\u00eet le conflit des LIP en 1973 \u00e0 Besan\u00e7on. Contre les licenciements, les salari\u00e9-es, massivement syndiqu\u00e9-es, r\u00e9quisitionnent le stock de montres et s\u2019emparent des plans de fabrication. S\u2019en suit une p\u00e9riode novatrice, qui cristallise espoirs et soutien populaire, au cours de laquelle est mis en oeuvre le slogan \u00ab c\u2019est possible, on produit, on vend, on se paie \u00bb.<br \/>\nLes nationalisations de 1982, sous Mitterrand, repr\u00e9senteront 17 % du PIB, et toucheront plusieurs dizaines de soci\u00e9t\u00e9s industrielles (Compagnie g\u00e9n\u00e9rale d\u2019\u00e9lectricit\u00e9, St Gobain, Pechiney, Rh\u00f4ne Poulenc, Thomson-brandt) et financi\u00e8res, mais elles suivront la m\u00eame logique que les processus ant\u00e9rieurs, avec 47 milliards de francs d\u2019indemnisations pour les actionnaires. Il n\u2019y avait aucune volont\u00e9 politique de permettre une remise en cause des choix strat\u00e9giques de production, du pouvoir de d\u00e9cision et de gestion des salari\u00e9s-es dans les entreprises.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Les \u00e9quipes dirigeantes resteront les m\u00eames notamment dans le secteur bancaire o\u00f9 la course \u00e0 la sp\u00e9culation aboutira \u00e0 une facture sal\u00e9e pour les contribuables (cf. les 100 milliards de dette du Cr\u00e9dit Lyonnais). Le gouvernement PS\/PCF est loin m\u00eame du programme commun de la gauche des ann\u00e9es 70 qui pr\u00e9conisait la mise en place de conseils d\u2019ateliers et de services pour un contr\u00f4le ouvrier des entreprises. Les lib\u00e9raux comme les sociaux d\u00e9mocrates utilisent la socialisation des pertes comme une transition avant un retour fructueux au secteur priv\u00e9. A l\u2019instar des politiques ultralib\u00e9rales anglo-am\u00e9ricaines de Thatcher et Reagan dont la doctrine est la restauration de \u00ab l\u2019ordre spontan\u00e9 du March\u00e9 \u00bb, le gouvernement \u00ab socialiste \u00bb op\u00e9rera le tournant lib\u00e9ral en 1983.<br \/>\nLes privatisations ne vont pas cesser de s\u2019encha\u00eener sous les gouvernements de droite comme de gauche, notamment sous le gouvernement Jospin (PS\/PCF\/Verts, de 1997 \u00e0 2002). Le drame de la sid\u00e9rurgie fran\u00e7aise privatis\u00e9e en 1996 est un des symboles. D\u2019autres secteurs verront la participation de l\u2019Etat baisser sans cesse et en bout de course circonscrite \u00e0 l\u2019\u00e9nergie, les transports, l\u2019audiovisuel public, les t\u00e9l\u00e9communications, la Poste\u2026 souvent de plus en plus partiellement d\u2019ailleurs.<br \/>\nCette contre r\u00e9volution conservatrice amorc\u00e9e dans les ann\u00e9es 1980, prendra dans les ann\u00e9es 1990 des formes nouvelles de domination de la finance sur l\u2019ensemble de la sph\u00e8re \u00e9conomique dont la recherche de rentabilit\u00e9 maximum et \u00e0 court terme, conjugu\u00e9e avec une concentration croissante des entreprises, abouti \u00e0 l\u2019extension des privatisations et \u00e0 une offensive brutale contre les services publics.<br \/>\nForce est de constater que le bilan des privatisations est marqu\u00e9 par un co\u00fbt social \u00e9lev\u00e9. Les Etats ont souvent brad\u00e9 les entreprises publiques au secteur priv\u00e9. Ce dernier, guid\u00e9 par la recherche du profit imm\u00e9diat, n\u2019a cure des productions nocives \u00e9cologiquement et d\u00e9sastreuse socialement pour les salari\u00e9s-es. Et quand, celui-ci est en faillite, les \u00e9tats renflouent, sans contreparties, et font payer la note aux populations, d\u00e9truisent le secteur public, comme c\u2019est le cas aujourd\u2019hui avec les politiques d\u2019aust\u00e9rit\u00e9 instaur\u00e9es en Europe dans la foul\u00e9e de la crise \u00e9conomique et financi\u00e8re de 2008. Ce ne sont pas les quelques mesures de B.Hamon sur l\u2019\u00e9conomie sociale et solidaires, ni le projet de Hollande sur la possibilit\u00e9 de reprise par les salari\u00e9s-es d\u2019entreprises b\u00e9n\u00e9ficiaires, qui modifieront la domination de la loi du march\u00e9 et la captation des pouvoirs de d\u00e9cision par une oligarchie minoritaire.<br \/>\n<em><strong> Socialisation, autogestion : une autre voie possible<\/strong><\/em><br \/>\nLes questions que nous devons poser sont celles de la r\u00e9partition des fruits des richesses produites et de l\u2019organisation de la production (ce qui implique celles sur son contenu, son utilit\u00e9 sociale, ses implications \u00e9cologiques, etc.)<br \/>\nLa nationalisation de tel ou tel secteur, o\u00f9 seule la forme juridique de la propri\u00e9t\u00e9 change en devenant \u00e9tatique, ne bouleverse pas la logique du syst\u00e8me dans son ensemble. A certains moments, elles peuvent permettre de sauvegarder les int\u00e9r\u00eats des salari\u00e9s-es ; mais une v\u00e9ritable transformation sociale du syst\u00e8me suppose la socialisation de l\u2019ensemble des moyens de production et d\u2019\u00e9change donc la remise en cause de la propri\u00e9t\u00e9 priv\u00e9e, et du pouvoir par les travailleurs-ses, au sein des entreprises mais aussi plus largement pour \u00ab l\u2019administration de la soci\u00e9t\u00e9 \u00bb. Cela implique \u00e9galement un cadre national de planification des besoins sociaux futurs, des ressources allou\u00e9es pour les satisfaire, en tenant compte des imp\u00e9ratifs \u00e9cologiques. L\u2019articulation de ces orientations, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale et internationale, avec les besoins locaux, ceux des entreprises et des branches, pose la question de l\u2019ensemble de la \u00ab chaine d\u00e9mocratique \u00bb pour assurer des choix coh\u00e9rents au profit de la collectivit\u00e9 dans son ensemble.<br \/>\nAu-del\u00e0 des mots diff\u00e9rents (autogestion, collectivisation, socialisation, \u2026), ce que nous entendons par autogestion c\u2019est que les classes sociales qui produisent la richesse collective13, aujourd\u2019hui sans pouvoir, peuvent g\u00e9rer l\u2019\u00e9conomie (donc les entreprises, les services, etc.) et plus g\u00e9n\u00e9ralement la soci\u00e9t\u00e9. Ceci suppose l\u2019appropriation collective directe des outils de production et des moyens d\u2019\u00e9changes. Nous ne voulons par l\u00e0 d\u00e9crire un mod\u00e8le id\u00e9al pour \u00ab apr\u00e8s la r\u00e9volution \u00bb, mais d\u2019une part \u00ab construire par nos luttes d\u2019aujourd\u2019hui la soci\u00e9t\u00e9 de demain \u00bb, d\u2019autre part cr\u00e9er les conditions pour que des luttes faisant bouger r\u00e9ellement les choses se d\u00e9veloppent.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Ces principes pos\u00e9s, l\u2019\u00e9volution du capitalisme et ses effets sur la structuration du salariat, nous obligent \u00e0 repenser les termes du d\u00e9bat sur ces th\u00e9matiques. Nous ne sommes plus dans les ann\u00e9es 1970 o\u00f9 nous \u00e9tions face \u00e0 un capitalisme encore largement patrimonial, familial, avec un pouvoir de d\u00e9cision unique et identifi\u00e9. L\u2019internationalisation du capital, les centres de pouvoir opaques et insaisissables, l\u2019interd\u00e9pendance \u00e9conomique \u00e0 l\u2019\u00e9chelle plan\u00e9taire, la domination des multinationales sur l\u2019ensemble des fili\u00e8res, des PME, et du march\u00e9 des mati\u00e8res premi\u00e8res, impliquent de red\u00e9finir le contenu des r\u00e9ponses alternatives et les strat\u00e9gies syndicales et politiques.<br \/>\nLa perspective de socialisation des secteurs clefs de l\u2019\u00e9conomie et autog\u00e9r\u00e9s par les salari\u00e9s-es suppose d\u2019anticiper la cha\u00eene de conditions \u00e9conomiques de production et de la repenser au-del\u00e0 des murs d\u2019une seule entreprise. En d\u2019autres termes, l\u2019autogestion n\u2019est pas concevable en l\u2019organisant entreprise par entreprise, sans prendre en compte les interactions entre de nombreuses entit\u00e9s tout au long de la production d\u2019un produit ou d\u2019un service. C\u2019est sans doute une des raisons qui explique que \u00ab l\u2019aventure \u00bb autogestionnaire surgisse rarement des luttes d\u2019entreprises, les salari\u00e9s-es \u00e9valuant eux-m\u00eames les conditions n\u00e9cessaires \u00e0 sa r\u00e9ussite. Le caract\u00e8re outrageusement r\u00e9formiste de la majorit\u00e9 du mouvement syndical contemporain, que nous \u00e9voquions plus haut, est aussi une des explications.<br \/>\nCela ne veut pas dire que des espaces d\u2019exp\u00e9riences autogestionnaires sont impossibles, m\u00eame sous des formes inachev\u00e9es comme les SCOP en France ou plus abouties et plus nombreuses comme par exemple en Argentine (les entreprises \u00ab r\u00e9cup\u00e9r\u00e9es \u00bb) ou la coop\u00e9ratives ouvri\u00e8re Mondragon au pays basque espagnol, mais dans les tous les cas ce sont dans des secteurs et des cr\u00e9neaux restreints. Le mode d\u2019organisation en SCOP permet des ruptures importantes avec le sch\u00e9ma dominant dans l\u2019\u00e9conomie capitaliste : sur la propri\u00e9t\u00e9, la hi\u00e9rarchie, la r\u00e9partition des t\u00e2ches, etc. Dans un autre registre, mais avec la m\u00eame aspiration, le d\u00e9veloppement des AMAP (Association pour le maintien dune agriculture paysanne) pose les questions des circuits courts entre paysan-nes et consommateurs-trices, de l\u2019inutilit\u00e9 des grands groupes pr\u00e9dateurs de la distribution mais aussi la qualit\u00e9 de la nourriture produite et du soutien \u00e0 une agriculture non productiviste.<br \/>\nQuant \u00e0 \u00ab l\u2019\u00e9conomie sociale et solidaire \u00bb, appel\u00e9e aussi \u00ab tiers secteur \u00bb, si elle traduit parfois une aspiration \u00e0 sortir des lois du march\u00e9, elle n\u2019est pas exempte de contradictions ; la gestion de ces entit\u00e9s, \u00e0 l\u2019exemple de nombre de Comit\u00e9s d\u2019Entreprise ou d\u2019associations, \u00e9tant loin d\u2019\u00eatre en rupture avec le mod\u00e8le dominant ! Elle se situe aux marges du syst\u00e8me et sans vue d\u2019ensemble, perm\u00e9able \u00e0 l\u2019instrumentalisation dans un processus de privatisation des services publics, et \u00e0 la r\u00e9cup\u00e9ration marchande comme le commerce \u00e9quitable par les grandes cha\u00eenes de distribution.<br \/>\nLes exp\u00e9riences qui peuvent \u00eatre men\u00e9es \u00e0 travers des CE (bien peu !) ou des SCOP, aussi utiles et int\u00e9ressantes soient-elles, ne sont pas l\u2019autogestion au sens d\u2019un projet d\u2019ensemble qui a des cons\u00e9quences sur toute la soci\u00e9t\u00e9, et remet en cause les rapports entre classes sociales que nous connaissons. Le projet autogestionnaire dont nous nous revendiquons est n\u00e9cessairement en rupture avec le syst\u00e8me capitaliste.<br \/>\n<em><strong>Un syndicalisme internationaliste, concr\u00e8tement<\/strong><\/em><br \/>\nLe d\u00e9fi pour le syndicalisme est global : imposer un changement syst\u00e9mique, \u00e0 l\u2019\u00e9chelle nationale et internationale. \u00c0 cet \u00e9gard, la construction de luttes conjointes entre salari\u00e9s-es des grands groupes op\u00e9rant dans plusieurs pays, notamment au niveau europ\u00e9en, doit devenir un objectif prioritaire ; le d\u00e9veloppement de r\u00e9seaux syndicaux \u00ab lutte de classes \u00bb \u00e0 l\u2019\u00e9chelle internationale, ou encore la p\u00e9rennit\u00e9 des forums sociaux europ\u00e9ens et mondiaux, sont eux aussi d\u00e9cisifs.<br \/>\nDes outils existent, comme le R\u00e9seau syndical international de solidarit\u00e9 et de luttes et les r\u00e9seaux qui s\u2019organisent dans plusieurs secteurs professionnels ; mais ils ne nous seront utiles pour construire les ruptures politiques et sociales que nous voulons, que si nos collectifs syndicaux de base (syndicats, sections syndicales) se les approprient, les font vivre, les banalisent aupr\u00e8s de la masse des salari\u00e9-es. Sinon, ils ne servent qu\u2019\u00e0 donner une bonne conscience internationaliste, sans effet r\u00e9el sur la lutte des classes, donc sans cons\u00e9quence sur les rapports sociaux et le syst\u00e8me capitaliste !<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><span style=\"color: #008000;\"><em><strong>Travailleurs-ses, usagers, consommateurs-trices, citoyen-nes\u2026<\/strong><\/em><\/span><br \/>\nUn autre d\u00e9fi pos\u00e9 au syndicalisme est celui de la conception du sujet social, acteur de cette perspective de transformation sociale : est-ce la classe ouvri\u00e8re dans sa vision la plus restrictive ? Est-ce les salari\u00e9-es (qu\u2019ils et elles aient un emploi, soient au ch\u00f4mage, en formation ou en retraite) ? Quel sont les rapports avec les paysan-nes ? Avec les artisan-nes ? La grande majorit\u00e9 du syndicalisme est encore impr\u00e9gn\u00e9e d\u2019une conception restrictive des bases sociales de la d\u00e9mocratie \u00e9conomique et sociale. Le syndicalisme ne doit plus penser les forces dynamiques de la transformation sociale uniquement \u00e0 partir du seul r\u00f4le de producteurs-trices et du lieu clos de l\u2019entreprise, mais bien appr\u00e9hender cette question de mani\u00e8re transversale, \u00e0 la fois dans toute sa dimension interprofessionnelle mais aussi par l\u2019articulation et la jonction entre les moments o\u00f9 nous sommes usagers, salari\u00e9-es, citoyen-nes ; ce dernier terme caract\u00e9risant ici la place des travailleurs-ses dans \u00ab la cit\u00e9 \u00bb, sans renvoyer \u00e0 une d\u00e9finition le limitant aux contours de la r\u00e9publique bourgeoise h\u00e9rit\u00e9e de 1789.<br \/>\nLa coh\u00e9rence des choix \u00e9conomiques, des finalit\u00e9s de production de biens communs, n\u00e9cessite une vision globale qui d\u00e9passe les int\u00e9r\u00eats d\u2019une seule communaut\u00e9 de production ou de service. Transformer l\u2019ensemble des rapports sociaux suppose d\u2019aller au-del\u00e0 de la question de l\u2019appropriation sociale des moyens de production et de d\u00e9velopper une r\u00e9flexion sur les sujets de la d\u00e9mocratie sociale, la citoyennet\u00e9 et l\u2019\u00e9galit\u00e9 pour sortir de la figure unique du producteur \u00e9mancip\u00e9. De mani\u00e8re, certes modeste et avec toutes leurs insuffisances, les campagnes de boycott des produits (comme Danone en 2001), de \u00ab votation citoyenne \u00bb contre la privatisation de la Poste, ou encore les luttes syndicales internationales pour le droit \u00e0 la sant\u00e9, pour la d\u00e9fense du service public ferroviaire, sont autant d\u2019illustrations d\u2019alliances n\u00e9cessaires de forces sociales compl\u00e9mentaires.<br \/>\nPlus r\u00e9cemment, la pertinence de la propri\u00e9t\u00e9 des entreprises a de nouveau \u00e9t\u00e9 pos\u00e9e. Les syndicats CGT et CGC de Fralib, \u00e0 G\u00e9m\u00e9nos ont un projet de reprise de la production du th\u00e9 Elephant\/Lipton. La multinationale Unilever bloque, refusant de c\u00e9der la marque Elephant. Au-del\u00e0 de la volont\u00e9 de briser le collectif de travailleurs-ses qui luttent contre la d\u00e9cision patronale, l\u2019enjeu pour la multinationale est d\u2019emp\u00eacher de vivre un projet qui r\u00e9pond \u00e0 des questions de fond telles que celles des d\u00e9localisations, du d\u00e9veloppement de la production locale, des m\u00e9thodes de production, bref, de la transition \u00e9cologique.<br \/>\nA Florange, c\u2019est une autre multinationale, Arcelor-Mittal, qui a bafou\u00e9 ses engagements et fait renoncer le gouvernement aussit\u00f4t apr\u00e8s une timide annonce de possible nationalisation partielle et temporaire\u2026<br \/>\nConcernant PSA, nous \u00e9crivions en ao\u00fbt 20012 dans un tract national Solidaires : \u00ab Un d\u00e9bat doit s\u2019ouvrir avec les salari\u00e9-es concern\u00e9s mais aussi avec l\u2019ensemble de la population sur les questions de la socialisation, du contr\u00f4le des salari\u00e9-es sur ce qu\u2019ils et elles produisent, sur l\u2019utilisation de la plus-value d\u00e9gag\u00e9e, sur les investissements utiles \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9\u2026 Ces questions se posent pour la fili\u00e8re automobile comme dans les autres secteurs productifs \u00bb. En r\u00e9alit\u00e9, les gr\u00e9vistes de PSA n\u2019ont jamais envisag\u00e9 collectivement une reprise de la production, fut-elle accompagn\u00e9e d\u2019une reconversion ; une telle d\u00e9marche suppose un travail syndical pr\u00e9alable, dans la dur\u00e9e.<br \/>\nL\u2019absence de r\u00e9flexion collective sur une gestion autre, et plus pr\u00e9cis\u00e9ment sur une possible autogestion, affaiblit les perspectives \u00e9mancipatrices des mouvements.<br \/>\n<em><strong> Des contre-pouvoirs \u00e0 ancrer dans le quotidien<\/strong><\/em><br \/>\nLa question des contre-pouvoirs dans l\u2019entreprise, mais pas seulement dans l\u2019entreprise17, est essentielle. C\u2019est un des exercices de \u00ab gymnastique r\u00e9volutionnaire \u00bb dont parlaient les syndicalistes r\u00e9volutionnaires du d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle. Car il ne s\u2019agit pas de se limiter aux contre-pouvoirs mais bien de construire par l\u00e0, notamment, une dynamique aboutissant \u00e0 poser concr\u00e8tement la question du pouvoir, de sa forme, de son exercice, de sa r\u00e9alit\u00e9, de son utilit\u00e9 \u2026 et nous en revenons au d\u00e9bat sur l\u2019autogestion.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\">Nos mots d\u2019ordre et nos revendications de redistribution des richesses produites, de diminution massive du temps de travail, de droit de veto des repr\u00e9sentant-es des travailleurs-ses dans les Comit\u00e9s d\u2019Entreprises, de r\u00e9quisition des emplois, d\u2019appropriation collectives des entreprises qui ferment, etc., s\u2019articulent pleinement avec ces r\u00e9flexions. Applicables \u00e0 la situation pr\u00e9sente, donc dans le cadre du syst\u00e8me capitaliste, tout ceci peut \u00eatre tax\u00e9 de \u00ab r\u00e9formisme \u00bb. Mais c\u2019est le rapport dialectique avec les luttes qui peut leur donner un caract\u00e8re r\u00e9volutionnaire. La construction du rapport de forces et de mouvements de masse qui s\u2019opposent frontalement au syst\u00e8me en place, donc le renforcement des outils syndicaux qui portent cette dynamique, sont incontournables pour passer des d\u00e9bats abstraits \u00e0 la pratique concr\u00e8te.<br \/>\nDe m\u00eame, l\u2019autogestion ne doit pas \u00eatre une notion qui demeurerait abstraite aux yeux de la majorit\u00e9 des travailleurs-ses. Dans un processus de cr\u00e9dibilisation de nos aspirations autogestionnaires, il serait utile que les collectifs syndicaux travaillent sur ce que ceci pourrait signifier dans leur secteur (comme indiqu\u00e9 par ailleurs, en int\u00e9grant qu\u2019il n\u2019est pas question d\u2019autarcie).<br \/>\nCeci peut se concevoir relativement facilement pour une entreprise mono-activit\u00e9, m\u00eame si cela am\u00e8ne \u00e0 poser des questions importantes comme l\u2019utilit\u00e9 ou non de la hi\u00e9rarchie, les modalit\u00e9s de d\u00e9cision collective, les rapports entre services, la non-opposition entre autogestion et parfois \u00ab commandement \u00bb technique, etc. Mais dans des entreprises plus importantes, dans des services en r\u00e9seau (transports, \u00e9nergie, etc.), c\u2019est plus complexe ; raison de plus pour y travailler d\u00e8s maintenant.<br \/>\nNous ne voulons pas construire \u00ab un sch\u00e9ma id\u00e9al coup\u00e9 de toutes r\u00e9alit\u00e9s \u00bb mais apprendre ensemble, construire ensemble, rendre cr\u00e9dible la perspective d\u2019autogestion donc de changement fondamental de l\u2019organisation de la soci\u00e9t\u00e9.<br \/>\nNous l\u2019avons dit : l\u2019autogestion telle que nous l\u2019entendons ne se r\u00e9sume pas \u00e0 la gestion directe par les salari\u00e9-es de chacun de leur lieu de travail. A contrario, elle doit s\u2019ancrer \u00e0 ce niveau. Nous sommes \u00ab chez nous \u00bb dans nos entreprises, nos services, nos lieux de travail ! Cette affirmation peut para\u00eetre na\u00efve et apolitique ; elle est loin de l\u2019\u00eatre. C\u2019est en prenant confiance dans leur \u00ab bon droit \u00bb (pas au sens du droit l\u00e9gal bourgeois) \u00e0 d\u00e9cider ensemble de ce qu\u2019ils et elles font au boulot que les travailleurs-ses oseront des actions plus radicales au sens o\u00f9 elles remettront en cause des principes pr\u00e9sent\u00e9s jusque l\u00e0 comme des \u00e9vidences : la hi\u00e9rarchie, les diff\u00e9rences de r\u00e9mun\u00e9ration, les directives qui ne correspondent pas au travail r\u00e9el, etc. Se r\u00e9approprier collectivement nos lieux de travail est une action syndicale \u00e0 premi\u00e8re vue r\u00e9formiste qui a une port\u00e9e radicale et r\u00e9volutionnaire.<br \/>\n<em><strong> Autogestion des luttes<\/strong><\/em><br \/>\nLa mise en pratique d\u2019une conception autogestionnaire de la soci\u00e9t\u00e9 concerne aussi les pratiques syndicales au sein des syndicats et dans les luttes. Toute conception pyramidale des prises de d\u00e9cisions est aux antipodes d\u2019un projet autogestionnaire. Nombre d\u2019organisations syndicales se consid\u00e8rent comme les \u00e9tats major, les t\u00eates pensantes, auxquelles les acteurs et actrices des mouvements sociaux doivent se soumettre.<br \/>\nRompre avec cette conception et favoriser les formes de d\u00e9mocratie directe (assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales d\u00e9cisionnaires au plus pr\u00e8s des collectifs de travail, comit\u00e9s de gr\u00e8ves, assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales interprofessionnelles, coordinations\u2026), c\u2019est oeuvrer \u00e0 l\u2019apprentissage de l\u2019autogestion dans une perspective plus globale, c\u2019est aussi choisir la d\u00e9mocratie dans les luttes, favorisant ainsi leur autonomie vis-\u00e0-vis de toutes forces ext\u00e9rieures (politiques, \u00e9tatiques, gouvernementales, \u2026) pr\u00e9tendant les diriger.<br \/>\nL\u2019autogestion des luttes est exigeante : pour que les revendications, les formes et la dur\u00e9e d\u2019une gr\u00e8ve, la coordination \u00e9ventuelle avec d\u2019autres secteurs, le contr\u00f4le des n\u00e9gociations, etc., s\u2019inscrivent r\u00e9ellement dans la d\u00e9mocratie ouvri\u00e8re dont nous nous revendiquons, il faut par exemple que les assembl\u00e9es g\u00e9n\u00e9rales (ou comit\u00e9s de gr\u00e8ve, etc.) soient r\u00e9ellement repr\u00e9sentatives des salari\u00e9-es en lutte.<br \/>\n<em><strong>S\u2019appuyer sur l\u2019exp\u00e9rience collective, \u00eatre disponibles \u00e0 l\u2019inattendu<\/strong><\/em><br \/>\nL&rsquo;histoire du syndicalisme est travers\u00e9e par des processus de recomposition \u00e0 l&rsquo;\u00e9preuve de la lutte des classes et des \u00e9v\u00e8nements politiques et sociaux qui la rythme. Ce sont des processus longs mais l&rsquo;union syndicale Solidaires doit jouer un r\u00f4le central dans la recomposition syndicale de demain afin que celle-ci offre \u00e0 l&rsquo;ensemble du salariat une alternative au \u00ab syndicalisme d&rsquo;accompagnement \u00bb.<br \/>\nNe plus se concevoir comme un simple contre-pouvoir, mais se poser comme une force porteuse d&rsquo;un projet de soci\u00e9t\u00e9 face au capitalisme est une des conditions pour inverser le rapport de forces et rendre \u00e0 nouveau possible l&rsquo;av\u00e8nement d&rsquo;un autre monde. L&rsquo;internationalisme est partie int\u00e9grante de ce processus.<br \/>\nEn conclusion, si personne ne peut pr\u00e9tendre avoir un mod\u00e8le cl\u00e9 en main d\u2019un processus de transformation sociale, ni des formes achev\u00e9es d\u2019une organisation sociale autogestionnaire, commencer \u00e0 se poser quelques questions fondamentales c\u2019est tenter d\u2019y r\u00e9pondre. Et surtout, l\u2019histoire nous enseigne que les mouvements sociaux produisent eux-m\u00eames les outils nouveaux de la transformation sociale.<br \/>\nEtre attentifs aux nouvelles formes d\u2019organisation collective et disponibles \u00e0 l\u2019inattendu, c\u2019est \u00eatre fid\u00e8le au combat de l\u2019\u00e9mancipation sociale.<\/h3>\n<h3 style=\"text-align: justify;\"><strong>Le 30 ao\u00fbt 2013, Catherine Lebrun, Christian Mahieux.<\/strong><br \/>\n<em><strong>Bibliographie (tr\u00e8s sommaire\u2026)<\/strong><\/em><br \/>\n\uf072 Ouvrage collectif \u00ab Autogestion, hier, aujourd\u2019hui, demain \u00bb &#8211; ed. Syllepse, 2010.<br \/>\n\uf072 Pierre Bourdieu \u00ab La noblesse d\u2019\u00e9tat. Grandes \u00e9coles et esprit de corps \u00bb &#8211; ed. de Minuit, 1989.<br \/>\n\uf072 Contre Temps \u00ab Propri\u00e9t\u00e9 et pouvoirs \u00bb &#8211; ed.Textuel, 2002.<br \/>\n\uf072 Fondation Copernic \u00ab L\u2019appropriation sociale \u00bb &#8211; ed. Syllepse, 2001.<br \/>\n\uf072 Franck Mintz \u00ab L\u2019autogestion dans l\u2019Espagne r\u00e9volutionnaire \u00bb &#8211; ed. Masp\u00e9ro 1976<br \/>\n\uf072 \u00ab Moscou 1918, la revue Kommunist \u00bb &#8211; ed. Smolny, 2011.<br \/>\n\uf072 Thomas Coutrot \u00ab D\u00e9mocratie contre capitalisme \u00bb &#8211; ed. La Dispute, 2005.<br \/>\nAutres bibliographies disponibles (tr\u00e8s compl\u00e8tes\u2026)<\/h3>\n<p><a href=\"http:\/\/alterautogestion.blogspot.fr\/p\/bibliographies-autogestion.html\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">http:\/\/alterautogestion.blogspot.fr\/p\/bibliographies-autogestion.html<\/a><\/p>\n<p><a href=\"http:\/\/www.autogestion.asso.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/bibliographie-20120523.pdf\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">http:\/\/www.autogestion.asso.fr\/wp-content\/uploads\/2012\/05\/bibliographie-20120523.pdf<\/a><\/p>\n<p>Sites :<br \/>\n\uf072 Association pour l\u2019autogestion : <a href=\"http:\/\/www.autogestion.asso.fr\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">http:\/\/www.autogestion.asso.fr<\/a><br \/>\n\uf072 Foire \u00e0 l\u2019autogestion : <a href=\"http:\/\/www.foire-autogestion.org\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">http:\/\/www.foire-autogestion.org<\/a><br \/>\n\uf072 Alter autogestion : <a href=\"http:\/\/alterautogestion.blogspot.fr\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">http:\/\/alterautogestion.blogspot.fr<\/a><br \/>\n\uf072 Autogestion.coop : <a href=\"http:\/\/www.autogestion.coop\" target=\"_blank\" rel=\"nofollow\">http:\/\/www.autogestion.coop<\/a><\/p>\n<gcse:search><\/gcse:search>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Pour la deuxi\u00e8me ann\u00e9e cons\u00e9cutive, l\u2019Union Syndicale Solidaires a consacr\u00e9 une journ\u00e9e au th\u00e8me de l\u2019\u00a0\u00ab\u00a0autogestion et transformation sociale\u00a0\u00bb dans le cadre des Rencontres interprofessionnelles annuelles qui se d\u00e9roulaient du 6 au 12 octobre \u00e0 Duni\u00e8res-sur-Eyrieux en Ard\u00e8che 1. Comme l\u2019an pass\u00e9, deux syndicalistes et membres du Conseil de l\u2019Association pour l\u2019Autogestion (ApA), Catherine Lebrun [&hellip;]<\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"open","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[15,232,6],"tags":[103,117,16,23],"class_list":["post-13853","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-autogestion","category-notre-economie-et-la-leur","category-notre-projet","tag-demarche-citoyenne","tag-democratie","tag-economie","tag-luttes"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13853","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcomments&post=13853"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=\/wp\/v2\/posts\/13853\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fmedia&parent=13853"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Fcategories&post=13853"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/alternatifs81.fr\/index.php?rest_route=%2Fwp%2Fv2%2Ftags&post=13853"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}